TOMBEAUX ET MONUMENTS FUNEBRES
Les premières découvertes de |663 navoient procuré aucun tombeau parfaitement conservé; mais les dernières en ont fait retrouver un grand nombre dont on voit les plans pl. XV. Us sont placés de chaque côté de la voie, principalement à droite en allant vers la ville".
On a vu dans la pl. IV le tombeau SArrius Diomèdes et ceux de ses enfants ; celui qui vient immédiatement après, marqué A sur le plan, repose sur le même soubassement continu (pl. XVI, fig. I). Il est construit en moellons recouverts d'une décoration eu stuc. Ce monument devoit être d'un ensemble agréable, quoique d'un goût un peu capricieux. La partie supérieure est entièrement détruite; elle étoit composée d'un entablement portant des statues, et d'une inscription que l'on voit dans la vignette à la Hn de ce volume'. Les statues médiocrement sculptées et recouvertes autrefois d'un stuc très fin, représentent un homme en toge, et une femme drapée avec assez de dignité. L'inscription nous apprend que ce tombeau fut élevé à Lucius Ceius, fils de Lucius, de la tribu Ménénia'; et à Lucius Labéon, deux fois duumvir quinquennal pour la justice, par Ménomachus, affranchi'. On reconnoît aisément que la face principale (pl. XVI, fig. I) étoit ornée de deux portraits représentant probablement Ceius et Labéon. La face latérale du côté de la ville (fig. II) otTroit deux bas-reliefs. Le peu qui en reste fait regretter ce qui manque; car le costume héroïque et le style un peu roide de la sculpture rendent ce monument assez curieux. La face opposée n'a point de bas-relief; elle est décorée d'un treillage et de boucliers. On y voit aussi une petite fenêtre destinée à donner du jour à l'intérieur du caveau '; enfin on reconnoît encore sur la face postérieure une frise d'armes mêlées. Le socle étoit surchargé tout autour d'inscriptions peintes en rouge; mais elles sont tellement effacées, qu'il n'est plus possible d'y rien distinguer.
La planche XVI présente encore une autre sépulture qui n'est guère remarquable que par sa petitesse; mais cela même doit la rendre intéressante. Ce tombeau, élevé sans doute par une pauvre famille, prouve que chez les anciens toutes les classes de la société portoient un égal respect aux cendres et à la mémoire des" morts ; chacun, selon ses facultés, s'empressoit d'élever aux mânes des personnes chéries quelqu'un de ces monuments funèbres, où les parents, les amis et les personnes pieuses, venoient déposer des offrandes, témoignages d'affection et de regrets.
Le tombeau suivant, marqué B sur le plan, est parfaitement conservé. Il est entièrement massif et construit en travertin. Sa forme est simple, noble et élégante (pl. XVII). Sa base (fig. II) et sa
(1) M. MUUn, membre de l'Institut national de France, a publié à Naples, en i8i3, un petit ouvrage fort intéressant dans lequel il a décrit et fait graver quelques-uns de ces monuments. Voyez Description des Toiitbcaii.T ilc Pumpr: , clr. { i vol. in-8°.)
M. de Clarat a publié, vers le même temps, un petit volume de même format, intitulé Pimjici , dans lequel il donne le détail des fouilles ilnnt il a été témoin le i" mai et le i8 mars t8i3 ; il y a joint des gravures représentant la plus grande partie des objets qui furent trouvés dani ces fouides. Cet ouvrage renferme beaucoup de détails curieux.
(a) La seconde loi du droit sacré, dans les lois des douze Tables, défendoit d'enterrer les morts dans la ville. C'est pourquoi l'on plaçoil les tombeaux aulolu- des murailles et le long des chemins. ( Voyez FaM. Ilb. ir, p. a36. )
(3) Les fragments de l'entablement, les statues et l'inscription, ont été trouvés dans les cendres à une assez grande hauteur au-dessus du sol ancien; ce qui ne hisse aucun doute. Comme ces statues sont d'un travail très ordinaire, je n'ai pas cru devoir les donner.
(4) lia uibu Ménénia étoit une des dernières tribus rustiques. ( Grœr. Thesntir. aiitiq. Itom. iiip. /, , /xi^. ayS.) On voit par les fragments d'ime table contenant les noms des citoyens d'Herculanum agrégés à diverses tribus romaines , qu'un grand nombre d'habitants de ces contrées étoieut inscrits dans n-n.lril.Li, ( I Hssert. Isogog. pag. et tes pi Xir, XI, XI'l.)
(5) Voyez la visi.ni,. Ij llii.ln lolume.
