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Les ruines romaines de Champlieu, Campi locus, près de Pierrefonds

Les traces de roccupation romaine surgissent aujourd'hui de toutes parts dans Tancien. duché de Yalois *, célèbre dans les annales. dje la féodalité par les résistances et les sièges du château de Pierrefonds ^ ,

* Le Valois était un duché de TIle-de-France qui s'étendait depuis Senlis jusqu'en Picardie. Il comprenait les villes de Crespy, Senlis, Pont-Sainte- Maxence et autre. Il n'était jadis que comté ; son premier comte fut Charles, fils de Philippe III et frère de Philippe le Bel, duquel est descendue la race royale des Valois , qui commença à son fils, Philippe VI, et finit à Henri IIL

* M, VioUet Jjeduc rétablit ce château sur les plans anciens, d'après les ordres de Napoléon III.

si connu de notre temps par les majestueuses ruines de cette forteresse éventrée par l'artillerie du cardinal de Richelieu, le grand centralisateur du pouvoir en France.

Un intérêt nouveau va relier les souvenirs de notre histoire roy^e à ceiff ^e lsi ^omins^tiop <}u p^upl« ro-main , qui avait étendu son empire jusqu'aux dernières limites de la terre * .

Une voie romaiqe établie pfir A^ppa ^ conduisait les légions conquérantes depuis la capitale du monde jusqu'au pays des Bellovaques et des Morins, qui habitaient la Picardie et la Flandre française, par Lyon^ ville impériale, touchait à Reims et à Soissons , villes alliées de Rome , reliait Compiègne , {Compendium) , ville bâtie par les Romains, à Amiens où plusieurs empereurs ^ tinrent leur cour, et se terminait à Boulogne-sur-Mer^ où Drusus avait établi un arsenal naval.

La résistance courageuse et l'élan intrépicjç des Bellovaques et des Sylvanectes qui défirent un jour quinze cohortes commandées par Sahinus et Cotta^ avaient forcé César, pendant ses huit campagnes, à se retrancher fortement et à s'établir devant le front de ces forêts impénétrables et tendues 4'enabuscadçs,

^ Virgile (DescriplioD du bouclier doni Vénus fit présent à Vutcam) dit :

Extremique hommum Morini.., ' Sur les plans de César, V. Carlier, Hist, du Kalolv, Borgier, etc. 5 Cpnstaptip, Constîince, Julien, Valentinien, Qr^lieB, etc.

connues aujotird*hui bous le nom de forêts dé Compiègne et* de Vitlërs-Cotterets.

Florus nous indique cette partie de la stratégie gauloise par ces mots : Morini dilabêbantuf in sylvas... jussît incendi. Par Morini, Florus entendait souvent cette vaste contrée connue soUS le nom de Belglum, qui commençait à la Seine.

hauteur des Commentaires ajoute à propos de ôôs combats sur- les bords de T Aisne (Axona), entre Sdissons et Compiègne : Continentes sylvas, ae patudés habebat^ ad quarum initium cum perveniêSêt Cè9^ 8ar„ castraque munire {nstituit. . . Disperêis in opéfe noêtris^ subito ex omnibus partibus sylvœ êVôlavêrunty et in nostros impetum fecerunt :

« L*ênncmi se retranchait dans ses forêts et dans « les marais, César ordonna que l*on bâtît des camps. . . « Pendant que les Romains travaillaient à leurs ccm- « structîons , les Bellovaqued venaient les surprendre « et faisaient irruption sur les travailleurs. »

Quelques coups de pioche et le tranchant de la charrue font aujourd'hui Jaillir de toutes parts dôs débris romains, dans la plupart de ces lieux occupés par l'armée romaine jusques à Tan 486 de notre ère, époque où Syagrius fut défait par Clovis^ et justifient le passage de Thistorien latin et celui de Tauteur des Commentaires.

Partout Ton voit mêlés la cendre et le charbon à la I^upart des reste» enfoui» soud les délritu» de» forêts ; ils témoignent des luttw terribles des Gmhis contre

r invasion romaine, comme le jussit incendi le démontre d'une manière si tristement éclatante.

