‹ Les saints de l'église de MarseilleChapitre 19 sur 40 · JEAN-BAPTISTE GAULT · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE GAULT

Pendant le moyen-âge, et dans les temps modernes, notre Eglise a été illustrée par beaucoup de prélats, grands par leur noblesse et plus encore par leur piété. Mais nous ne voulons plus en nommer qu'un seul Jean- Baptiste Gault, que nous espérons voir un jour honoré du culte des Saints.

Avant de raconter brièvement son Histoire, protes-

tons, comme nous l'avons déjà fait, que si grande que soit notre vénération pour ses vertus, nous ne préjugeons pas la décision du Saint-Siège, et que nous entendons nous conformer aux décrets rendus en ce sens par Urbain VIII.

Jean-Baptiste Gault naquit à Tours, le 29 décembre iSgS, dans une famille de riches négociants anoblie par l'exercice des charges municipales. A l'âge de I o ans, il fut envoyé à Lyon pour commencer ses études chez les PP. Jésuites. Quelques années plus tard, il fut rejoint dans cette maison par son frère aîné Eustache; et bientôt les deux frères, inséparables, allèrent ensemble faire leur rhétorique et leur philosophie, dans le collège que les Pères avaient à la Flèche. Ils étudièrent la théologie à Paris, en Sorbonne, puis firent à Rome un voyage qui dura 18 mois.

Au retour de ce voyage, leur vocation, jusqu'alors indécise, était fixée. Ils entrèrent dans l'Oratoire, où ils furent reçus par le cardinal de Bérule. Les deux jeunes prêtres se distinguèrent bientôt par leurs vertus et leur talent d'administration, tellement qu'ils furent envoyés à Madrid pour y établir une maison de leur Institut.

Quand ils revinrent en France, ce fut pour lutter par la parole contre le calvinisme. Jean-Baptiste alla à Dijon, en Flandre, à Montauban, au Mans. Partout la douceur de sa parole et la force de son argumentation gagna les cœurs et ferma la bouche à ses adversaires. Le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, avait choisi Eustache pour son vicaire-général. Il voulut s'attacher aussi Jean-Baptiste. Il l'appela auprès de lui, du Mans, où était alors le pieux Oratorien, et lui confia la cure de Sainte-Eulalie.

En 1639, ^" ^^ Sourdis demanda au roi pour Eusta-

che l'évêché de Marseille, vacant par la mort de François de Lomenie. Eustache fut en effet nommé évêque de Marseille, en mars de cette année ; mais ses bulles tardèrent à arriver de Rome , et dans l'intervalle , il tomba malade, et mourut àBazas le i3 mars 1640.

Jean-Baptiste était encore à Bazas, où il était venu pour assister son frère à ses derniers moments, lorsque, à la fin d'avril 1640, il reçut du roi sa nomination à l'évêché de Marseille. A cette nouvelle , il fut saisi d'une vive émotion, et s'enfermant aussitôt dans ses appartements , « il pria ardemment Notre-Seigneur, dit son panégyriste, de lui départir son Esprit-Saint pour la conduite des âmes, et pour mettre à exécution les bons desseins de feu son frère, et ceux qu'il lui avait aussi plu de lui inspirer ». (Belsunce, Histoire des Evêques de Marseille^ T. m, p. 4o5).

Ses bulles n'arrivèrent que deux ans après, le 14 juillet 1642. Quand il en fut averti, il s'écria : « C'est à ce coup que je suis chargé comme il faut. Mes bulles sont à Paris. Qu'on me laisse; je vais me donner un peu à Noire-Seigneur. (Vie de Jean-Baptiste Gault),

Il fut sacré le 5 octobre, à Saint-Magloire de Paris, par M*' Le Bouteiller, archevêque de Tours, assisté de M*' de Rosmader, de Vannes, et de M*' Dolce, de Boulogne. Retenu à la Cour jusqu'au 12 novembre, il ne put se mettre en route qu'à ce moment. Il passa à l'Islesur-Sorgues, où il voulait voir le cardinal de Bordeaux, alors dans cette ville, et il y reçut les députés du Chapitre de Marseille. Enfin, il reprit son cheminpar Aix. Quant il fut arrivé au Pin, et qu'il apprit qu'il allait entrer dans son diocèse, il se mit à genoux pour réciter Tantienne de saint Lazare, et, dès cet instant, il resta en prières, jusqu'à ce qu'à la Viste on l'interrompit

pour lui montrer la ville. « Hélas! répondit-îl, je vois le théâtre de ma gloire ou de ma damnation. Dieu me fasse la grâce d'y pouvoir travailler pour son honneur et pour le salut des âmes. »

On était au 7 janvier 1643. Il arriva de nuit, se rendit à la Major, puis à la Prévôté qui servait alors de Palais épiscopal, et le lendemain de bonne heure, il alla à Aubagne, où il resta une semaine avant de venir prendre définitivement possession de son siège. (Vie de Jean^Baptiste Gault). Après s'être montré à son peuple, et lui avoir fait entendre sa parole dans la chaire de la cathédrale, M" Gault visita les hôpitaux, les églises et les maisons religieuses de son diocèse. Partout il manifesta sa piété et sa charité, mais ses préférences furent pour les forçats, comme les plus malheureux de ses entants.