(61 Lorsque je ,ltssiiiai n's loLiibraiis , on n'avoit point encore découvert son entrée; ainsi j'en ignore la distribution intérieure.
corniche (%. IH) sont bien profilées. Le larmier de- la corniche est inchné sur les faces hitérales. et d'aplomb sur les deux autres; particularité que pi observée dans plusieurs monuments, et qui ne peut point être attribuée à un défaut d'exécution. Ce tombeau porte deux inscriptions, dont les lettres sont fort serrées, et d'une forme étroite. Ces inscriptions sont absolument semblables entre elles, à l'exception du dernier mot Jilio, qui, dans l'une, est écrit filo. En voici la traduction :
« A Marcus Aileius Lucius Libella père, édile, duumvir, préfet quinquennal ; et à M. Alleius a Libella son fïls, décurion, qui a vécu dix-sept ans. L'emplacement de ce monument a été donné a aux frais du public. Alleia Décimilla, fille de Marcus, prêtresse publique de Cérès, a fait élever « ce monument à son époux et à son fils. »
Derrière ce tombeau, on voit encore une petite enceinte, marquée b sur le plan, destinée sans doute à servir d'e sépulture à quelque famille sans nom ou sans fortune. Elle n'offre rien d'intéressant, non plus que le massif d'un tombeau voisin à peine commencé, et qui ne selève que d'une assise au-dessus du sol.
Un peu plus loin on a découvert un autre tombeau, marqué C sur le plan, qui mérite de nous arrêter un instant (pl. XIX). Il est construit eu petites pierres de tuf, employées d'une manière régulière, soit en assises horizontales, soit en i-eticulatum (fig. I). U n'est pas plein comme le précédent, mais il renferme une chambre sépulcrale. Au fond, en face de la porte, est une niche décorée d'un fronton où était placé un grand vase d'albâtre contenant des cendres '(fig. II et III). Autour de cette chambre sépulcrale règne un appui sur lequel étoient posées d'autres urnes cinéraires et des lampes de terre cuite.
Fig. V, vase de verre.
Fig. Vï, id. en terre rouge.
Fig. VII, id. eu marbre.
Fig. VIII, id. en albâtre.
On a trouvé aussi dans ce tombeau des amphores d'une grande dimension.
Ce monument étoit fermé par une porte en marbre (fig. IV) tournant sur deux pivots {a, armés d'un godet de bronze, et emboités dans une crapaudine de même métal. Cette porte se tiroit avec un anneau et se fermoit avec une serrure, dont on aperçoit encore la trace.
Quelques pas plus loin, précisément sur l'embranchement des deux voies, on a découvert une enceinte, marquée c sur le plan, avec une porte. J'étois présent à ces fouilles : l'on n'y trouva rien qui pût donner à penser que ce lieu eût jamais été destiné à servir de sépulture. Je crois plutôt que ce devoit être un sacellam, ou chapelle découverte, consacrée sans doute, comme Xœdicula que j'ai déjà douuée (pl. VU, i n"(}), aux divinités protectrices des voyageurs. Ce pouvoit être aussi un ustrinum \ ou lieu destiné à brûler les corps.
Les monuments que je viens de décrire se trouvent placés à gauche de la voie en allant vers la ville. Le côté opposé en offre d'autres mieux conservés et plus intéressants encore. La pl. XVIII, qui donne la coupe de la voie sur ce côté, présente leur élévation générale; et dans les
(0 Dès le temps de Numa, les Romiiins brûloient les morts, et eo conser voient religieusement les cendres; cependant l'usage général éloil d'enterrer les corps; mais, vers la fin de la ri'-piihliqiie, la pLPiniiVe pratique prévalut, et fut mémo udoptt'e g i- né raie ment en Italie. Les Pythagoriciens, selon Pline ( /(A. VAA7'. ci/i. la ) se Oiisoiont simplement ensevelir dans des sarcopliagfs d.' lorri.- uuîle. J'en ai découvert un de ce genre en faisant fr>iiilliT autour des murailles de Parstum.
(1) Un ii.uniiiiiii iliMoii i-tri' cl a fjiKique distance des tombeaux voisins, que la flamme auroit pu endommager; aussi avoit-on soin de !e rappeler ilatis h s Inst ri|)tioiis j. |ni!ir.ilis, et on en trouve un grand nombre qui portent cette formule : AD HOC MOyVMEMTVM VSTRINVM APPLlCAiU NON LlUEl'. ( Voyez Cniter. Inscripl. uni. etc. )
planches suivantes on les trouve successivement sur une plus grande échelle et avec tous leurs
détails. ^
Le premier de ces édifices, marqué D sur le plan, est un tricUnium destiné aux repas funèbres (pl XX) On sait combien les anciens étoient attachés à cet usage. Il existe beaucoup d'mscriptions antiques qui le témoignent, et quelques unes fixent même la dépense du festin et l'époque à laquelle II ilevoit avoir lieu '.