César reconnaît que les Bellovaques étaient les plus guerriers, les plus nombreux et les plus puissants des Gaulois , et mettaient facilement cent mille hommes sous les armes ^

Il fallut donc à l'armée romaine plus de peine et plus de temps pour pacifier cette partie de la Gaule, qui avait lutté longtemps et qui était toujours prête à s'insurger, parce que ses habitants voyaient avec impatience les troupes de César s'accoutumer à hiverner et à s'enraciner dans leur pays ; la légèreté et l'inconstance, dit César, souhaitaient aussi un changement ^

Ce territoire % sans doute, occupé par les 5t7i?ancctes^ une tribu des Bellovaques, suivant une étymologie présumable, était d'ailleurs convoité par des princes gaulois, qui voyaient avec peine les Romains établis dans des terres si fertiles et si brillantes de végétation.

L'occupation romaine dans ces cantons dura cinq cents ans! depuis le gouvernement de César, cinquante-huit ans avant notre ère, jusqu'à Syagrius,

^ Plurimum inler eos Bellovacos et virtute |t auctoritate et hominum numéro valere, hos posse conficere annata millia centum.

* Ita populi romani exercitum hiemare alque inveterascere in Gallia moleste ferebant, partim,qui^dbilitateet levitate animi novis imperiis studebant.

' C'était là qu'était la capitale des Sylvanectes, suivant l'itinéraire de l'empereur Ântonin. Âmstelod., 4735, ini-l^

patrice de Rome, qui, ayant défait le roi des Francs, Childeric P"", avait retenu sous la domination romaine tout le territoire de Soissons, Tan 464. Le nombre des pièces de monnaie que Ton retrouve et la diversité des effigies correspondent parfaitement avec la longue succession des empereurs.

Les constructions que l'on découvre chaque jour, la richesse et la magnificence des restes qui jaillissent de toutes parts , montrent aussi que les Romains ont dû séjourner longtemps sur ces terres qui dominent des vallées si fraîches et si pittoresques.

A deux kilomètres de Pierrefonds, sur la route d'Attichy, près d'une maison de garde, on voit des pignons de maisons sortir de terre sous les coups de pioche des cantonniers, le sol retentit et de sourds échos semblent monter à la surface de la terre, comme les plaintes d'une ville ensevelie depuis deux mille ans I

Ici l'on retrouve des puits *, plus loin des pierres ciselées avec un art qui annonce une civilisation avancée : des débris de poteries fines, comme celles des Etrusques, témoignent, avec les pièces de monnaie d'or et d'argent qui en tombent, que là était une station de ces légionnaires qui n'avaient pour religion que la victoire, pour humanité que le vœ victis ! et pow Dieu qu'un triomphateur.

Les ossements mêlés «ux terres que Ton soulève

* Les pré rots des camps étaient obligés, par leurs fonction^, dei faire venir l'eau par des aqueducs w de faire creuser des puiis,,,

rgcçntent la derpière halte de beaucoup d^hommes, \^ i^x» de flèches des vélites et des triaires montrent qi|e là s*est dénouée une lutte è. mort ! Et ces hécatopabeô humaines ne cessent pas aujourd'hui de rougir la terre, d'engraisser les champs; aujourd'hui, comme il y a deux mille ans, le poëte peut dire :

Un jour le laboureur, dans ces mêmes sillons Où dorment les débris de tant de bataillons, Heurtant avec le soc leur antique dépouille, Trouvera, plein (Tefifrol, des dards rongés de rouille, Verra de vieux tombeaux sous les pas s'écrouler, Et des soldats romains les ossements rouler!...

8n 1818 *, on avait déjà trouvé au carrefour de la vieille monnaie, S70 médailles romaines réunies dans un vase.

* De tout temps on a trouvé des morceaux d'architecture sur les Ueiffi, ^ de tout temps il y a eu des vandales pour les emporter. On ignore que les anciens ne faisaient rien sans motifs : toutes ces sculptures avaient un sens, une explication, un langage. MM. Molinos et Legrand, dit Cambry, préfet en 4803 du département de VOise^ dans son excellent travail, avaient retrouvé dans la nature les plantes employées dans les frises, les corniches et les architraves. Les animaux de ces édifices avaient un sens, comme les hiéroglyphes qui rappelaient des sentiments, ou des idées, pu des maximes. Colombe el hibou signifiaient chaleur d*amour domptée f)ar la sagesse; l'amour lascif par deux colombes ; le lièvre désigne la vigilance ; le corbeau l'oiseau d'Apollon; le sanglier i'jmpétuosité guerrière; les qualité du jeune Hercule par un griffon ^ un lion, un dauphin, la force, la vitesse, etc.

