‹ Les ruines de l'Abbaye de VillersChapitre 1 sur 45 · TOUS LES EXEMPLAIRES SONT REVÊTUS DE LA SIGNATURE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

TOUS LES EXEMPLAIRES SONT REVÊTUS DE LA SIGNATURE DE L'AUTEUR

PRÉFACE

La vogue toujours grandissante dont jouissent nos ruines incomparables de Villers, que tant de nations nous envient avec raison, est un fait trop connu aujourd'hui pour qu'il soit nécessaire de le démontrer. Et cette renommée, qui est vraiment universelle, n'est certes pas le moins du monde usurpée. C'est qu'en effet, ces ruines splendides sont, à juste titre, considérées comme le spécimen, sinon le plus complet, du moins le plus original que l'on possède encore, de ce curieux style de « transition »ou romano-ogival, qui caractérise nos monuments du commencement du xme siècle, alors que l'art ogival en était encore à ses derniers tâtonnements, prélude très intéressant de l'essor merveilleux, d'où allait surgir, au cours de ce siècle mémorable, ces splendides cathédrales gothiques, dont nous sommes si justement fiers.

Grâce aux intelligents travaux, tant de déblaiement que de conservation, exécutés depuis 1903, avec le plus grand succès, par les soins de l'Etat, dans les ruines de l'abbaye de Villers, la Belgique montre donc aujourd'hui, avec un légitime orgueil, le spécimen, assez rare, d'une vaste abbaye.cistercienne, telle à peu près qu'elle sortit de terre, pendant ce grand treizième siècle, qui marque l'apogée de l'architecture chrétienne et monastique.

L'afHuence sans cesse croissante des visiteurs, désireux de contempler ce revenant d'un autre âge, est la meilleure preuve du puissant intérêt qu'inspirent de nos jours ces débris gigantesques.

Pour notre part, nous l'avouons franchement, les longues heures, trop peu nombreuses encore à notre gré, que nous avons passées à diverses reprises au milieu des ruines de Villers et d'Aulne, interrogeant chacune des vastes et nombreuses salles, aujourd'hui tristement désertes, chaque réduit, chaque pierre, chaque tronçon de colonne ou fragment quelque peu caractéristique, tout en évoquant le souvenir des moines, si tragiquement disparus de ces lieux faits pour eux seuls, compteront certainement parmi les moments les plus délicieux de notre existence.

Que nos jeunes et sympathiques lecteurs, encore étrangers, peut-être, à ces jouissances raffinées de l'âme, et à l'intention spéciale desquels sont rééditées et mises à jour ces modestes pages, écrites il y a bientôt une dizaine d'années, veuillent bien essayer à leur tour d'en faire l'expérience, rendue fort aisée, d'ailleurs, en notre compagnie.

Nul doute qu'en s'arrachant à l'attraction irrésistible, que ces ruines mystérieuses et poétiques, exercent sur toute âme bien équilibrée, nos jeunes amis ne partagent absolument alors notre manière de voir ! Nul doute

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même qu'ils n'en sortent qu'en se promettant bien d'y revenir le plus souvent possible, pour y savourer à nouveau ou (ce qui sera le cas le plus ordinaire) faire connaître à des êtres aimés le plaisir attaché à la visite de ces ruines vénérables et si imposantes encore dans leur affreux délabrement.

C'est qu'en effet tant d'agréments s'y trouvent réunis, qu'il y en a pour tous les goûts ! Témoin ces lignes si éloquentes en leur brièveté : « Le tou- « riste trouve dans les Ruines de Villers, un aliment à sa curiosité ; le « flâneur y passe des heures agréables ; le peintre y copie la nature ; « l'archéologue y prend des notes ; l'historien y interroge des dates précises, >< l'architecte y trouve d'heureuses inspirations ; tous y aiment la solitude; « les bois, l'air pur. » (L'Abbaye de Villers-la-Ville, de l'Ordre de Clteaux. — Description des Ruines avec plans et dessins, par Ch. Licot, architecte, et Emile Lefèvre, membre-correspondant de l'Académie de Reims, i883.)

Avec une délicatesse exquise et toute française, bien digne de celle de ses nobles ancêtres, M. Faligan de Vergne, nous a offert, spontanément et sans aucune condition, pour notre ouvrage, une magnifique collection de photographies des ruines de Villers, grand format, prises avec toute la perfection désirable, à l'aide d'un appareil de premier ordre. Ces photographies sont, non seulement bien choisies et tout à fait inédites, mais ont de plus le mérite très précieux d'être antérieures, pour la plupart, aux travaux de déblaiement, et par suite, de ne plus pouvoir être prises aujourd'hui. Elles appartiennent par là même à l'histoire des ruines et ne feront pas, d'autre part, double emploi avec les innombrables cartes-vues actuellement en cours. Que M. Faligan de Vergne veuille donc bien agréér ici le témoignage réitéré de notre vive gratitude pour ce don si précieux au point de vue de l'histoire des ruines de Villers.

