‹ Les rues et les cris de Paris au XIIIe siecleChapitre 33 sur 121 · Aujourd'hui rue Saint- Jacques · texte numérisé non relu

Aujourd'hui rue Saint- Jacques

actuelles Suger, de l'Eperon, Serpente et des Poitevins.

L'aspect physique de la Cité était resté tel que nous l'avons décrit. Centre politique et religieux, l'île avait peu d'importance commerciale; mais elle possédait l'établissement charitable le plus vaste et le plus riche de Paris, l'Hôtel-Dieu, desservi déjà par trente religieux et vingt-cinq religieuses. Cette Maison-Dieu (Domus Dei) , comme on disait alors, placée dans le voisinagede la royauté, en recevait de nombreux bienfaits. Saint Louis étendit les bâtiments jusqu'au Petit-Pont, et ses libéralités permirent d'y donner annuellement des secours à plus de six mille malades.

Un seul pont conduisait de la rive gauche dans la Cité> c'était le Petit-Pont , qui a conservé jusqu'à nos jours le nom qu'il portait dès l'époque de la domination romaine. Il était primitivement en bois, et fut bâti en pierre vers n85 aux frais de l'évêque Maurice de Sully. Renversé par la violence des eaux en 1196, en 1206, en 1276 et en 1280, il fut toujours reconstruit en bois.

Deux ponts reliaient la rive droite à la Cité. Le Grand-Pont, devenu dans la suite

Pont au Change , datait également des Romains, et ses boutiques étaient déjà au XIIe siècle occupées par des orfèvres et des changeurs. Quoique construit en pierre, il fut en 1281 et en 1296 emporté par les eaux. Enfin, vers la fin du XIIIe siècle, un pont de bois, dit Pont des planches de Mibrai (mi-bras de la Seine), fut élevé sur l'emplacement du Pont Notre-Dame actuel, et établit ainsi, par le Petit-Pont , une communication directe entre la rive gauche et la rive droite.

C'est par eau que se faisait encore presque tout le commerce extérieur de la capitale, importation et exportation. Paris, assis sur un fond marécageux, était entouré de bois épais et de collines assez élevées; les voies de terre, peu nombreuses, à peine indiquées, nullement entretenues, devenaient impraticables après la moindre averse, et étaient, par tous les temps, infestées de brigands. Cette situation donna, dès l'époque romaine !, une

[. On lit sur un autel gallo-romain conservé au musée de Cluny l'inscription suivante :

TIB. CAESARE AUG. IOVI. OPTVMO MAXSVMO. [ARA] M NAVTAE. PARISIACI PVBLICE. POSIERVNT

grande force et une réelle importance politique à la corporation des nautes ou marchands de Veau, qui prit bientôt le nom de hanse parisienne. Sous le règne de Philippe -Auguste, elle possédait déjà le droit d'apposer sur ses actes un sceau particulier, dont on a retrouvé des empreintes; il était ovale, et représentait une barque, avec un mât soutenu de chaque côté par des cordages. C'est à peu près là tout ce que l'on peut affirmer de certain relativement à l'origine des armoiries de Paris; sujet qui a inspiré des hypothèses aussi variées qu'extravagantes K

En 1141 la hanse avait acheté et organisé le port de la Grève; elle en établit un autre en 1 2 1 3 vis-à-vis de Saint-Germain-1' Auxerrois, sur le quai de l'Ecole ; un port spécial,

1. Nous en citerons deux seulement, qui nous sont fournies par Corrozet : « Et portoient lesdicts Parisiens leurs armoiries de gueules à un pal d'or, qui avoit autresfois esté le blason de Paris de Troye. » Et plus loin : « L'an mil cent nonante, il [Philippe- Auguste] luy donna les armoiries qu'elle porte aujourd'huy, c'est de gueulles à une navire d'argent, le chef d'azur, semé de fleurs de lis d'or. Donnant par ces signes à entendre que Paris est la dame de toutes les autres villes de France, dont le Roy est le seul gouverneur et patron, qu'elle est la nef d'abondance et affluence de tout biens. » Corrozet, Antiquité? de Paris, p. 5 et 64.

celui de Saint- Landry , à l'extrémité de la rue de ce nom, approvisionnait la Cité; et un quatrième, moins fréquenté que les précédents, existait près du Petit-Pont.

L'extension que prit peu à peu le commerce de Paris, dota la ville d'une bourgeoisie riche, active, intelligente, qui ne tarda pas à jouer un grand rôle dans son histoire. Parmi les familles bourgeoises qui se distinguaient alors, soit par leur , fortune, soit par leur influence, nous citerons :

La famille Bourdon, qui donna son nom à deux rues de Paris : la rue Renier-Bourdon;, devenue rue des Bourdonnais , et la rue Guillaume-Bourdon , devenue rue Béthisjr l; Ce Guillaume Bourdon fut prévôt des marchands en 1280, et réélu en 1296.

Cette famille était alliée à celle des Akrode. Jean Bourdon avait épousé la fille de Jean Arrode 2, qui fut échevin de Paris en 1280 et prévôt des marchands en 1289. Nicolas Arrode, son père sans doute, avait donné son nom à une des portes 3, et à une des

Page 1