M. Cambry dit qu'il possédait huit cenis morceaux précieux de cette sculpture; il faut ^^'^ quç l'église de Charoplieu a été con-

En 1814, 1820, 1824, on fit aussi des découvertes importantes en objets précieux de l'art romain.

Cette année sera célèbre entre toutes, pour les archéologues et les amateurs des arts, par la découverte complète du théâtre et du temple de Champlieu {Campi locus).

De Pierrefonds on va à ces ruines et à ce théâtre de la résurrection du nom romain, par le hameau de Palesne^ blotti sous d'odorants arbres fruitiers et encadré dans les lisières des forêts : puis Ton passe à Morienval ^ dont l'église, monument bysantin du plus beau style, serait enviée par un grand nombre de villes de premier ordre : la vie agricole et industrielle révèle dans cette commune l'activité et l'intelligence remarquables de ses habitants. On arrive enfin au village

struite avec les débris romains que l'on retrouve sur place ; chaque habitant d'Orrouy a des pierres et des débris de ces monuments. Il faudrait, en général, se souvenir qu'avant d'appartenir aux localités ces monuments appartiennent à la France, qui peut désirer qu'on les interroge sur place, dans leur entier.

* C'était une villa romaine. — Dans la suite, Dagobert y avait une maison de plaisance. — Charles le Chauve y venait souvent avec la reine Ermenstude qui s'y plaisait beaucoup. — Suivant Duchesne, on voyait la statue de Dagobert à l'entrée du portail de l'église. — L'abbaye célèbre qui avait été fondée par ce roi donna un jour un festin splendide à saint Louis ; tout le service était d'or massif. — L'abbaye de femmes qui y avait été instituée à côté de celle des hommes était tellement célèbre que l'abbesse Imberte était obligée de repousser les novices qui s'y présentaient. — Les armes de Morienval étaient la bannière de France semée de fleurs de lys sans nombre supportées par deux lions,

d'Orrouyj par une route unie comme l'asphalte, encaissée entre des collines où les pampres de vignes cherchent à rivaliser de fécondité avec des massifs de vergers en quinconces. Un ruisseau échappant çà et là à des tunnels formés de saules et de peupliers épais, entoure de ses eaux vives des bouquets de verdure, rafraîchit incessamment de belles prairies, où mugissent de nombreux troupeaux et communique le mouvement et la vie à toute la vallée.

C'est à Orrouy que demeure le gardien des ruines, c'est là que les touristes doivent prendre des renseignements, car plusieurs chemins couvrent de leurs sinuosités le coteau qui domine le village et qu'il faut gravir pour aller aux ruines.

Quand on est à son sommet, on se sent disposé, sous le souffle embaumé qui rase les champs et glisse entre les haies d'aubépine et d'églantiers, à répéter avec Horace, le grand chantre de Rome :

Beatus ille qui procul negotiis Ut prisca gens mortalium

Paterna rura bobus exercet suis

Aut in reducta valle mugientium ^Prospectât errantes grèges 1! *.

C'est Orrouy qui a juridiction sur les illustrations du

^ Heureux qui loin des affaires, ainsi que les mortels des premiers

âges, cultive le champ de ses pères et voit errer dans la vallée

les troupeaux mugissants l

camp des Césars; c'est à M. Marneuf, maire de cette commune, que l'on doit une puissante coopération à cette apothéose du nom romain, au milieu de ces vertes et paisibles campagnes.

Heureux aussi qui peut voir les échantillons laissés dans le cabinet du maire et dans le château de La Mothe, dont le propriétaire , M. le baron de Seroux, a possédé longtemps ce champ dont les épis recouvraient les brillantes et artistiques dépouilles du peuple roi, qu'un silence de vingt siècles avait entourées jusqu'ici.

En tournant le dos à cette magnifique vallée, il vous faut suivre un sentier vulgaire qui disparaît souvent sous le soc de la charrue; le chemin s'infléchit et monte comme les luzernières, un air plus vif se fait sentir, une sorte d'uniformité attriste le regard ; rien ne paraît à l'horizon, si ce n'est les ondulations des blés et des seigles qui s'abaissent et se redressent comme les vagues des mers. L'on marche ainsi pendant quelque temps dans l'incertitude, lorsque bientôt, entre ciel et terre, se détache un mur blanc comme les fantômes, qui étonne par son isolement et par sa forme ; vous approchez du monde romain !

L'histoire se dresse tout à coup devant vous et la solitude cesse, l'esprit est occupé, la mémoire se peuple de souvenirs, l'intelligence s'élève et le cœur grandit I On oublie la fatigue de son excursion.

