‹ Les rues et les cris de Paris au XIIIe siecleChapitre 9 sur 121 · Démolie en · texte numérisé non relu

Démolie en

Jean-en-Grève, qui fut détruite en i838 pour agrandir Y hôtel de ville ; Saint-Thomas-du- Louvre, devenue S aint-Louis-du- Louvre et démolie en 1 8 1 1 ; Saint-Sulpice, reconstruite au dix-septième siècle; Saint-Symphorien, dont on vient de retrouver les ruines dans les caves du magasin de la Belle Jardinière; Sainte-Madeleine, dans la Cité, démolie en 1789; des Mathurins, rebâtie au quinzième siècle ; de l'abbaye Saint - Antoine - des- Champs, aujourd'hui hôpital Saint -Antoine, etc., etc. Cependant les habitations particulières restaient laides et incommodes, dépourvues d'air et de lumière, mal distribuées à l'intérieur et d'un aspect misérable au dehors. Le lit était le principal ornement du logis; un bahut, un buffet, une armoire, un chandelier de fer, une table et quelques escabelles complétaient le mobilier des classes inférieures. Un poêle, commun à toute la famille, parfois même à plusieurs, n'était guère allumé qu'au moment du dîner, qui se servait à dix heures, et du souper qui avait lieu à quatre heures en hiver et à cinq heures en été ; à huit heures, la cloche de l'église voisine sonnait Y Angélus, signal du coucher. Nous trouverons au siècle sui-

vant quelques riches demeures à décrire; mais jusque-là, les palais royaux eux-mêmes furent fort pauvrement meublés; la propre chambre du monarque était jonchée de paille, et au mois de mars 1208, Philippe-Auguste accorda à l'Hôtel-Dieu, par lettres-patentes, toute la paille qui garnissait sa chambre et sa maison de Paris, omne stramen de caméra et domo nostra Parisiensi* , chaque fois qu'il quitterait cette ville pour aller séjourner ailleurs.

Le seul luxe que se permissent, même les plus riches seigneurs, était celui des vêtements. L'amour de la magnificence et le goût des parures, rapportés d'Orient à la suite des Croisades, avaient été aussitôt exagérés par toute la cour, que la bourgeoisie s'efforçait d'imiter. C'est là, en grande partie, l'origine de l'étrange ordonnance somptuaire rendue par Philippe le Bel en 1294, et ou l'on trouve ces articles :

« i° Nulle bourgeoise n'aura char.

« 20 Nul bourgeois, ne bourgeoise ne portera vair, ne gris, ne ermines, et se délivreront de ceux qu'ils ont, de Pâques prochaines

1 . Lettres-patentes, dans Félibien, Histoire de Paris, pièces justificatives, t. XII, p. 240.

en un an. Ils ne porteront or, ne pierres précieuses, ne couronnes d'or ne d'argent.

« 4° Li duc, li comte, li baron de 6,000 livres 1 de terre, ou plus, pourront faire quatre robes par an, et non plus, et les femmes autant.

ce 8° Chevalier qui aura 3, 000 livres de terre, ou plus, ou li bannerets, pourra avoir trois paires de robes par an, et non plus; et sera l'une de ces trois robes pour esté...

« ii° Garçons n'auront qu'une paire de robes l'an.

a i2° Nulle Damoiselle, si elle n'est chastellaine ou dame de 2,000 livres de terre, n'aura qu'une paire de robe par an.

« 140 Nul ne donra, au grand mangier que deux mets et un potage au lard, sans fraude ; et au petit mangier, un mets et un entremets. Et se il est jeusne, il pourra donner deux potages aux harens et deux mets, ou trois mets et un potage. Et ne mettra en une escuelle que une manière de chair, une pièce tant

1. Un revenu de 6, 000 livres au treizième siècle représente aujourd'hui environ 400,000 livres de rentes. Voy. G. Leber, Mémoire sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge; dans les Mémoires présentés à l'Académie des inscriptions, t. I, p. 23o.

seulement, ou une manière de poisson... Et sera comptée toute grosse chair pour mets. Et n'entendons pas que fromage soit mets, se il n'est en paste ou cuit en yaue.

« i5° Nuls prélats ou barons, tant soit grans, ne puisse avoir robe, pour son corps, de plus de vingt-cinq sols tournois l'aune de Paris.

« 270 Les bourgeois de 2,000 livres tournois ne pourront faire robe de plus de dix sols tournois l'aune, et pour leurs femmes de douze sols au plus *. »

Inutile de dire que cette ordonnance ne fut pas exécutée longtemps.

\u son de Y Angélus, les marchands fermaient leurs boutiques, le travail cessait partout; le silence succédait peu à peu à l'activité bruyante du jour, et la ville entière restait plongée dans l'obscurité. Le dimanche, les magasins et les ateliers demeuraient déserts, et la population tout entière se pressait dans les églises. Après les offices religieux, les artisans, les gens de métiers, les valets, les apprentis, se réunissaient chez les bufetiers et les taverniers, les marchands de vins et les

1. Ordonnances des rois de France de la troisième race, t. I, p. 541 .

gargotiers de l'époque 1 ; tandis que les bourgeois, accompagnés de leur famille, allaient se promener dans les vignes, les jardins et les courtilles qui entouraient Paris.

Le lendemain, la ville reprenait son aspect accoutumé; les artisans retournaient à leurs travaux; les marchands se retrouvaient au seuil de leurs sombres boutiques, guettant les passants et s'efforçant par mille moyens d'attirer leur attention; aussi les règlements de police leur interdisaient-ils d'appeler l'acheteur avant qu'il eût quitté la boutique voisine. Les marchandises étaient étalées devant la fenêtre, sur une tablette faisant saillie au dehors ; un auvent de bois accroché en l'air protégeait les chalands contre la pluie.

En général, chaque métier était centralisé dans une même rue; tous les marchands, "artisans, fabricants, logés à côté les uns des autres, exerçaient la même profession et appartenaient à la même confrérie. Voici, d'après la taille de 1292, les rues qui pouvaient devoir leur nom à des corps de métiers : la rue de la Saunerie 2, où habitaient quatre poissonniers, une poissonnière et une saunière ; la rue de

t. Voy. ci-dessous, p. 42.

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