Les ruines de Pompéi
Si je n’avais eu pour but, lorsque j’ai entrepris cet ouvrage, que de me procurer une satisfaction d’amour-propre , ou des avantages personnels , ma constance serait depuis long-temps épuisée ; il m’eût été difficile de me résoudre à faire à ma vanité ou à mon intérêt le sacrifice de mes plus belles années et des derniers débris d’une fortune détruite : mais j’ai reconnu , dès les premiers moments , que mon travail sur Pompéi , unique jusqu’alors , désiré depuis long-temps, pouvait être de quelque utilité pour les arts, comme pour la science de l’antiquité , et j’ai aussitôt tout abandonné jusqu’au soin de mon avenir, tout sacrifié jusqu’au nécessaire , pour accomplir cette œuvre que le hasard semblait m’avoir réservée. Seize années employées à rassembler les matériaux nombreux de ce vaste ouvrage , à publier les deux volumes précédents, et à préparer celui que j’offre aujourd’hui, sont les garants de ma persévérance, bien récompensée par les encouragements que le gouvernement, les artistes et les savants ont daigné accorder à mes efforts. En entrant dans ces détails, je n’ai pas l’intention d’occuper de moi, ni d’intéresser davantage; j’ai voulu seulement faire pressentir que mon zèle pour mon entreprise date de loin, et qu’il est fondé sur un motif assez puissant pour qu’on ne puisse imputer à son refroidissement la lenteur avec laquelle les livraisons se succèdent. Les personnes qui, dans les temps orageux que nous avons traversés , ont vu tant d’ouvrages annoncés s’en tenir à leur prospectus, ou s’éteindre dès les premières livraisons ; celles qui savent combien le travail de la gravure est long, et combien il est difficile de se procurer de bons graveurs; ces per-