Ce triclinium- consiste en une enceinte découverte, dont l'intérieur est orné de peintures gracieuses; car cheî les anciens, qui «voient sur la cessation de la vie des idées toutes différentes des nôtres, la décoration des tombeaux et des lieux consacrés aux funérailles ne présentoit rien de sinistre.
Les lits sur lesquels se couchoient les convives étoient, ainsi que la table, en maçonnerie revêtue de stuc; on recouvroit ces lits de matelas et de draperies. Le petit piédestal rond devant la table pouvoit servir à placer l'image de la personne en l'honneur de laquelle on se réunissoit ; peut-être même ctoit-ce un petit autel sur lequel on répandoit des libations pendant le repas.
Ce triclinium, qui n'a point d'inscription, ne paroit pas appartenir exclusivement à aucun des tombeaux environnants; il devoit pL.tôt être banal, et servir, moyennant une légère rétribution, à toutes les familles qui possédoient des sépultures dans ce quartier ^
La fig. I présente la coupe de cet édifice.
La fig. II donne le détail du fronton de la façade sur la rue.
La fig. III offre la vue perspective de l'intérieur du triclinium. Les peintures, lorsque je les dessinai, étoient parfaitement conservées. Il n'y a absolument rien de restauré dans cette vue, si ce n'est le petit piédestal, qui est aujourd'hui ruiné, conmie on le voit dans la coupe (fig. L)
Le monument suivant marqué E sur le plan (pl. X'V) est un de ces tombeaux qui, chez les anciens, seryoient de sépulture commune à tous les individus d'une même famille; il se compose d'une enceinte formée par un mur assez élevé et d'une chambre sépulcrale de petite dimension, autour de laquelle on a pratiqué plusieurs niches, ainsi qu'une espèce de soubassement continu, destinés à recevoir des urnes cinéraires (pl. XXII, fig. I). La voûte de cette chambre supporte, à l'extérieur, un cippe de marbre élevé sur deux gradins (pl. XXI, fig. I). L'ensemble de ce tombeau est d'un aspect assez agréable, et les détails dont il est orné achèvent de lui donner un grand intérêt. La face postérieure du cippe est entièrement lisse; mais les trois autres sont enrichies d'ornements et de bas-reliefs. La première (pl. XXI, fig. II) a, au centre d'un bel encadrement, une inscription dont voici le sens.
« Nevoleia Tyche, affranchie (de Julia), à elle-même et à Gains Minatius Faustus, augustal <i et paganus^^ auquel les décurions, avec le consentement du peuple, ont décerné le bisellium « pour ses services. Nevoleia Tyche a fait élever ce monument, de son vivant, pour ses affran- « chis et afïranchies, et pour ceux de Caius Minatius Faustus. »
Au-dessus de l'inscription on a placé le portrait de Tyche, et au-dessous un bas-relief oii l'on
(0 Voyez ( Slucli. /Inliq. atmiv. lib. I, cap. ^6, p. ia4i et Ferrer. Musfr laptd. aniiq. tib. lll, p. liiS et 191.
(3) Comme il est question des Iriclirua dans la seconde partie de cet ouvrage, qui traite des habitations, je n'ai pas cru devoir donner ici plus de détaib sur ce sujet.
(3) 11 n'étoil permis de rendre cet honneur funèbre quaux personnes libres {Lfg. itwjJ. Tiibul. tif jure xrn rv. Voyez f erretiu , Miaœ lapid. lint. bb. //', pii^. a3G ). Cependant il paroit que cette loi tomba dans l'oubli; car Arbuthnot ( TiibiiJ. mit. ituiii. rU:) cite un certain Minutius Anteras, affranclii, qui légua uue somme annuelle de 10,000 sesterces, c'est-à-dire environ a,ooo francs, pour être dépensée tous les ans en soii iionneur.
