‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vie (volume 2)Chapitre 467 sur 734 · SAINT MICHEL ARCHANGE · texte numérisé non relu

SAINT MICHEL ARCHANGE

Invoqué contre la Mort subite, pour la bonne Mort, les Agonisants, la Délivrance des âmes du purgatoire. — Patron des Fabricants de balances, Fromagiers, Pâtissiers, Fabricants de gaufres et d’oublies, Epiciers, Boulangers, Merciers, Bonnetiers, Etuvistes, Etaimiers, Plombiers, Mesureurs de grains , Escrimeurs , Maîtres d’armes , