‹ Les saints ÉvangilesChapitre 43 sur 93 · JOSIAS · texte numérisé non relu

JOSIAS

JosiAS eut pour fils Jéchonias et ses frères, lors de la transmigration à Babylone. — Après la transmigration à Babylone, Jéchonias fut père de Salathiel; — Salathiel le fut deZorobabel; — Zorobabel le fut d'Abiud; — Abiud, d'Éliacim; — Éliacim, d'Azor; — Azor, de Sadoc; — Sadoc, d'Achim; — Achim, d'Éliud; — Éliud, d'Éléazar ; — Éléazar, de Mathan; — Mathan, de Jacob; — et Jacob fut père de Joseph, Tépoux de Marie, de laquelle naquit JÉSUS, Celui qu'on désigne sous ce nom : LE CHRIST.

Donc, somme totale des générations :

Depuis Abraham jusqu'à David, quatorze générations;

Depuis David jusqu'à la transmigration à Babylone, quatorze générations; * P. 533, 6.

Depuis la transmigration àBabylone jusques au Christ, quatorze générations.

Telle était la généalogie de JÉSUS-CHRIST*.

Marie, sa mère, ayant été donnée en mariage à Joseph, il advint, sans que l'union conjugale eût été consommée, qu'elle se trouva porter en ses entrailles le fruit du Saint-Esprit.

Or, son époux, Joseph, était un juste.... Ne

1. Saint Matthieu, dans le chapitre que Ton vient de lire, divise la généalogie de Notre-Seigneur en trois séries, en trois périodes, dont chaque nom marque une génération.

La première de ces séries commence à Abraham et se termine à David ;

La seconde commence à David et se termine à Josias ;

La troisième commence à Josias et se termine à Jésus- Christ.

De cette façon de diviser les généalogies par périodes et séries, en usage chez les Juifs, il résulte que chaque nom qui termine une série et qui commence la suivante se trouve compté deux fois : une fois d'abord, comme dernier anneau d'une période, et une autre fois, comme premier anneau de la période suivante. Tels sont ici les noms de David et de Josias.

Cette observation était nécessaire pour que le lecteur pût retrouver dans chaque série les quatorze générations indiquées par saint Matthieu.

Trois noms, fait remarquer M. Tabbé Le Hir, sont supprimés dans cette généalogie. C'est la postérité de Jésabel (Ochosias, Joas et Amasias), maudite jus^tt'à la quatrième gétiération parÉliele Prophète, — maudite, c'est-à-dire, effacée du Livre de Vie.

voulant point la déshonorer, il inclinait à la renvoyer sans brait.

Mais, tandis qu'en lui-même il méditait ce projet, un Ange de Dieu lui apparut en songe :

— Joseph, Fils de David, lui diWl, ne crains point de garder en ta demeure ta femme Marie : car ce qui s'est produit en elle est le fait même de l'Esprit-Saint. Un enfant lui naîtra, que tu nommeras JÉSUS [c'est-à-dire LE SAUVEUR]. C'est Lui en effet qui sauvera son peuple de sçs péchés. Tout ceci s'accomplit en exécution de ce que le Seigneur a annoncé dans ce texte du Prophète : « Voilà que» « en son sein, La Vierge concevra et qu'elle en- « fantera un Fils que l'on désignera ainsi : Imma- « noU'El », mot qui se traduit par Dieu avec noitô* «.

Joseph s'éveille : et, se conformant aux ordres de l'Envoyé du Seigneur, il garde auprès de lui son épouse, respectant sa virginité.

Ainsi le temps s'écoula : et le moment vint où elle enfanta son fils premier-né *.

Joseph le nomma JÉSUS.

1. Immanou-EI « Dieu avec nous », Dieu uni avec THomme, Dieu-Homme» Homme-Dieu ». Tel est le nom que ie genre humain a donné en effet à Jésus-Christ, Dieu et Homme tout à la fois.

2. Certaines formalités spéciales^ comme on peut le voir en saint LuC; H, 22 et 3, étant prescrites par la loi mosaïque à l'occasion du premier fils venant au monde après le mariage, les Juifs conféraient le titre de premier-né à tout enfant qui naissait

A l'époque oîi Jésus naissait de la sorte, sous le règne d'Hérode, à Bethléem de Juda, des Mages, arrivant de TOrient, firent leur entrée à Jérusalem*:

— Où donc se trouve, demandèrent-ils, ce Roi des Juifs qui vient de naître? Nous avons vu son Étoile dans le Levant, et nous accourons pour l'adorer.

En entendant de telles paroles, le roi Hérode fut troublé ; et, avec lui, la cité tout entière de Jérusalem. Il fit appeler les Grands-Prêtres et les Docteurs du peuple, et les interrogea sur le lieu où devait naître le Christ.

