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Elles étaient honorées ensemble et souvent désignées sous le nom de xaïv ôsatv.
Leur sanctuaire principal était à Eleusis. Là leur culte était administré par un nombreux personnel sacerdotal. Parmi les ministres de la religion éleusinienne, les textes nous font connaître :
1» L’hiérophante (tepocpàvxï)<;). C’est le personnage le plus élevé dans la hiérarchie sacerdotale des Mystères. Il est hiéronyme (Lucien, Lexiphane, 10), c’est-à-dire qu’il perd son nom de yévoç et ne doit être désigné que sous le seul titre d’hiérophante. On en connaît cependant quelques-uns, surtout à l’époque impériale (Lenormant, Recherches , p. 137). Pour la période qui nous occupe, on cite les hiérophantes suivants :
L’arrière-grand-père du personnage pour qui Lysias écrivit le discours contre Andocide (108) et qui vécut sans doute vers la fin du sixième siècle. Il porte , dans les éditions de Lysias, le nom de Zacoros. Mais ce nom paraît n’être pas autre chose qu’une glose de tepo<pàvxrK, qui se sera introduite dans le texte.
©eoStopoç, qui , après avoir prononcé les imprécations publiques contre Alcibiade (Plutarque, Vie d’Alcibiade, 33), refusa de se rétracter lorsque Alcibiade eut été rappelé (fin du cinquième siècle).
’Apjdaç, mentionné dans le plaidoyer contre Néère (116). Il fut condamné à mort par le Peuple pour avoir commis une infraction aux rites liturgiques (quatrième siècle).
EùpuxXsîSrii; , contemporain de Démétrius de Phalère, mentionné par Diogène Laerce (II, 101). Il voulut poursuivre pour athéisme le philosophe Théodore (fin du quatrième siècle).
Deux hiérophantes, dont les noms ne sont pas connus et qui vécurent vers le commencement du premier siècle avant notre ère. L’un est le fils d’Eutrophios du Pirée et l’autre est le fils de Ménéçleidès du dème de Kydathènée (Le Bas, Altique, 281).
Les hiérophantes étaient choisis exclusivement dans la famille des
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Eumolpides (voir Bossler, De gentibus , p. 22 et suiv.), la plus importante des familles qui touchaient au culte des Mystères. Les Eumolpides avaient seuls le droit d'interpréter les lois sacrées d’Eleusis (Andocide , sur les Mystères , 116). Pour certains crimes d’impiété, dont l’espèce n’était pas prévue par les lois écrites , ils se réunissaient en tribunal, et, après délibération, prenaient une décision qui était souveraine (Lysias, contre Andocide, 10; Démosthène, contre Androtion , 27). Sur les quatre épimélètes des Mystères, les Eumolpides en fournissaient un. Les Eumolpides étaient collectivement responsables (Eschine , contre Ctèsiphon, 18). Parmi les Eumolpides, il faut citer les deux généraux Conon et Timothée son fils. Bœckh a montré (G. 1. G., t. I, p. 446), avec une grande vraisemblance, qu’ils appartenaient à cette famille (voir Lenormant, Recherches , p. 139).
2° Le dadouque (SaSovyoç). Le dadouque venait en second lieu dans la hiérarchie sacerdotale des Mystères. Primitivement il appartenait à une branche de la famille éleusinienne des Kèryces, à la branche des Callias, qui prétendait descendre de Triptolème (Andocide, sur les Mystères, 127 ; Xénophon, Helléniques, VI, 3, 6). Bossler a essayé de dresser un tableau généalogique de cette famille (p. 33 et suiv.) pendant un peu plus de deux siècles. On y rencontre trois dadouques : Callias II, qui combattit à Marathon et qu’on soupçonna d’avoir volé une partie du butin après la bataille (1) (Plutarque, Vie d’Aristide, 5) ; Hipponicos III, son fils, qui mourut en combattant à la bataille de Délion ; Callias III, son petit-fils, qui marcha à la tête de l'armée athénienne lors de l’invasion d’Agésilas en Corinthie (Xénophon, Helléniques , IV, 5, 13). La famille s’éteignit à la génération suivante : Hipponicos IV épousa sa cousine, la fille d’Alcibiade, et mourut sans enfants (Athénée , XII , 52) vers la fin du quatrième siècle.
La dadouChie passa alors entre les mains d’une autre famille sacerdotale, la famille des Lycomides, qui, quoique étrangère aux familles éleusiniennes , se rattachait indirectement au culte des Mystères par la possession traditionnelle qu’elle avait des hymnes d’Orphée et de Musée en l’honneur de Dèmèter (Pausanias, I, 22, 7 ; IV, 1, 6 ; IX, 27 , 2 et 30) Les Lycomides comptaient Thémistocle au nombre de leurs ancêtres (Plutarque, Thémistocle, 1). Il est difficile de savoir comment se fit la cession de la dadouchie à cette famille nouvelle. Jusque vers le début du second siècle avant notre ère, les Lycomides se succédèrent dans leur charge sans laisser de traces dans l’histoire. Un seul dadouque nous est mentionné , c’est nuQôStopo; , qui s’opposa au changement du calendrier qu’on réclamait pour permettre à Démêtrius d’être initié en peu de jours aux petits et aux grands Mystères (Plutarque, Démêtrius, 26). Vers l’an 160 avant J. -G., il y eut une alliance entre les Lycomides et les Etéoboutades, et, comme la généalogie des Etéoboutades nous est assez bien connue grâce à la Vie des dix orateurs (Lycurgue) , la généa-
(1) Sur cette anecdote très suspecte, voir plus haut p. 131.
