‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vie (volume 2)Chapitre 424 sur 734 · SAINTE CATHERINE DE SIENNE, VIERGE · texte numérisé non relu

SAINTE CATHERINE DE SIENNE, VIERGE

xiv' siècle. — 1347-1380.

Patronne des Lavandières. — Invoquée contre la Peste, contre les Maux de tête, et pour recevoir les Sacrements à l’h.eure de la mort.

On a ajouté au nom de Catherine celui de Sienne, sa patrie. Son père et sa mère étaient d’extraction modeste. Dès sa plus tendre enfance, ils lui inculquèrent les principes de la vraie foi, et elle les acceptait avec bonheur. A cinq ans, quand elle montait ou descendait un escalier, elle s’agenouillait sur chaque degré, en disant un Ave Maria. A six ans, elle avait eu déjà une vision céleste, qui lui montrait Notre Seigneur Jésus- Christ en habits pontificaux, une tiare sur la tête, et ayant auprès de lui saint^Pierre, saint Paul et saint Jean l’Évangéliste. A l’âge de sept ans, elle fit vœu de perpétuelle virginité, en priant ardemment la sainte Vierge de la choisir pour l’épouse de son divin Fils. Quand elle eut atteint l’âge nubile, son père et sa mère la priaient incessamment de choisir un mari ; mais, voulant bien leur montrer que toutes leurs sollicitations ne pourraient jamais la décider à se marier, elle coupa ses cheveux qui étaient très beaux, et dont sa mère était fière. Ses parents, alors, pour la punir de son obstination, lui commandèrent de faire la cuisine à la place de la servante, et la forcèrent à remplir les plus vils offices de la maison, ce dont elle s’acquitta avec une patience et une joie merveilleuse. C’est là, sans nul doute, la cause du patronage qui a été réclamé par les Lavandières.

Néanmoins, sa persévérance dans une vie de pénitence et de renoncement austère ne tarda pas à convaincre ses parents que la voie qu’elle poursuivait lui avait été tracée par Dieu lui-même. Ils cessèrent de la tourmenter, et elle profita de leur bonne volonté pour prendre l’habit des sœurs de la Pénitence. Saint Dominique, dans une apparition, lui avait promis qu’elle jouirait de visions célestes ; mais, au contraire, Dieu permit d’abord au diable de la tourmenter d’une manière cruelle ; elle triompha de toutes ses attaques, grâce aux entretiens de l'époux qu elle avait choisi, et qui venait sans cesse la réconforter. Un jour, il lui apparut une couronne d’or dans la main droite et une couronne d épines dans la gauche, en lui disant de prendre celle qu’elle préféi ei dit. Catherine saisit la couronne d’épines et la mit sur sa tête, qui lut bientôt transpercée, avec de très vives douleurs. C’est en mémoire de ce fait qu’elle est souvent représentée avec une couronne d’épines. Rien ne pouvait égaler la rigueur des mortifications qu’elle s’infligeait chaque jour, si ce n’est l’ardeur de sa charité envers son prochain. Comme elle soignait une vieille femme qui avait un chancre à la mamelle, et dont l’odeur intolérable lui faisait mal au cœur, elle pensa que sa répugnance était un piège dressé par l’ennemi. Aussitôt, elle appliqua ses levres sur la plaie fétide, qu’elle faisait toucher à ses narines. Une autre lois, ayant eu la même intention, elle découvrit cette plaie, la lava, la nettoya en ramassa le pus dans une saucière, et le but < un seul trait; elle raconta depuis au père Raymond de Capoue, son historien et son confesseur, qu’elle n’avait jamais rien avalé qui eut un goût aussi savoureux, ce qui prouve suffisamment les grâces que Dieu

