IV NOTICE SUR M. MAZOIS
nant de Napoléon put résister, mais le roi Ferdinand fut remis en possession de son royaume. M. Mazois s était retiré à Rome. Du mont Circello, dans l’État romain, sans doute on peut découvrir quelques échappées de la baie de Naples; mais de Rome même, l’auteur des Ruines de Pompéi , qui n’avait pas achevé son ouvrage, l’auteur dépossédé n’apercevait rien de ce sol inspirateur où il avait éprouvé des satisfactions si douces. L’Académie de Naples continuait bien ses travaux, Mazois ne les partageait pas. Les académiciens napolitains, naturellement plus réservés, et connaissant la situation du trésor, ne pouvaient exiger de grands sacrifices d'argent d’un gouvernement à peine rétabli, qui avait à fermer tant de blessures; le zèle d’un homme qui n’était préoccupé que d’une seule pensée, qui n’existait qu’à Pompéi, qui ne rêvait que de Pompéi, de ses briques , de ses marbres, de ses dattes desséchées, des inscriptions, quelles qu’elles fussent, du quartier des soldats, et qui savait décrire ce qui restait caché sous les cendres qu'on n’avait pas déplacées, ne trouvait pas, même à Rome, l’aliment nécessaire à sa vie morale. Dans ses conversations , Mazois disait à la nouvelle ambassade qui représentait et servait les intérêts de Louis XVIII : « Plaignez-moi, le comte de Caylus avait jeté les fondements pour étudier la «science de Xantiquaria , Winckelmann avait rendu instructifs les monuments heureusement expliqués par « le premier, et avec ses judicieuses observations il les avait rendus déjà parlants. Visconti a porté plus loin « ses vues, et par sa profonde doctrine il a enseigné l’art de lire dans les ouvrages des artistes anciens la «noble histoire de l’homme et de ses vicissitudes multipliées; moi, aidé des recherches des académiciens «de Naples, je lisais couramment dans Pompéi, je l’interrogéais avidement, Pompéi répondait, et répon- « dait juste. Ma vie était là, et je suis privé de ma vie. Certes je n’oublierai pas les émotions de la reconnaissance dont je suis pénétré pour ceux qui m’y ont appelé. Moi, jeune homme obscur, et qui ne serai « peut-être jamais ce que je devrais devenir, j’aimerai toujours ceux qui ne m’ont fait que du bien : mais je ne «suis pas un homme pobtique dangereux, pourquoi le retour à Naples m'est- il interdit?» On voyait, dans ces plaintes éloquentes, toute l’étendue des douleurs de Mazois, la bonté de son cœur, la franchise de ses opinions; avec cela il y avait eu nécessairement dans l’expression de sa première gratitude, quelque chose de prononcé, de précis, de complètement décidé, qui imposait silence aux amis de Naples, chargés d’obtenir en sa faveur, la permission de rentrer à Pompéi, où il promettait en vain de n’avoir pour compagnons, que Strabon Mazzocchi, Winckelmann, et parmi les vivants, le célèbre chanoine Jorio, et quelques académiciens, en général éloignés du monde.
Nous ne pouvions pas nous dissimuler, M. de Pressigny , l’ambassadeur de France, et moi, l’un de ses secrétaires d’ambassade, que Mazois souffrait un nouveau genre de martyre; cependant, par des raisons dont il tâchait d’adoucir la rigueur, le ministre de Naples Fuscaldo refusait de viser le passe-port qu’on aurait accordé à M. Mazois : l’exilé corrigeait patiemment son palais de Scaurus, où il marchait hardiment et noblement sur les traces de Hauteur d' Anacharsis ; il appelait ingénieusement le palais de Scaurus , le trop plein de Pompéi, lorsqu'il se présenta une circonstance favorable que M. de Pressigny saisit avec un empressement qui prouve combien les intérêts de tous les Français lui étaient recommandés par sa cour, et avec quelle délicatesse il savait les faire valoir. En 1816, un courrier de Paris apporta à M. de Pressigny l’ordre de solliciter auprès du Saint-Père des dispenses pour le mariage de Mgr. le duc de Berry avec la princesse Caroline-Ferdinande- Louise, petite-fille du roi des Deux-S iciles , et d’envoyer sur-le-champ ces dispenses à Naples. M de Pressigny, quand U eut les dispenses, fit venir M. Mazois et lui dit : «Voulez-vous porter ces papiers «à Naples en courrier extraordinaire? Ma puissance ne va que jusqu’au palais du ministre des affaires « étrangères de ce pays; ce sera, s’il vous plait, à vous à chercher les moyens de gagner la Maison de « Diomède, dont vous nous avez tant parlé. Vous vous ingénierez, n'est-ce pas? pour franchir ces quatre « lieues de plus : recevez , du reste, ces lettres pour notre ambassadeur, M. de Narbonne, que je prie de vous « aider encore dans ce projet. »
M. Mazois étant arrivé à Naples avec un passeport de courrier extraordinaire du roi de France, fut Ires-bien reçu et. obtint la permission qu'il demandait : c'est à cette bonne grâce de M. de Press’igny que nous devons la continuation de l'ouvrage de cet illustre archéologue; sans cette attentionBde l'ambassadeur, M. Matois, dégoûté, triste, découragé, allait partir pour Paris et ne serait peut-être jamais revenu en Italie. r
Je rapporterai ici, pour peindre la situation de M. Mazois, une lettre qu'il m'écrivit le a4 avril 1816.
. J'a. été hier à Pompéi, avec M. de Narbonne; aussitôt que j'aurai obtenu la permission d'y travailler « je veux y aller passer quinze jours, exempt de tout souci. Je veux oublier graveurs , imprimeurs , libraires!
NOTICE SUR M. MAZOIS.
« journalistes , banquiers, débiteurs et créanciers, en un mot, l’univers- entier, à l'exception de la gloire et « de mes amis, dont l’image ne m’abandonne jamais : la première m’anime, et les seconds me consolent;
« les illusions de l’une et les soins des autres sont tout ce qui m’attache à ce monde » On retrouve ici le
coloriste brillant et spirituel du palais de Scaurus.
M. le comte de Blacas , successeur de M. de Pressigny , accordait toute sa confiance à Mazois , et l'avait chargé de restaurer l’église de la Trinité du Mont , fondée par Charles VIII, et que les désastres de la «uerre avaient laissée dans un état effroyable de nudité et de misère. Cette église, entièrement restaurée, est aujourd’hui une des plus belles de Rome. Lorsque Ferdinand, roi des Deux-Siciles , visita cette ville, M. de Blacas lui donna deux fêtes, dont les décors furent inventés par Mazois; le local choisi était la célèbre Villa-Médicis, qui nous appartient en vertu d’un échange, opéré par le ministre Cacault, contre le palais où était placée notre Ecole des beaux-arts. Dans ces deux fêtes Mazois déploya une magnificence qui charma le roi Ferdinand : le goût le plus délicat avait été remarqué dans les moindres détails de ces Riccvimenti , où régnait un heureux mélange des pensées qu’inspirent la connaissance de l’antique et l’élégance de nos jours.
M. Mazois avait achevé sa glorieuse mission. Il pensa, comme M. d'Agincourt, que c’était à Paris qu’il fallait publier l’immortel ouvrage des Ruines de Pompéi.
A son arrivée, le gouvernement lui assigna une honorable récompense en l’appelant dans le conseil des bâtiments civils ; et depuis , les divers ministres de l’intérieur qui se sont succédé lui ont confié des travaux importants : il allait vraisemblablement être chargé de la construction d’un palais pour les députés des départements. On lui demandait et il soumettait au ministère les plans du palais dès longtemps projeté , lorsqu’il fut frappé d'un coup d’apoplexie foudroyante, dans la soirée du 3i décembre 1826, à l’âge de 43 ans.
Marié depuis six ans, à une des filles de M. Alexandre Duval , de l’Académie française, l’un de nos plus ingénieux , et de nos plus féconds auteurs dramatiques , il vivait heureux auprès de sa femme , ornée des grâces séduisantes de son sexe, et des qualités du cœur les plus attachantes. Il parlait souvent de la constance de son bonheur domestique, et il préparait de nouveaux ouvrages; car le palais de Scaurus , quoique semé de faits remarquables et de recherches gracieuses, n’avait pas absorbé le trop plein si abondant des ruines de Pompéi ■ Le goût littéraire s’était perfectionné chez cet auteur déjà exercé dans l'art si difficile d’écrire; on avait lieu d’attendre des productions d’un intérêt nouveau : pourquoi le destin devait-il briser sitôt des jours si précieux?
Je possède un dessin de M. Mazois, signé de lui le jour de son départ de Rome; il avait inséré sur une colonne, des vers pleins de charme et de tendres regrets.
Voici ces vers :
Le devoir me l’ordonne , F.t malgré ma douleur,
Il faut que j’abandonne Ma paix et mon bonheur.
Adieu , belle Italie , Paisible et doux séjour!
Adieu, belle patrie Des arts et de l’amour !
Las ! où retrouverai-je ,
En mes regrets amers,
Tes monts couverts de neige, Tes plaines sans hivers,
Tes sinueux rivages Baignés de flots d’azur,
Tes éternels ombrages,
Et ton ciel toujours pur ?
Mais , au pays de France Si je vis plus d’un jour, J’adoucirai l’absence En songeant au retour.
En ces lieux est ma vie :
Plutôt cent fois mourir , Que laisser l’Italie Pour n’y plus revenir!
Mazois n’a pas revu l’Italie; mais il mérite detre considéré comme un de ses enfants les plus distingués. Mazois a droit aux hommages de ses deux patries. Si, comme Rome a dit pour le Poussin, Naples affirme que Mazois lui appartient, la France répond, ainsi quelle a répondu pour le premier a Nous n’aban- « donnons aucune de nos illustrations. En effet, qui peut juger sagement des droits si partagés? la gloire «est aux deux patries : chacune d’elles gardera sa part avec orgueil.»
