ÉCOLE DE FILLES
Rue où Ven cuit les Oës, tenue par la dame Tyfainne.
Le quartier cTOutre-Petit-Pont ou I'Université présentait une physionomie toute différente.
Dès le douzième siècle l'enseignement avait commencé à se concentrer à Paris, qui, sous la parole éloquente d'Anselme, de Guillaume de Champeaux et surtout d'Abélard, devint rapidement le foyer intellectuel de l'Europe. A l'église Notre-Dame, à Saint-Victor, à Sainte-Geneviève affluaient des milliers d'étudiants, venus non-seulement des provinces de France, mais encore d'Italie, d'Angleterre et des autres Etats du Nord. Philippe- Auguste encouragea ce mouvement en accordant aux écoliers des privilèges exagérés ; enlevés à la juridiction du prévôt de Paris, et justiciables du roi seul, leurs désordres, leurs délits, leurs
i . Rue Saint- Jacques-la-Bou chérie, aujourd'hui avenue Victoria.
crimes même restaient souvent impunis.
L'administration équitable, régulière et ferme de saint Louis eut sur les lettres une influence plus utile et plus durable. Le calme au dedans, la confiance dans l'avenir, les révélations littéraires dues aux Croisades , toutes ces causes produisirent un irrésistible élan des esprits vers l'étude, et une multitude d'écoliers de tout âge et de toute condition afflua à Paris. La vieille école du cloître Notre-Dame fut débordée; ses rivales, l'abbaye de Saint -Victor et celle de Sainte- Geneviève, virent tripler le nombre de leurs auditeurs; des maîtres particuliers, Geoffroy de Poitiers, Guillaume d'Autun, Guillaume Lenoir, Gérard d'Abbeville, Gérard de Courtray, etc., etc., ouvrirent de nouveaux établissements près du Petit-Pont, près du Grand- Pont et sur les clos Druneau et Mauvoisin \ où l'on commença à bâtir. En même temps, deux ordres mendiants, les Jacobins et les Gordeliers, qui venaient de s'établir dans la capitale, rivalisaient de zèle et s'efforçaient d'attirer à eux les étudiants.
Des collèges se fondèrent de toutes parts
i. Voy. ci-dessus, p. 5.
sur la rive gauche de la Seine. Robert de Sorbon, chapelain de saint Louis, donna l'exemple, et créa entre la rue Coupegueule 1 et la rue Saint - Jacques 2 un collège qui servit de modèle à tous les autres, et où, dès 1289, les écoliers avaient à leur disposition une bibliothèque de 1,017 volumes, dont on possède le catalogue 3. Puis on vit s'ouvrir successivement : le collège des Bernardins, fondé par un Anglais sur le clos du Chardonnet $ le collège de Prémontré, destiné aux jeunes novices de cet ordre, et situé à l'angle des rues actuelles de l'Ecolede-Médecine et Hautefeuille ; le collège de Cluny, entre la rue de la Harpe et la rue des Grès (aujourd'hui rue Cujas) ; le collège de Calvi, annexe de la Sorbonne; le collège du Trésorier, établi par Guillaume de Saône, trésorier de l'église de Rouen, en faveur de
1. Située entre la rue de Sorbonne et la rue des Maçons, et parallèle à toutes deux. Elle a disparu depuis longtemps.