‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vie (volume 2)Chapitre 251 sur 734 · SAINT THOMAS D’AQUIN DOMINICAIN, DOCTEUR DE L’ÉGLISE · texte numérisé non relu

SAINT THOMAS D’AQUIN DOMINICAIN, DOCTEUR DE L’ÉGLISE

xiii* siècle. — 1226-1274.

Pour conserver la Chasteté. — Patron des Libraires, des Théologiens. — Invoqué contre les Orages. — Patron de toutes les Ecoles catholiques.

homas eut pour père Landulphe comte d’Aquin , de la meilleure noblesse du royaume de Naples, et pour mère, Théodore, fille du comte de Théate. A l’âge de cinq ans, ses parents le mirent sous la conduite des religieux du Mont-Cassin. A l’âge de dix ans, il fut envoyé à l’Université de Naples. Il fît des progrès si rapides dans la rhétorique, dans la philosophie et aussi dans la vie spirituelle, qu’à l’âge de dixsep t ans, il prenait l’habit chez les Dominicains de Naples, en 1243; mais bientôt il eut à combattre contre sa mère et toute sa famille qui voulaient absolument le faire rentrer dans le monde. Ses frères, dans l’espoir de le faire renoncer à sa vocation, avaient introduit une femme impure dans une tour où il était enfermé pour l’empêcher de retourner au couvent ; mais lui, saisissant un tison enflammé, repoussa la malheureuse, et, après avoir fait avec ce même tison une croix sur le mur, il se mit à prier ; insensiblement, un doux sommeil s’empara de lui. Pendant qu’il reposait ainsi, des anges ceignirent ses reins de la ceinture de la chasteté, en lui disant qu’ils venaient de la part de Dieu lui conférer le don de la virginité perpétuelle. Après la mort du Saint, cette ceinture qui reste la propriété des Dominicains de Yerceil, donna naissance à une pieuse confrérie sous le nom de Milice Angélique.

Nous trouvons dans le Manuale selectissimarurn benediclionum (... Kempten, p. 162) la formule de bénédiction d’une ceinture semblable portée par chaque membre de cette confrérie, dans le but de persévérer dans la Chasteté ou de la recouvrer après l’avoir perdue ;

Benedictio cinguli Militiœ Angelicœ S. Thomæ Aqüinatis.

t. Adjutorium nostrum, etc.

Oremus

Domine Jesn Christe Fili Dei vivi,puritatis amator et çustos, obsecramus immensam clementiam luam, ut sicut minislerio angelorum sanctorum thomam aquinatem cingulo castitatis cingere, algue à labe corporis ac animœ prceservari fecisti, ila ad honorem et gloriam

Bénédiction de la ceinture pour la milice angélique de Saint Thomas d'Aquin.

t. Notre aide, etc.

Prions,

Seigneur Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, ami et gardien de la pureté, nous supplions votre clémence infinie, comme par le ministère des Saints Anges, vous avez ceint Thomas d’Aquin de la ceinture do chasteté, et l’avez ainsi préservé de toute souillure du corps et

sept MARS, SAINT THOMAS DAQUIN.

eius. bene f dicere et sanclifcare dignens cinqulum istud, ut quicumque illud circa renés reverenter portaverit ac tenuent, ab omm immunditia mentis et corpons punficatur , atque in exitu suo per marins Sanclorum Angelorum libi digne prœsentan mereatur.

Qui cum pâtre, etc.

Aspergat cingulum aquâ benediclâ et postulanti distribuât, dicens.

Prœcingat te Dominas Jésus Christus cingulo castitatis, et merilis s. thomæ aquinatis extinguat in lumbis luis omncm humorem libidinis, ut maneat in te virtus continenliœ et castitatis. Amen-

de l’âme, de bé f nir et sanctifier pour son honneur et sa gloire, cette ceinture, afin que quiconque la portera et la conservera respectueusement autour de ses reins soit purifié de toute souillure de l’esprit et du corps et qu’il mérite à sa mort de vous être dignement présenté par les mains des Saints Anges. Dieu qui avec le père, etc.

Le prêtre asperge la ceinture d'eau bénite et il la remet au postulant en disant celte petite prière :

Que le Seigneur Jésus-Christ le ceigne de la ceinture de chasteté par les mérites de saint Thomas d’Aquin et qu’il éteigne dans tes reins toute ardeur lubrique afin que la vertu de continence et de chasteté reste en toi.

Rendu à la liberté à l’instigation du pape Innocent IV et de l'empereur Frédéric II, Thomas fut conduit à Paris par Jean le Teutonique, général des Dominicains, et fut ensuite envoyé à Cologne pour y étudier la théologie sous Albert-le-Grand. «Il fit bientôt des progrès extraordinaires ; mais il les cachait par humilité et il se condamna par le même motif à un vigoureux silence que ses condisciples prirent pour de la stupidité, » dit Godescard. On l’appelait le Bœuf muet ou le Grand bœuf de Sicile. Albert l’ayant interrogé un jour sur des matières fort obscures, il répondit avec tant de justesse et de netteté que tous les auditeurs en furent ravis d’admiration. Albert lui-même, s’écria, transporté de joie : « Nous appelons Thomas le bœuf muet, mais il mugira un jour si haut par sa doctrine qu'il sera entendu de tout l’univers. »