TRENTE AVRIL, SAINTE CATHERINE DE SIENNE

accorde à ceux qui domptent la nature. Pendant que Catheiine s’avançait ainsi dans les voies du salut, elle ne négligeait pas d’y conduire également son prochain, et les conversions qu’elle opérait par ses prières étaient innombrables, surtout celles qu’elle opérait à l’heure de la mort ; elles expliquent l’assistance qu’on attend d’elle pour obtenir la grâce de recevoir les sacrements de l’Eglise à ce moment suprême. Ses biographes, parmi lesquels Raymond de Gapoue, dont nous avons parlé plus haut, en citent une foule d’exemples. Nous n’en mentionnerons que trois des plus saillants : Un jour, elle rencontra dans les rues de Sienne deux voleurs que l’on tenaillait et que l’on conduisait au gibet sur un chariot. Bien loin de se repentir, ils proféraient les plus abominables blasphèmes. Catherine demanda la permission de monter dans le chariot, à côté d’eux, et elle se mit à prier ardemment pour la conversion de ces malheureux. Notre Seigneur, alors, leur apparut avec ses plaies sanglantes, et les convia à la pénitence avec une si admirable mansuétude que, touchés jusqu’au fond de l’âme, les voleurs se confessèrent et se mirent à pleurer leurs péchés.

La mère de notre Sainte était une très bonne femme ; mais elle avait grande peur de mourir, et quand elle fut à toute extrémité, comme elle ne pouvait se décider à croire qu’elle pût quitter la vie, elle mourut sans confession ; Catherine , désolée, pleura tellement devant le Seigneur pour sa mère, qu’il la ressuscita, la lui rendit, et elle vécut jusqu’à quatre-vingt-neuf ans.

Un jeune praticien de Pérouse, du nom de Nicolas Joldo, dans une affaire dont il avait été chargé, avait mal parlé du sénateur de Sienne, et avait été condamné à mort. Catherine apprit que cette sentence cruelle l’avait jeté dans le désespoir, et elle vint le visiter dans sa prison. Ecoutons-la raconter elle-même ce drame merveilleux de la charité (1), dans une lettre adressée au frère Raymond de Gapoue, dont nous regrettons bien de ne pouvoir donner que des fragments, à cause de son étendue : « Je suis allée visiter celui que vous savez, écrivait-elle, et il « en reçut tant de forces et de consolation, qu’il se confessa et se trouva « dans les meilleures dispositions. Il me fit promettre, pour l’amour de « Dieu, que, quand viendrait le jour de la justice, je serais avec lui, et « ce que j’ai promis, je l’ai fait. Le matin, avant le premier coup de la « cloche, je fus le trouver et il me vit avec bonheur. Je le menai en- « tendre la messe ; il reçut la sainte communion, dont il s était toujours « éloigné. Sa volonté était unie et soumise à la volonté de Dieu ; il lui « restait seulement la crainte d’être faible au moment suprême ; mais « la bonté infinie de Dieu y pourvut en l’enflammant d un tel amour et « d’un tel désir, qu’il ne pouvait se rassasier de sa présence. Il disait . « Reste avec moi, ne m’abandonne pas ; avec toi, je serai toujours bien « et je mourrai content, » et il appuyait sa tête sur ma poitrine.

« Alors, je sentis une joie et un parfum de son sang qui était comme « mêlé avec le mien que je désire répandre pour le doux époux Jésus. « Ce désir augmentait dans mon âme et, quand je sentais sa crainte, je « lui disais : Courage, frère bien aimé, bientôt nous serons aux noces.

(1) La 97' lettre de l’édition Gigli, traduite par E. Cartier et publiée dans le 14' volume des Annales archéologiques de Didron, p. 85.

TRENTE AVRIL, SAINTE CATHERINE DE SIENNE

« Tu iras baigné dans le sang très doux du Fils de Dieu,, avec le très « doux nom de Jésus qui ne doit jamais sortir de ta mémoire, et je t’at- « tendrai au lieu de la juslice.

« Je l’attendis donc au lieu de Injustice, et je l’attendis en invo-

« quant sans cesse l’assistance de Marie et de Catherine, vierge et

« martyre .Te priais avec ardeur et je dis à Marie que je voulais,

« dans ce moment suprême, pour lui la lumière et la paix du cœur, et « pour moi la grâce de le voir retourner à sa fin dernière. Mon ami fut « alors tellement enivré de la promesse qui m’était faite que je n’aper- « cevois plus personne au milieu de la multitude ; il arriva enfin, « comme un agneau paisible ; en me voyant, il se mit à sourire, il <( voulut que je lui fisse le signe de la croix, et quand il l’eut reçu, je lui « dis tout bas : Bien aimé frère, allez aux noces éternelles jouir de la « vie qui ne finit jamais. Il s’étendit avec une grande douceur et je lui « découvris le cou. J’étais baissée près de lui et je lui rappelai le sang « de l’Agneau. Sa bouche ne disait autre chose, si ce n'est : Jésus, « Catherine, et en disant ces mots, je reçus sa tête dans mes mains.

