‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vie (volume 2)Chapitre 438 sur 734 · SAINT MARCOUL (MARCULPHUS) , ABBÉ DE NANTEUIL · texte numérisé non relu

SAINT MARCOUL (MARCULPHUS) , ABBÉ DE NANTEUIL

vi° siècle. — 5S8.

Invoqué contre les Ecrouelles, les Humeurs froides, les Strumes.

Marcoul (2) naquit à Bayeux, ville épiscopale de basse Normandie, de parents nobles et pieux. Aussitôt qu’il put disposer de ses biens, il les distribua aux pauvres, et vint se mettre sous la direction de saint Possesseur, évêque de Coutances. Il fut ordonné prêtre par ce prélat. Revêtu d’un cilice, il employait ses jours à évangéliser les populations, et souvent il passait des quarantaines au milieu des solitudes dans la prière et dans l’austérité la plus absolue, quand un Ange vint le prévenir d’aller trouver Childebert Ier, et de lui demander, pour bâtir un monastère, une petite localité du nom de Nanteuil, située près de la ville de Coutances sur le bord de la mer.

Marcoul se rendit aussitôt à Paris et arriva au moment où le roi entendait la messe avec la reine, Ultrogote. N’osant pas se montrer, il attendait humblement l’occasion de parler au Roi, quand, tout à coup des Démoniaques , qui assistaient à la messe , poussèrent ce cri de désespoir : « Marculplie, serviteur de Jésus-Christ, aie pitié de nous, ta « présence est pour nous un cruel tourment. » Le Roi et toute la cour furent extrêmement surpris, et on chercha dans l’assistance celui qui s’appelait Marculphe. Le Saint, ainsi découvert, présenta sa requête au Roi qui la ratifia immédiatement, et, à sa prière, Marcoul les délivra du malin esprit

Le monastère de Nanteuil fut élevé en peu de temps, et un grand nombre de jeunes gens y entra, en se soumettant à la règle de saint

(1) Dictionnaire des Confréries et des Corporations... Abbé Migne, pago 138.

(2) Ou Marculphe

PREMIER MAI, SAINT MARCOUL

Benoit choisie par Marcoul. Pour redoubler ses pénitences et ses mortifications, il se retirait dans une île voisine de Nanteuil, appelée Duclimones. Là, le diable, pour essayer de le tenter, se présenta à ses yeux sous la figure d’une femme sauvée d’un naufrage ; le Saint prit un pain sur lequel il fit le signe de la croix, et le lui ayant présenté, il lui dit : « S’il est vrai que tu sois une femme, prends ce morceau de pain mar- « qué du signe de la Croix. » Alors le démon, à l’aspect de ce signe redoutable, disparut en se précipitant dans la mer.

Saint Marcoul, après avoir édifié toute la contrée par ses vertus et par ses miracles, rendit son âme à Dieu, le 1er mai 558, dans son monastère de Nanteuil, où il fut enterré par saint Lô, évêque de Coutances. Cent ans après, le corps fut levé de terre par saint Ouën, archevêque de Rouen. Pour le soustraire à la profanation des Normands, les moines de Nanteuil avaient résolu de le transporter à Coutances, et comme ils passaient à Corbeny (1), bourg du Laonnais, où les souverains carlovingiens possédaient un palais, Charles-le-Simple (2), qui y séjournait alors, leur donna l’hospitalité et manifesta l’intention de conserver ces précieuses reliques. Il fonda, en 905, un monastère à Corbeny sur le tombeau du Saint qui, pour le récompenser, lui communiqua le pouvoir de guérir les Ecrouelles, pouvoir qui fut transmis à tous ses successeurs jusqu’à Charles X inclusivement.

C’est pour la confirmation de leur privilège que les Rois de France, après leur sacre, allaient faire eux-mêmes ou faisaient faire par leur aumônier une neuvaine à saint Marcoul de Corbeny, en reconnaissance de la grâce qui avait été accordée à leurs prédécesseurs de guérir les Scrofuleux, et qu’ils réclamaient pour eux-mêmes. Ils les touchaient le jour de leur sacre en prononçant la formule : « Le Roi te touche, « Dieu te guérisse. » D’après Mabillon, après que le Roi avait entendu la messe, on apportait devant lui un vase plein d’eau. Alors, le Roi faisait une prière devant l’autel, touchait le malade de la main droite qu’il lavait dans cette eau. Les Scrofuleux, après en avoir bu pendant neuf jours, en observant le jeûne, étaient complètement guéris, sans avoir recours à aucune autre médication. Tel était le rit suivi au XVe siècle par les Rois de France.

Gilbert, abbé de Nogent (3), qui mourut en 1124, affirme qu’il avait vu lui-même des guérisons opérées par Louis-le-Gros. Il ajoute que son père, Philippe, monté sur le trône en 1060, avait obtenu la gloire du même miracle ; mais l’avait perdue pour je ne sais quelles fautes.