On comprend l'armée française en Egypte, abattue et harassée par les privations, battant des mains et se

ranimant en voyant surgir à l'horizon du désert les gigantesques pyramides bâties par des mains inconnues, mais par des mains humaines !

Un médaillé de Sainte-Hélène tient les clefs de l'enceinte funèbre, fermée par une palissade.

Ce gardien se nomme Ramet^ il vient tous les jours à dix heures à son poste, et semble avoir pris, en conrtemplant les objets à la garde desquels il est commis, quelque chose de doux et de triste ; on dirait qu'il porte dans le cœur le sic transit gloria mundi. Il semble accueillir le voyageur avec un air de bonté et de mé^ lancolie, semblable à celui dont on se sent pénétré au champ de repos, sur la tombe d'un ami ou d'on parent!

C'est là, en effet, le tombeau des pères de notre civilisation que dix-huit siècles de prédications chrétiennes n'ont pu modifier et en neutraliser la vanité et l'orgueil : nous sentons toujours le paganisme; notre langue est romaine, nous tenons nos lois de RoHie, nous en avons les mœurs, les goûts et jusqu'aux pr^ jugés.

Le théâtre, dont le mur extérieur a frappé les regards, est bien conservé, il ne manque que les légionnaires sur ces gradins, et les acteurs sur la scène. C'est maintenant le théâtre romain le plus complet» Celui de Sagunte a été détruit en 1807 au momrat de l'invasion française.

Les arènes du Colysée^ de Nîmes ^ d'Arles, de Trêves j etc., étaient consacrées aux combats des gla-

diateurs et aux luttes sanguinaires ^e^ bétes féroces ; une nation chrétienne a conservé encore les combats de taureaux.

Dans les théâtres romains, il y avait deux sortes de pièces, Jes prétextes et lés togates. Les comédies pré^ textes étaient celles où les personnages que Ton faisait paraître sur la scène représentaient des magistrats, des prêtres et autres qui avaient droit de porter la robe prétexte; et les comédies togates étaient celles où l'on représentait les actions des personnes du commun,

La tragédie était la représentation de personnes illustres et malheureuses, exprimée en vers d'un style élevé. Les acteurd de la tragédie portaiœt une robe à longue queijfô, se couvraient le visage d'un masque; ils avaient aux pieds des souliers hauts appelés oothumes, pour paraître plus grands, et avoir un air plus majestueux. Les comédiens, au contraire, portaient des souliers très-bas qu'on appelait socques.

Le goût des Romains pom* les spectacles était si dominant qu'ils donnaient des prix à ceux qui se distinguaient.

11 fallait donc conserver ce plaisir aux légionnaires (lignés de leur patrie qu'ils regrettaient, arrêter le» défaillances de la tristeste sous le climat si variable de la Gaule et donii^ à ces homm^ des distractions un peu relevées au milieu des nations qu'ils regardaient comme barbares.

Ce théâtre paraît avoir été accommodé dans la suite aux croyances et aux mœurs des populations franques

sous les Mérovingiens, car l'on trouve dans la cabane du gardien, adossée au monument, des chapiteaux de leur époque qui tranchent par leurs ornements surchargés et confus avec les échantillons de la statuaire romaine qui gisent sur le soK

C'est vers 1850 que M. Caillette de l'Hervilliers partagea, avec M. Marneuf , la gloire de la découverte du théâtre.

Ce monument était connu alors sous le nom de Ferà-Cheval, dont il a la forme \

Le mur extérieur, dont la hauteur depuis les fondations est de 16 à 20 mètres , forme , avec un mur qui lui est parallèle, un couloir ou vomitoire^ d'où l'on descend dans (le cavea) , les stalles , par cinq galeries de dégagement.

Dans le premier dessin, nous avons représenté le mur extérieur tel qu'il se présente quand on arrive d'Ôrrouy.

Dans le second , nous avons représenté l'ensemble. La scène^ sceniurrij qui est ce carré en avant ; en face, ces quatre rangs de stalles, orchestrum, sont celles où se plaçaient les généraux commandant les légions , ou tribuns militaires, les centurions commandants des cohortes et les décurions des manipules. Les stalles de l'amphithéâtre étaient pour les légionnaires.

* Pendant tout le moyen âge, il était connu sous le nom des Tournelles : en 1218, il y avait un Robert des Tournelles très-célèbre. (V. L. P. Carlier.)

