‹ Les sacrements expliqués d'après la doctrine et les enseignement de l'Eglise catholiqueChapitre 188 sur 392 · ELLE AUGMENTE DANS L'AME LA GRACE SANCTIFIANTE · texte numérisé non relu

ELLE AUGMENTE DANS L'AME LA GRACE SANCTIFIANTE

Rappelons-nous d'abord que la Sainte Eucharistie, comme les autres sacrements des vivants augmente la grâce sanctifiante. Ce n'est qu'accidentellement, comme nous l'avons expliqué dans un chapitre précédent, qu'elle confère la grâce première : son effet propre est l'augmentation de la grâce ; elle nourrit l'âme spirituellement, et rend plus parfaite son union avec Jésus-Christ, selon les paroles : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui ; » par une union aussi étroite que celle qui existe entre un aliment et celui qui le prend. Au même endroit de l'Evangile de saint Jean, nous lisons des paroles que nous pouvons développer ainsi : « Comme le Père vivant m'a envoyé, et que, en vertu de mon union avec lui, je vis de la vie divine du Père, ainsi celui qui me mange, en vertu de l'union qu'il acquiert par là avec moi, vit de la vie divine qui est en moi. » 2

Les autres effets de la sainte communion peuvent se comparer à ce que la nourriture produit pour la vie du corps : elle répare, elle soutient^ elle fait croître, elle délecte.

1 Sag. VII. II.

2 S. Jean vi. 57, 58.

3. AUTRES EFFETS POUR L'aME : (l) ELLE RÉPARE (2) ELLE SOUTIENT. (3) ELLE FAIT CROITRE. (4) ELLE DÉLECTE

(i) Elle guérit l'âme, en ce sens que les péchés véniels et la peine temporelle due au péché sont remis par les actes de charité que cet adorable sacrement excite dans l'âme. Non seulement la communion remet les péchés véniels de cette manière médiate et indirecte; mais d'après l'opinion probable des auteurs les plus autorisés, elle efface le péché véniel immédiatement par la nature même de cette grâce salutaire qui est la nourriture de l'âme. Elle produit donc cet effet par elle-même, ex opère operato, selon l'expression consacrée, et non simplement ex opère operantis^ par les actes de charité qu'elle excite dans l'âme. Elle produit cet effet pourvu que la personne qui communie n'y mette aucun obstacle, ce qui serait le cas, si elle gardait de l'affection au péché véniel. « Q.uels que soient les torts que se cause l'âme en tombant dans quelques fautes légères, par suite de la violence des passions, l'Eucharistie les répare, comme elle efface les

péchés véniels Elle les répare de la même manière que la

nourriture naturelle, comme l'expérience nous l'apprend, répare les ravages journaliers causés par la chaleur vitale du corps humain. » ^

(2) Elle soutient l'âme et la préserve du péché mortel par la force qu'elle lui communique et qui la rend capable de résister aux tentations. C'est pour cela que le Concile de Trente l'appelle 1' « antidote qui nous délivre de nos fautes de chaque jour et nous préserve du péché mortel. » Elle produit cet effet, parce qu'elle est un aliment qui augmente

I Catéch. du Conc. de Tr.

en nous la charité et resserre notre union avec le Christ; elle revêt l'âme d'une plus grande énergie pour soutenir ses luttes intérieures; elle est de plus un signe de la passion du Christ, qui met les démons en fuite. Elle inspire de la terreur à ces esprits mauvais, au point qu'ils n'osent pas attaquer l'âme avec autant de violence qu'ils voudraient le faire. Saint Cyprien rapporte que, dans les premiers temps de l'Eglise, lorsque les tyrans précipitaient les chrétiens en foule aux tourments et à la mort, parce qu'ils confessaient le nom du Christ, ils recevaient de la main de Févêque le sacrement du corps et du sang de Notre Seigneur, de crainte que, peut-être, vaincus par les tourments, ils ne se laissassent aller à la défaillance dans le combat suprême. ^

(3) Elle fait croître l'âme dans toutes les vertus, particulièrement dans la charité ; et, avec cet accroissement de vertus, elle lui confère des grâces abondantes. « Ce que le pain et le vin sont au corps, l'Eucharistie, dans un ordre supérieur. Test pour la santé et pour la joie de l'âme. Elle ne se change pas comme le pain et le vin en notre substance, mais nous change jusqu'à un certain point en sa propre nature ; si bien que nous pouvons lui appliquer ces paroles de saint Augustin : « Je suis la nourriture de ceux qui ont grandi ; grandissez, et vous aurez part à cette nourriture ; vous ne me changerez pas en vous, comme vous faites des aliments matériels ; mais vous serez changés en moi. » ^ Si donc la grâce et la vérité nous sont venues par Jésus-Christ^ il faut que ces trésors spirituels soient répandus dans l'âme qui, en état de pureté et de sainteté, reçoit celui qui dit de lui-même : « Quiconque

I Cat. du Coac. de Tr.

1 S . Jean, i, 17.

mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. » Ceux qui reçoivent ce sacrement avec foi et piété, reçoivent sans aucun doute le Fils de Dieu dans leur âme, et sont unis à son corps comme des membres vivants ; car il est écrit : « Celui qui me mange aura la vie en moi ; » et ailleurs : « Le pain que je donne est ma chair pour la vie du monde. » *

(4) Elle remplit l'âme d'une douceur et d'une délectation spirituelle, parce qu'elle est ce sacrement omne delectamentnm in se habentem, qui porte en lui tout ce qui est de nature à réjouir l'âme et à la faire tressaillir. Elle porte l'âme à se livrer avec joie et empressement au service de Dieu. Cette suavité rencontre souventjin^bstacle dans notre négligence, dans nos distractions et nos affections pour les choses de la terre. 11 est vrai que quelques saints et nombre de personnes pieuses ont été privés de sentir joie ou bonheur dans leurs communions ; mais ce n'était là qu'une permission momentanée, et pour les mieux porter à l'humilité. Tous ces effets de la sainte communion ont pour but de nous obtenir le résultat final, l'entrée en possession de la béatitude éternelle, selon les paroles : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. » »

Le Catéchisme du Concile de Trente, parlant des effets de la communion, termine ses explications par ces mots : « La grâce qu'elle confère, apporte à l'âme la paix et la tranquillité. Quand viendra pour le chrétien l'heure de quitter cette vie mortelle, semblable à Elle, qui, réconforté par son repas miraculeux, gravit l'Horeb, la montagne de Dieu, 3 fortifié.

1 S. Jean vi. 52.

2 Ibid. VI. 55.

3 5 Rois. xix. 8. « Catéch. du Conc. de Tr. «

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