‹ Les rues de Québec [microforme]Chapitre 4 sur 5 · RE LS · texte numérisé non relu

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miliciens canadiens, MM. Chabot et Picard: le capitaine Barnesfare, marin anglais avait pointé le canon ; Gin et le sergent McQuarters le tirèrent ; à l’extréminé est était, selon MM. Casgrain et Laverdière, le tombeau de Champlain. M.S. Drapeau dit qu'il n’en est pas sûr.

Un peu à l’ouest est le Cap Blanc, habité par un petit groupe de Canadiens-Français : près de là fut lancé le premier navire bâti à Québec, en 1673; le drapeau blanc flottait alors aux bastions du Cap aux Diamants.

La rue Champlain court presque jusqu’au Cap Rouge, une distance de six milles. Pendant l'hiver, les incidents les plus marquants sont : les éboulis sur les toits de quelque avalanche des flancs du Cap—quelquefois mort s’en suit : la pose de la quille d’un granü navire dans les chantiers de MM. Gilmour, Dinning, Baldwin, etc. Ceci remet la joie au cœur des pauvres charpentiers en grève, dont les blanches chaumières se groupent tout le long de la côte. Excepté pendant les mois d’été, où les équipages des nombreux navires en chargement le long des estacades, dansent et chantent dans les estaminets, l’année s'écoule paisible. Aux grands jours de gala, au temps des élections, quelques fils de St. Patrice parcoureront l'historique rue, armés de gournaves ou de shillaleghs pour maintenir la paix !

En somme la rue Champlain a une physionomie toute particulère.

Parmi les rues de Québec, les plus célèbres dans nos annales à raison des incidents qui s’y rattachent, nommons la sale et tortueuse voie qui circule du bas de la rue Lamontagne (1). Elle court à deux cents pieds sous le Cap jusqu’au sentier plus étroit encore qui commence où finit la rue Saint-James, et mène au pied de la côte de la Canoterie (2) : nous avons nommé la rue Sault-au-Matelot. Est-ce parce qu'un matelot un peu grisé sans doute, ou est-ce parce qu’un chien du nom de Matelot y sauta (3) ? consultez Du Creux. Notre ami

(1) En 1664, la rue Lamontagne qui, au rapport de l’abbé Laverdière, avait emprunté son nom d’un nommé Lamontagne qui résidait sur son parcours. Elle se nommait la “ rue qui qui descend au magasin ” le premier édifice de la Basse- Ville, bâti, comme l’on sait, par Champlain.

(2) Au bas de la côte de la Canoterie, les pères Jésuites, venant par eau de la Ferme des Anges, attachaient leurs canots.

(8) Etait-ce le chien de Champlain, nous demande un antiquaire ?

Ad leavam: fluit amnis $, Laurentii, ad dextram $. Caroli fluviolus. Ad contiuentem, Promontorium assurgit, Saltum nautæ vulgo vocant, ab canis hujus. uominis qui se alias ex eo loco priæcipitem dedit,.

(Historia Canadensis, Creurius. P. 204.)

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Marmette l’a réservée pour recevoir dans sa chute son héros Dent de Loup. Ce ‘ sentier plus étroit ” dont nous venons de parler à nom ‘ Ruelle des chiens.” Ainsi le nomme le peuple : les Directory le nomment ‘“ Petite Rue Sault-au-Matelot.” Il est si étroit que deux charrettes en certains angles ne pourraient s’y rencontrer. Figurez-vous qu'à venir à 1816 nos magnanimes aïeux n'avaient d'autre débouché en cette direction, à marée haute, pour pénétrer à Saint-Roch (car la rue Saint-Paul est postérieure à 1816 comme M. de Gaspé nous l’a si bien dit)! N'est-ce pas incroyable ?

