‹ Les ruines de Pompéi (volume 5)Chapitre 2 sur 35 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

sonnes, dis-je, loin de s'inquiéter de la lenteur de ma publication, rendront justice à ma persévérance et aux bonnes intentions de mes éditeurs. L'ouvrage lui-même poi ie encore avec soi une nouvelle garantie dans la perfection toujours croissante du travail : ce qui annonce que ceux qui s'en occupent redoublent d'effort et de soin pour le rendre digne de l'accueil qu'il reçoit.

Je crois devoir rappeler ici qu'après cette troisième partie désignée par le nom générique de Portiques, je donnerai les Temples, les Théâtres, et enfin un plan général de la ville de Pompéi, comme je l'ai annoncé dès l'origine. On a cru devoir répandre que cette dernière partie manquerait à mon ouvrage; elle est faite depuis long-temps, et je n'aurai qu'à y ajouter, au moment de sa publication , les découvertes récentes qui peuvent la compléter. Les fragments de ce plan, que j'ai exposés, en présentent les principales dispositions sur une très-grande échelle; mais celui que je compte donner dans la sixième partie n'est qu'une réduction de ces pages trop étendues pour le format de cet ouvrage: il n'en sera pas moins très-intelligible, parce que l'échelle, quoique réduite, est encore dune proportion suffisante pour permettre d'exprimer jusqu'aux plus petits détails des plans. Chaque édifice portera un numéro de renvoi qui mettra à même de recourir aux plans, coupes et élévations; enfin une explication succincte terminera ce sixième volume, moins considérable que les autres. Je ne fais que répéter ici ce que j'ai dit dans le Prospectus de cet ouvrage ; mais j'ai cru devoir réitérer, afin de ne pas laisser d'incertitude à cet égard.

L'Introduction qui va suivre contient une courte exposition de ce que doit offrir ce troisième volume, et quelques notions générales qui se rattachent aux monuments qui le composent. L'explication de chacun d'eux donnera tous les renseignements nécessaires pour leur intelligence, comme dans les volumes précédents.

INTRODUCTION

J'ai donné, dans le premier volume de cet ouvrage, les Monuments funèbres placés hors de l'enceinte de Pompéi; le second volume a offert les Efidices privés; celui-ci traite des Monuments publics qui n'appartiennent ni à la religion, ni aux spectacles, tels que le Camp, où logeaient les soldats; les Curiœ, où s'assemblaient les corporations de la ville; les Portiques, le Forum, la Basilique, les Arcs de triomphe, et autres Monuments honorifiques.

En suivant un ordre méthodique dans la publication des Antiquités de Pompéi, je me suis privé sans doute d'un grand moyen de succès, puisque j'ai renoncé à provoquer l'intérêt et à le soutenir en variant les sujets que je présente ; mais j'ai fait ce sacrifice en faveur de la science : ces ruines précieuses ne m'ont pas semblé destinées à servir seulement d'aliment à la curiosité , d'amusement pour ceux qui jettent de temps en temps un coup d'œil sur les productions des arts, des sciences et de la littérature; j'ai pensé qu'elles devaient concourir à répandre le plus grand jour possible sur l'histoire de l'art, sur la connaissance des usages publics et privés, sur les mœurs des temps reculés auxquels elles appartiennent : aussi , comme le chimiste qui ne laisse aucune substance dans la nature sans lui demander ce qu'elle peut contenir d'utile aux besoins de l'homme , je n'ai voulu laisser aucun débris de Pompéi sans l'interroger, sans obtenir de lui quelque révélation intéressante pour l'his-

INTRODUCTION

Ile de l'antiquité. Pour arriver à ce résultat, il a fallu nécessairement groupe, ensemble les monuments d'un même genre, a6n de réunir toutes les recherches de faire ressortir tous les faits qui leur étaient relatifs. C'est ainsi nue dans' le premier volume on a obtenu quelques notions de plus sur les cérémonies funèbres; sur la fixation bien précieuse et bien irrécusable du pied romain, qui peut servir de base à la connaissance de toutes les mesures linéaires et agraires dés anciens; des renseignements curieux sur la construction des voies antiques, et enfin des éclaircissements très-positifs sur le système de fortifications des Romains de cette époque, qui peuvent servir de commentaire à Vitruve , à Végèce, et à toutes les descriptions de sièges dont les historiens abondent. Le second volume, où sont rassemblées toutes les habitations de Pompéi, a offert un résultat d'un intérêt plus vif encore , puisqu'il a définitivement résolu une question dont tous les antiquaires n'avaient pu dissiper l'obscurité : en montrant ainsi sur une ligne progressive tous les édifices privés de Pompéi, et même quelques uns qui lui sont étrangers, eu leur rattachant des recherches considérables et faites de bonne foi, je suis parvenu à offrir l'explication et l'exemple des habitations des Romains, pour toutes les classes de la société , et j'ai eu le plaisir de voir les antiquaires de tous les pays accueillir ce travail comme on reçoit la révélation d'un fait désormais incontestable (i).

Je suivrai donc, pour le troisième volume, la même marche que pour les autres. Il renferme, comme je l'ai dit plus haut, les Monuments de Pompéi, que l'on pourrait appeler municipaux, parce qu'ils se rattachaient à l'exercice des droits politiques; le forum, la basilique , les curies, les portiques, servaient aux assemblées des magistrats et du peuple, pour lesquels on les avait créés.