On sait, par le registre de la cour des Comptes, que saint Louis a accompli le pèlerinage de Corbeny. D’après Baillet, il y avait érigé une célèbre Confrérie où il se fit inscrire le premier.

D’après Dutillet, Philippe-le-Bel, à son lit de mort, fit appeler Louisle-Hutin, son fils aîné et lui apprit la manière de toucher les malades, en lui montrant que, selon l’Ecriture, Dieu n’exauçait pas les vicieux.

(1) Revue des Sociétés savantes. 6” série tome V , page 4t. -nui

(2) D’après l’Abbé Corblet ( Saints d'Amiens), volume 4, page 481, ce serait a Robert le pieux

que le privilège aurait été conféré.

(3) La plus grande partie des détails et des citations qui suivent sont empruntes aux Relut Bollandistes.

PREMIER MAI, SAINT MARCOUL

Louis XII, d’après Cl. de Seyssel, usait sept ou huit fois par an de la

grâce de guérir les Ecrouelles. . ,

En 1522, François Ior porta une ordonnance dans laquelle il énoncé le

privilège accordé au roi de France.

André Laurent, médecin d’Henri IY et conseiller du Roi, dans un livre sur les prérogatives de nos Rois, publié en 1609, assure que ce prince touchait les malades et en guérissait plus de quinze cents par an.

Louis XIV fut le premier des Rois qui n’ait pas fait le voyage de Corbeny. A cause de la guerre qui désolait la Picardie, en 1654, année, de son sacre, on apporta les reliques de saint Marcoul à l’abbaye de Saint- Remi de Reims, et, après avoir communié à la suite de la neuvaine, il toucha plus de deux mille scrofuleux dans le jardin de l’abbaye.

Louis XV procéda de la même manière à son sacre.

Louis XVI, auquel l’intendant de la province avait représenté quelles chemins étaient impraticables et le passage des rivières peu sùr , ordonna que la châsse de saint Marcoul fut apportée dans l’église de Saint-Remy.

Charles X, le dernier Roi qui ait été sacré, observa religieusement cette pieuse coutume de ses prédécesseurs, et l’un de ses aumôniers alla faire la neuvaine à Corbeny. Il avait été sacré le 29 mai 1825 ; le 31, il avait touché les Scrofuleux au couvent de saint Marcoul et cinq furent guéris. Le procès-verbal de ces guérisons, afin qu’il fût bien constaté qu’elles étaient définitives, ne fut signé que le 8 octobre suivant, par la Supérieure du couvent, la sœur assistante, deux autres sœurs, l’abbé Delaunois, chanoine honoraire de Reims, le chapelain de l’hospice et enfin par M. Noël, le chirurgien et médecin de l’hospice depuis cinquante-six ans. Ce procès-verbal a été consigné sur les registres de l’hospice (1). D’un autre côté, d’après .le Père Cahier, le vénérable curé de Notre-Dame-des- Victoires, l’abbé Desgenettes, l’aurait assuré qu’à cette époque des guérisons se seraient opérées sous ses yeux : ce qui prouverait que la tradition du pouvoir communiqué par saint Marcoul aux Rois de France, n’aurait pas été interrompue. On comprendra facilement pourquoi saint Marcoul était invoqué contre les Ecrouelles , les Strumes, les Scrofules et les Humeurs froides qui étaient désignées ordinairement sous le nom de Morbus Regius, maladie royale, c’est-à-dire guérie par le Roi.

Papebrock (2) donne la prière suivante adressée à saint Marcoul :

Deus qui morbi regii incommoda per invocationem sakcti Marculphi curari voluisti ; da nobis ab iisdem prœservari m corpore et gratiâ tuâ firmari in mente.

Dieu, qui avez bien voulu que la douloureuse maladie des Ecrouelles fut guérie par l’intercession de saint Marcoul, faites que notre corps en soit préservé et que notre âme soit affermie dans votre grâce.

Le Père Cahier en mentionne une autre qui se trouve sur une vieille gravure représentant saint Marcoul à côté de saint Gloud :

AiNTIPHONÆ.

O Marcui.phr pater , famulis succurre benignus ut sani vivant, œternaque gaudia quœranl.

Strumæ dira lues, labefactos deserat artus.

Antiphone.

O bienheureux père Marcoul que votre bienveillance vienne en aide a vos serviteurs, qu’ilsvivent en parfaite santéetqu’ils aspirent aux joies éternelles.

Que la maladie des Strumes abandonne nos membres épuisés.

fi) Vie de Charles X, lloi de France, par l’Abbé Prosper de Vedrenne, 2* édition. Paris. Lecoffre.

(2) Acta Sanctorum. Autverpiæ. 2 volumes iu-32.

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