PREFACE
Eludier les saints d’une petite région de Basse-Brelagne, étudier ensuite la géographie ecclésiastique de cette même région, exposer les conclusions qui découlent de ces études quant aux origines de l’organisation chrétienne dans l’Armorique bretonne, tel est le but de cet ouvrage.
J'avais jadis, en septembre 1922, simple débutant, publié un essai intitulé Six saints de la région de Plestin, saint Haran, saint Karé, saint Tuder, saint Nérin, saint Kémo et saint Kirio *. Avec les nombreux autres personnages qui seront étudiés ici, j'aurai passé en revue presque tous les saints bretons anciens qui ont laissé des traces dans cette région. L'on trouvera ainsi quelque chose comme la synthèse hagiographique d’un petit canton de Basse-Bretagne ; cette synthèse, pour une région très restreinte, permet d’envisager plus à fond un certain nombre de questions ; elle permet de grouper à part les personnages qui paraissent n'avoir jamais mis le pied dans le pays, et dont le culte a été importé assez tard. I] était important de distinguer cette catégorie ; les autres saints, au contraire, remontent au début de l’organisation religieuse dans la contrée ; qu’il s'agisse d’un transport de culte, ou que ce soit le saint lui-même qui, de son vivant, ait vécu dans les lieux, il y à là des éléments capitaux pour l’histoire ecclésiastique de ces époques lointaines.
Ce sont surtout les noms des saints eux-mêmes, les noms de lieu qui les renferment et la situation des lieux du culte, qui sont la base de cette première partie de mon travail ; j'utilise la topographie et ce qu’on a appelé la topo-hagioonomastique. C’est la méthode que M. Joseph Loth a si savamment instaurée dans son étude sur Les Noms des saints bretons et dans son ouvrage sur La Vie la plus ancienne de saint Samson : je tente de faire ici en détail, pour une petite région, ce que M. J. Loth a fait pour l’ensemble de la
* Rennes (Plihon-Hommay), in-8°.
D PRÉFAGE
Bretagne dans le premier de ces travaux ; il nous y invitail d'ailleurs dans sa préface; j'ai suivi son conseil et sa méthode.
Je laisse de côté le saint le plus connu de cette contrée, saint Efflam, ainsi que saint Gestin et sainte Enora qui figurent dans sa vie latine. La date de cette vie, ses sources, sa valeur sont des questions très longues à exposer ; saint Efflam n’a pas joué un rôle plus grand que les autres saints de la région ; il doit sa renommée à un heureux hasard, l'invention de ses reliques, qui a déterminé la rédaction de sa vie latine ; et cette vie fournit peu pour les recherches qui sont entreprises ici. Je laisse aussi de côté saint Mélar, qui possède de même une vie latine. L'étude de ce saint soulève des problèmes très complexes, par ailleurs c’est un saint spécial, qui n'offre aucun intérêt pour nos études. Je remets à plus tard la publication de mes recherches sur ces deux personnages, voulant seulement indiquer les raisons qui m'ont décidé à les laisser de côté pour le moment.
L'étude de la configuration des paroisses primitives, leur étendue, leurs limites, la situation du chef-lieu, l’histoire de ces cellules-mères de la vie chrétienne et du culte de leurs patrons constitue la seconde partie de ce travail. L’ensemble de ces recherches apporte des éléments d’une importance considérable en ce qui concerne les origines de l'organisation chrétienne dans l’Armorique bretonne. La question est très différente de ce qu'elle est dans les pays galloromains et dans les autres pays celtiques ; dans ces pays l’organisation religieuse s’est faite lentement, en suivant les progrès du christianisme ; en Armorique, au contraire, l'arrivée, aux v° et vi‘ siècles, des Bretons qui étaient chréliens et qui ont submergé les éléments antérieurs, a fait que Porganisation religieuse à été constituée à la même époque partout sur les données du moment et sans s'appuyer aueunement sur l'état antérieur du pays: la question est moins complexe.
J'ai continué à me renfermer dans les limites d’une petite région pour tenter de pousser plus avant mes recherches. La région dont il s’agit correspond sensiblement à l’ancien archidiaconé de Pougastel, autrement dit le Bas-Tréguier: ce n’est pas une unité ni au point de vue de la géographie physique, ni au point de vue de la géographie humaine,