Ce qui est ensuite assuré , c’est que la Science et l’Art , qui régnent et doivent régner en grand sur le
NOTICE SUR M MAZOIS.
monde savant, ne connaissent pas de semblables querelles, ne s’abaissent pas aux calculs des nations, et ne cesseront d’admirer dans Mazois l’archéologue infatigable, l’écrivain pur, et l’un des créateurs de cette sorte d’histoire , dont le but est de replacer sous les yeux un passé que, sans de tels secours, l’intelligence la plus pénétrante n’aurait pu deviner.
Le Chevaliek ARTAUD, Membre de l’Institut.
ESSAI
Les édifices sacrés sont l’expression du sentiment religieux et des besoins du culte; leur construction a varié selon les progrès de ce sentiment, selon les développements du rite et des cérémonies.
L’homme primitif demande aux objets mêmes qui l’entourent, la cause des impressions qu’il éprouve, et, dans l’état misérable où vivent des hordes vagabondes, parmi les désordres des éléments qui se ressouviennent du chaos, sous l’intempérie d’un climat encore indompté, au milieu des privations de toute espèce, fruits naturels de l’ignorance et de l’incurie, ces impressions tiennent plus de la terreur que de l’amour. L'homme adore donc la foudre au pied de l’arbre que le feu du ciel a frappé; il adore le lion devant les rochers qui forment son antre; le crocodile, au bord des eaux du lac. Tant qu’il ne connaît pas d’autres dieux, il ne lui faut pas d’autres temples.
Dans une civilisation plus avancée, mais entée sur l’immobile barbarie des castes inférieures, une sorte de fétichisme domine encore. Ainsi, le peuple de l’Égypte n’est point admis aux religieux mystères de l’aristocratie sacerdotale : il continue d’adorer les créatures inférieures ; et quoique aidé par l’intelligence plus éclairée des castes privilégiées, il ne peut songer à tirer ces créatures de leur élément, de leurs demeures naturelles. Aussi, le temple égyptien, malgré l’étendue de ses proportions, malgré sa richesse et la majesté de ses ornements, n’est-il encore qu’une caverne déguisée, vastes étables, splendide ménagerie, où chacun des dieux bêlants, sifflants et mugissants, a sa loge et son repaire.
Rien de semblable chez les Grecs. D’une part à la vérité, la pierre, le granit, les bras serviles abondent, tandis que de l’autre on emploie d’abord le bois et le travail des hommes libres ; mais ce n’est pas seulement pour cela qu’il ne faut point demander à l’Égypte le type primitif des temples de la Grèce : c’est que, là-bas, à Thèbes et à Memphis, le principe architectural repose sur la plus grossière et la plus absurde idolâtrie, sur ce culte de la brute déifiée, dont on ne trouve ici aucune trace, même dans les temps les plus reculés de la civilisation hellénique.
Il importait d’éliminer, dès l’abord, cette donnée de la critique routinière, qui s’obstine à chercher sur les bords du Nil ce que peut-être elle devrait demander à l’Indus et au Gange.
Les orientalistes se flattent de lever bientôt le dernier voile qui nous dérobe, au fond de l’Asie, le berceau de la race hellénique et celui de la race italiote. Leurs découvertes confirmeront sans doute ce que font déjà soupçonner tant de traits communs aux deux péninsules que l’on peut appeler les deux Grèces (i). En effet, dans la religion des Étrusques comme dans celle des Hellènes, nous voyons un point de départ pris dans le culte des astres, la plus magnifique des
(i) La linguistique peut déjà fournir à l’histoire des temps primitifs quelques bases fondées sur l’étude comparée des langues de l’Inde et de celles de l’Europe.
Les Hellènes, les Italiotes, les Germains et les Slaves ne sont que des rameaux d’une même souche. Ces peuples, partis du
ESSAI
erreurs humaines touchant la Divinité. C’est dire que d’un côté comme de I autre, nous voyons une première époque religieuse remarquable par l’absence complète d édifices sacrés.
Partout où .l’on adora les dieux -planètes, les célestes coureurs , selon la magnifique étymologie que Platon assigne au mot©eo£(i), le seul temple qu’on jugeât digne d’eux, ce fut la voûte immense qui leur sert d’éternelle carrière.
Ainsi, chez les Grecs, le lieu sacré, Ispôv, n’est d’abord qu’une enceinte placée sur les hauts lieux; ce n’est qu’un Tspwvoç (2), un terrain séparé des champs communs par un mur grossier, ou meme par une simple haie. De même chez les habitants du Latium, et chez les Étrusques si fameux par leurs sciences aruspicines et fulgurales (3), le templum primitif ne nous apparaît que comme une division du ciel et de l’horizon tracée par le lituus augurai, et dans laquelle on prend les auspices : l’enceinte tracée sur le sol, dans un lieu découvert, n’est elle-même qu’une image du champ céleste (4).
Mais bientôt l’imagination ardente d’un peuple peintre et poète personnifie les astres mêmes : elle donne également une existence et un corps à toutes ces forces de la nature qui, sous le beau climat de l’Helléuie, devaient lui apparaître si vivantes et si belles. Ce peuple s’accoutume à se représenter ses dieux sous une forme humaine, afin d’entrer dans un commerce plus intime avec eux. Dans son enthousiasme reconnaissant, il veut élever à la divinité les héros qui ont affranchi , fertilisé, assaini le sol de la nouvelle patrie, et il ne s’aperçoit pas que c’est la divinité même qu’il abaisse au niveau de ses grands hommes ! Généreuses erreurs ! confusion pleine de grâce et de poésie !
L’influence des Hellènes sur l’Italie fut immense, en ce point comme en tous les autres, soit par une conséquence nécessaire de la communauté d’origine, soit par le fait seul des colonies ioniennes et doriennes qui se succédèrent incessamment sur les côtes de la grande Grèce. Les traits principaux de la théogonie étaient communs aux deux peuples, puisque des deux côtés on prenait pour point de départ la marche des corps célestes. Les noms des principaux dieux, sans être parfaitement identiques dans les deux pays, avaient pourtant plus d’une ressemblance. Dans cet état de choses , les rapports de l’histoire fabuleuse des deux peuples se trouvèrent sans cesse ravivés par des envois de colonies, des contacts commerciaux, ou des relations d’hospitalité. Enfin, quand les Romains s’assimilèrent la littérature hellénique, en même temps à peu près qu’ils absorbaient la Grèce et ses colonies dans leur empire immense, il se trouva peu de chose à faire pour recoudre les mythes du Latium à ceux de la péninsule orientale. Il suffit alors d’attribuer aux divinités de Rome, sans leur ôter pour cela leurs noms latins, toutes les inventions successives des poètes grecs. Ovide, Virgile, Horace aidèrent à cette fusion, qui s’opéra sans secousses : il n’y eut qu’à oublier quelques dieux indigètes un peu grossiers, et à remplacer le chant inculte des frères Arvales par les strophes élégantes du carmen sceculare.
fond de l’Inde, à des époques différentes et probablement dans l’ordre que nous avons suivi en les nommant, en ont apporté des idiomes-frères, qui se sont modifiés sous un nouveau climat et au sein d’une civilisation nouvelle. Ces idiomes forment la famille indo-européenne: la langue qui approche le plus d'un type commun, ou, suivant le langage des anciens philologues, la langue mère, est le sanskrit. Dans cette famille le rameau indo-hellénique et le rameau indo- italique se séparant et se confondant à diverses reprises, ont donné naissance aux langues modernes du midi de l’Europe. Le rameau indo-germanique a produit une partie de celles du Nord : il conserve avec le Z end une affinité particulière qui indiquerait que les peuplades qui l'ont apporté ont eu quelque chose de commun avec l’antique race des Perses. L’histoire et les affinités du rameau indoslave ne sont pas aussi bien connues. Jusqu’à présent on a tenté des efforts inutiles pour rattacher d’une manière quelconque à cette famille indo-européenne la langue celtique, qui paraît avoir devancé toutes les autres sur le 50I européen.
(1) Platon, Cratyle, 397.
(2) De -repu , je coupe; et ces deux mots pourraient bien avoir produit templum, quoique Varron fasse venir celui-ci de tueor, je regarde.
(3) Cic. , Div. 1 , 33.
(4) Voyez, dans les ouvrages de M. deBallanche, son admirable exposition des anciens rites religieux du Latium.
Ainsi que les croyances, les cérémonies du culte et l’architecture sacrée de l’Italie marchèrent parallèlement à celles de la Grèce. Si cette assertion paraissait trop générale, elle resterait incontestable du moins pour les villes qui, voisines des colonies grecques, passèrent quelque temps sous la domination dune de celles-ci, avant d’être incorporées comme municipes ou colonies au territoire de la république. C’est pourquoi l’histoire du temple grec que nous allons tracer, et la description des diverses espèces de temples que nous donnerons d’après Vitruve, s’appliquent à la fois aux édifices sacrés de la Grèce et de l’Italie, et conviennent surtout à ceux de Pompéi, ville qui fut successivement osque, étrusque, cuméenne, campanienne et romaine.
Ainsi que nous l’avons dit, les dieux étant représentés comme des hommes, des hommes étant devenus dieux, il fallut pour chacun d’eux une habitation humaine. Alors, au milieu du Upi», du ou du templum consacré à chaque divinité, s’éleva un étroit et modeste édifice en tout semblable aux demeures d’un peuple encore pauvre et grossier. Ce fut dans une cabane de bois qu’habita le dieu; là fut dressée sa statue. On a souvent fait observer que de la chaumière rustique, soutenue par des poutres, et surmontée d’un toit en charpente à double inclinaison, dérive tout le système de 1 architecture des anciens, le motif de tous les membres dont elle se compose, de tous les ornements quelle admet. Cela est vrai en particulier de l’édifice religieux : l'humble tyPe primitif se reconnaît toujours à travers les embellissements et les agrandissements dont on le surcharge. Ainsi, l’on voit en germe dans l’enfant toutes les facultés qui doivent se développer et briller dans l’homme.
Le premier temple eut donc la forme d’un rectangle, environ deux fois aussi long que large. Ce fut le Nais, l'Qixos, l’habitation ou la demeure, la Cella, XÆdcs , la retraite, ou la maison du dieu (i). Cet étroit domicile lui fut réservé tout entier, ou si plus tard on y admit quelqu’un, ce furent les pretres seuls ou des suppliants en petit nombre. Mais le culte resta hors des portes, ainsi que 1 autel , les sacrifices et les adorateurs de la divinité. De là vient que le vaoç s’agrandit et s’embellit progressivement, mais toujours par le dehors. Ce fut tout le contraire de notre église chrétienne dont l’extérieur fut sacrifié à la beauté et à la grandeur du sanctuaire même, parce que celui-ci recevait les fidèles et voyait s’accomplir les cérémonies du culte. A la vérité, pour s’expliquer complètement cette différeuce, il faut tenir compte encore de l’établissement du christianisme au sein d’une société opposante, de l’usage qu’il fit des catacombes ou, plus tard, des basiliques, et enfin des nécessités des climats plus rigoureux sous lesquels il se développa dans lasuite.
Bientôt, la maçonnerie, soit en briques, soit en pierres taillées, vint se mêler à la charpente: elle remplaça celle-ci avec avantage dans la construction des parois du v»a5. Mais la charpente seule couronna longtemps l’édifice: le nom d’architrave donné à ce que les Grecs appellent l’ épistyk, indique assez que ce fut longtemps une véritable poutre qui posa sur les colonnes de 1 entrée et supporta le fronton. Cette disposition fut toujours employée dans le temple toscan, tel que Vitruve l’a décrit (2); la raison en sera indiquée tout à l’heure (3). Au sein de la Grèce elle-même, le bois domina longtemps dans la construction des édifices sacrés (4).
(1) Nous avons insisté sur lus dénominations primitives de l’édifice religieux et sur leur sens radical; mais on n'ignore pas que de pareilles distinctions seeonfonde.lt assez rapidement dans l'usage : ainsi à,* se dit pour «g; à Rome, le templum et l 'cédés différaient seulement en ce que les édifices qui n'avaient point été inaugurés recevaient ce dernier nom : les autres s'appelaient templum, ^ fanum a fando, à cause des paroles par lesquelles on les consacrait ( Varr. de Ling. lat. V. 7), ou deluimm, a luendo,* cause des purifications qui s’y accomplissaient: c'est du moins l'étymologie la plus raisonnable’, et c’est celle que donne Vossius.
(2) Livre IV, chap. VII.
(3) Voyez la page suivante.
(4) Polyhe rapporte, IV, 67, que, durant la guerre sociale des Achéens, Dorimaque brûla les colonnes on les portiques (vit ™b) du temple de Dodone, et renversa la cellu (vis iyb „M„») qui devait par conséquent être petite et construite
/( ESSAI
Sur l’architrave reposait l’extrémité des solives qui formaient le plafond du temple; e, entre
ces solives on laissait d’abord un vide (i). ,
Ces ouvertures ou métopes furent remplies plus tard de maçonnerie, et eest alors seulement, suivant Vitruve (a), qu'ayant coupé l’extrémité des solives au niveau du mur, on s avisa te te-
guiser cette section en y appliquant les triglyphes (3). , ,
Ainsi se forma la frise dorique. Nous serions entraîné trop loin et forcé de repeter trop choses connues, si nous entrions dans de pareils détails au sujet de tous les membres de architecture et de ses différents ordres: bornons-nous aux temples que nous avons laisses a letat de carrés longs avec un fronton à chaque extrémité.
Dans cet état, le temple n’avait pas encore de colonnes qui en ornassent l’entrée et formassent en avant de la porte un vestibule couvert. Cette dernière condition, à la vérité, pouvait etre remplie sans la première; mais il ne paraît pas qu’il ait existé de temple ouvert de cette manière à sa partie antérieure , avec l’architrave et le fronton soutenus uniquement par les murs latéraux. Le premier temple à ordonnance régulière dont parle Vitruve(4) est le temple qu’il appelle in Antis et que les Grecs nommaient vaéç év rcapaa-nan (5). Dans cette construction, l’architrave se trouvait soutenue aux deux extrémités par les têtes des murs latéraux ou antes , qui reçurent la forme et le profil de deux colonnes carrées ou pilastres. En outre, le milieu de cette poutre était supporté par des colonnes dont Vitruve, voulant toujours passer du simple au composé, fixe le nombre à deux, mais qui purent être quelquefois en plus grand nombre. En effet, si des colonnes étaient nécessaires pour supporter une poutre un peu longue, elles le devinrent encore plus, quand à cette poutre on substitua des plates-bandes en pierre et quand les parties supérieures furent construites en matériaux plus pesants. Or, la construction des temples in Antis resta en usage à une époque où il n’entrait plus guère de bois dans ces édifices, auxquels on donnait presque toujours des dimensions assez considérables; car Vitruve lui-même cite comme exemple un des trois temples de la Fortune qui se trouvaient à Rome (6).
de matériaux peu résistants. Pausanias rapporte, Élide I, 20, que l’on conservait à Olympie, près du temple de Jupiter, une colonne de bois qui avait supporté jadis le toit d’OEnomaüs. Le tonnerre ayant frappe la maison de ce prince , cette seule colonne avait été épargnée par le feu. Enfin, le même Pausanias , Élide II, 24, raconte un fait plus positif. « J ai vu, dit-il, « dans la place publique d’Élis, un temple de la forme suivante : il n’est pas élevé; il n’a point de murs, mais seulement un toit u soutenu par des colonnes de bois de chêne travaillé. Les gens du pays conviennent que c’est un monument sépulcral; mais de a qui, c’est ce qu’ils ne disent pas : s’il faut en croire un vieillard à qui je l’ai demandé, ce serait le monument d’Oxylus. »
(1) C’est ce que prouve le passage fameux d’Euripide, Iphig. Tain-, v. ii3, où Pylade, se concertant avec Oreste sur les moyens de pénétrer dans le temple de Diane, propose à son ami de se glisser par le vide qui est entre les triglyphes (ed. Godofr. Hermann, Lipsiæ, i833). Quelque chose de semblable est encore indiqué par cet autre passage du même auteur (Orest., v. i357, ed. Matthiæ, Lipsiæ, i8i3), où un Phrygien raconte qu’il s’est échappé du palais : KeSpuxà ûrèp répéta TtacxdSwv Awpaâç te rpiyWçouç, par la toiture de cèdre des appartements et par les triglyphes doriques.
(2) De architect., lib. IV , cap. 2.
(3) Cette explication n’a au fond rien de contradictoire avec le passage d’Euripide, parce que le poète peut fort bien avoir appelé triglyphes, par anticipation, les extrémités des solives qui devaient être nues au temple de Tauride, mais sur lesquelles on appliquait à Athènes l’ornement dont il s’agit.
O11 a trouvé une autre difficulté dans le passage de Vitruve que nous venons de mentionner , et des écrivains érudits autant qu’ingénieux ont pris beaucoup de peine pour concilier le commencement de ce paragraphe avec la phrase qui le termine. Ce travail ingrat leur eût été épargné, s’ils avaient connu la nouvelle leçon que propose un savant allemand. D’après cette leçon , 1 architecte romain ajoute simplement : «C est ainsi que dans les edihees doriques, les séparations des solives, étant recouvertes. « offrirent alternativement le triglyphe et l’intertignium ou métope. Ita divisiones tignorum tectœ triglyphorum dispositionem et « intertignium vel metopam habere in doricis operibus cœperunt. » Commentar. ad M. Vitruv. Poil, de architectura. Io. Gottlob. Schneider; lib. X, tom. II, p. 2^1. Lipsiæ, Gœschen, 1808.
(4) De architect., lib. III, cap. 2.
(5) Littéralement, Temple appuyé sur les montants de la porte.
(6) Celui, dit-il assez obscurément , que l'on voyait près de la porte Colline. • Hujus autem exemple erit ad très Fort, mas, ex
Il est difficile de comprendre la méprise par suite de laquelle un dictionnaire d’architecture justement estimé cite, parmi les exemples d’édifices in Antis , le temple sur l’Ilissus décrit par Stuart (i), et qui est amphiprostyle. L’erreur viendrait-elle de ce que deux autres édifices décrits plus loin dans le même ouvrage, à savoir le portique de Jupiter Olympien, et surtout le temple de Minerve Poliade, offrent, avec un plus grand nombre de colonnes, quelque chose qui tient de cette disposition (2)?
Bientôt on imagina de substituer aux pilastres formés par les antes 5 des colonnes isolées pareilles à celles du milieu. De la sorte, les antes, toujours en pilastres, furent reculées d’un entre-colonnement : ce fut le temple prostyle. Parmi un grand nombre d’exemples de ce genre de construction, on remarque le temple de la Fortune virile à Rome, et nous en verrons nous-mêmes plusieurs de cette espèce. Cette construction dut être fort longtemps en usage dans les cités peu importantes , et pour les édifices construits en l’honneur de divinités du second ordre. On possédait ainsi un vestibule ouvert de toutes parts : mais, dans beaucoup de cas au moins, ce vestibule se prolongeait encore dans 1 intérieur au delà de la ligne des antes, comme on le verra tout à l’heure quapd nous parlerons de la distribution des édifices religieux. Ces dispositions facilitaient les mouvements du dedans au dehors, et peut-être certaines évolutions des chœurs exigées par les rites sacrés (3).
Le temple prostyle ne resta pas toujours borné à quatre colonnes pour ornement de sa façade. La cella du temple dorique de Cérès et de Proserpine à Éleusis avait été construite par Ictinus, qui, voulant lui donner une grandeur inusitée {itnmani magnitudine) , afin de lais-
trihus> fiuod estproximeportam Collinam. » LU,. III, cap. 2. Était-ce le temple de la Fortune libre {Libéra), delà Fortune de retour (Redux), ou de la Fortune fixée {Stata) ? Grâce à la confusion que l’on rencontre trop fréquemment dans le style de Vitruve, ou bien à quelque altération de la part des copistes, il faut nous résoudre à l’ignorer.
(1) Antiquités d’Atliènes, tom. I, p. 27, pl. VII et suiv.
(2) Le portique de Jupiter est terminé à ses deux extrémités par un ptérome ou une tête de muraille en saillie, formant un pilastre , mais ne soutenant point de toit (Ant. d’Athènes, tome I, pl. XXXI). Le temple de Minerve Poliade, qui, avec celui d’Érechthée et 1 e pandrosiurn, forme un ensemble très-irrégulier, offre à l'une de ses extrémités un fronton soutenu au milieu par quatre colonnes ioniques engagées, et supporté à chaque extrémité par un pilastre du même ordre formant la tête du mur latéral de 1 édifice. (Ant. d Athènes, tome II, pl. XX et XXVII.) C’est peut-être par suite d’une faute ou d’une transposition de copiste ou de typographe, que le temple sur l’Ilissus a été cité au lieu de celui de Minerve Poliade.
(3) Nous nous servons du mot vestibule, pour nous conformer à l’usage; mais le terme convenable serait le mot pronaon ou prodomos, avant-temple : car vestibule ne peut se dire proprement que de l’entrée des demeures privées ou des palais. Ce mot signifiait un lieu d’attent e,ve stabulum, suivant l’étymologie d’Aulu Gelle, XVI, 5. Dans ce passage, il cite, non pas Aquilius Gallus, comme 1 a cru Mazoïs, mais Cælius (ou, selon d’autres, Cæcilius) et Sulpicius-Apollinaris. Voyez ce qui a été dit par Mazois du vestibulum, dans son Essai sur les habitations des anciens Romains, où il a si nettement distingué toutes les parties de ces édifices privés (tome III, p. 18). Suivant une origine plus poétique, le vestibule était l’endroit où s’élevait l’autel privé de Vesta.
Atfocus ajlammis, et quodfovet omnia, dictas,
Qui tamen in primis œdibus ante fuit :
Hinc quoque vestibulum dici reor; inde precando Ajfamur V vstam : Quœ loca prima tenes!
“ Le foyer fut ainsi appelé à cause du feu qu’on y entretient : il était situé jadis à l’entrée de l’habitation. C’est pourquoi, je pense, « cette partie de nos demeures prend le nom de vestibule ; c’est pourquoi encore, en implorant Vesta, nous lui disons : O toi qui « occupes la première place! » (Ovid. Fast. VI, 3oi. )
Ce il est que par abus qu’on a pu appliquer cette dénomination à l’entrée des temples , quoiqu’on trouve plusieurs exemples d’un pareil emploi dans Cicéron lui-même.
C’est par un abus encore plus manifeste que les modernes appellent péristyle une pareille construction extérieure. Péristyle ne s entendait chez les anciens, et ne devrait s’entendre encore que d’un ensemble , d’une suite de colonnes entourant un édifice à l’extérieur ou décorant le dedans d’une enceinte, d’une cour (Vitruve, III, 2, vulgo 1 ; V, 3 et 7, vulgo 10). Quant à une décoration de colonnes isolées à la face d’un bâtiment et supportant le fronton, cela devrait s’appeler, comme nous le disions tout à 1 heure, wpo'vaov ou prodomos, avant-temple, ou mieux encore prostyle ou prostylon.
6 ESSAI
ser plus d’espace pour les sacrifices, n’y avait point ajouté de colonnes extérieures. Mais dans la suite, sous le gouvernement de Démétrius de Phalère, Philon éleva des colonnes devant l’entrée de ce temple, et en fit un prostyle. Cet accroissement du vestibule, ajoute Vitruve, donna beaucoup de commodité pour l’initiation, et rendit l’édifice plus imposant (1). Oi, il est évident que Pliilon ne put soutenir avec quatre colonnes le fronton d’une cella aussi large; et, par conséquent, voilà du moins un prostyle qui ne se borne pas au tétrastjrle (2).
On ne remarquera point sans intérêt que dans les temples destinés aux mystères et à l’initiation, la demeure sacrée elle-même devait avoir des dimensions considérables, puisque les ceremonies s'accomplissaient entre ses murailles; et l’on en conclura que la construction de ces temples aurait pu amener dès lors, dans l’architecture religieuse, une révolution pareille à celle que nécessita plus tard le christianisme. Mais l’initiation ne se présenta, dans l’antiquité, que comme un fait exceptionnel. Il en fut de même des efforts des sectes philosophiques pour épurer les idées morales et religieuses. Chacun de ces signes annonçait la religion nouvelle, mais aucun nen pouvait occuper la place : le précurseur n’est point un messie (3).
Passons au troisième genre, X amphiprostyle. L’inventeur de ce temple ne fit que répéter le prostylon à la face postérieure de l’édifice, de manière à présenter deux décorations, mais non point deux entrées parfaitement semblables. Cette complète similitude n’avait lieu que
dans le cas où la partie postérieure du temple, outre la disposition de colonnes et de pilas-
tres pareille en tout à celle du pronaon, avait encore une porte réelle et un renfoncement. Or, cela ne se présentait point, par exemple, dans le temple amphiprostyle sur l’Ilissus. C étaient surtout les temples périptères et hypœthres (4) qui avaient réellement deux entrées; et souvent on pouvait dire, à double titre, que les temples périptères avaient un opisthodome (S); car,
non -seulement ce mot s’employait pour désigner la colonnade opposée au prostylon et symé-
trique avec lui, mais il se disait aussi d’un appartement servant de trésor, placé derrière la statue de la divinité, et dont l’entrée, sous la colonnade postérieure, était semblable à l’entrée delà cella. On n’avait point créé, pour désigner cette colonnade postérieure, le mot opisthostylon (6), qui aurait correspondu au prostylon, comme l 'opisthodome ou l’appartement de derrière correspondait au prodomos ou pronaon.
Les temples des trois premiers genres ont été construits en général sur des proportions peu étendues, bien que l’on puisse citer et que nous ayons cité nous-même des exemples du contraire. Mais, lors de leur invasion dans la Grèce, les Perses détruisirent ou brûlèrent presque tous
(1) Vitruv. VII, Præfat. Quelques critiques ont proposé, au lieu d 'iniliantibus , le mot intrantibus ; mais Vitruve paraît avoir voulu traduire le grec vos; pou^tvot;. Remarquons encore en passant l’emploi irrégulier de vestibulum.
(2) Façade à quatre colonnes. TeWpe?, quatre; otSXoç, colonne.
(3) Nous ne pouvons quitter ce temple d’Eleusis sans signaler encore un fait assez curieux pour l’histoire de l’architecture. Winckelmann rapporte dans son Histoire de l’art chez les anciens, qu’Appius ajouta un portique au temple d’Éleusis. Par une singulière distraction, cet illustre archéologue a commis dans ce peu de mots une double erreur. D’abord, Appius n’a jamais songé à construire à Eleusis un portique, mais bien un propylée ; en second lieu, ce qui est plus important , Appius abandonna dans tous les cas son dessein ; peut-être même le bruit qui avait couru dans Rome sur les intentions du proconsul était-il entièrement faux. On voit par les lettres de Cicéron à Atticus que le premier , informé qu’Appius voulait construire à Éleusis un propylée, proposa, de son côté, d’en faire un à l’Académie; mais que bientôt il renonça à son dessein, parce qu’Appius ne s’occupait pas du propylée d’Eleusis, soit qu’Appius eût abandonné son projet, soit qu’il n'eût jamais songé à une pareille entreprise, ce qui paraît plus vraisemblable. Voici les deux passages de Cicéron : a Audio Appium ivpowuXaiov Eleusine facere : non inepti fuerimus, si nos quoque Academiæ fecerimus? » Ad Att., VI, 1. « Me tamen de Academiæ xpomAu jubés cogitare, quum jam Appius de Eleusine non cogitet?» Ad Att., VI, 6.
(4) Voyez plus loin, pages 7, 8 et 9 de cet Essai.
(5) ÔmaOs, derrière; ào'ptoç , maison.
(6) ôniGÔe, derrière; otOXos, colonne.
les modestes édifices qui avaient été construits sur les anciens modèles (i). Quand il s’agit de réparer les ravages de la guerre, après les victoires de Salamine, de Platée, de Myeale, Athènes se trouvait enrichie des dépouilles de l’Asie et des tributs des îles, et le luxe qui s’introduisait de toutes parts dut paraître aussi un des besoins du culte. Les temples de bois ne conviennent qu’auprès des palais de chaume, et Minerve ne pouvait être logée plus à l’étroit que Périclès. D’ailleurs, les autres arts avaient fait des progrès : la sculpture avait conçu des types plus grandioses; elle avait compris que sans prendre le colossal pour le beau, elle devait cependant donner aux dieux, jusque dans leur stature, quelque chose de surhumain. L’architecture ne resta pas en arrière: elle vit, à son tour, que l’habitation devait grandir comme l’hôte quelle recevait. Ce fut alors que le temple, sans que le type primitif fût oublié, prit tout le développement dont celui-ci était susceptible ; alors furent conçues ces magnifiques créations que les Romains purent admirer au temps où ils arrivaient, de leur côté, au faîte de leur grandeur, et qu’ils n’eurent alors qu’à copier.
Le temple périptère (2) fut le vaôç tel qu’on l’a déjà décrit, mais entouré de toutes parts d’une rangée de colonnes. Or, les deux files latérales s’ajoutant aux côtés de la façade tétrastyle, il en résulta que le périptère ne pouvait avoir moins de six colonnes de face, et qu’en général, il était hexastyle. Tel est le temple de Thésée à Athènes; tel est le temple de Vénus dont le plan se trouvera, dans ce volume, à la planche XXIV. Vitruve cite encore, comme exemples du périptère, les temples de l’Honneur et de la Vertu, auxquels l’architecte Mucius n’avait point ajouté de porte de derrière. Frappante allégorie, et qui fait voir de quel esprit, dirai-je de quelles vertus, s’animait l’art antique!
La cella , sous ce vaste abri , devait être construite de manière à laisser l’espace d’un entre-colonnement pour circuler à l’entour. Une des dispositions les plus remarquables de ce genre est celle du temple de Thésée (3) : la cella , étant éloignée du rectangle de colonnes de la largeur d’un entre-colonnement sur les côtés et d’un entre-colonnement et demi par devant et par derrière, offre à chacune de ses extrémités une entrée garnie de deux colonnes isolées, et de deux antes qui forment deux pilastres, comme si c’étaient deux temples in Antis adossés et. renfermés dans un périptère. Quand la cella était munie d’un plus grand nombre de colonnes à ses deux extrémités, elle pouvait également figurer un amphiprostyle tétrastyle inclus dans le périptère hexastyle. Enfin, comme le périptère pouvait avoir huit colonnes de face ou être octostyle, en ce cas 1 amphiprostyle inclus était lui-même hexastyle : on en a un exemple dans le temple de Minerve dit Parthénon ou Hécatompédon (4), qui en même temps était un hypœthre, ainsi que nous le ferons voir plus loin (5) (6).
Le périptère avait un peu agrandi la cella , puisqu’il avait fourni les moyens d’accroître les dimensions des colonnes, et par conséquent les entre-colonnements, l’édifice tout entier se coor-
(1) Pausanias , Attique, I.
(2) ïlepi, autour ; icrep o'v, aile.
(3) Stuart, Antiquités d’Athènes, tome III, pl. V.
(4) Id., ibid., tome I , pl. V.
(5) Voyez plus loin, page 9 de cet Essai.
(6) Quant aux colonnes latérales, Vitruve en vent de chaque côté onze, cum angularibus, avec les angulaires. Les traducteurs, et entre autres Perrault, interprètent ces deux mots, en comptant celles des coins , ce qui ne fait en tout que trente colonnes. Mais quel’on nous pardonne une conjecture un peu hardie : ne lèverait-on pas de grandes difficultés en disant : plus, celles des coins, de manière à faire en tout trente-quatre? Ce qui porterait aie croire, c’est d’abord que le temple de Thésée offre ce nombre total de colonnes dans son pourtour. En second lieu, Vitruve dit plus loin (liv. III, chap. 3) qu’Hermogène inventa le pseudo-diptère *, et que
* Octo-stylum pseudo-dipterive rationem invertit. L’édition allemande déjà citée rétablit hexastylum d’après les manuscrits, et le commentateur déclare qu’il ne comprend pas pourquoi Jocundus fait ce changement. Si cet érudit s’était donné la peine de dessiner une figure, il aurait vu que le pseudo-diptère, comme le diptère lui-même , ne peut avoir moins de huit colonnes de front ; car le périptère qui y est inclus , et dont la place est laissée en double entrecolonnement , doit avoir six colonnes de face pour que la cella en ait quatre , ou deux colonnes et deux pilastres.
ESSAI
donnant désormais sur une plus vaste échelle : mais câ accroissement n’était sensible que sur la longueur; il fallait un dernier effort d’invention pour donner à la demeure du dieu la largeur que demandaient les nouveaux besoins du culte. On imagina de faire occuper par la cella elle-même l’espace qui, dans le périptère, ne servait qu’à la circulation autour de l’édifice. Les colonnes extérieures latérales furent alors engagées dans le mur du vo6ç, qui sembla s’être distendu de lui-même : cette forme de temple constitua le pseudo-périptère. Vitruve ne le compte point parmi les genres réguliers; mais il en dit quelques mots à propos de plusieurs arrangements convenables en quelques circonstances (i) : « Car, ajôute-t-il, les temples de tous les a dieux ne doivent point être construits de la même manière, les cérémonies des sacrifices n étant « pas les mêmes pour tous. » Il résulterait de ce passage qu’à mesure que la religion ancienne s’altérait en se compliquant, la coutume de célébrer une partie des rites religieux dans 1 intérieur des temples devenait plus fréquente dans certains lieux et pour certaines divinités.
Diodore de Sicile nous apprend que le vaste temple de Jupiter Olympien à Agrigente était un pseudo-périptère, et l’examen des ruines de cet édifice a confirmé cette assertion. La disposition pseudo-périptérale , comme on le voit par cet exemple, avait pour avantage, non-seulement d’agrandir par elle-même l’intérieur du temple, mais encore de donner aux colonnes des dimensions colossales : car, les architraves étant soutenues par des murs, on n’avait point à s’inquiéter du trop de largeur des entre-colonnements ; le prostylon seul demandait, à cet égard , des précautions particulières. Un autre exemple du pseudo-périptère, qui se trouve dans la Maison Carrée de Nîmes, n’est point fait d’ailleurs pour donner une idée favorable de ce genre de construction. Le porche est, à la vérité, d’un effet majestueux; mais rien de plus lourd que les colonnes engagées dans les parois avec leurs chapiteaux écrasés et supportant une corniche massive (2).
De tous les genres de constructions religieuses, le plus magnifique était le diptère. Il était octostyle sur ses deux faces, et un double rang de colonnes régnait tout autour de la cella. Les
pour cela il retrancha du diptère complet les trente-huit colonnes intérieures*. Or, comment y aurait-il là trente-huit colonnes, si l’on n’en comptait pas quarante-six pour le rang extérieur : c’est-à-dire , huit de face, et quinze latérales , cum angularibus, sans compter celles des angles. Nous savons bien que d’un autre côté, Vitruve dit lui-même (lib. III, cap. 4> vulgo 3) que le périptère doit avoir sur les côtés deux fois autant d’entre-colonnements que sur les laces, ce qui contredit notre conjecture. Mais les raisons qui 1 appuient nous paraissent néanmoins tellement puissantes, que nous croyons devoir la proposer. Le lecteur décidera.
Quoi qu il en soit de notre hypothèse , on verra que les architectes ne se sont pas toujours astreints à l’un ni à l'autre des nombres en question. Le temple de Vénus à Pompéi n’a que vingt-huit colonnes. Le Parthénon, qui est octostyle, en a quarante-six: c’est à peu près la même proportion que donne pour l’hexastyle notre interprétation du passage de Vitruve. Ne comptant pas les seize colonnes des deux frontons, il en reste trente , ou quinze de chaque côté : or, quinze est le double de huit, moins une unité ; de même que onze est le double de six , moins une unité.
(1) Dans ce passage, 1 architecte romain parle assez vaguement de la disposition qui consiste à ajouter des colonnes sur les côtés du pronaon, dans le genre des deux petites ailes à pilastres et à niches du temple d’Isis, qui sera décrit dans ce volume. Vitruv. lib. IV, cap. 8 (vulgo 7) in fine.
(2) M. Mérimée, inspecteur des monuments historiques de France, s’est assuré que l’inscription de la Maison Carrée, déchiffrée en partie par M. le président Séguier, doit être lue ainsi :
M. CAESARI. AVGVSTI. F. COS. L. CAESARI. AVGVSTI. F. COS. DESIGNATO. PRINCIPIBVS. IVVENTVTIS.
M. Séguier lisait uu C , au lieu de la première lettre qui , comme l'a prouvé M. Pelet , est un M. Cette seule rectification a fait voir quïl s’agit des deux fils adoptifs d'Antoniu, Marc-Aurèle et Lucius-Vérus, les seuls personnages, après les.fils d'Agrippa, qni aient porté ensemble le titre de Princes de la jeunesse. Antonin est né à Nimes On cessera donc d’attribuer au siècle d’Auguste ce monument bien digne d’une époque de décadence.
* Ex dipUri saisi xdi, ^mmctrii ,mtnUl inOrtoraS en&e. ualumnurwn XXXVU1. Notre commentateur allemand établit, d’après les manuscrits, le chiffre XXXVIII au lieu de XXXIV donné par Philaoderi mais il donne de ce nombre une raison peu fondée : il s’appuie sur ce que Vitruve, liv. IV, chap. j, en parlant dn temple lo.mn in ami, , dit ,u» son pronaon a quatre colonnes , dont deux au front entre 1» pilastre. , den* dans l'mtéri.nr à égak distance de celles-ci et de 1, porte de la mlla. Mais 1. savant annotateur pamit .'être trompé, s’il croit qu’en supprimant 1, pourtour, on supprime les colonnes du pronaon, ce qui lui ôtemit toute solidité, et s’il applique en outre» cm gmnds temples grec, de 1. construction 1, plu, majestueuse c» que Vitruve a dit d„ petit temple construit à 1, manière de. Étrusques. La véritable mi, on du nombre XXXVIII donne par le, n terp relation dn mot cum angularibus , tant dans ce passage que dans celui qui concerne les périptères.
colonnes latérales extérieures étaient au nombre de quinze (i). Le diptère avait donc quarante-six colonnes du premier rang; plus trente-huit du second : en tout quatre-vingt-quatre colonnes, sans compter celles du pronaon et de J’opisthodome intérieurs. Aucun édifice moderne ne peut nous donner l'idée d’une pareille richesse, nous dirions presque d’une pareille profusion. Aussi les frais immenses d’un pareil mode de construction en rendaient-ils les exemples très-rares : Yitruve n’en cite que deux, le temple dorique de Quirinus à Rome et le temple ionique de Diane, construit à Ephèse par Chersiphron (2).
L’énormité des dépenses que demandait le diptère fit songer aux moyens de produire avec plus d’économie des effets aussi imposants. On imagina le pseudo-diptère , que Yitruve nomme en cinquième lien parmi les genres réguliers, tandis qu’il relègue le diptère au sixième rang. La raison de cet ordre est que Yitruve s’est imposé la loi de passer du plus simple au plus composé; mais il paraît plus naturel de suivre la série d’idées qui a dû guider les inventeurs. Le pseudodiptère n’est qu’un véritable diptère, dans lequel on a enlevé le rang des colonnes intérieures, en laissant ainsi aux promeneurs un espace d’un double entre-colonnement, et d’une base de colonne (3). Il nous semble que dépouillé de cette forêt de colonnes un peu trop serrée qui enrichissait la disposition précédente, le pseudo-diptère devait acquérir plus de majesté, par cela même qu’il ne manquait ni d’air ni d’espace. D’une autre part, les doubles entre-colonnements du plafond offraient quelque inconvénient sous le rapport de la solidité. La cellci était la meme dans les deux temples, et occupait l’espace de quatre colonnes du milieu des façades. Elle était étroite et longue, et comportait par conséquent un véritable opislhodome.
Lè septième et dernier genre que décrit Yitruve semble une brillante création de l’artiste, qui s’est plu à y réunir toutes les conditions du grand et du beau, plutôt que la description d’un édifice dont le modèle ait réellement existé. En effet, l’architecte romain s’exprime d’abord ainsi : « L’hypæthre est décastyle au pronaon et au posticum ; il a du reste toutes les parties du diptère : « mais dans l’intérieur se trouvent deux rangs de colonnes superposées, écartées des parois, et « formant une galerie dans le genre des portiques et des péristyles. Le milieu est à ciel ouvert, a sans toit, et il y a des portes qui s’ouvrent sur le pronaon et sur le posticum. » Mais il ajoute ensuite : « On n’en trouve point d’exemple à Rome, mais ou peut citer un temple d’Athènes, qui « est octostyle, et le temple d’Olympie. » Un savant archéologue a démontré, avec beaucoup d’érudition, d’esprit et de goût, une chose dont Vitruve serait convenu lui-même, c’est qu’en traçant la règle et en citant l’exemple, il avait en vue des choses tout à fait différentes. A le prendre à la lettre, il n’exista jamais de véritable hypæthre, pas même ceux que 1 auteur cite: lun étant octostyle et non décastyle, périptère et non diptere; 1 autre n ayant point toute sa cella découverte, au rapport de Strabon (4).
Nous renvoyons nos lecteurs à l’excellente dissertation de M. Quatremère de Quincy (5). Nous nous contenterons de faire observer que Yitruve se trouve encore ici dans la position quil a déjà prise, quand il a parlé des autres espèces de temples, dans la position où se mettent sciemment tous les faiseurs de règles, tous les législateurs : car ils n’ignorent pas que nul cas particulier ne rentrera jamais parfaitement dans le cadre de la généralité. Quant à l’ouverture
(1) Cum angularibus, c’est-à-dire encore, sans compter celles des coins ; ce qui s’accorde parfaitement avec ce que nous disions tout à l’heure du périptère ordinaire et du Parthénon.
(2) Et non pas Ctésiphon, comme on le dit communément. Les meilleurs manuscrits de Vitruve portent le nom ainsi écrit , et Strabon dit formellement que le temple de Diane est dû à Chersiphron. Strabon, Géogr. liv. XIV, § 22.
(3) Nous avons déjà parlé du nombre des colonnes qui devaient rester au pseudo-périptère. Voyez page 7, note 6.
(4) Liv. VIII, § 3o.
(5) Mémoires de l’Institut , Classe d’histoire et de littérature ancienne, tome II. g
,o ESSAI
de l’iiypæthre, il est vrai qu’au rapport de Pausanias (1), de Strabon (2), de Diodore (3), la plupart des temples entièrement découverts restèrent en cet état accidentellement : mais 1 habile critique démontre lui-même que ce ne sont point ces édifices à demi construits ou tombant en ruine que Vitruve peut avoir eus en vue. L’illustre académicien considère l’ouverture de l’hypæthre comme n’étant qu’un simple jour d’en haut, dans le genre de celui que l’on voit au Panthéon, un <k aïov (œil), une ouverture qui pouvait se trouver dans tout autre temple qu’un décastyle, diptère, etc. Cette explication, appuyée d’un passage très-concluant de Plutarque, nous paraît trop satisfaisante et trop propre à justifier Vitruve pour que nous hésitions un moment à l’admettre.
Les temples de forme rectangulaire dont nous venons de parler se distinguaient encore entre eux par l’ordre selon les règles duquel ils étaient construits: ils étaient doriques, ioniques ou corinthiens; mais ce n’est point ici le lieu d’entrer dans l’explication élémentaire des trois ordres d'architecture, ces trois expressions du fort, de l’élégant et du riche.
Qu’on nous permette néanmoins de citer quelques phrases pleines d’élégance et de concision dans lesquelles Vitruve a déterminé l’emploi des trois ordres, et d’abord celui de l’hypæthre (4)- «Les édifices consacrés à Jupiter, dieu de la foudre et du ciel, ainsi qu’au Soleil et à la Lune, doivent être hypæthres et à ciel découvert : car la puissance de ces divinités se manifeste dans le firmament lui-même et par le jour qui nous éclaire. On élèvera à Minerve, à Hercule et à Mars, des temples doriques, emblèmes de la vertu sans parure. L’ordre corinthien convient à Vénus, à Flore, à Proserpine et aux nymphes des fontaines : ses ornements légers et fleuris, composés de feuillages et de volutes, semblent peindre la grâce de ces divinités légères. Enfin, que l’on consacre à Junon, à Diane, à Bacchus et aux divinités du même caractère, des édifices de l’ordre ionique : c’est un milieu convenable entre la sévérité du dorique et la légèreté du corinthien. »
En outre, on classait tous les édifices en général, et on les dénommait diversement, selon le degré d’espacement des colonnes dont ils étaient décorés (5).
Le pycnostjle (6) offrait des colonnes très-serrées : l’entre-colonnement n’était que d’un diamètre et demi. On remarquait cette disposition dans le temple de Jules-César à Rome et dans celui de Vénus sur le forum de César.
Le iy style (y) avait deux diamètres d’entre-colonnement, et alors on trouvait entre les plinthes des bases des colonnes la largeur même d’une de ces plinthes. On en voyait un exemple dans le temple de la Fortune situé près d’un théâtre de pierre que l’on croit être celui de Pompée.
Selon l’observation de Vitruve, ces deux premières dispositions offraient plusieurs inconvénients : les matrones, allant faire les supplications, ne pouvaient passer entre les colonnes en se tenant par la main, à moins de marcher à la file; en outre, la porte et les statues se trouvaient dérobées à la vue, et l’espèce de promenade établie autour du temple paraissait trop étroite. Ce n’est là du reste que l’avis isolé de l’architecte romain : il ne semble pas que les Grecs aient pensé comme lui sur ces inconvénients, car leur dorique, sans base à la vérité, permettait de rapprocher les colonnes jusqu’à un diamètre, et moins encore, de distance.
L’édifice était diasty/e , lorsque l’intervalle des colonnes était de trois diamètres, comme dans le temple d’Apollon et de Diane. Le désavantage de cet arrangement est que, par suite de la largeur des intervalles , les épistyles pouvaient se briser.
(1) Liv. VII, chap. 5.
(2) Liv. XTV, § 5.
(3) Liv. XIII, § 82.
(4) Vitruv. lib. I, cap. 2.
(5) Vitruv. lib. III , cap. 3 (vulgo a).
(6) IIuxvoç, serré; otïXoç, colonne.
(7) 2ûv , avec , ensemble ; ctùXoç, colonne.
Dans Yaréostyle (j) enfin, la largeur des entre-colonnements était telle, qu’on ne pouvait employer des épistyles de pierre ou de marbre; mais l’architrave devait être d’une seule pièce de bois. L’aspect de ces sortes d’édifices était nécessairement lourd : ils paraissaient larges et peu élevés. Leur faîte ne pouvait être décoré, à la manière toscane, que de statues de terre cuite ou d’airain doré, comme on le voyait au temple de Cérès près du Circus maximus , et aux deux temples d’Hercule.
Il est temps d’en venir à la disposition qui offrait le plus de commodité, de grâce et de solidité, et qu’on appelle Yeustyle (2). Elle comportait des entre-colonnements de deux diamètres et un quart, sauf celui du milieu, soit au pronaon, soit au posticum, lequel offrait la largeur de trois colonnes. On n’avait à Rome, selon Vitruve, aucun exemple de cette parfaite disposition; mais à Téos en Asie, on voyait un temple de Bacchus qui était de ce genre.
Nous abandonnerons maintenant Vitruve, de qui les paragraphes précédents sont traduits presque littéralement, et nous ne le suivrons pas dans les détails qu’il donne sur la hauteur des colonnes, relativement à leur grosseur et aux entre-colonnements dans les cinq dispositions qui viennent d’être décx’ites. Nous ferons remarquer seulement qu’en réglant la hauteur des colonnes à huit modules et demi pour l’eustyle et le diastyle (3), huit pour l’aréostyle, neuf et demi pour le systyle , et dix pour le pycnostyle, Vitruve montre assez qu’il n’entend point parler du dorique grec, lequel n’admet point de pareilles proportions : il est clair même que dans ce passage, comme dans ce qu’il dit des entre-colonnements, il fait entièrement abstraction de l’ordre employé. On se tromperait donc étrangement si l’on appliquait une pareille théorie trop à la lettre, et surtout si l’on prétendait en tirer une règle pour toute autre construction que celle d’un temple. Nous verrons dans ce volume comment elle s’adapte aux édifices sacrés de Pompéi.
Nous n’avons parlé jusqu’ici que des temples dont le plan est rectangulaire. Cependant les anciens en construisirent de circulaires, et c’est encore une des conséquences où dut les conduire facilement l’emploi du bois dans les édifices religieux. Les Egyptiens, construisant leurs bâtiments avec d’énormes blocs de granit, n’arrivèrent jamais à la voûte ni au cercle. Pourquoi auraientils cherché la solidité dans d’ingénieux assemblages de parties, quand elle leur était donnée par cela même qu’ils pouvaient tout faire d’une seule pièce?
Le temple circulaire, ced.es rotunda (4), était monoptère (5) ou périptère. Le premier se composait d’un seul rang ou d’une enceinte de colonnes, sans mur et sans cella.
(1) Àpaiô; , rare; erBXoç, colonne.
(2) Eô, bien; otüXoç , colonne.
(3) L’éditeur allemand déjà cité a rétabli, dit-il, d’après le texte du Vatican, cette phrase de Vitruve: a Eustyli autem ædis columnæ, ut systyli in novem partes altitudo dividatur et dimidiam » ; tandis que .Tocundus a écrit diastyli au lieu de systyli, et octo pour novem. La correction de Leipsig nous paraît inadmissible; car Vitruve a dit lui-même un peu plus haut en parlant de « l’eustyle : Ipsarum columnarum altitudo erit modulorum octo et dimidiæ moduli partis. » Lib. III , cap. 3.
(4) Vitruv., lib. IV, cap. 8 (vulgo 7).
(5) Vitruve paraît employer encore cette désignation de monoptère dans un tout autre sens que celui-ci, et l’appliquer aux temples quadrilatères qui n’ont qu’un rang de colonnes autour de la cella ; c’est du moins ce qui semble ressortir de la comparaison des deux passages qui suivent : « Hermogenes edidit volumen de æde Dianæ Ionica quæ estMagnesiæ pseudo-dipteros, et Liberi Patris Teo mo- « nopteros, etc., etc.» Lib. VII, Præfat. « Hujus exemplar (Eustyli) Romæ nullum habemus, sed inAsiaTeo octostylum Liberi Patris. « Eas autem symmetrias constitué Hermogenes qui etiam primus octostylum pseudo-dipterive rationem invenit. » On pourrait néanmoins concevoir quelques doutes, d’aprèsla forme des phrases. Mais la diction de Vitruve estsouvent embarrassée, surtout lorsque cet écrivain vise à une élégance que son sujet ne comporte pas ; et enfin il est question, dans le second passage, de l’eustyle, qui, avec son entre-colonnement plus large au milieu, pourrait difficilement s’appliquera un temple rond. Nous avons rassemblé dans cette note les argu ments que l’on pourrait avancer en faveur de l’une et de l’autre opinion : nos lecteurs décideront. Mais une dernière observation qui entraînera peut-être leur conviction dùcôté où marche la nôtre, c’estque dans le passage du liv. III, chap. 2, où Vitruve parle spécialement du pseudo-diptère, il cite comme exemple le temple de Diane à Magnésie et celui d’Apollon par Ménesthe, et ne parle point du temple de Téos.
I2 ESSAI
Il était élevé sur un tribunal , un soubassement , dont la pente ou les degrés occupaient le tiers du diamètre du temple (x).
Quant au nombre des degrés que l’on plaçait sur cette pente, il devait dépendre de la grandeur du diamètre dont ils occupaient le tiers ; mais ils devaient être dans tous les cas en nombre impair, comme nous l’apprend Vitruve (a), afin qu’ayant mis le pied droit sur le premier, on posât encore ce même pied sur le degré le plus élevé : car il eût été de mauvais augure d’entrer dans le temple du pied gauche.
Il ne parait pas quele monoptèreait eu ordinairement et régulièrement une couverture ou une coupole, quoiquePerrault ait j ugé àpropos de le dessiner couvert d’une calotte sphérique : en effet, Vitruve, qui parle fort au long du Tholus du périptère circulaire , ne dit point un mot de celui du monoptère.
Néanmoins, on ne peut se refuser à croire que plusieurs monoptères ont été couverts et ont consisté en un toit supporté par des colonnes; c’est ce qui résulte d un passage de Varron(3) et d un autre passage de Servi us (4>. et la chose resterait constante, quand même on n’en aurait d’autre exemple que la prétendue Lanterne de Démosthène mieux appelée Monument choragique de Lysicrate (5).
La hauteur des colonnes doit être le diamètre de l’édifice pris en dehors du stylobate (6); leur grosseur sera le dixième de cette hauteur, dans laquelle on comprend le chapiteau et les tores. 11 est à remarquer que Vitruve ne tient nul compte de l’ordre des colonnes, ainsi qu’on l’a déjà vu quand il s’est agi des eutre-colonnements. Ici l’entre-colonnement sera certainement celui de l’eustyle, si l’on admet que le temple de Téos était monoptère circulaire (7).
Les colonnes avaient des stylobates, c’est-à-dire une sorte de piédestal continu ou de mur circulaire peu élevé et qui n’était interrompu qu’à l’endroit de l’entrée et peut-être à la partie opposée, ainsi qu’on le voit au temple de Tivoli.
C’est à ce genre de monoptère que devait appartenir le temple de Pouzzoles que l’on croit dédié à Sérapis. On peut y rapporter encore un édifice dont Vitruve ne parle pas, et qui consiste en un simple mur circulaire supportant une coupole, soit entièrement fermée, soit avec un jour, un œil, ce qui en fait une espèce d’hypæthre. Si une des citations qui précèdent ne nous fournissait la
(1) Voici le texte de Vitruve : o Quæ sine cella fiunt, tribunal habent et ascensum ex sua diametro tertiæ partis.» Littéralement : et Ceux que l’on construit sans cella ont un tribunal et une montée du tiers de leur diamètre. » Les commentateurs et traducteurs sont peu d’accord sur l’interprétation de ce passage; plusieurs placent cette élévation dans l’intérieur du temple pour occuper la place de la cella, ce qu’ils concluent du rapprochement des deux parties de la phrase. Parmi ceux-là quelques-uns donnent au tribunal ou à la plate-forme seule le tiers du diamètre, tandis que les degrés occupent, selon eux, le reste de l’intérieur, ce qui n’est nullement d’accord avec le texte. Quelques autres prennent le tiers du diamètre au centre du temple pour y élever des gradins et une plate-forme sur laquelle est l’autel ou la statue , ce qui , dans les petits temples, doit se trouver réduit à des proportions bien exiguës. Quelques-uns enfin ont séparé le tribunal des degrés, en mettant à l’intérieur un siège en hémicycle autour de la statue puis la montée au dehors. Cette explication nous aurait séduit, si nous n’eussions pensé qu’en ce cas la phrase latine eût été plus explicite. Quant à Perrault, il se tire d’affaire en dessinant des degrés d’un tiers de diamètre au dehors , puis d’autres degrés d’un tiers de diamètre au centre, de manière à contenter tout le monde. Mais la plupart des érudits, et les plus recommandables ont placé comme nous les marches autour de l’édifice, en faisant de tribunal et d’ ascensum une seule et même chose, ce qui est tout à fait dans le génie de la langue latine. La considération qui sans doute les a guidés est puisée dans les lois du goût : c'est que le monoptère , sans être élevé sur des degrés , à moins de se trouver sur une éminence naturelle , serait tout à fait écrasé : il n’en est pas de même du périptère circulaire qui est surmonté de sa coupole.
(2) De Architect. lib. III, cap. 4 (vulgo 3).
(3) Tantummodo accessus semita in tholum, qui est ultra rotundus, columnatus ut est in æde Catuli, si pro parietibus feceris columnas. Varro de Re rustica, lib. III, cap. 5, § 12. Le temple de Catulus dont il est ici question paraît être le temple delà Fortune de ce jour, Tux’iç tyépaç ixtmiç , dont parle Plutarque (Marius, 26).
(4) Alii tliolum ædium sacrarum dicunt genus fabricæ Vestæ et Panthéon ; alii tectum sineparietibus|columnis subnixum. Servies ad Æneid. IX, 4o8.
(5) Stuart, Antiquités d’Athènes, tome I, pag. 47-
(6) Insuper stylobatas columnæ constituuntnr tant allai, quanta ab euremis partibus est diamètres stylobatarum ; erassltudine altitudinis suæ cum capitulis et spinis decimæ partis.
(?) Voyez ci-dessus, page 1 1, note 4-
preuve de 1 usage de ce genre de construction pour les temples (i), il nous suffirait de citer le Panthéon.
Le périptëre circulaire n avait, à partir du sol, que deux degrés sur lesquels on établissait les stylobates. A une distance de ces bases, égale à la cinquième partie du diamètre de tout 1 édifice, s’élevait, dans l’intérieur, le mur circulaire de la cella; et le dedans de celle-ci avait un diamètre égal à la hauteur des colonnes, non compris leur stylobate. Pour être plus clair, commençons par 1 intérieur, et nous dirons que la cella, qui était ronde, avait pour diamètre intérieur la hauteur que Ion voulait donner aux colonnes; puis, qu’on élevait celles-ci à l’entour, en laissant entre 1 intérieur du stylobate et le mur de la cella un espace égal au quart du diamètre extérieur de la cella, c’est-à-dire du diamètre intérieur, plus deux épaisseurs de mur.
Ce temple était recouvert d’un tholus, c’est-à-dire d’un dôme ou d’une coupole, qui avait pour hauteur la moitié du diamètre ou le rayon de l’édifice entier. Selon Perrault, ce tholus se serait
appuyé sur les murs de la cella, qui auraient dû, pour porter le sommet de l’édifice à une pareille élévation, monter eux-memes perpendiculairement de toute la différence qui existait entre le rayon de la cella et celui de 1 édifice entier , et former conséquemment un tambour assez disgracieux, comme on peut le voir par la figure que cet architecte en a tracée. Mais alors la galerie circulaire restait-: elle découverte , comme Perrault semble le laisser à penser? Le contraste eût été bien étrange. Étaitelle couverte par un toit incliné ou une terrasse horizontale ? En ce cas, Vitruve en eût sans doute indiqué la construction. Il est plus que probable que l'architecte romain a voulu désigner une coupole reposant sur l’entablement qui couronne la colonnade et abritant à la fois la galerie et la cella, comme le fait le toit des périptères rectangulaires.
Quant a ce qui concerne l’arrangement des plafonds, tout est laissé à nos conjectures. Dans la hauteur d un demi-diamètre, nous ne comprenons pas l’ornement que Vitruve appelle le fleuron, ornement placé sur le sommet de la coupole, et au-dessus duquel se trouve encore une pyramide ou pointe.
Tel est le sens le plus raisonnable que l’on puisse donner au passage de Vitruve qui concerne ce genre de construction, et qui paraît, comme un grand nombre d’autres, avoir été singulièrement altéré. On peut ajouter que les commentateurs, en exerçant sur de pareilles descriptions la subtilité et la multiplicité de leurs conjectures, n’ont pas toujours contribua à éclaircir le texte.
Du reste, la coupole n’était pas exclusivement réservée aux temples : on peut citer à Rome plusieurs édifices qui avaient cette forme, sans que leur destination eût rien de religieux. Pausamas (a) décrit le Philippeum, élevé par le père d’Alexandre après la victoire de Chéronée, comme un édifice de forme ronde, construit en briques et entouré de colonnes, sur le sommet duquel on voyait un pavot de bronze qui servait de lien aux poutres du toit. Ce pavot est sans doute le fleuron (Jlos) dont parle Vitruve (3). ■
Il nous reste à parler de l’embellissement extérieur le plus considérable qu’aient pu recevoir les temples antiques; et c’est le complément nécessaire de tous les agrandissements successifs que nous venons de décrire. Ce dernier perfectionnement d’un chef-d’œuvre de goût et de magnificence n’est encore lui-même qu’un développement du principe duquel tous les autres sont sortis comme de leur germe. Le terrain sacré continuait de s’étendre autour de la cella. Il était toujours nécessaire pour les sacrifices sanglants du culte antique, et surtout à cause des rites qui consistaient à brûler sur les autels les entrailles et les cuisses des victimes. Au fossé, à la
(.) Voyez ci-dissus, page », note a, la citation de Vairon de R. R. III, 5, S .a; qui mentionne le temple construit par Catulu. comme étant un tholus supporté par un mur circulaire.
(a) Élide, chap. XX.
(3) C est évidemment par suite d'une erreur typographique que la traduction de M. Clavier dit Pivot au lieu de Pavot :• le texte porte pfxwv fàkxf, , un pavot d'airain.
ESSAI
simple haie qui l’enfermait d’abord, on avait bientôt substitué un mur. Le long de ce mur, on imagina enfin de construire unportique continu qui le disputait en magnificence au péristyle du temple; cette construction s’appela le péribole (»). Il y en eut qui renfermaient de vastes espaces, des bois sacrés, plusieurs petits temples même, et enfin un grand nombre de statues des drnnités ou des fondateurs du temple. Au rapport de Pausanias (a), le temple de Jupiter Olympien, dont la nef avait été construite par Adrien, était entouré d’un péribole qui n’avait pas moins de quatre stades ou 74o mètres, et qui renfermait un grand nombre de statues de cet empereur, parmi lesquelles une statue colossale; on y voyait encore les statues des Colonies, un Ju-
piter en bronze, un temple de Saturne et
de Rhéa, et une seconde enceinte nommée olympienne.
L’enceinte du temple de Neptune, sur
l’isthme de Corinthe, était également un péribole qui
contenait, outre le temple principal, celui de Palémon ou Mélicertes, un autre temple souterrain où Ion disait que ce dernier dieu était caché, et enfin un temple des Cyclopes (3). Nous nous contenterons de citer encore les temples d’Apollon à Didyme, d’Hercule et d’Esculape à Sicyone, .et d’Esculape à Titane. Le temple circulaire de Sérapis à Pouzzoles paraît avoir eu son péribole, et nous en verrons un à l’entour des deux plus beaux temples de Pompêi.
Mais arrêtons-nous un instant devant le grand temple périptère de Palmyre. Cet édifice, consacré au soleil, s’élevait dans une enceinte carrée qui avait environ huit cents pieds anglais, ou plus de deux cent quarante mètres de côté. Cette enceinte était fermée par un mur garni d’un portique continu comme les périboles grecs, mais la galerie était double, ou formée par deux rangées de colonnes; le nombre de celles-ci pouvait monter à quatre cents. On y pénétrait du côté de l’occident par un double portique à trois portes, formé de chaque côté de dix colonnes corinthiennes supportant un fronton. Le temple placé dans une pareille enceinte eût dû être un diptère à dix colonnes de face. Ou plutôt, figurez-vous, au milieu de cet immense péribole, le temple d’Éleusis construit par Périclès, temple qui réunissait à la forme carrée une coupole ronde; car les bas-reliefs du sarcophage de la villa Moirani en font foi : un moderne n’a point eu le premier l’idée d’élever le Panthéon dans les cieux (4). Ajoutez-y pour entrée le portique d’Héliopolis, ou mieux encore, les propylées d’Athènes... L’imagination humaine ne peut aller plus loin!
Si, de l’extérieur des temples anciens, nous passons à leur distribution intérieure, nous aurons peu de chose à en dire, par les raisons que nous avons déjà indiquées : le culte n’était pas là. C’était dans XArea que se trouvait jusqu’à la piscine où l’on puisait l’eau lustrale.
Yitruve décrit la distribution de ce qu’il appelle un temple toscan (ô), et plus loin, il avertit que cette distribution a souvent été appliquée à des édifices d’ordre corinthien et d’ordre ionique (6). Nous pouvons dire qu’elle convenait également au dorique, dont le prétendu toscan n’est qu’une altération: ou plutôt, le toscan n’est que le dorique modifié et appliqué à la construction des temples à la toscane, ratione tuscanica. Nous suivons l’auteur, qui décrit l’intérieur du temple toscan prostyle-tétrastyle.
La largeur du temple toscan devait comprendre les cinq sixièmes de sa longueur. Divisant celleci en deux parties, la moitié du fond était réservée pour les cellœ, les habitations du dieu; la partie antérieure ou pronaon devait être occupée par les colonnes. Ensuite la largeur devait être divisée
(1) Ifcpt, autour; paXXw, je jette.
(2) Attique, XVIII.
(3) Pausan., Cor. II. Tel est le sens véritable de la première phrase de ce chapitre :Toü irepiêiXoo Sé i<mv èvtô; n«Xai|iov&ç tv àpumpà vaoç. Onconçoitdifficilementpar quelle distraction le savant auteur du Dictionnaire d’ Architecture a vulà le péribole du temple de Palémon.
(4) C’est fort gratuitement du reste, ou d’après une tradition fort contestable, que l'on prête à Michel-Ange le mot auquel cette phrase fait allusion.
(5) Lib. IV, cap. 7.
(6) Lib. IV, cap. 8, vulgo 7, sect. 6.
en dix parties : on en prenait trois à droite et trois à gauche pour les petites cella ou les ailes; les quatre parties du milieu formaient le temple. Quant au pronaon, on y plaçait les colonnes de telle sorte que celles des coins de la façade répondissent aux antes ou aux extrémités des murs. Les deux du milieu devaient répondre à la division établie entre les cella et le milieu du temple, et deux autres enfin devaient se trouver à la fois entre les deux antes, et derrière les deux qui viennent d’être mentionnées, de manière à occuper le milieu entre celles-ci et le mur intérieur.
Cette description assez obscure, et qui ne peut guère être comprise qu’à l’aide d’une figure, doit être considérablement modifiée si on l’applique aux temples amphiprostyles ou périptères. Comme nous l’avons indiqué en parlant des entre-colonnements (i), ceux-ci avaient, en général, une longueur double de leur largeur : telles étaient les proportions du temple de Jupiter à Agrigente et de celui qu’on aperçoit sur la route de Tivoli à Frascati. Mais le temple de Jupiter à Olympie avait, au dire de Pausanias (2), g5 pieds grecs de largeur , sur 23o de long (3), ce qui lui donnait une forme allongée. Hexastyle, il devait avoir i3 colonnes de côté, au lieu de 1 1 ; octostyle, 17 au lieu de 10. D’un autre côté, le temple de Jupiter construit au Capitole par Tarquin n’avait que i5 pieds de plus en longueur qu’en largeur (4), ce qui le rapprocherait assez des dimensions du temple toscan, ainsi que l’indique d’ailleurs l’époque.
Après l’espèce de renfoncement qui se trouvait au pronaon , comme on le voit au temple de Thésée (5), on entrait dans la nef elle-même. Pausanias rapporte que, dans l’intérieur du temple de Jupiter à Olympie, il y avait des colonnes soutenant des portiques par lesquels on allait à la statue. On y trouvait aussi un escalier tournant pour monter sur le faîte du temple (6). Un rideau de laine, enrichi de broderies assyriennes et teint en pourpre de Tyr, offert au dieu par Antiochus, semble avoir été destiné à partager le naos en deux parties dans certaines occasions. Pausanias observe que ce rideau ne se levait pas vers le toit, comme celui de la Diane d’Éphèse, mais qu’on le baissait à terre en lâchant des cordages. On voyait dans le temple et dans le pronaon, des colonnes ou des piédestaux qui portaient des statues, des boucliers votifs, des couronnes, des trépieds, des tableaux, lesquels formaient le long des parois une brillante décoration : mais le plus bel ornement du sanctuaire était la statue colossale du dieu lui-même. Il suffit de rappeler quelle était de Phidias. La richesse des accessoires, du trône et de l’estrade, ornés d’or et d’ivoire, répondait à la beauté de ce chef-d’œuvre.
D’après ce temple d’Olympie, on peut se faire une idée des autres édifices religieux de la Grèce et de Rome, toutes proportions gardées néanmoins en grandeur, en richesse, en beauté.
Derrière le sanctuaire était l’opisthodome qui servait souvent de trésor.
Peu de personnes étaient admises simultanément dans l’intérieur des temples, qui était un lieu d’asile. Il était défendu d’y cracher et de se moucher (7). On y laissait pénétrer sans doute les suppliants, du moins quand ils apportaient des offrandes; et ils montaient quelquefois à genoux les degrés du péristyle (8). A Rome, les matrones entraient dans les temples en se tenant par la main (9), pour adresser aux dieux les supplications décrétées par le sénat (10).
(1) Page 6, notes 7 et 8.
(2) Élide, X.
(3) Le pied grec olympien valant 3o8 millimètres, cela revient à 29 mètres 26 cent., sur 70 mètres 84 cent.
(4) Dion. Halicarn , lib. IV.
(5) Stuart, Ant. d’Athènes.
(6) Pausanias, Élide, X.
(7) Arrian diss. Epictet. IV, 1 1 , 32.
(8) Dion. Halicarn.
(9) Voyez plus haut, page 10.
(10) Tit. Liv. , lib. X, 33.
Dans les calamités publiques, elles balayaient avec leurs cheveux le pavé du sanctuaire (i). Le vulgaire , qui n’était point admis avec elles, restait au dehors, exprimant quelquefois sa colere ou son mépris pour les divinités qui l’avaient mal servi, et se portant même jusqu’à assaillir le temple à coups de pierres (2). C’est que le polythéisme s’était corrompu par le luxe : le dieu, enseveli dans sa riche cella, adoré face à face par les seuls patriciens, n’était plus compris des esprits de la plèbe. Ainsi se préparait l’avénement d'une foi démocratique et d'un culte d égalité.
Nous nous sommes efforcé de rassembler dans cet Essai tous les renseignements generaux sur les temples des anciens qui peuvent être utiles pour 1 examen des édifices religieux tels que ceux de Pompéi : il fallait établir le type pour y rapporter les individus.
Nous réservons, pour les donner avec l’explication des planches, quelques discussions de détail qui auraient prolongé outre mesure cette introduction.
(1) Polyb. , lib. IX, 6.
(2) Suétone, Caligula.