Entre la scène et les spectateurs est le /^roscenmm. Derrière la scène le postcenium où étaient les vestiaires et les coulisses des acteurs. Il y avait trois portes par lesquelles les acteurs entraient en scène.

Le postcenium était séparé de l'extérieur par un mur droit, en corde d'arc, orné souvent d'un péristyle à colonnes.

Les matériaux consistent en petits moellons réguliers réunis par un mortier très-dur composé de sable et de chaux : « On a employé, dit M. Caillette de l'Hervilliers (Monde illustré du 26 décembre 1858), simultanément des pierres en boutisse, des pierres en carreau et en parpaing. » Trente contre-forts espacés les uns des autres de 3 mètres 69 centimètres, soutiennent ce mur contre la poussée des gradins et lui assurent une résistance suffisante.

Divers objets d'origine romaine ont été trouvés dans le théâtre de Champlieu et notamment des pièces romaines d'Adrien, d'Antonin lePieux^ d'une Faustine, de Constantin, etc. On en trouve chaque jour ; des enfants qui travaillent aux champs en apportent aux visiteurs. Elles sont rendues illisibles la plupart par une patine épaisse et par des couches de terre fortement adhérentes.

Il y en a qui portent l'empreinte d'un animal, d'un bœuf, d'une brebis, d'où est venu le mot pécune^ pecunia, de pecuSy troupeau. D'autres portent en exergue le mot annona; ce sont les monnaies pour les provisionSt Anuonsi veut dii:Q vivres. En général, ^lles por-

tent le type de l'un des empereurs, et au revers, avec une figure allégorique, les lettres S, C. initiales de aenatuSy consulatus, en mémoire de ces deux pouvoirs constitutionnels des Romains.

On retrouve aussi des tuiles de confection romaine, des morceaux de poteries rouges comme la pâte étrusque.

Au moment de sortir de cette première enceinte qui est reliée, dit-on, sous terre, avec les débris du temple qui est en face du théâtre , on se trouve sur une voie romaine !

Cette voie romaine était appelée dans le pays la Voie deBrunehaut, non de cette reine dont le souvenir d'horreur rappelle Frédégonde, mais bien, suivant la fantaisie du vieux poète Renclery *^ du nom d'un roi qui s'appelait Brunault^ ou Branehaut^ contemporain de Salomon! Ce n'est pas en vain que l'on a conseillé l'ellébore aux poètes...

Nous marchons donc sur une de ces voies romaines * dont les conquérants du monde étaient si fiers, et qu'ils appelaient aussi chemins de fer^ via ferrata (de pierres dures comme du ter) , par lesquels IceluSj affranchi de

* C'était pour plaire aux comtes de Hainaut qui avaient la prétention de descendre de ce roi.

* Les grandes voies formaient des angles pour réunir le plus de villes ppssible : la nomenclalure des dififérentes voies était très-grande: viœ publicœ, vice consuîares, viœ privatœ, viœ vicinales, etc., etc. Straia était le nom général des grandes voies, leur largeur était de 17 métros 67 centimètres, Âgger ^était le milieu plus relevé, on Tappe-

Galba partant de Kome , portait en sept jours la nouvelle de la mort de Néron aux extrémités de TEc^agne. Martial appelait la voie appienne la reine des routes, et nous n'aurions jamais pu, avant nos chemins de fer où l'on va à la vapeur, offrir un équivalent d'une pareille voie de communication.

Appîa longarum leritur regina viarum.

Elle était munie d'appareils télégraphiques à feu et à eau à tous les postes milliaires , ce qui rappelle Septime-Sévère ^ qui avait fait construire un télégraphe acoustique dans ce mur formidable qu'il avait élevé en Angleterre pour défendre ses armées contre les attaques des peuples de l'Ecosse. Ce télégraphe se composait de soixante-huit milles de tuyaux acoustiques établis le long et dans le centre du mur, pour mettre les différents postes en communication.

Aussi un des grands hommes de Rome s'écriait avec satisfaction : « Nous avons tout inventé , nous n avons rien laissé à faire à la postérité ! »

Et aujourd'hui, dans quelques secondes, l'électricité trouvée par Thaïes fait faire le tour de la terre à la pensée humaine !

lait via militaris, margines étaient les berges. (V. Vitruve, Bergier, Histoire des grands chemins de Vempire romam ) Denis d'Halicarnasse dit que les voies romaines ont toigoura témoigné de la grandeur du peuple romain : il n*y avait pas de villes en Gaule où il se rendit plus de routes romaines qu'à Beims A Bavay, maintenant un petit village, il se rendait sept voies romaines encore indiquées par une pierre taillée à sept coins sur la place publique.

La force de la vapeur, constatée par Hiéron d'Alexandrie, abrège le travail de Thomme et lui fait parcourir en quelques heures les distances qui exigeaient la fatigue de plusieurs jours !

Et, dans une minute, la photographie va reproduira de la façon la plus artistique ce Musée qui est là gisant et qui sort du sépulcre d'oubli où il a été enfoui pendant dix-huit siècles !

Maintenant nous allons nous trouver en face du temple consacré à Apollon.

Les degrés du péristyle existent encore en partie , nous en avons représenté les restes sur notre troisième planche. Autour du tertre qui montre les dimensions du temple sont disposés les fûts, les chapiteaux des colonnes, les frises et les entablements.

Quelle richesse de composition, quelle adoration de la forme ! Comme ces pierres ont été travaillées, fouillées avec soin , avec art, avec l'inspiration et l'amour païens sur ces lieux-là mêmes ; car on a retrouvé les instruments des praticiens et des sculpteurs. Toute la mythologie romaine apparaît là confuse. On y voit le génie de la ville inmiortelle couronnée d'un diadème avec l'inscription [Roma sur le listel au-dessus de sa tête.

Les peuples subjugués y sont représentés par cette grosse tête, pleine d'une naïveté indigène , dessinée à la quatrième planche , et par cette physionomie de vieille femme portant la coiffure du pays et surajoutée d'un ornement d'acanthe.

Les hydres et les syrènes courent et déroulent les anneaux de leurs corps le long des frises, des frontons, et rampent autour des entablements.

Les fûts des colonnes sont ornés de lauriers étages, de dessins en losange, d'astragales. Cette diversité dans la composition de Tomement des supports du temple est remarquée aussi dans d'autres constructions romaines gui existent en Italie et dans le midi de la France. L'architecture gothique a imité cette diversité dans la plupart de nos églises anciennes.

La statue du dieu en or, en argent ou en bronze n'a point encore été retrouvée. Il est vrai que Constantin a enrichi ses trésors en faisant fondre les statues du paganisme et en décrétant l'abolition de ses dieux. Au milieu d'un empire dévoré par l'usure, Constantin réalisa la combinaison financière la plus haute de l'histoire!

Ce qui reste à Champlieu de la statuaire romaine montre que les Césars étaient de grands amateurs; on rapporte que César, premier du nom, avait payé à Timomaque /iOO,000 fr. pour deux petits morceaux de sa composition.

Avant de faire la description des richesses artistiques que nous avons rencontrées, dont nous avons donné un ensemble dans les deux dernières planches : nous copions la description des morceaux précieux et presque entiers qui ont déjà disparu du théâtre de leur gloire et dont M. Caillette de l'Hervilliers a fait la savante énumération dans le Monde illustré ci-dessus cité.

Où remarqoait une Bacchante dont le torse est d'un étyle por et él^anL Qle se présente de doa au spectateur : le visage de profil est tourné vers Tépaole gaoebe et la tête porte une magnifique chevelure enroulée autour du front : son bras gauche soutient à la fois ofi thyrse et les plia d'un voile qui retombe sur le devant de la poitrine.

On voyait un Mercure encaissé dans deux listels et formant un pied-droit. La tête du dieu porte des ailes, mais sans pétase. Son visage de profil est tourné à gauche, il est relevé et regarde le ciel. Il semble attendre un ordre de Jupiter, et la position de Tindex, appuyé sur le mœton, marque l'attention que Mermire prête aux ordres célestes*

Là, Gérés et Démophon i ce bas^relief est composé de trois assises formant la partie haute du pied^roii 11 représente, suivant Appollodore, Gérés plongeant le jeune Démophon dans le feu pour le rendre immortel. La chevelure de la déesse est couronnée d'épis; son eorps^ nu jusqu^à la hauteur du fémur, est penché en avant, et elle tient suspendu en Tair, par le pied gauche, un enfant dont la face est relevée sur le côté droit. Les mains de Tenfant paraissent entrer dans des flammes épaisses.

On remarquait encore une Léda et le cygne qu'elle paratt repousser.

Mîtbras , armé du couteau , Apollon * enflu portant

Cest un bas-reîief, -* Ce n*est pas te statue ^ *etr,

— sala chlamyde attachée sur l'épaule gauche par une (!• bule : son bras gauche appuyé sur un autel.