Nous offrons également nos remercîments les plus sincères à MM. les Administrateurs du T. C. B., à M. l'architecte Pepermans, le digne successeur de M. Licot, au R. P. de Moreau, l'érudit éditeur des chartes de Villers du xne et du xme siècle, et enfin à M. l'abbé Pierson, le révérend curé de Villers et l'un des amis les plus éclairés et les plus dévoués de nos inestimables ruines. Tous, comme à l'envi, se sont empressés de nous communiquer ce qu'ils ont jugé de nature à faciliter notre tâche ou la rendre plus complète.

Quant aux sources assez nombreuses auxquelles nous avons dù avoir recours pour mener ce travail à bonne fin, nous les mentionnerone en bloc en terminant, sous le titre de Bibliographie de Villers, ce qui, entre autres avantages, permettra à ceux de nos lecteurs à proximité des grandes bibliothèques, de se rendre compte par eux-mêmes des polémiques qu'a soulevées l'église abbatiale de Villers, depuis l'apparition de notre première édition.

Comme ces questions font partie intégrante de « l'Histoire des constructions de l'Abbaye de Villers », nous nous réservons la faculté de les examiner plus tard en détail à notre tour, en traitant cette matière dans notre travail, en préparation, sur Les Fastes de l'Abbaye de Villers et l'histoire de ses Ruines.

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Avant de nous efforcer de faire connaître comme elles le méritent, ces ruines encore si grandioses, qu'on nous permette de rappeler certains passages, toujours plus que jamais d'actualité, de l'allocution adressée le 6 Octobre 1902 par M. Lagasse de Locht. l'honorable président de la Commission Royale des Monuments, aux membres de celle-ci, réunis en assemblée générale au Palais des Académies.

« Nous serions heureux, qu'à Villers, l'on put satisfaire tout le monde. Tant mieux si les « pittoresques », pouvaient continuer à y jouir du « charme inimitable des ruines .>, c'est le mot dont ils se sont servis. Tant mieux encore si les artistes, les savants pouvaient aussi s'y déclarer satisfaits.

Quant aux « pittoresques » qu'ils se rassurent ; il n'est pas question de ressusciter l'église de ses ruines. Mais pour les satisfaire, faut-il la laisser s'anéantir absolument ? — Ne faut-il pas reconstituer quelques bandeaux dans la voûte, afin d'empêcher que certains contreforts destinés à subir les poussées de celJe-ci, manquant de quoi répondre à leur destination primitive, ne produisent juste l'effet contraire et n'achèvent, en poussant au vide, d'abattre ce qui reste encore des murs magnifiques et vénérables de la splendide abbatiale ?

Je le sais; on objecte la beauté de l'actuelle ruine. Mais ici vraiment on

oublie ce que savent tous les vieux amis de Villers dont nous sommes ;

nous avons connu la haute nef de l'église revêtue de sa voûte. Il y a à peine 25 ans qu'elle s'est effondrée tout entière.

Si elle était rétablie partiellement dans un but confortatif W, les ruines de Villers en seraient-elles moins belles ? Selon moi, elles seraient comme je les ai connues jadis, beaucoup plus grandioses et plus impressionnantes. Elles s'offriraient sous un aspect plus charmant, plus « inimitable » aux amateurs du pittoresque (2i,

« Rétablissons cette voûte, ne fut ce que par-dessus le chevet (3) et voici que l'œuvre géniale reprend tous ses aspects, ceux qu'a voulus l'artiste et ceux aussi qu'ont entrevus et devinés les rêves féconds de son imagination. Dites : quel « pittoresque » y trouvera sérieusement à redire?

« Ce qui est beau, ce qui est grand, ce qui est simple, revêt nécessairement la forme pittoresque. Ainsi, il n'y a point de contradiction réelle entre la recherche de cette forme et une restauration rationnelle. Tout est affaire de tact et de mesure.... » <*)

Encore une fois, nous ne pouvons qu'adhérer à des paroles aussi sensées et qui justifient si victorieusement la marche suivie jusqu'ici, pour la restauration rationnelle des belles ruines, objet de ces pages.

il Ce vœu est réalisé déjà en partie depuis 1905 par le revoûtement de deux travers de la grande nef et d une partie du transept.

(2) Ayant pu vérifier par nous mîme, avant l'écroulement da la voûte, la vérité de cette apprécia tion, nous ne pouvons qu'y souscrire des deux mains.

(3) Ce vœu a été exaucé, cette voûte est en effet très heureusement rétablie depuis I9U6.

(4) Laçasse de Locht. Rapport sur l'assemblée générale de la Commission royale des Monuments, p. 115.

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