Par le commandement de ses supérieurs, il vint à Paris où il prit le degré de bachelier en théologie. Ce fut dans cette ville qu’il rencontra saint Bonaventure, de l’ordre de Saint-François, qui était son compagnon de licence, et qu’il se lia avec lui. D’après les règlements de l’Université de Paris, on ne pouvait enseigner la théologie qu’à l’âge de trente-cinq ans ; mais Thomas soutint sa thèse de docteur avec une supériorité tellement marquée, qu’on fit une exception en sa faveur et qu’il lui fut permis de professer à vingt-cinq ans. La sublimité, la splendeur, la clarté de sa doctrine brillèrent d’un si vif éclat qu’il éclipsa les hommes les plus savants des siècles qui l’ont suivi. Il avouait lui-même qu’il avait plus appris par la prière et la méditation que par l’étude et en feuilletant des livres. Dans la question célèbre et épineuse touchant les accidents du pain et du vin qui demeurent sensibles dans l’Eucharistie, après la consécration, les docteurs s’en étant rapportés à lui, Thomas fit un écrit sur ce sujet et le mit sur l’autel ; puis, les yeux arrêtés sur le crucifix , il pria très instamment Dieu de lui découvrir s’il avait écrit la vérité. Comme il était dans la plus grande ferveur de son oraison, Jésus-Christ lui apparut et lui dit : « Vous avez bien écrit ceci, Thomas. » Une autre fois, quand il écrivait la troisième partie de la Somme, il fut ravi et élevé de terre à la hauteur de quelques coudées et le crucifix qui était sur l’autel lui dit d’une voix haute et intelligible : « Thomas, vous avez bien écrit de moi. Que « voulez-vous pour récompense ? » Il lui répondit aussitôt : « Je n’en veux pas d’autre que vous-même, Seigneur. »

Saint Louis tenait notre Saint en grande estime. Un jour que Thomas était assis à la table du roi, il était si plein d’un sujet qu’il traitait en

SEPT MARS, SAINT THOMAS d’aQUIN.

cc moment contre l’hérésie des Manichéens, qu’il s’écria tout à coup, en frappant de la main sur la table : « Je défie un Manichéen de répondre « a cet argument. » Saint Louis, loin d’être fâché, ût venir immédiatement un secrétaire pour écrire le raisonnement qu’il avait trouvé.

Son éloquence dans la chaire était plutôt familière que recherchée, et il savait toujours la mettre à la portée de son auditoire. Par cette méthode de prédication, il opéra plusieurs conversions et entr’autres celle de deux Juifs fort obstinés, du bourg de Mola, près de Rome.

Quelque temps avant sa mort, il fut ravi hors de lui-même en oraison et son extase dura trois jours. Il prédit alors que sa mort était proche et peu de temps après, il vint dans un monastère de Saint-Bernard, du nom de Fosse-Neuve, entre Jeventino et Terracine. Là, sur le point de mourir, il fit apporter le Saint-Sacrement et, tenant dans ses mains l’hostie, les yeux attachés sur elle, il lui adressa de sa voix expirante ces paroles suprêmes d’adoration et d’amour : (1)

Adoro te, supplex, latens Deilas Quœ sub his figuris vere /alitas, Tibi se cor meum lolum subjicit Quia, te contemplons, lotum déficit.

Suppliant, je vous adore, divinité mystérieuse ! qui vous cachet véritablement sous ces espèces. Tout mon cœur se soumet h vous ; parce qu’en vous contemplant, il s’anéantit tout entier.

Il rendit son âme à Dieu le 7 mars 1274, à l’heure de Matines, à l’âge de cinquante ans. Le corps de saint Thomas demeura quelques années à Fosse-Neuve, puis, quatre-vingt-dix ans après la mort du Saint, Urbain V le fit portera Toulouse. Paris, avant la révolution, possédait le bras qui avait servi à écrire de si beaux ouvrages.

Des connaissances étendues, une justesse et une solidité de raisonnement, une lucidité de discussion qui défient toutes les ténèbres lui ont assuré le premier rang parmi les théologiens scolastiques et l’ont fait surnommer l’Ange de l’école et le Docteur angélique. Les théologiens devaient donc tout naturellement se ranger sous son patronage. Quant aux Libraires , ils ne pouvaient mieux faire que de les imiter en le choisissant pour patron, lui qui, « dans le cours de vingt ans, dit Gorres, écrivit cette masse innombrable cl’Ouvrages remplis des choses les plus profondes et dont l’étude demanderait aujourd’hui à l’esprit le plus exercé plus de temps qu’il n’en a mis lui-même à les écrire. »

Saint Thomas est également invoqué contre les Orages et contre la Foudre. En voici le motif : Comme il s’était un jour embarqué pour revenir en France, une tempête horrible s’éleva tout à coup. Elle était si violente que les matelots eux-mêmes craignaient d’être engloutis sous les flots. Saint Thomas, au contraire, impassible au milieu du danger et mettant toute sa confiance en Dieu, redoubla ses prières et bientôt la tempête s’apaisait.

Après la mort de Thomas, Guillaume de Tocho, de l’ordre des prédicateurs, s’étant embarqué pour venir à Avignon et traiter de la canonisation de notre Saint, avec la cour de Rome, qui s’y trouvait alors, fut sauvé pendant la traversée d’une affreuse tempête avec tout 1 équipage, par l’intercession de saint Thomas.

Sa Sainteté Léon XIII, reconnaissant que saint Thomas est le plus parfait modèle à proposer aux catholiques dans les différentes branches

(1) Première strophe d’une hymne qui se chante encore dans les processions du Très Saint-Sacrement.

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