ELOGES DES ACADÉMICIENS
Fontenelle sera Secrétaire de rAcadémie des Sciences à partir de 1699. Ce n'était pas une sinécure : il fallait rédiger les comptes-rendus des séances et analyser les livres et les mémoires traitant des sujets les plus divers, depuis la Botanique jusqu'à l'Astronomie. Mais Fontenelle avait été créé par un décret nominatif de la Providence pour remplir ces fonctions. Lorsqu'un académicien, français ou étranger, mourait, Fontenelle devait également faire de son collègue un éloge qui était lu en séance publique. Du Hamel, secrétaire à la fondation de l'Académie, rédigeait ces éloges en latin. Son succe.^seur, Fontenelle, qui déjà avait mis l'astronomie à la portée des profanes, eut l'excellente idée de les écrire en français. Les belles madames purent applaudir en toute connaissance de cause et du même coup la littérature française s'enrichit d'un genre qui s'illustra de nombreux exemples : Fontenelle, pendant son demi-siècle de secrétariat, verra mourir tous les académiciens vivants en 1700 ; il écrira soixante-neuf éloges qui forment à peu près autant de modèles parfaits, suivant en cela l'exemple de La Fontaine qui avait du premier coup écrit les chefsd'œuvre de la Fable. A l'occasion des Dialogues des
Morts nous rappelions le panier de cerises auquel Mme de Sévigné comparait les fables du Bonhomme. La comparaison s'appliquerait également aux Eloges, qui sont du reste comme un dialogue entre le mort et le discret Fontenelle qui laisse comme il convient la grosse part à son héros. Pourtant, dans une mesure parfaite et avec le tact d'un vrai causeur, il glisse une remarque fine, il esquisse une critique, bref, ce qu'il faut pour montrer à l'interlocuteur combien on l'écoute avec attention et à quel point on s'efforce de pénétrer sa pensée. C'est de la simple honnêteté et la première règle de ce jeu qu'est la conversation. Combien peu savent jouer !
Une douzaine d'académiciens à titre étranger sont compris dans ces soixante-neuf éloges, et la Hollande est largement représentée par Hartsoëker, par Ruysch, et par Boerhaave. C'est l'éloge de Boerhaave, à la réputation universelle, que nous réimprimons in extenso. C'est l'un des derniers, c'est le soixante-septième, que Fontenelle écrivit, en 1738, à quatre-vingt-un ans.