logie des Lycomides s’éclaire en même temps. O. Millier, Bœckh, Bossler et Lenormant l’ont successivement complétée (Lenormant, p. 19 et suivantes ; p. 163). Les dadouques n’étaient pas hiéronymes.
3° L 'hiérokèryx (lspoxïjpv£). C’était le héraut sacré. Dans la hiérarchie éleusinienne, il venait immédiatement après le dadouque (1). Il appartenait à la famille des Kèryces, qui était particulièrement chargée de la police des Mystères, et dans laquelle on choisissait l’un des quatre épimélètes des fêtes d’Eleusis (Harpocration, suqjisXYixrjç) ( 2 ) .
Cette famille était liée de très près à celle des Eumolpides. Toutes deux sont toujours mentionnées ensemble (Suidas, Eù[x.oXiu8ai ; Eschine, contre Ctèsiphon, 18). On a conservé un décret rendu par les deux familles réunies (G. /. A., Il , 605) vers le commencement du deuxième siècle avant notre ère. Les Kèryces cependant ne partageaient pas le privilège qu’avaient les Eumolpides de décider sur l’exégèse des lois sacrées des Mystères (Andocide, sur les Mystères , 116).
Parmi les Kèryces , on signale Léagoras , contemporain et adversaire de Pisistrate, et l’orateur Andocide (Bossler , p. 29 et suivantes) . Dans Xénophon (Helléniques , II, 4, 20) il est question d’un héraut sacré, KXsoxpixoç , qui, après la victoire de Thrasybule, s’interpose entre les combattants. Le discours d’Andocide sur les Mystères (127) , mentionne un certain KaXXi8nç, qui intente un procès au dadouque Callias III.
4° Le prêtre pour l'autel (à tspeùç èirî xû> pwpco ou à stù tü êcopiw ou ô ètuptopuoç). Personnage sacerdotal d’un grade inférieur (G. 1. A., I, 2; Philostrate, Vies des Sophistes , II, 1 1 Eusèbe, Préparation évangélique, III, 12 ). On n’a pas trouvé, au théâtre de Dionysos, de siège marqué à son nom. Il figure cependant, aux temps de l’empire, il est vrai, parmi les ’Aehrixoi du Prytanée. On ne sait ni quelles étaient ses fonctions , ni à quelle famille sacerdotale il appartenait. On ne connaît aucun épibome antérieur à l’époque impériale.
5° Uhiérophantide. Elle était hiéronyme , comme l’hiérophante (G. I. G., 434). Elle secondait l’hiérophante dans l’initiation des Mystes. Elle était choisie dans la famille des Phillides (Suidas, 3>iXXeï8ai • sx 8s xouxwv f) tépsia xijç A^p-rirpo; xai Kôpn; t) p.uoü<7a xoù; p-vaxa; sv ’EXsuxïvi). On ne sait rien de plus ni sur l’hiérophantide ni sur la famille des Phillides
6° La femme dadouque. M. Guigniaut (Religions de l’antiquité, t. III, 3e partie, p. 1162) et M. Lenormant (p. 186 et suiv.) ont pensé qu’il y avait un office de dadouque exercé par une femme , office correspondant à celui du dadouque dont nous avons déjà parlé , comme l’office d’hiéro-
(1) Mommsen ( Heortologie , p. 234, 235) pense que l'hiérokèryx avait le même rang que le dadouque. Ordinairement il venait en troisième lieu . Dans une inscription (C. I. G., 188h), il est mentionné en second lieu, avant le dadouque.
(2) C. I. A., II, 597 : sireiSn Eù9é8v]p.o; 6 7râps8po; xoü (3a xaXûç xai cptXo- Tipiw; (ASTà toù (3[aa-]iXé<i); xai xoù ys'vovç xoù K i\ p u x [w] v [ÈTrjep.eXnS'O x[8j]v vcepî xà (Uiaxfjpia.
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phantide correspond à celui d’hiérophante. Voici sur quelles preuves repose cette hypothèse très vraisemblable : une inscription d’Arcadie (C. I. G., 1535) mentionne une femme dadouque dans le culte deDèmèter Prosymna, à Lerne. Or les Mystères de Lerne avaient de grandes analogies avec les mystères d’Eleusis. Dans un dialogue de Lucien (La traversée, 22), un personnage parlant d’une femme qui s’avance vers la barque de Charon, dit que c’est une femme dadouque, 7ïpo<répxexai 8a-
Sovxoùffà Ttç.
