SIX FÉVRIER, SAINT VAAST
plus grand théâtre et après l’avoir ordonné évêque l’année 510, il l’envoya prêcher la parole de vie dans la ville d’Arras. Ce siège épiscopal avait été particulièrement ravagé par le payen et perfide roi des Huns. Au milieu des ruines amoncelées et des cavernes servant de repaires aux bêtes sauvages, croissaient d’épais buissons d’épines. A la porte de cette cité Waast rencontra deux hommes pauvres et infirmes : un aveugle et un boiteux ; après qu’il eut imploré le secours divin, tous deux retournèrent chez eux parfaitement guéris et rendcant grâce à la céleste bonté.
Le serviteur de Dieu trouva bientôt les ruines de l’ancienne église, et pendant qu’il gémissait sur tous les fléaux que les péchés de ce pauvre peuple avaient attirés sur lui, un ours gigantesque s’élança de son repaire, saint Waast avec un signe de croix le força à s’éloigner, en lui enjoignant de ne jamais franchir les bords du Crinchou.
Par des prédications assidues, saint Waast amena le peuple à la connaissance de la vraie lumière ; il éleva des églises, il créa des paroisses dont la direction était confiée à des prêtres et à des diacres, et là où il n’y avait que des cavernes de voleurs ou des repaires de bêtes féroces, il construisit des maisons de prières.
Un noble franc, Ocynus, avait invité à la même table le roi Clotaire avec saint Waast qui, selon sa coutume ordinaire, fit le signe de la croix en entrant dans la maison. A l’instant les vases qui devaient servir à table se brisèrent en mille pièces et toutes les liqueurs se répandirent sur le pavé.
Comme le roi et ses leudes étaient effrayés à la vue de ce miracle, le saint leur expliqua que les liqueurs répandues avaient été offertes aux idoles et que les démons, hôtes de ces vases, avaient été contraints de les abandonner par la puissance du signe de la croix. A la suite de cet événement surnaturel, plusieurs des assistants se convertirent et demandèrent le baptême.
Après avoir gouverné le diocèse pendant quarante ans environ, saint Waast, averti qu’une colonne de lumière très brillante apparaissait sur le faîte de sa maison, comprit aussitôt que c’était l’annonce de sa mort, et réconforté par le saint viatique, il rendit son âme à Dieu.
Pendant sa vie le saint avait souvent répété que toute cité doit être l’habitation des vivants et non des morts ; aussi lorsqu’on voulut lever le corps pour l’enterrer dans l’église de la sainte Vierge, où de son vivant Vaast exerçait les fonctions pontificales, personne ne put remuer le cercueil. Il fallut prier longtemps pour obtenir du Saint qu’il permît de déposer son corps dans le lieu disposé par la piété des fidèles. En 667 saint Vaast apparut à son successeur, saint Aubert, et lui indiqua de transporter son corps dans une petite chapelle qu’il avait fait construire de son vivant, en l’honneur de saint Pierre, et qui devint ensuite l’église du monastère de Saint-Vaast, fondé par le même saint Aubert. Saint Aubert avait été aidé dans cette pieuse mission par saint Orner, évêque de Thérouanne, vieillard aveugle qui avait recouvré la vue au moment de la translation. Mais ce saint évêque redoutant pour son salut la distraction des objets extérieurs, demanda à saint Vaast d’être rendu à son premier état ; ce qu’il obtint par l’intercession du Saint. En 880, les reliques de saint Vaast furent transportées à Beauvais à la suite de l’invasion des Normands, et douze années après furent rapportées à Arras par l’évêque Grégoire qui avait été prieur de PAbbaye de Saint- Vaast.