Ces morceaux ont été transportés sans doute au musée de Complègne ou de Beauvais. Il aurait été peutêtre plus convenable de les laisser entourés du prestige du monument quMls étaient destinés à orner ; les archéologues et les savants auraient pu saisir l'ensemble de leur signification et le langage de cette sculpture, qui chez les Romains parlait aux yeux et à l'intelligence.

Les Romains consacraient des temples à Jupiter, à Janus , à Saturne , à Cybèle , à Apollon , à Minerve , à Mercure, à Mars, à Vesta, à Cérès, à la Vertu, à l'Honneur, à Hercule, à Castor et Pollux, au Soleil, à la Liberté, à la Félicité, à la Concorde, à la Piété.

Ces temples étaient plus ou moins grands, et de différentes structure» , leur division était à peu près celle de nos églises : sanctuaire ^ choeur^ nef. Us étaient tous situés de manière que l'idole regardait le couchant ©t que ceux qui allaient sacrifier, étaient tournés du côté de Torient. On dressait les autels dans la même position : ils étaient différents suivant l'ordre des dieux. Les autels consacrés aux dieux célestes étaient élevés de plusieurs degrés. Les autels des dieux terrestres étaient posés sur la superficie de la terre et on creusait le sol pour les autels des dieux infernaux, ce qu^on observait aussi dans la construction des temples.

Le» autels étaient ornés de festons de fleurs; on elieîsisjiait par préférence le laurier pour Apollon, le

peuplier pour Hercule, le chêne pour Jupiter, le myrthe pour Vénus et l'olivier pour Pallas et Minerve,

Nous avons déjà fait remarquer que plusieurs fûts de colonnes à Champlieu étaient ornés de feuilles de laurier.

Ces jeunes gens et ces enfants pleins de grâces, montés les uns sur des hippogriphes, les autres sur des dragons, sont des mythes, dignes du monde des féeries et d'une imagination poétique, en harmonie avec le dieu de la lyre et des arts.

Ces sirènes dans leurs replis voluptueux sont là pour enchanter les regards , exalter la passion et surprendre les sens ; ils rappelaient sans doute le voyage d'Apollon avec Neptune chez Laomédon.

Une scène dramatique a fixé longtemps notre attention, c'est le corps de cette personne renversée, les bras pendants : n'est-ce pas une fille de cette malheureuse Niobé, tuée par une flèche d'Apollon à la sollicitation de Latone, sa mère ?

Une autre scène moins terrible et plus scientifique semblerait consacrer le souvenir de Dédale et d'Icare. Sous le rapport des voyages aériens, on n'est pas plus avancé qu'il y a deux mille ans. De notre temps, on s'est opiniâtre à faire des aérostats en forme de poissons dont les appareils servent à la locomotion dans l'eau, au lieu de s'attacher au mécanisme de l'oiseau dont la queue est F hélice, tandis que les ailes, développées en proportion du poids du corps, battent l'air comme des rames à coups rapides et précipités pour

avancer. On pourrait surtout étudier le vol du pigeon voyageur, c'est de lui que Pline dit : Sola columba cum fessa est alarum unam comprimit et altéra volât. Il était le courrier des Persans , des Grecs et des Romains \

Tous ces débris que nous avons rapidement analysés et représentés par des dessins, ont une harmonie et une grandeur dignes des souvenirs littéraires que les Romains ont laissés à la postérité.

On quitte à regret ce lieu aujourd'hui isolé et silencieux qui retentissait, il y a vingt siècles, d'applaudissements, de chants de victoire et d'hymnes religieux. C'était là que s'étaient arrêtées les légions romaines qui avaient reculé les bornes du monde connu. C'était là que s'était rangée en bataille cette fameuse dixième légion qui changeait la fortune de Rome , à Pharsale et à Alexandrie : là, César et LabienUs étaient réunis et combattaient sous les mêmes enseignes !

A peine a-t-on fait quelques pas pour regagner le hameau de Champlieu^ caché sous un pli de terrain, que Ton rencontre les ruines d'une église chrétienne

* Dans les Œuvres complètes de M. le baron Cagniard de Latour on pourra lire un mémoire sur le vol des oiseaux et un calcul intéressant sur le nombre de battements de leurs ailes par minute. Ce stff ant membre de T Académie des sciences s'était occupé de la navigation aérienne. M. Desbois, médecin au Havre, a imaginé un appareil calqué sur celui de Taigle qui permet à l'homme de s'élever dans les airs. (V. les Mémoires de l'Académie des sciences du lundi 2 juillet 1860.)

romainet desserviô autrefois par des moines de TÛrdre de Saint-Benoit.

