‹ Les saints évangilesChapitre 254 sur 258 · SAINT-JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

SAINT-JEAN-BAPTISTE

tateur s'intéresse aux mal-

heurs d’un concitoyen plus

ES (FLORENCE qu'à ceux d'un et

étranger,

à ceux d'un contemporain plus qu'à ceux d’un personnage du passé. Au point de vue de lédification, la théorie de Rembrandt peut donc à la rigueur se soutenir. Mais est-elle également inattaquable au point de vue de l'art ? Grave problème que je ne discu-

terai pas ici. Il me suffira de constater que les maitres dignes d'admiration entre tous sont ceux qui savent allier

l'émotion au style.

Plaçons-nous maintenant en face des maitres de l'Ecole espagnole, tant Ribera, qui vit le jour à Valence, que Murillo, qui eut pour patrie Séville : quelle conviction

chez eux, quelle flamme, quels élans! L'Adoration des

f ich Han fstaent

MARIE AVEC L'ENFANT

MUSÉE DE BERLIN

NOTES

D'ART

Bergers, du premier, jadis admise aux honneurs de notre Salon Carré, frappe par son langage franc et convaincu. C’est bien ainsi que nous nous plaisons à nous figurer les premiers fervents de l'enfant miraculeux : la foi illuminant leurs physionomies rudes, l'émotion faisant trembler leurs mains calleuses.

Quant à Murillo, il met une animation, une chaleur, un souffle indicibles dans ses évocations des Evangiles. Il n'a eu qu'à regarder autour de lui pour trouver et les acteurs et la mise en scène. Il y avait tant de foi chez ses contemporains que, rien qu'à pourtraire de pauvres campagnards agenouillés dans une église, il était sûr de faire un excellent tableau religieux. Mais ces modèles, me répondra lecteur, bien d’autres peintres les ont eus

sous les yeux, et cependant combien peu ont su en tirer

parti ! Rien de plus vrai. Aussi bien le spectacle objectif

qui se déroule devant un artiste n'est-il rien, si celui-ci ne sait pas lanimer et le transfigurer par une flamme intérieure.

Quoi qu'il en soit, Murillo a su reprendre, sur un air nouveau, l'illustration de la Madone et de l'Enfant Jésus : ce sont d'ordinaire de belles Sévillane arfois des Gitanes,

et des « bambini », pleins d'ingénuité, regardant devant

eux sans penser à rien où égrenant tranquillement un chapelet. A côté de ces scènes d’un naturel délicieux, et cependant profondément religieuses, Murillo excelle à rendre l'extase: Marie montant au ciel, les yeux inondés

de bonheur, au milieu d'un chœur d'anges, est un hymne

Haphaël Sanzio, pin.

LA

PINAGOT II

d'un charme tout musical, autant qu’une savoureuse page de peinture.

Je ne pousserai pas plus loin cette revue — si rapide

des chefs-d’œuvre inspirés par les Evangiles. Aussi bien,

puis-je invoquer plus d’une excuse pour avoir ainsi concentré mon admiration sur les époques privilégiées, où, à la ferveur de la foi, s'alliaient la candeur, la sérénité, a splendeur de la vision poétique. Croire, ne suffisait pas aux Giotto, aux Fra Angelico, aux Raphaël, aux Rubens, aux Murillo : ils jouissaient encore du privilège de proclamer leur croyance en pages sublimes faites pour élever eurs contemporains, pour fortifier et exalter la postérité,

our faire goûter à tous, même aux plus sceptiques, la plus

parfumée fleur de la religion, pour entrainer, par une sublime envolée, dans les régions célestes des millions et

des myriades de croyants. Ce don radieux, ce véritable don

de Dieu, ce gage de résurrection et de vie éternelle, c’est

avant tout aux peintres de l'âge béni — j'ai nommé le xveet

le xvie sièc qu'il a appartenu sans réserve de le prodi-

guer. Etudions-l vénérons-les, comme l'ont fait pieu-

Flandrin les Orsel, en Alle- Ans

ustice à la sainteté de leur inspiration, à la

sement, en France, les et

magne, les Nazaréens, en terre, les Préraphaélites

Rendons }

fraicheur de leur interprétation, mais ayons le courage de

leur associer l’éloquent et populaire interprète de la foi

chrétienne au xvné sièc ce grand cœur, ce pinceau

irrégulier et sublime, qui s'appelle Rembrandt.

EUGÈNE MUNTZ.

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