(4) Le premier de ces titres indique que Munattus étoit agrégé au collège des augustaux ; le second désigne une charge municipale.. Le /nngister pagi étoit le magistrat d'un pagus ou arrondissement rural. Voyez : (PiliscuJ, Lexic. tintitiuit. Hom.p. 1 14 at uf^-t
rie rf "/f t bas-,.elief son. les n,agis.,.a.s n.unicipanx, de
lautre la,/.™//., de Nevole.a, et au milieu un autel sur lequel un jeune homme dépose u grande ou une v.c.m. , dont il seroit diffieile de désigner la nature. Auprès de lautel on dis „ nue sorte de c.ppe qu, représente le tombeau, et tout contre est un autre ieune homme q , ponrroit bien-être le fils de Munatius. ' ^
e coo^ias (la proue), d'une forme particulière est ornée d'une tête de Minerve; la ponpe es e minee en co, de c,g„e ou d'oie; ce qui explique le nom de donné à cette' parL "
su. e c;en.s et a I extrémité du mat = flottent les apius^ra. ou pavillons; Munatius, assis à la poupe, tient le gouvernail qu, a la forme d'une longue et large rame'; la vergue est faite de
bien t n P"""'' -^eur a rendue
bien reconnoissable. Divers enfants carguent la voile', et exécutent cette manœuvre comme les mariniers du même pays le font encore. Un de ces enfants grimpe au cordage qui assujettit le mat du cote de la proue'. Toutes les drisses de la voile viennent aboutir à un billot où elles passent <la„s des trous qui servent à les amarrer; en un mot, la manière dont on a exprimé chaque détail rend ce bas-rehef extrêmement précieux. Quelques personnes ont cru y reconnoitre une allégorie. Ce va,sse..u, prêt à toucher au port en échappant aux (lots irrités, seroit, selon eux, un emblème relatif a Munatius, qui, à la fin d'une existence long-temps agitée, considérant le tombeau comme le seul asile donné à l'homme contre les orages de la vie, s'en approcha avec joie a,n.n qaan voyageur, après une longue navigation, aperçoit la ter^, et se ré/ouù da.ance darri^lr au port. (Ccer. de Senect. cap. XIX. 7,.) Mais celte barque, dont tous les détails sont rendus avec tant d'exactitude, n'auroit-elle pas plutôt quelque rapport avec la profession de Munatius' Pompei, entrepôt du i-ommerce .les villes voisines, devoit avoir beaucoup de citoyens opulents adonnes au négoce et à la marine, et peut-être Munatius étoit-il de ce nombre. Cette opinion est d autant plus probable, que le style allégorique n'est point employé dans les autres bas-reliefs de ce tombeau. Les anciens qui avoient toujours grantl soin de rappeler dans leurs inscriptions les charges, les dignités et les honneurs, n'indiquoient ordinairement les professions de la vie civile que par quelque objet qui y eut rapport; et alors ce vaisseau pourroit être ici comme un symbole du commerce ou de la navigation.
Sur la face opposée on voit le bisellium, ou siège d'honneur, décerné à C. Munatius. Dans l'intérieur de ce tombeau on avoit déposé des lampes et plusieurs urnes cinéraires toutes de terre commune, à l'exception de trois en verre d'une assez grande dimension'. Ces dernières, renfermées chacune dans une capsule de plomb à-peu-près de même forme qu'elles, con-
(.) u ^^xfamlù, ne comprend pas seulement les parents, mais eneore toutes les personnes tpn eonrposent la maison. Cette expression s est conservée en ilalien, et j'ai cru pouvoir l'employer ici en parlant d'antiquités. (1) Ctiernscus, du mot grecxiviw, petite oie.
(3) L'endroi, où se plaçoit ce mit unique s'appdoit chez les Grecs et chez les Utins, le mât étoitmohUe; on l'enlevoit des qu on étort amvé dans le port Un bas-relief antique conservé dans la cathédrale de Salerne m'a fait eonnoilre cet usage
(4) barques arabes de la mer Rouge ont, dit-on, des gouvernails faits en fonne de ran.e . et placés de chaque colé de la poupe
(5) Les cordages qui servoient à hi.<scr la voile et à la cargucr s'appeloicnl /„„. ., , l„ihi„u.
(6) On appeloit ce cordage/,™/,,,,,,.,, el celui qui assujettissoit le niàt du cùlé de la poupe , .-pinmi.
(,) Un de ces vases a , pied a pouces de haut sur ,0° de diamètre ; le, autres ont un peu moins; ce sont peut-étr^ le, morceau, en ver™ les plus considérables qui soient parvenus jnsqu'.., nous. Cependant, quelque curieux qu'ds puissent nous paroit„, ib son, encore bien loin dn degré de perfection auquel les ancien, étoient parvenus dans la fabrication du ver™. Aussi devons-nous les regarder comme des ouvta.es
. , , ™l,.inés et une liqueur composée d'un mélange d'eau , de vin , et d'huile ■ ;
r 7 d"r ue. est Lssàtre, l dans .'autre, jaune, one.ueuse et transpa l: p":';:::: ! .i,uLes fure. p™dui.s par le mélange des libations ,ue Ion repand.t sur les eendres de Munatius et de Tyche
L'enceinte de ce tombeau renferme encore u au r ^ J^^^^ „^
petite borne, et qui ne semble appartenir qua une cies porte cette inscription :