Sur la porte principale on lit en langue latine :

Reâpéctatur in hoe tetttplô vènerandà Maria Quam rosa pulchra magis imago Dei.

« On vénère en ce temple Marie qui plus que la rose, est l'image de la Mère de Dieu, »

L'histoire dit que cette église fut renversée par la foudre, il y a soixante ans. La Vierge près de laquelle on venait en pèlerinage, protégeait les jeunes filles : le 16 mars de chaque année, on célébrait une fête anniversaire de l'intervention salutaire de la Vierge qui avait retenu au-dessus de l'eau d'un puits une jeune fille qui dut la vie à ce miracle. La Vierge de Champlieu était propice aussi aux femmes enceintes qui accordaient aux médailles qui la représentaient une vertu miraculeuse.

Ces ruines sont placées là d'une manière si poétique que Ton se rappelait involontairement ces beaux vers de Demie :

Plus loin c'est une église antique, abandonnée. Qui s'offre tout à coup, de bois environnée... Vierges, femmes, enfants, sur un rustique autel, Y venaient aux moissons implorer rÉtemel.

^ Le saint recueillement, la paisible innocence, Semble encor de ces lieux habiter le silence ; La mousse de ces murs, ce dôme, celte tour, Les arcs de ce long cloître, impénétrable au jour; Les degrés de Taulel, usés par la prière; Ces murs noircis, ce sombre et profond sanctuaire

Où peut-être dei coeurs^ en secret malheureux, A Tinflexible autel se plaignaient de leurs nœuds. Et pour des souvenirs encor trop pleins de charmes À la religion dérobaient quelques larmes.

Tout parle, tout émeut, dans ce séjour sacré; Là, dans la solitude, en rêvant égaré.

Quelquefois vous croirez, au déclin d*un jour sombre. D'une Héloïse en pleurs entendre gémir Tombre.

Notre pèlerinage accompli» nous primes pour reve^ nir la route des forêts, Tune des plus pittoresques et des plus agréables que Ton puisse voir. Nous ne pou-* ^ viens cesser d'admirer ces carrefours et ces tranchées immenses où les chênes et les hêtres séculaires s^élevant en volutes de feuillages vont à perte de vue former des nefs pleines de fraîcheur et se terminent, par le jeu de la perspective, en tunnels microscopiques éclairés par un point lumineux dans un horizon lolnr tain.

Après une heure de marche, nous arrivions à Pierre^ fonds dont la grandeur croît chaque jour par Tîmportance de ses eaux minérales, qui opèrent des prodiges de guérison dans un grand nombre de maladies. La beauté du paysage qui Tentoure de toutes parts de ses prestiges, la pureté de l'air, le parfum des forêts que Ton y respire, hâte les convalescences, réjouit les malades et fixe par reconnaissance un grand nombre de personnes distinguées au lieu où elles ont recouvré la santé.

Les plaisirs de la société s'y trouvent réunis avec les objets du culte des arts et de la science.

On assiste à Pierrefonds aux chasses les plus célèbres ; les artistes y viennent chercher des inspirations ; rhomme de lettres et le poëte y trouvent incessamment de nombreux sujets de méditation , à côté des délassements les plus agréables ; les minéralogistes rencontrent dans ses environs les spécimens les plus curieux de la science, tandis que le botaniste y charge son herbier d'un butin précieux. Les collections ne manquent pas dans la ville et indiquent la variété inépuisable des objets d'histoire naturelle que l'on peut découvrir dans ses environs.

Il ne manquait à Pierrefonds que d'offrir à l'historien et à l'antiquaire, à côté des plus belles ruines du style gothique et des grandeurs féodales, les rétrospectives beautés du style romain dont nous venons de parler.

Aussi Pierrefonds devient-il une ville dont les constructions rappellent les habitations de luxe et de bon goût des villas parisiennes : on y distingue surtout l'hôtel de madame la baronne du Charmel , celui de M. de Flubé , la belle et magnifique maison des bains, et une foule d'autres demeures agréablement groupées autour d'un lac dont la surface présente un champ vaste au goût maritime des canotiers et dont les eaux poissonneuses peuvent exercer la patience proverbiale et pittoresque des pêcheurs à la ligne.

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