Il y avait, sans doute, à chaque extrémité, comme dans certaines passes des Alpes, un gardien muni d’un porte-voix pour annoncer quand le passage était libre et pour prévenir les rencontres. Cette localité, odoriférante surtout pendant la canicule. 2st fort peuplée : les bambins de la Verte Erin ÿ pul. jent comme lapins en garenne. Des touristes aventureux qui s’y soni risqués aux jours radieux de juillet, en sont revenus tout éblouis, abasourdis même des merveilles de l'endroit. Entr’autres curiosités indigènes, ils y ont remarqué comme des tentes aériennes, improvisées sans doute contre les rares rayons du soleil du midi. Sur des ficelles tendues d’un côté à l’autre de la voie, était le linge des familles mis à sécher. Quand le vent agitait au-dessus des passants toutes ces blanches chemisettes, mêlées à des caleçons masculins, et à ces fragments de toile si nécessaire au jeune âge, l'effet, dit-on, était pittoresque au suprême degré. Quant à nous, désireux dès notre jeunesse d'approfondir les moindres détails de l’histoire de notre cité et de les narrer dans toute leur pétillinte actualité, pour l’édification des touristes distingués de la France, de l’Angleterre, des Etats-Unis, ça été pour nous un de nos chagrins les plus cuisants de savoir que l’unique visite que nous ayons faite à la ruelle des Chiens ait été postérieure à la publication de l’Album du Touriste, ce qui en explique l’omission.

Nos plus illustres touristes, le fils ainé de la Reine, le Prince de Galles, ses frères, les Princes Edward et Arthur, les ducs de New castle, de Manchester, les généraux Grant, Sherman, le Prince Napoléon Bonaparte, tous, dit-on, ont quitté Québec sans avoir visité la Ruelle des Chiens, ignorant même, il est, probable, son exis tence ! Et pourtant cette rue est immensément historique. Elle a raisonné des fanfares de la guerre, du grondement du canon, d’une fusillade des plus vives : le Col. Arnold y tombait blessé au genou. On le transportait au milieu des cris désespérés de ses soldats, ruisselant dans leur sang, sous le sabre de Dambourgès, du féroce et colossal Charland, du brave Caldwell, secondé de son

ami Nairn et de leurs ardentes milices. Nos amis, les annexionistes d'alors, était tellement décidés à annexer Québec, qu'ils se ruaient comme des possédés sur les barrières (il y en avait trois) dans la rue des Chiens et dans la rue Sault-au-Matelot : “ chacun, dit Sanguinet, portant une feuille de papier sur le chef, sur laquelle était écrit Mors aut Victoria, La Mort ou la Victoire.” Il y a de cela cent ans.

De nombreux cadavres jonchaient les environs : on les transportait au Séminaire. Vous trouverez d’amples détails sur cette glorieuse journée dans l’Azeum pu Tounisre. On croit que la première barrière était au bas de la demi-lune en pierre où repose maintenant un canon sur les remparts; la seconde était en arrière des bureaux de M. W. Campbell, N. P., et la troisième

près des bureaux de la Banque Nationale, dans la rue Sault-au- Matelot.

La rue Sault-au-Matelot a perdu toute son allure militaire d'alors. A part les bureaux de M. Ledroit, du Chronicle, des Mesureurs de bois (cullers), elle semble affectée à des charretiers et à la nombreuse tribu des tonneliers, dont les futailles à certains jours couvrent les trottoirs. Il serait à désirer que la municipalité entrât en arrangement avec Ces honnêtes industriels pour savoir à quel taux ils consentiraient à laisser la voie publique libre aux passants.

La rue Sault-au-Matelot ne paraît pas sur le plan Je Québec de 1660, reproduit par l’abbé Faillon.

Ce quartier de la Basse-Ville, si populeux sous le régime français et où, selon M. de Laval, il y avait en 1661 magnus numerus civium, continua jusque vers 1832 à représenter, par le tohu-bohu des affaires et les résidences des principaux négociants, une des plus riches portions de la cité. En 1793, le père de notre Souveraine, en garnison à Québec, colonel du 7e régiment, y acceptait l’hospitalité de M. Lymburner, un des négociants les plus huppés de l’époque. La chère amie, qui vécut comme son épouse avec lui pendant vingt-huit ans, l’élégante baronne de Saint-Laurent, étaitelle de la partie ? C’est ce qu’il nous a été impossible de constater de notre vieil ami, l’'hon. Wm. Sheppard, de Woodfield, près Québec, mort en 1867, dont nous tenons ce renseignement, M. Sheppard, qui avait fréquenté les meilleurs salons de la vieille capitale, était lui-même un des contemporains du généreux et jovial Prince Edouard.