— Il naîtra à Bethléem de Juda, lui répondirentils, ainsi que le déclare ce texte du Prophète : « Ce « n'est assurément pas toi, Bethléem, terre de Juda, « qui es la moindre parmi les principautés de ce a pays : car c'est de toi que sortira le Pasteur qui « doit conduire Israël, le peuple qui est à moi*. »

dans ces conditions. Le « premier-né » ne signifie pas, dit avec une grande justesse saint Jérôme, celui après lequel il en est né ou en naîtra d'autres, mais bien celui avant lequel il n'en est né aucun.

1. D'après la tradition, ces Mages étaient Rois et venaient de la Perse. Us étaient au nombre de trois, représentant en leur personne, disent les commentateurs, les trois branches de la race humaine : — Gaspar^ la descendance de Sem; — Balthazar, celle de Japhet; — Melchior, au teint basané^ celle de Cham.

2. Israël veut dire : homme qui voit Dieu, vainqueur et prince

Là-dessus, Hérode manda les Mages en secret ; et, après s'être enquis auprès d'eux, avec très grand soin, de l'époque où l'Étoile leur était apparue, il les envoya à Bethléem.

— Allez ! leur dit-il ; et, en toute hâte et sollicitude, informez-vous de l'Enfant. Puis, quand vous l'aurez découvert, revenez me l'annoncer : afin que j'aille, moi aussi, lui porter mes adorations.

Sur ces paroles du Roi, ils se remirent en roule. Et l'Étoile qu'ils avaient vue en Orient continua à les précéder, jusqu'à ce que, parvenue au-dessus du lieu où était l'Enfant, elle s'y arrêta, immobile. Et les Mages alors, les yeux fixés sur l'Étoile, furent transportés d'allégresse....

Ils entrent et aperçoivent l'Enfant, avec Marie sa Mère. Tout aussitôt ils se prosternent devant Lui et l'adorent. Ensuite, ouvrant leurs trésors, ils lui offrent leurs présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe *.

en Dieu, Ce a peuple dTsraël 9 dont il est question dans cette prophétie mystérieuse n'est point, en toute évidence, la race matérielle des enrants de Jacob, car Jésus n'a jamais régné sur la nation juive. Il faut, si Ton veut pénétrer le sens et la vérité de ce texte, quitter les bas-fonds de la Lettre et s'élever dans les hauteurs de l'Esprit, pour y contempler, répandu dans toute contrée et vivant en tous les siècles, le peuple épars de ceux qui voient Dieu, de ceux que Dieu a faits vainqueurs d'eux-mêmes et princes de son Royaume. Notre-Seigneur est le souverain de l'Église universelle, le Roi béni et le Pasteur suprême de tous les hommes de bonne volonté, de tous les justes et de tous les saints.

1. Les saints Pères voient dans ces présents un triple hommage rendu à l'enfant Jésus. L'encens le proclamait Dieu ; — l'or, image du tribut, le proclamait Roi-, — la myrrhe, qui servait à l'embaumement des corps, le reconnaissait mortel.

Il leur fut ordonné, par la voie d'un songe, de ne point revenir vers Hérode, de sorte que, pour retourner dans leur pays, ils suivirent un autre chemin.

Les Mages étaient partis. Un Ange du Seigneur apparut à Joseph pendant son sommeil et lui dit :

— Lève-toi I prends l'Enfant et sa Mère, et fuis en Egypte, où tu attendras que je te donne un nouvel avis : car Hérode ne tardera pas à rechercher l'Enfant, afin de le faire périr.

Joseph se lève, Joseph prend TEnfant et sa Mère: et, se mettant en marche cette nuit môme, il se réfugie en Egypte. Il y resta jusqu'à la mort d'Hérode; car il fallait que fût accomplie la parole du Seigneur, prononcée jadis par la bouche du Prophète : « Je rappellerai mon Fils de l'É- <c gypte ».

La colère d'Hérode fut grande quand il se vil déjoué par les Mages. Basant alors ses présomptions sur les renseignements qu'il avait recueillis auprès d'eux, il envoya massacrer tous les enfants de deux

ans et au-dessous que l'on découvrit à Bethléem ou dans les environs*. Et en ce jour fut accomplie cette parole du prophète Jérémie : « Une voix « sera entendue dans Rama, plainte éplorée et « multiple gémissement : c'est Rachel pleurant ses « fils. Et elle se refusera à toute consolation parce « qu'ils ne sont plus '. »

Après la mort d'Hérode, l'Ange du Seigneur apparut de nouveau en songe à Joseph, en Egypte :

— Lève-toi, lui dit-il. Prends l'Enfant et sa Mère et retourne en la terre dlsraël : car ceux qui en voulaient à la vie de l'Enfant sont morts.

