PROLOGUE
EaÊOBixii,
l'époque des navigations du seizième siètle autour des côtes de rAmérique du No*d, rîle de Sable s'appelait " Sablon " ou f" Les Sablons ". Dans le rapport de j^^^pédition de Sir Humphrey G-ilbert, ^nt il sera parlé ci-après, on lit : — " Sablon gît au large du Cap-Breton, environ 25 lieues." Dans le mémoire de Eichard Clarke, l'un 'des pilotes de la même expédition, on fait mention de cet endroit, en se servant des termes suivants : — " L'île de Sablon ou l'île de Sable".
C'est un point à peine perceptible dans Timmensité de l'Océan que cet étroit îlot.
 quelques lieues seulement de distance, il demeure caché sous l'horizon. Quand, de plus près, on le découvre, se profilant sur l'azur du ciel, au-dessus du niveau de la mer, il ressemble à l'un de ces bancs de brume qui surgissent de l'onde, pour se dissiper bientôt.
Malgré cette apparente insignifiamce, l'île de Sable est un endroit célèbref si mal affermie qu'elle soit sur ses assises mouvantes. Ea réalité et la fiction, l'histoire et la légende l'ont consacrée terre classique des sombres catastrophes, àes colonisations singulières et des apparitions merveilleuses.
Parfois brûlée par le soleil et les reflets ardents d'une mer calme et lisse comme un miroir, fréquemment enveloppée de brouillards, souvent inondée de pli;iies torrentielles, d'ordinaire battue des vents et des tempêtes, cette île, étrange paij sa position, par sa structure, par sa formei et non moins étrange par ses annales,(se présente à l'idée du penseur, de l'historien, du poète, du conteur, avec le prestige d'une poésie sauvage et saisissante.
Nulle plage d'égale étendue n'a vu tant de naufrages et de sinistres. — C'est l'Ossuaire de l'Atlantique ! — Sa pensée rappelle la vallée des os de la vision d'Ezé-
chiel : " Et il y en avait beaucoup dans cette plaine," dit le prophète.
Plusieurs écrivains des trois derniers siècles se sont occupés de l'île de Sable.
Bemontant aux époques antérieures, on a cru trouver une allusion à cet atterrage dans les Sagas des Scandinaves : il y est dit que Biam Hériulfsen, l'islandais, étant à la recherche de son père Hériulf parti ^ pour coloniser le Q-roënland, en l'an 986, * fut dévoyé vers le sud par des vents continus soufflant du nord ; ainsi poussé, il eut successivement connaissance de terres inconnues, sans aucun doute la Helluland (Terre des pierres plates), Terreneuve, la Markland (Terre des bois), TAcadie, et enfin d'une terre de sables, qu'on suppose être les Sablons.
Les sources de ce qu'on peut appeler, par comparaison, l'histoire ancienne de nie de Sable, se trouvent dans les écrits et collections de Thévet, d'Hakluyt, de Ohamplain, de Lescarbot, de Bergeron, de Winthrop, de Sagard, de Jean de Laëi, de Leclercq, de Charlevoix et autres.
Les lettres patentes de colonisation, émanées par les rois de FTance,François P^ et Henri IV, font mention spéciale de cette île, comme l'un des objectifs des entreprises qu'on voulait autoriser ; on y lit : — ^^ Sur les aviz donnez que aux isles et païs " de Canada, Isle de Sable, Terresneuves
et autres adjacentes, pàïs très fertiles et abondans en toutes sortes de commoditez, il y avait plusieurs sortes de peuples bien formez de ^corps et de membres et bien disposez d'esprit et d'entendement, qui vivent sans aucune connaissance de Dieu... poussé d'un zèle et affection de l'ezaltation du nom chrétien... donné pouvoir... pour la conquête des dits païs..."
Les archives conservées à Rouen, contiennent aussi d'intéressants détails se rattachant à cette île. M. P. E. Grosselin en a publié d'importants extraits, en 18*76,dans son ouvrage intitulé : — " Documents " authentiques et inédits pour servir à " l'histoire de la Marine Normande et du " Commerce Eouennais, pendant les XYh '' et XYIP siècles."
Les renseignements qui concernent les années plus vcâsines de nous, et le temps présent, sont contenus dans les documents officiels de la province de la Nouvelle- Ecosse et dans les rapports annuels du ministre de la marine. Pour ce qui a trait à l'histoire an'ecdotique et légendaire, il faut avoir recours aux traditions acadiennes et néo-écossaises. Il est essentiel encore de consulter les ouvrages de Mi Haliburton et le charmant opuscule intitulé " Sable Island " de M. le Dr Gilpin d'Halifax, M. W. Smith, député-ministre
LES SABLONS. s9
de la marine, a aussi publié, dans le *' Nautical Magazine " de Londres (18Ï3), un intéressant article sur le sujet.
La carte hydrographique de ces parages a été dressée à Tamirauté anglaise, sur les données fournies par les officiers de l'exploration connue, dans le monde géographique, sous le nom de " Ghilf Survey'' Cette exploration, montée sur les petits bâtiments la Gulnair et la Columbia, a été dirigée successiTcment par MM. Orlebar, Bayfield et Shortland.
Sarmi les cartes géographiques, comparativement anciennes, que Ton possède de cette île, il suffit d'en mentionner deux, savoir : celle qui se trouve dans un recueil anglais connu sou» le nom de Neptune atlas, et une carte française sans date ei sans autre indication que le numéro 21.
Cette feuille, dont il sera tiré parti ciaprès, doit appartenir à une collection quelconque, ou à quelque ouvrage, dont la recherche serait peut-être facile, avec du temps ; elle était isolément en vente chez un libraire de Paris cette année même, 1884; elle est maintenant déposée à la bibliothèque de l'université Laval, à Québec.
Jue recueil anglais, intitulé " Atlantic Neptune " est un atlas illustré contenant des cartes des côtes du golfe Saint- Laurent, 4e Terreneuve, du Nouveau-Brunswick,
, de la Nouvelle-Ecosse et des îles qui en f dépendent. Cet ouvrage, devenu très rare, peut être consulté à Ottaoua, aux archives historiques du département de l'agriculture qui en possèdent un exemplaire.
L'auteur, Joseph F. W. Des Barres, connu sous le nom de colonel Des Barres, a ét^i gouverneur du cap-Breton de 1^83 à 1^8Ï c'est avant d'avoir été appelé à exercei cette fonction qu'il a exécuté ses travau:
hydrographiques ; son atlas porte la daté de 1^81 ; il contient de l'île de Sable deux cartes établies sur une grande échelle.
Le département de la marine a publié, à Ottaoua, en 1883, une carte des naufrages enregistrés à l'île de Sable ; la compilation des registres a été faite par M. S. D. Macdonald d'Halifax. Dans une brochure sur le même sujet, publiée à Halifax, M. Macdonald dit : — " Cette caTte indique le nom " et la position des naufrages connus ; les " naufrages inconnus sont peut-être beau- " coup plus nombreux." Cette liste, qui rend compte de cent-cinquante naufrages, ne remonte pas au-delà de l'année 1802.
L'iconographie de l'île de Sable ne paraît compter qu'un i)etit nombre de pièces^ dont suit la description : 1. Une gravure dans le genre panoramique, devenue maintenant introuvable,représentant un endroit accidenté de l'île ; au pied des monticules se dresse un campement de soldats por-