Le quartier du Sault-au-Matelot, la rue St. Pierre, la rue St. James à venir à l’année 1832 contenaient les résidences d’une foule de

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familles fort à l'aise : plusieurs de nos premiers marchands y résidaient. Les traces de luxe dans les salons y sont visibles jusqu’à ce jour. On sait que le drainage était presqu'ignoré alors en notre bonne ville. Le fléau asiatique cette année-là décima la population : 3,500 cadavres étaient allés dans quelques semaines prendre leur place au cimetière. Cette terrible épidémie causa pour ainsi dire une révolution sociale à Québec : les terrains sur les chemins St. Louis, Ste. Foye prirent de la valeur; la classe aisée quitta la Basse Ville. On y faisait ses affaires, mais on résidait à la campagne ou à la Haute-Ville.

Le fief du Sault-au-Matelot qui appartient maintenant au Séminaire de Québec, croyons-nous, fut concédé à G. Hébert le 4 février 1623 ; puis le dernier jour de février 1632, son titre lui fut confirmé par le duc de Ventadour. Sur le terrain réclamé du fleuve, vers 1815, MM. Munro et Bell, négociants distingués, bâtirent des quais et de grands hangards, auxquels la ruelle Bell (Bell's Lane, ainsi nommée d’après l'honorable Mathew Bell) (1), les rues Saint-James, Arthur, Dalhousie et autres conduisent. M. Bell, plus tard l’un des locataires des forges de Saint-Maurice, résidait dans la maison coin de la rue St. James et Saint-Pierre, possédée maintenaint par M. J. G. Chapham, N. P. C'était un citoyen très-influent ; il commandait une compagnie de cavalerie, fort en renom parmi messieurs nos pères. Il eut une nombreuse famille et fut par mariage lié aux Montizambert, aux Bowen, etc.

La rue Dalhousie à la Basse-Ville date probablement de l'ère du comte de Dalhousie, de 1827, quand le Quebec Exchange (la Bourse) fut bâti par une société de marchands. L’extrémité de la Basse- Ville, au nord-est, constitue la Pointe à Carey ; au large, est la jetée des commissaires du Hâvre, auprès de laquelle la belle frégatte, l'Aurora, capt. De Horsey, hivernait en 186û-67.

L'extension du commerce au commencement du siècle présent, l'augmentation de la population, faisaient ardemment désirer ds voies de communication entre la Basse-Ville et Saint-Roch, moins scabreuses que le tunnel de la ruelle des Chiens et la grève du Saint-Charles, à basse marée. Vers 1816, on acheva l'extrémité nord de la rue rue Saint-Pierre, qui alors se terminait par un pont rouge, resté mémorable dans les souvenirs populaires. L’apôtre saint Paul eut sa rue, aussi bien que son collègue, saint Pierre. MM. Benj. Tremain, Budden, Morrisson, Parant, Allard et avtres acquirent des terrains sur le côté nord de celte rue, Y bâtirent des quais, des bureaux, de grands magasins.

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(1) Ouverte par l’hon. Mathew Bell, en 1831.

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La construction du chemin de fer du Nord, donnera plus tard une grand valeur à ces propriétés, dont la majeure partie appartient maintenant à notre compatriote, M. J.-Bte. Renaud, qui doit sous peu, paraît-il, doter cette partie de la Basse-Ville d'édifices de première classe ; le quartier, espérons-le, progressera et notre entreprenant concitoyen n'en souffrira pas. (1)

J. M. LeMoriwe.

(1) Nous empruntont au “Directory for the City and Suburbs of Quebec,” pour 1791, par Hugh Mackay, imprimé au bureau du Quebec Herald, le paragraphe suivant :

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