VINGT-NEUF JANVIER, SAINT ARNOULD
de lui attirer des envieux. Un jour qu’il était allé porter des vivres à quelques pauvres du pays, il fut arrêté par des hommes d’armes ; mais quelle ne fut pas la stupéfaction mêlée d’admiration de ses accusateurs, quand au lieu de pains et de viande, par la permission de Dieu, on ne trouva sous la robe du chevalier que des morceaux de bois !
Une autre fois, ils accusèrent Arnould de prodiguer les biens de son maître en les distribuant à des étrangers. Le vieux chevalier, s’étant laissé circonvenir, avait infligé un châtiment à Arnould ; mais quand il s’aperçut que ses coffres contenaient tout l’or et l’argent qui y avaient été renfermés, il demanda pardon au jeune écuyer d’avoir prêté l’oreille aux accusations de ses ennemis et lui déclara de plus, solennellement, qu’il l’adoptait pour son fils, en lui laissant la disposition de tous les biens qui étaient dans sa maison, comme appartenant aux pauvres.
Un jour qu’il se trouvait dans la campagne, seul avec son parent, il aperçut dans le lointain une troupe d’hommes armés qu’il reconnut poulies ennemis implacables du vieux seigneur : « Cher maître, s’écrie u Arnould, prenez mon cheval qui est plus frais et plus propre à la « course que le vôtre et vous serez bientôt dans un lieu sûr ; quant à « moi je n’ai rien à craindre de ces hommes que je n’ai jamais offensés « et après tout je mourrai content, s’il le faut, pourvu que vous soyez « sauvé. » Le vieux chevalier s’était à peine éloigné que les ennemis saisissant Arnould l’accablèrent d’injures et de mauvais traitements, lui passèrent une corde au cou et le suspendirent à un arbre sur lequel les plus acharnés étant montés, lui arrachèrent la vie en plaçant leurs pieds sacrilèges sur ses épaules.
Saint Arnould fut enterré à Cysoing. Des guérisons extraordinaires s’opérèrent sur son tombeau, et on l’invoquait principalement pour la guérison des fièvres et des douleurs de cou. Ceux qui souffraient de cette dernière affection tournaient autour de leur cou la corde qui avait servi à pendre le saint et à l’instant les douleurs disparaissaient. Les fiévreux, par leurs prières , obtenaient également leur guérison et un grand nombre, en reconnaissance du bienfait reçu, offraient des fils d’argent en forme de corde.
Dans une vie de saint Arnould, écrite en vers par un chanoine de Cysoing, citée intégralement par les Bollandistes et tirée des manuscrits du monastère Marquettansis, une strophe caractérise ainsi le pouvoir du Saint :
Lnrum quod supplicio Fuit, est remedio Si quis collum doleal ;
Hoc si circumtulerit Et non hœsitaverit Quod mox dolor abeat ; Nam si quis cum febribus Hue venit et precibus Sentit bénéficia...
La corde de son supplice est un remède pour celui qui, souffrant du cou, la roulera autour de la partie malade avec la ferme conviction que la douleur s’en ira. Celui qui vient avec les fièvres et avec des prières en ressent les bienfaits.
(Les Bollandistes. — Saints de Cambray, par l’Abbé Destombes).