Rue Sainte-Croix de la Bretonnerie
Jehan Popin , prévôt des marchands en 1293, était le descendant d'une ancienne famille dont le nom se retrouve dans le FieJ Popin, et dans la rue de V Abreuvoir-Popin.
Citons encore :
Les Le Flamenc, famille de riches changeurs.
Les Marcel, dont l'un, Pierre Marcel le vieil, était l'un des plus forts imposes de Paris.
Etienne Haudry, qui donna son nom à la rue des Vieilles-Haudriettes.
Etienne Boisj.ève, le célèbre prévôt de Paris.
Jean Bigue, qui fut échevin en 1280.
Etienne de Bailly, qui habitait la rue Etienne-de-Bailly, devenue rue de Longpont.
Enfin, Maître Richart, le barbier du roi, qui demeurait rue Bertin-Porée.
La royauté, sans cesse aux prises avec des embarras d'argent, vit bien qu'il fallait désormais compter avec cette bourgeoisie aussi riche qu'intelligente. La hanse parisienne conquit donc peu à peu de précieux privilèges, et le jour vint où elle demanda à administrer ellemême la ville qu'elle avait faite si prospère.
Jusque-là, tous les pouvoirs étaient restés concentrés entre les mains du Prévôt de Paris, maître absolu, qui n'avait au-dessus de lui que le roi, et qui, sur son siège du Grand- Châtelet, rendait la justice en matière civile comme en matière criminelle ou de police. Les seigneurs ecclésiastiques, l'évêque de Paris, le chapitre de Notre-Dame, les abbés de Saint - Germain - des - Prés , de Sainte- Geneviève, etc., avaient bien leur tribunal particulier, leur échelle, leur pilori, leur exécuteur même; mais chacun d'eux exerçait sa juridiction dans les limites de son territoire seulement.
On ne connaît pas au juste l'origine de la prévôté; cependant deux chartes, l'une de 1060, l'autre de 1067, sont souscrites par Etienne, prévôt de Paris : Stephanus prœpositus parisiensis.
La vénalité des charges de judicature compromit bientôt cette institution. La Prévôté, donnée à ferme et adjugée au plus offrant, devint la proie d'hommes cruels, ignorants et cupides, qui ne songèrent qu'à s'enrichir aux dépens des justiciables. Ces abus furent portés si loin que l'on put craindre de voir Paris se dépeupler, ce La prévosté, dit Joinville, estoit
vendue aux bourjois de Paris, ou à aucuns; et quant il avenoit que aucun l'avoient achetée, si soustenoient lour enfans et lour neveus en lour outraiges; car li jouvencel avoient fiance en lour parens et en lour amis qui la prevostei tenoient. Pour ceste chose estoit trop li menus peuples défoulez, ne ne povoient avoir droit des riches homes, pour les grans presens et dons que il fesoient aus prevoz... Par les grans injures et par les grans rapines qui estoient faites en la prevostei, li menus peuples n'osoit demourer en la terre le roy, ains aloient demourer en autres prévostés et en autres signouries. Et estoit la terre le roy si vague, que quant li prevoz tenoit ses plaiz, il n'i venoit pas plus de dix personnes ou de douze. Avec ce, il avoit tant de maufaitours et de larrons à Paris et dehors, que touz li païs en estoit pleins \ »
Saint Louis, « qui metoit grant diligence [à connaître] comment li menus peuples estoit gardé, sut toute la véritei. » Il attribua alors au prévôt un traitement rixe, et confia ces fonctions à un homme remarquable par son savoir, son énergie et son intégrité, Etienne Boislève
i. Joinvillc, Histoire de saint Louis, edit. de Wailly, p. 255.
ou Boileau. L'ordre, la sécurité et la confiance revinrent aussitôt; les malfaiteurs furent recherchés et punis, la police fut réglée avec soin, et la justice rendue sans égard pour l'amitié, la parenté ou l'intérêt.
C'est à cette époque que la bourgeoisie entre réellement en scène.
Une partie des attributions jusqu'alors exercées par le Prévôt de Paris fut accordée au chef des marchands de l'eau, de la hanse parisienne; et vers 1228 nous le voyons prendre le titre de Prévôt des Marchands. Quelques années après, on lui adjoignit quatre échevins, puis vingt-quatre conseillers, choisis parmi les bourgeois les plus sages, les plus anciens et les plus au fait des coutumes de la ville. Ces magistrats, tous élus par les notables de la bourgeoisie, représentent assez fidèlement les maires actuels, les adjoints et le conseil municipal. Peu à peu, et par la force des choses, ils devinrent les dépositaires naturels des franchises publiques, en même temps que les maintiens de la bonne foi commerciale. En beaucoup de cas, ils semblèrent personnifier la bourgeoisie parisienne; ce fut toujours par leur organe que la Ville parla dans les circonstances où elle dut intervenir,
et qu'elle apporta ses hommages au pied du trône. Ils surveillaient l'approvisionnement de la ville, l'entretien du pavage, des ponts, des quais et des édifices; ils percevaient les revenus et en déterminaient l'emploi, fixaient les droits d'entrée sur les diverses marchandises, réglaient l'ordre des fêtes et des cérémonies publiques, etc., etc.
Les réunions de la hanse parisienne se tinrent d'abord dans une maison qui touchait le mur d'enceinte, à l'extrémité de la rue de la Harpe (alors rue Saint-Cosme), et derrière le couvent des Jacobins; on la nommait la maison de la marchandise ou le Parlouer aux Bourgeois. Plus lard, ces assemblées eurent lieu sur un emplacement plus central, dans un bâtiment situé entre le Grand -Châtelet et l'église Saint -Leufroy 1 (place du Châtelet actuelle). Enfin, en i35y, le Parlouer aux Bourgeois fut transporté sur la place de Grève, dans une propriété qui s'était appelée successivement la maison de Grève, la maison aux Dauphins 2 et la mai-
1. Tous ces faits ont été l'objet de nombreuses controverses.