Joseph, se levant donc, prit TEnfant et sa Mère, et rentra au pays d'Israël.

Là, il apprit qu'Archélaûs régnait en Judée comme successeur d'Hérode son père. Redoutant alors de se rendre dans cette région, et divinement averti d'ailleurs, encore une fois, pendant son sommeil, il se dirigea vers les districts de la Galilée et revint

1. Celle barbarie n'étonne pas de la part d'Hérode, prince toujours soupçonneux el cruel, dit l'iiistorien Josèpiie, quand il s'agissait de son autorité, qui avait ensanglanté sa propre maison par le meurtre de plusieurs de ses enfants et de ses épouses, et dont les déQances croissaient avec l'âge. Au reste, il n'est pas nécessaire de supposer, comme on l'a fait quelquefois, que des milliers d'enfants aient péri dans ce massacre, puisqu'il n'est question que du village ou bourg de Bethléem el de ses environs. (L'abbé Crampon.) — Le docteur Sepp, estimant que Bethléem avait deux ou trois mille habilanls, évalue à une cinquantaine le nombre des enfants massacrés.

2. Jérémie, XXXI, 15. Il est à remarquer que le tombeau de Rachel est placé dans la région de Bethléem.

habiter Nazareth [la sainte cité fleurie*]. — Toutes choses qui eurent lieu afin que cette prédiction des Prophètes : « On l'appellera le Nazaréen » — reçût son accomplissement.

En ces jours-là parut Jean -Baptiste, prêchant dans le Désert de Judée.

— Convertissez-vous! disait-il... Car le Royaume des Cieux est devenu proche.

C'était Jean, qu'Isaïe le Prophète avait ainsi désigné : « Celui dont la voix retentissante crie dans « le Désert : — Préparez le chemin do Dieu ! apla- « nissez-lui la route ».

Une tunique en poil de chameau couvrait son corps; une ceinture de cuir ceignait ses reins. Des

1. Nazareth [la sainte cité fleurie]. C'est le sens du mot Nazareth. En hébreu^ Nasareih (par une s) veut dire Cité fleurie^ et Nazareth (par un z) signifie cité sainte.

De sorte que Notzer (Nazaréen) veut dire à la fois : « le Saint » et « la Fleur n. Et c'est ainsi que le texte prophétique d'Isaïe (XI, I) : « Et egredietur virga de radiée Jesse et flos (Nazer) de radice eju8 ascendetf signifie : « De la racine de Jessé sortira une tige ; de cette racine s'élèvera la Fleur, le Saint, le Nazaréen ». — Le Nazaréen Jésus est cette fleur sainte du genre humain.

sauterelles, du miel sauvage, formaient sa nourriture*.

Vers lui accouraient alors, et la ville de Jérusalem, et tout le pays de Judée, et toute la région située aux environs du Jourdain. Il baptisait dans les eaux du fleuve; on confessait ses péchés...

Il aperçoit un jour, voulant recevoir son baptême, un certain nombre de Pharisiens et de Sadducéens*.

1. C'étaient là le vêtement et la nourriture des pauvres. « Encore aujourd'hui; dit Sepp, on apporte au marché^ dans les villes arabes, de ces sauterelles que Ton fait bouillir comme les écrevisses, ou môme rôtir au feu. Elles sont fort grosses et atleignenl quelquefois une longueur de cinq pouces. »

2. Voici, d'un côté, les lettrés impies, les Sadducéens; voici, de Tautre, les hommes d'orgueilleuse religion, les Pharisiens. Ceux-là se présentent à une formalité devenue populaire, pour ne pas choquer la multitude. Mais ils se gardent bien de confesser leurs péchés et de reconnaître leur propre misère: de là les remontrances de Jean.

Les Pharisiens, hommes de religion vaine et formaliste, ont la lettre de leur Loi écrite sur leurs habits comme dans leur mémoire, et ils se croient saints par la variété et la subtilité des observances. Hommes de loi, mais non de justice, ils foulent aux pieds la justice éternelle par leurs iniquités légales. Ils étouffent en eux la vie simple et actuelle de Dieu, par la multiplicité des pratiques et par la vétusté des traditions. Comment comprendraient-ils la nécessité de la transformation, et quels péchés ont-ils à confesser, puisqu'ils se regardent déjà comme étant, pour le tout et pour le détail, la forme de la perfection?

Quant aux Sadducéens, ils ne croient point à une autre vie. Gomment donc comprendraient-ils qu'il faut quitter celle-ci, et la quitter volontairement? Ils ne croient point à un autre ordre, surnaturel, plus haut que l'ordre présent des choses. Ils nient ce régne nouveau que l'Évangile annonce. Comment peuvent-ils comprendre la renais-

— Engeance de vipères, s'écrie-t-il, qui donc vous a montré que vous aviez à fuir devant la colère qui est imminente?.... Faites donc de dignes fruits de conversion. Et n'allez pas, en vous-mêmes, vous rassurer par cette pensée : « Nous avons Abraham pour père 1 » Non 1 non ! car, des pierres mêmes que voici, Dieu peut, je vous le déclare, faire surgir des enfants à Abraham. Déjà le tranchant de la hache touche la racine des arbres; et tout arbre qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu....

