PREFACE. XXI
touchent, se pressent, se coagulent les unes aux autres, de sorte que Tesprit, contraint par là à une tension continuelle, en arrive à ne plus discerner les détails et ne reçoit de l'ensemble qu'une impression confuse.
C'est ainsi, par une série de causes multiples, que la coutume de lire les saints Évangiles diminua de siècle en siècle et finit par disparaître presque entièrement du foyer catholique.
Serons-nous téméraire de le penser et de le dire? — ce que, depuis lors, le zèle le plus ardent et le plus infatigable s'empressa d'apporter aux âmes et aux intelligences chrétiennes ne compensa point ce qu'elles avaient perdu. Seronsnous téméraire de lepenseretdele dire, d'accord avec les Pères et d'accord avec l'Église ? — la parole des hommes était fondamentalement impuissante à suppléer la parole divine et, quelque remplis qu'ils fussent de bonnes et saintes intentions, toutes ces myriades de volumes ne valaient point cet unique Livre : rÉvangile.
XXIl PREFACE.
Poursuivons :
Les délayages aqueux et édulcorés qui, sous forme d'ouvrages de piété, remplacèrent, pour un si grand nombre, la nourriture évangolique, si pure, si substantielle, si forte, si vivifiante, ne pouvaient avoir pour effet que d'étioler à la longue la vigueur du tempérament chrétien.
Beaucoup de préceptes du Nouveau Testament, très rudes et très nets, étant quelquefois laissés dans l'ombre ou atténués, afin de ne pas rebuter, et d'autre part la lecture du Livre divin ne venant pas chaque jour faire justice de ces précautions trop humaines et de ces regrettables accommodements, il s'ensuivit, et devait s'ensuivre que l'esprit du monde s'infiltra par gradations insensibles dans le concept religieux de beaucoup d'âmes très croyantes, très disposées à bien faire et très passionnément attachées aux moindres observances du culte.
Les petites dévotions prirent alors trop souvent la place des grands sentiments et des hautes vertus ; les minutieuses pratiques, celle des viriles actions : le vrai type de la perfection à atteindre se trouva faussé, altéré, amoindri. A l'image grandiose et apostolique du Saint,