‹ Les ruines de Paris en 4875, documents officiels et inédits: documentsChapitre 7 sur 13 · ET DES COLONIES · texte numérisé non relu

ET DES COLONIES

A SOUMÉA {CALÊDOUIE)

A Son Excellence Monsieur le Ministre de la marine et des colonies, à Nouméa fCalèdonie).

Paru, le 6 avril 4876, Monsieur le Ministre,

P«'est le désespoir dans le cceor ^ que je prends la plume pour rédiger ce rapport, le dernier sans doute que Votre Excellence recevra de Paris. Je ne veux cependant tenter ici aucune justifica-

tion de ma conduite, je ne veux me livrer à aucune récrimination contre les hommes que vous m'aviez donnés pour auxiliaires et qui ont si lâchement trahi le drapeau calédonien ; je dois à Votre Excellence un récit sincère et impartial des faits, le voici.

Depuis le commencement du mois d'avril, j'avais remarqué parmi nos soldats quelques tendances à la mutinerie ; la répression fiit prompte, énergique, et pourtant inefficace. Bientôt des murmures , des menaces même montèrent jusqu'à moi. J'interrogeai des offiders, et leurs réponses embarrassées, évasives, ne m'apprirent rien. Résolu à en finir, j'annonçai que je passerais les troupes en revue le lendemain.

Je couchai à bord, et vers midi

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j^arrivais dans l'avenue des Chefs-Illustres, où tous les corps étaient rangés en bataille.

Un spectacle navrant s'oflrit à mes yeux. La plupart des hommes avaient refusé de revêtir leur grand uniforme et portaient la tenue de travail. Mêlés aux indigènes, ils riaient, chantaient, fumaient leur pipe, se passaient de main en main des bouteilles, qu^une fois vidées, ils lançaient au loin. A mon arrivée, les ofBciers prirent leur rang, mais ils restèrent muets et impassibles. Dès les premiers pas que je fis dans l'avenue, je fiis accueilli par des hourras, des exclamations, des cris confus dont je ne pouvais deviner le sens. Il semblait que ces malheureux eussent été subitement frappés de vertige. Je voulus parler, les cris redoublèrent, et je parvins à

distinguer ces phrases : Vive la République! Liberté de la presse I Droit de réunion I A bas le capital I Suffrage universel I Organisation du travail ! Plus d'exploitation de l'homme par l'homme I

Je comfsis tout.

Je compris la faute que j'avais commise en laissant mes troupes fréquenter les indigènes. Mais les rêveries politiques de ces barbares étaient si naïvement insensées que la contagion de pareilles folies semblait impossible.

Hélas, j'en suis convaincu aujourd'hui, ils ne se trompent point les érudits qui afErment que Nouméa doit son origine à une colonie française ; la voix du sang s'est fait entendre; il n'a fallu qu'une étincelle pour réveiller des instincts assoupis depuis près de trente siècles!

Je ne savais à quel parti m^arrêter, quand un homme sortit des rangs et vint droit à moi.

A ses insignes, à la coquille nacrée qui resplendissait sur sa coiffiire, je reconnus le chef actuel des indigènes.

— Monsieur l'amiral, me dit-il gaiement, vous voyez que toute résistance est inutile*, nous sommes huit mille hommes bien armés, et aucun étranger ne mettra plus le pied sur ce territoire, qui nous appartient ; inclinez-vous devant le &it accompli et soyez des 'nôtres. Le règne de la tyrannie est ter* miné, vous lisez sur notre drapeau ces trois mots: Liberté, égalité, fraternité; ils feront avec nous le tour du monde.

Pour cela, a)outa-t-il en souriant, ce n'est pas trop d'un amiral; acceptez donc mes offres, vous conserverez

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votre titre, vos fonctions et .votre brillant uniforme.

Indigné de cette proposition, je me retournai vers les vénérables savants que Votre Excellence m'avait donnés pour conseils, et je les interrogeai du regard.

Tous baissèrent la tête.

Le chef s'approcha d'eux.

— Monsieur Seyssel, dît-il à l'un dVux en lui tendant la main, la place que vous avez sollicitée du nouveau gouvernement vous est accordée. Par décret signé il y a dix minutes, vous êtes nommé conservateur du monolithe de la place de la Navigation . .

Ma dépêche d'hi^ a été interrompue

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