SAINT-JEAN-BAPTISTE
tateur s'intéresse aux mal-
heurs d’un concitoyen plus
ES (FLORENCE qu'à ceux d'un et
étranger,
à ceux d'un contemporain plus qu'à ceux d’un personnage du passé. Au point de vue de lédification, la théorie de Rembrandt peut donc à la rigueur se soutenir. Mais est-elle également inattaquable au point de vue de l'art ? Grave problème que je ne discu-
terai pas ici. Il me suffira de constater que les maitres dignes d'admiration entre tous sont ceux qui savent allier
l'émotion au style.
Plaçons-nous maintenant en face des maitres de l'Ecole espagnole, tant Ribera, qui vit le jour à Valence, que Murillo, qui eut pour patrie Séville : quelle conviction
chez eux, quelle flamme, quels élans! L'Adoration des
f ich Han fstaent
MARIE AVEC L'ENFANT
MUSÉE DE BERLIN
NOTES
D'ART
Bergers, du premier, jadis admise aux honneurs de notre Salon Carré, frappe par son langage franc et convaincu. C’est bien ainsi que nous nous plaisons à nous figurer les premiers fervents de l'enfant miraculeux : la foi illuminant leurs physionomies rudes, l'émotion faisant trembler leurs mains calleuses.
Quant à Murillo, il met une animation, une chaleur, un souffle indicibles dans ses évocations des Evangiles. Il n'a eu qu'à regarder autour de lui pour trouver et les acteurs et la mise en scène. Il y avait tant de foi chez ses contemporains que, rien qu'à pourtraire de pauvres campagnards agenouillés dans une église, il était sûr de faire un excellent tableau religieux. Mais ces modèles, me répondra lecteur, bien d’autres peintres les ont eus
sous les yeux, et cependant combien peu ont su en tirer
parti ! Rien de plus vrai. Aussi bien le spectacle objectif
qui se déroule devant un artiste n'est-il rien, si celui-ci ne sait pas lanimer et le transfigurer par une flamme intérieure.
Quoi qu'il en soit, Murillo a su reprendre, sur un air nouveau, l'illustration de la Madone et de l'Enfant Jésus : ce sont d'ordinaire de belles Sévillane arfois des Gitanes,
et des « bambini », pleins d'ingénuité, regardant devant
eux sans penser à rien où égrenant tranquillement un chapelet. A côté de ces scènes d’un naturel délicieux, et cependant profondément religieuses, Murillo excelle à rendre l'extase: Marie montant au ciel, les yeux inondés
de bonheur, au milieu d'un chœur d'anges, est un hymne
Haphaël Sanzio, pin.
LA
PINAGOT II
d'un charme tout musical, autant qu’une savoureuse page de peinture.
Je ne pousserai pas plus loin cette revue — si rapide
des chefs-d’œuvre inspirés par les Evangiles. Aussi bien,
puis-je invoquer plus d’une excuse pour avoir ainsi concentré mon admiration sur les époques privilégiées, où, à la ferveur de la foi, s'alliaient la candeur, la sérénité, a splendeur de la vision poétique. Croire, ne suffisait pas aux Giotto, aux Fra Angelico, aux Raphaël, aux Rubens, aux Murillo : ils jouissaient encore du privilège de proclamer leur croyance en pages sublimes faites pour élever eurs contemporains, pour fortifier et exalter la postérité,
our faire goûter à tous, même aux plus sceptiques, la plus
parfumée fleur de la religion, pour entrainer, par une sublime envolée, dans les régions célestes des millions et
des myriades de croyants. Ce don radieux, ce véritable don
de Dieu, ce gage de résurrection et de vie éternelle, c’est
avant tout aux peintres de l'âge béni — j'ai nommé le xveet
le xvie sièc qu'il a appartenu sans réserve de le prodi-
guer. Etudions-l vénérons-les, comme l'ont fait pieu-
Flandrin les Orsel, en Alle- Ans
ustice à la sainteté de leur inspiration, à la
sement, en France, les et
magne, les Nazaréens, en terre, les Préraphaélites
Rendons }
fraicheur de leur interprétation, mais ayons le courage de
leur associer l’éloquent et populaire interprète de la foi
chrétienne au xvné sièc ce grand cœur, ce pinceau
irrégulier et sublime, qui s'appelle Rembrandt.
EUGÈNE MUNTZ.