« Lorsqu’il eut disparu, mon âme se reposa dans une paix déli-

te cieuse, et je jouissais tant du parfum de ce sang que je ne voulais « pas souffrir qu’on lavât celui qui avait jailli sur moi »

En Espagne, le recours à sainte Catherine pour obtenir la grâce de recevoir les sacrements à l’heure de la mort est très populaire et très répandu. Voici d’abord une belle prière castillane, qui se trouve suides images où elle reçoit les stigmates, et qui était distribuée par les frères prêcheurs du couvent de sainte Catherine, vierge et martyre de Barcelone (1) :

ORACION a Santa Cataiuna de Sena, particular abogada de Moribundos, para lograr en la hora de la muerte et recibir los sanlos sacramentos.

Bios os salve candidissima azueena, abogada mia especialisima, que unida con vuestro esposo Jésus con ardmlissimo amor alcanzasteis muchas veces a los perfidos y obstinados pecadoRes en la hora de la muerte, ta gracia de una veiidadera contricion ; os pido per aquella gloria con que os lia honrado vuestro esposo celestial, y por aquel amor con que fuisteis siempre unida a el, que me alcanzeis, especialmenle en el ültimo momento de mi vida, amargas lagrimas de mis pecados, et consuelo de recibih los santos sacramentos, y la gracia especial de una verdadera contricion, para que asi pueda despues glorificar con vos a vuestro amantissimo esposo divino per toda la elernidad en la bien avenluranza de la gloria. Amen.

ORAISON à Sainte Catherine de Sienne.

spéciale avocate des Moribonds, pour obtenir à l’heure de la mort la grâce de recevoir les saints sacrements.

Je vous salue au nom de Dieu, Lis éclatant de blancheur, mon avocate très spéciale, qui, unie par un amour brûlant à votre époux Jésus, avez obtenu maintes et maintes fois pour les pécheurs iniidôles et obstinés la grâce d’une vraie contrition à l’heure de la mort, je vous supplie, par la gloire dont votre époux céleste vous a honorée, et par l’amour avec lequel vous avez toujours été unie à lui, de m’obtenir spécialement au dernier moment de ma vie, les larmes amères de mes péchés, la consolation de recevoir les saints sacrements et la grâce spéciale d’une vraie contrition ; afin que je puisse ainsiglorifier avec vous votre divin époux très aimable pendant toute l’éternité dans la plénitude de la gloire. Ainsi soit-il.

La même invocation apparaît dans cette strophe d’un cantique catalan :

En los insults tan frequents De tanta mort repenlina Voslres dovols, Catharina,

Dans les attaques si fréquentes de tant de morts subites, vos dévots, Catherine, obtiennent la grâce de recevoir les saints sacrements,

(1) Ce couvent a été détruit pendant la révolution de 183S.

TRENTE AVRIL, SAINTE CATHERINE DE SIENNE

L’ogron los sants sagraments, Al manos, de un don dolor

ou au moins celui qui met bien sa confiance en vous obtient une bonne contrition.

Quius honora be, ben refia.

Celle qui lui est adressée contre la peste ne s’appuie pas sur des motifs moins puissants. Au milieu de la peste de 1374, qui désola la ville de Sienne, on apprit à notre Sainte que le directeur de la maison de Sainte Marie de la Miséricorde était violemment attaqué par le terrible fléau, et qu’il était sur le point de mourir. Elle se hâta d’aller le trouver, et elle lui cria de loin : « Debout, seigneur Mathieu, il n’est pas temps de se tenir dans un bon lit. » A peine eût-il entendu la voix de Catherine que la fièvre tomba ; l’abcès qu’il avait à l’aine disparut, et il se retrouva en parfaite santé. Elle guérit à la môme époque un ermite et son confesseur, Raymond de Capoue, qui avaient également été attaqués par la peste.