Ces monuments furent élevés parles magistrats locaux, par les corporations de la ville, ou parla munificence de quelques particuliers, comme l'indiquent les inscriptions qui les accompagnent souvent.

Lorsque la commune en faisait les frais, c'étaient les décurions, les édiles ou les duumvirs spéciaux (2) qui dirigeaient la surveillance des travaux exécutés par des adjudicataires. Les adjudications devaient être précédées d'une annonce publique (3). Pour avoir une idée de cette espèce d'affiches, on peut voir les inscriptions de l'Album au commencement de ce volume. Lorsque la nature des travaux était bien connue du public et le jour de l'adjudication fixé, alors les magistrats, assemblés dans le forum ou dans un édifice capable de recevoir la foule des enchérisseurs et des curieux, faisaient commencer la criée. Ceux

(!) Un fragment d'enduit , qui avait jusqu'alors échappé à L'attention des antiquaires, a fourni dans cette seconde partieun monument très-curieux pour la paléographie:; ce sont plusieurs exemples de l'écriture cursive des anciens antérieurement à l'ère chrétienne, frayez tome II, page t.

(■2) Il y en avait de municipaux pour la police de la ville ; d'autres pour les jeux, pour la justice, etc.; chacun d'eux avait la surveillance des monuments dépendant des attributions qui leur étaient confiées.

(3) Cicba., in Perron, act H, lih. I, 54-

INTRODUCTION. ix qui voulaient y prendre part levaient le doigt ( i ) , et déclaraient la somme pour laquelle ils offraient d'exécuter les travaux; chacun des concurrents faisait son offre au rabais (2). Celui qui obtenait ainsi l'adjudication était tenu de donner des cautions (3) pour la bonne exécution des ouvrages. Il reste quelques fragments des conditions générales qui représentaient nos cahiers des charges. Elles excluaient quelquefois telles ou telles personnes (4) , dans la crainte que les ouvrages fussent mal faits (5). L'entrepreneur était obligé de ne fournir que de bons matériaux, chacun dans son genre (6). Le terme auquel les travaux devaient être terminés était fixé (7). S'il s'agissait de réparations, l'entrepreneur était responsable du dégât qu'il pouvait faire dans les bâtiments où il travaillait (8), et donnait caution à cet égard (9); on lui abandonnait aussi les vieux matériaux (10). Lorsque les travaux étaient exécutés d'office aux dépens d'une tierce personne, celle-ci déposait, aussitôt l'adjudication passée , la somme à laquelle l'ouvrage était estimé , ou du moins une forte partie, en donnant caution pour le reste (n). Ces conditions générales étaient exprimées dans l'édit du préteur, de l'édile, ou de tel autre magistrat qui présidait à cette opération.

Les édits rendus successivement par les édiles formaient à Rome la législation des bâtiments et des travaux publics, dont on aperçoit quelques traces dans la loi des douze Tables. Malheureusement il ne nous reste que bien peu de chose de ces règlements , qui seraient des documents précieux. Nous savons cependant qu'ils prohibaient les briques crues , et qu'ils fixaient la largeur des murs sur la voie publique et les mitoyennetés (12), les servitudes pour les jours et l'écoulement des eaux (i3), la qualité des matériaux, comme la chaux, par exemple, qui devait être cuite depuis trois ans pour être employée (14). Les édits des empereurs continuèrent à fournir des règlements salutaires : ils fixèrent la hauteur des maisons dans l'intérêt de la salubrité et de la sécurité publique (i5). 11 nous reste une collection curieuse de règlements sur les eaux, les aquéducs , et les travaux qui y étaient relatifs. Frontin cite textuellement plusieurs senatus- consultes faits à ce sujet, et l'on possède les constitutions impériales du Bas-Empire sur les aquéducs de Rome et de Constantinople. Ce sont sans doute de bien faibles fragments en comparaison des nombreux édits réglementaires dont ils attestent l'existence ; mais quand nous les possé-

(1) Ciceiï., in Verrem, act. II, lib. I, 54-

(a) Id., ibid.

(3) Id., ïbid., 55.

(4) Id., «irf.,55.

(5) Id., ibid.

(6) Id., ibid.

(7) Id-, W.,56,57.

(8) Id., ibid., 56.

(9) Cicer. , in Verrem , act. II, lib. 1 , 56.

(10) Id., ibid.

(11) Id,, ibid.

(la) Vitb., lib. II, cap. 8.

(13) Id., lib. I,cap.I.

(14) Pu«.,Nat. flirt., lib. XXXVI, cap. ui.

(15) Aurcl. Vict., Epitom.; Strab., lib. V

INTRODUCTION

Lions sans lacune, Us seraient désormais de peu d'utilité; il n'en est pas de même des monuments, qui, en offrant des modèles aux artistes, fournissent encore d'heureux renseignements aux historiens et aux antiquaires.

Les édifices que je vais offrir successivement dans ce volume sont d'un haut intérêt; c'est la première fois qu'on en voit de ce genre dans toute leur intégrité- on n'aura point pour les rétablir à se livrer à des compositions chimériques, qui égarent l'antiquaire bien plus qu'elles ne peuvent l'éclairer. Les ruines de Pompéi permettent de remplacer désormais les conjectures par des certitudes, et les restaurations hasardées des artistes modernes par le portrait fidèle des' monuments demeurés presque intacts jusque dans les parties les plus fugitives de leurs décorations brillantes.

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