7° La prêtresse éponyme. Elle était probablement chargée de la partie extérieure du culte éleusinien. Les monuments consacrés dans le temple étaient datés de son nom (G. I. G., 386b ; Lenormant, p. 132, n° 27). C’est d’elle qu’il est sans doute question dans le plaidoyer contre Néère (116) à propos de l’hiérophante Archias, condamné pour avoir sacrifié sur un autel où le droit d’officier revenait à la prêtresse. Plutarque mentionne le nom de la prêtresse Théano (0eavà> Ms'vtovo; ’AYpvXîjOev, qui, dit-il, refusa de maudire Alcibiade (Plutarque, Vie d’Alcibiade, 22).
On n’est pas d’accord sur la famille à laquelle appartenait la prêtresse éponyme. Partant de plusieurs conjectures très vraisemblables de Bœckh sur la descendance des Eumolpides , M. Lenormant a essayé de montrer que cette prêtresse était choisie parmi les Eumolpides ( Recherches, p. 138; G. I. G., t. I, p. 446). Mommsen (Heortologie , p. 238, note *) conteste cette conclusion et, se fondant sur un texte de Suidas (<htXXeï8ai), attribue ce sacerdoce aux Phillides. Mais le texte en question ne désigne pas la prêtresse éponyme. J’ai montré plus haut qu’il se rapporte au choix de Phiérophantide.
8° Autres personnages sacerdotaux du culte éleusinien :
Mystagogue. Son rôle est peu connu. Une inscription (G. I. G., 391) en mentionne un qui était Lycomide (Lenormant, p. 194).
lacchagogue, celui qui conduisait la procession d’Iacchos , d’Athènes à Eleusis (G. 1. G., 481). Il avait un siège au théâtre de Dionysos (G. 1. A., III, 262).
Initié de l'autel, àcp’ hrxiaç p-u-nbeî? (G. I. G., 390, 393, 406, 443, 444, 445, 448; Lenormant, p. 27, 9, 215, 36; Le Bas, Attique, 330, 331, 332, 361). C’était un enfant, fille ou garçon, « du deuxième âge » (Sevxépaç fiXixi'a;), c’est-à-dire un adolescent. Il était choisi par le sort , parmi les Eupatrides, dans les familles de noblesse sacerdotale ( Lenormant , p. 206).
Mentionnons enfin le <pai8uvniç, connu par une inscription (G. I. A., III, 5); l’UpaùXviç, cité dans les catalogues d’astaixoi du Prytanée (C. I. G., 184, 187, 188, 190-194, 353) ; les ùp-vcoSoî et üp.vï)Tpcai (Pollux , I, 35), les êÇriyOTai (C. I. G., 392); les (JTravSocpôpoi (Pollux, I, 35); les ^avayan; (Pollux, I, 35; Grand Etymologique, ‘Hp.epoxaXXéç ; Suidas, iravaylç; Hésychius, 7uavayr)i;) ; les nuptpopot (Pollux, I, 35). On n’a d’ailleurs aucune donnée certaine sur les familles dans lesquelles ces différents ministres étaient choisis.
Au culte des déesses éleusiniennes se rattachent plusieurs sanctuaires athéniens :
1° L 'EUusinion (Lysias, contre Andocide, 4), qui se trouvait au pied de l’Acropole, sur le versant septentrional (C. I.A., III, 4, ligne 11 : xov ’EXeudtvlov tou ùirè [tri rcjôXei).
2° Vlaccheion (’laxxsïov) , situé au Céramique , à l’entrée de la ville, près du bâtiment où se préparaient les processions (Pausanias, I, 2, 4; Bursian, Géographie von Griechenland, t. I, p. 279).
3° Le Pherréphattion («bsppscpàxxi ov) , probablement une chapelle sur l’Agora (Démosthène, contre Conon, 8 ; Hésychius , d>epfscpàxxiov). On a retrouvé au théâtre le siège d’un prêtre de Dèmèter et de Pherréphattè (C. I.A., III, 293).
4° Le Temple d'Agra, sur les bords de l’Ilissus (Pausanias, I, 14, 1 ; Mommsen, Heortologie, p. 377). C’est là qu’on célébrait les Petits Mystères (Aristophane , Plutus , scolie du vers 845) . Le trésor de la déesse appelée Mnxrip èv "Aypaç est cité dans les comptes des trésoriers sacrés (C. I. A., I, 200; 273, p. 148).
5° Le Thesmophorion, qui paraît être identique à l’Eleusinion, ou tout au moins se trouver dans l’enceinte de l’Eleusinion (Aristophane, Les femmes aux Thesmophories , scolie du vers 585 : èusl -/.ai. âvoôov xi)v sïç xô ©sa'p.oçopiov XeYOuarv • èizl ûij>r)Xü) yàp xêïxai xo 0ecp.o<p6piov. Voir A.
Mommsen, Heortologie, p. 299).
On ne sait pas si chacun de ces sanctuaires avait son prêtre particulier ou bien s’ils dépendaient tous des sacerdoces éleusiniens. La plupart de ces temples n’étaient d’ailleurs ouverts qu’à certains jours de grande fête.