A Pâques 1643, après un carême rigoureux, il commença une longue mission sur les galères, se faisant aider par des prêtres de la Mission-de-France, qu'avait envoyés saint Vincent-de-Paul, leur fondateur, par des Oratoriens et des Jésuites. Le résultat dépassa toutes les espérances. Tous les forçats catholiques, excepté cinq ou six, firent une confession générale et communièrent ; beaucoup d'hérétiques se convertirent, et douze Turcs demandèrent le baptême. Le changement fut tel, qu'on compara les galères à des cloîtres.

Le dimanche avant l'Ascension , il passa toute la journée sur les galères, et il confirma plus de cent cinquante forçats. Mais, le soir venu, il tomba malade, et le médecin le reconnut atteint d'une fluxion de poitrine, que dès le lendemain il déclara mortelle. (M*' de Belsunce, Histoire des Evêques de Marseille], Il reçut le saint Viatique le 21 mai, et l'Extrême-Onction un peu après.

Il avait ordonné que sa chambre fut ouverte à quiconque désirerait le voir. Les consuls en chaperon le visitèrent. Les Pères de la Mission-de-France vinrent aussi ; il leur recommanda de continuer aux pauvres forçats leurs soins et leur dévouement. Il bénit ses amis, et demanda pardon à ses domestiques « des manquements qu'il pouvait avoir faits à leur égard. » Quand on lui conseilla de faire des dispositions testamentaires, il n'eut à léguer aux Pères de l'Oratoire, ses héritiers, que quelques meubles et quelques ornennients sacerdotaux. Parmi les dons que fit M" Gault, à ses derniers instants, était son anneau pastoral, dont il disposa en faveur de Pierre de Bausset, prévôt de la cathédrale. Cet anneau existe encore. Le neveu de Pierre de Bausset en fit hommage à M" de Belsunce. M*' de Bausset, archevêque d'Aix, le posséda, et le donna à M" de Mazenod, qui l'a légué à- ses successeurs. (Sardou, Histoire de M*' Gault),

Tous ces soins n'interrompaient nullement la prière continuelle et le recueillement du saint évêque ; il se faisait lire la Passion de Noire-Seigneur Jésus-Christ, et la méditait sans cesse. Il avait voulu que les enfants de la maîtrise vinssent chanter le Veni Creator^ à la porte de sa chambre, pendant les quatre jours qui précèdent la Pentecôte. Il éprouvait un plaisir extrême à les entendre. La veille de cette grande fête devait être le dernier jour de sa vie. Il mourut le samedi, 23 mai 1643, à 6 heures du matin, en répétant les noms de Jésus et de Marie.

Quand le corps de Jean-Baptiste Gault fut exposé à la cathédrale, le peuple s'y porta en foule, et aussitôt Dieu glorifia son serviteur par des miracles admirables. On ne pouvait se décider à l'ensevelir; il fallut que le

vice-légat d'Avignon rappelât que le Saint-Siège seul peut décerner le culte public. Les précieuses dépouilles furent alors déposées dans le caveau des évêques de Marseille.

En 1724, M" de Belsunce les exhuma, et les transféra dans une chapelle que la ville avait fait construire dans la cathédrale. Elles furent placées près de Tautel, du côté de l'Epître, et devant fut élevé un monument de marbre , sur lequel on grava l'inscription suivante : « Cy-gît le vénérable serviteur de Dieu, M" Jean- Baptiste Gault, évêque de Marseille, mort en odeur de sainteté le 23 may 1643. Son corps a été mis ici le 26 du mois de juillet 1724. »

Au commencement de ce siècle, le curé de la Major fit boiser le mur de cette chapelle. Le tombeau de marbre fut alors transporté dans la chapelle de saint Joseph ; mais ce tombeau était vide; le corps était resté à la place où l'avait mis M»' de Belsunce, ignoré et oublié.

Quand , sous l'épiscopat de M<' de Mazenod , on commença les travaux de la nouvelle cathédrale, il fallut démolir la chapelle, qui était alors dédiée à la Très-Sainte Vierge. Le 4 janvier i856, le marteau d'un ouvrier rencontra un cercueil en plomb, portant sur une plaque de cuivré une inscription que nous traduisons ainsi : « Dans ce cercueil repose Jean-Baptiste Gault, natif de Tours, prêtre de l'Oratoire de France, nommé évêque de Marseille par Louis XIII, et sacré le 5 octobre 1642. Il mourut le 24 mai 1643, âgé de quarante-huit ans, sous le règne de Louis XIV. Etaient consuls, gouverneurs et défenseurs des privilèges de Marseille, Jean de Riqueti , François .de Moustier, Louis Fréjus, Pierre d'Albert, assesseur. Il a fourni son court épiscopat avec un renom de «ainteté. »

M" de Mazenod averti accourut aussitôt, vénéra les restes de son illustre prédécesseur, les fit transporter dans le Palais épiscopal, et dressa procès-verbal de Finvention. Par mandement du i3 janvier suivant, il ordonna le transfert des précieuses reliques dans l'église de Saint-Martin, cathédrale provisoire. Ce transfert eut lieu solennellement le 10 février i856. Le corps du pieux évêque, porté par les prêtres sur un riche brancard, fut déposé dans la chapelle de Sainte-Marthe, où il repose dans un tombeau qui porte l'inscription suivante :

HASCE RELIQCIAS

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