L’invocation contre les maux de tête repose également sur une guérison miraculeuse opérée à Rome par notre Sainte. Une dame, du nom de Marie, fut saisie par des maux de tête si violents qu’elle en perdit un œil. Ayant entendu parler des miracles de Catherine, elle lui donna toute sa confiance, et aussi la Sainte, apparaissant pendant la nuit à sa femme de chambre, lui dit d’avertir sa maîtresse de ne plus faire de remèdes, mais d’aller tous les matins à l’église, que la santé lui serait rendue, ce qui arriva dans un délai très court, après que la dame eut obéi à cette injonction.

Avant de terminer, il ne faut pas omettre deux faveurs insignes que notre Sainte reçut du divin époux qu’elle avait choisi. Un jour, Jésus- Christ, lui apparaissant, consacra son union mystique avec elle, en présence de sa bienheureuse mère et d’autres Saints. Une autre fois, dans la chapelle de sainte Catherine de Pise, Notre Seigneur lui imprima les cinq plaies de son corps sacré, dont elle ressentit les plus vives douleurs, surtout à celle du côté.

Catherine, au milieu de sa sollicitude pour l’amélioration des âmes, fut encore appelée à remplir plusieurs missions politiques, dont elle s’acquitta en véritable épouse de Jésus-Christ. Elle contribua surtout à pacifier la Toscane, puis elle arriva un jour de l’année 1376 à Avignon, où les Souverains Pontifes siégeaient depuis soixante-dix ans, se présenta devant Grégoire IX, et, malgré l’opposition d’un certain nombre de cardinaux, elle le détermina à revenir à Rome.

Appelée auprès de ce Pape, à son arrivée dans la ville éternelle, elle tomba malade vers la fête de la Circoncision, et mourut le 29 avril 1380, à l’âge de trente-trois ans. Je ne saurais mieux terminer cette vie déjà si remplie que par une citation du savant archéologue Didron, dont je me plais à rappeler ici le souvenir. Il était à Sienne en 1856, et il rendait compte, dans le 16e volume de ses annales, de ses impressions à la vue

de la maison de Catherine : « J’entrai, dit-il, dans sa maison, ou

« plutôt dans la maison de son père, qui est maintenant devenue la « sienne. Je pénétrai dans la chambre où couchait Catherine , je vis et « touchai la pierre qui lui servait d’oreiller, et je lus avec avidité l’ins- « cription suivante :

ECCE IN QVO JACEBAT LOCVM SPONSA CATHARINA CIIRISTI, EN CERVICAL IPSUM

(Voici le lieu où gisait Catherine, l’épouse du Christ ; voici son oreiller même.)

TRENTE AVRIL, SAINT EUTROPE. au '

« Puis, on me montra le pommeau de la canne, dont la Sainte aidait « ses jambes affaiblies ; la lanterne dont elle s’éclairait pour aller visiter « les malheureux ; le petit flacon en émail limousin du XIIIe siècle, ou « dorment aujourd’hui les sels quelle a fait jadis respirer aux malades, « le voile et le capuchon où elle s’abritait pendant ses courses si pé- « nibles et si nombreuses. Puis, détachés de ces objets qui lui avaient « appartenu et qu’elle avait sanctifiés en les touchant, mes yeux se por- « tèrent sur son masque en plâtre, placé dans cette meme chambre, et « qui offre une tête fine et ferme, des traits amaigris et de très grands « yeux ouverts par l’intelligence et la maladie. Puis, dans la chapelle « dite du crucifix, je restai quelque temps comme en extase devant le « Christ, qui stigmatisa la Sainte, et que Giunto Pisano peignit sur « bois au XIIIe siècle. Enfin, en sortant par une porte latérale, qui donne « dans le « vico del transo, » et me retournant pour voir encore quelque « chose de sainte Catherine, je lus, au-dessus de l’entrée d’où l’on aper- « çoit un gracieux petit cloître bâti par Baldassare Peruzzi :

SPOSE XRI KATER1NE DOMUS.

(Maison de Catherine, l’épouse du Christ.)

A Boissy-Mauvoisin (Seine-et-Oise) , on vénère particulièrement sainte Catherine de Sienne , comme protectrice des jeunes filles de ce village et de ses environs.

Notre bien-aimé Pie IX, qui avait pour elle une dévotion spéciale, l’a mise au rang des patronnes de Rome.

(Surius. — Les Bollandistes. — Ribadaneira. — La Mère de Blémur. — Annales archéologiques.)

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