Pour votre amendement je ne vous donne, moi, qu'un simple baptême d'eau. Mais Celui qui doit venir après moi est bien autrement puissant que moi : je ne suis pas même digne d'être le porteur de ses sandales*. Celui-là vous baptisera dans TEsprit-Saint et dans le feu. Avec le van dans sa main, il nettoiera son aire; et, rassemblant son

sance de la vie céleste? Ils nient qu'il y ait bien et mal, vice et vertu : quels péchés auraient-ils donc à confesser?

Ce sont ces hommes de pensée mutilée^ de basse espérance^ et de négation sophistique, ce sont ces hommes de religion vaine, ce sont ces deux races morales détestables, — races, hélas ! de tous les temps et de tous les lieux, — qui sont l'obstacle à la vie de Dieu dans l'âme des individus et des peuples, employant leur esprit pervers à envenimer l'une contre l'autre ces deux forces, également données de Dieu : la Raison et la Religion. Le Précurseur les nomme «llace de vipères ». Pour briser ces esprits superbes et ces cœurs endurcis, qui ne veulent point se transformer et sont perdus s'ils n'y consentent, il les menace, comme des serpents, de la hache et du feu. (Le Père Gratry.)

1. Les peuples anciens faisaient habituellement porter, lier et délier leurs sandales par le plus infime de leurs esclaves.

froment dans le grenier, il fera brûler la paille dans l'inextinguible feu*!...

Ce fut alors que Jésus, quittant la Galilée pour se rendre au Jourdain, se présenta à Jean, afin que ce dernier lui conférât le baptême.

Mais Jean s'en défendit vivement tout d'abord :

— C'est moi, dit- il, c'est moi qui ai besoin d'être baptisé par Vous... Et c'est Vous qui venez à moi!

— Souffre-le, pour l'heure présente, lui répond Jésus : car c'est de cette façon qu'il convient que s'accomplisse toute justice*.

Sur ce mot, Jean cesse de lui résister. Dès qu'il est baptisé, Jésus sort de Teau ; et devant lui les cieux s'ouvrent soudain : l'Esprit

1. Pour bien comprendre cette image, il convient de rappeler comment les Juifs récoltaient leur moisson. Dès que les faucheurs avaient coupé le blé, on étendait les gerbes sur une aire de forme ronde. Des bœufs attelés de frout la foulaient en tous sens, broyant Tépi et dégageant le grain de son enveloppe. Vers le soir, à l'heure où, dans l'Orient, s'élève une forte brise, on jetait en l'air, à l'aide du van, large pelle à manche très court, ce mélange de grain et de paille rompue; le grain, plus lourd, retombait sur le sol, tandis que la balle et les débris légers étaient emportés au loin. G'était-là ce qu'on appelle purger l'aire ; il ne restait au moissonneur qu'à enfermer la récolte dans les grottes qui servent ordinairement de grenier dans ces pays. Quant à la paille et aux issues du blé, on les brûlait pour en faire un engrais. [L'abbé Fouard.)

2. C'était en efTet l'ordre du Ciel que le Christ efîaç&t le péché en se mettant au rang des pécheurs.

de Dieu descend visiblement sous la forme d'une colombe, et s'arrête sur lui. En même temps, se fait entendre une Voix du Ciel : — Voici mon Fils, le Bien-Aimé ! dans lequel j'ai mis toute ma tendresse.

YI

Jésusi, ensuite, fut conduit par TEsprit dans le Désert*, afin d'y subir les tentatives du Démon.

Lorsqu'il eut jeûné pendant quarante jours et quarante nuits , il se sentit en proie à une grande faim.

— Si vous êtes Fils de Dieu, lui dit le Tentateur en s'approchant, commandez donc que ces pierres deviennent des pains.

Mais Jésus fit cette réponse :

— Il est écrit : « Ce n'est point dans le pain seul « que l'homme trouve sa vie; c'est aussi dans « toute parole qui sort de la bouche de Dieu*. »

Après cela le Démon, le transporta dans la Cité sainte; et, le plaçant sur le faîte du Temple :

— Si vous êtes Fils de Dieu, reprit-il, jetezvous en bas. Car il est écrit : « A ses Anges il a

1. Par ce mot de a Désert » toutes les traditions entendent une colline à Touest de Jéricho, qui porte le nom de Désert de la Quarantaine.

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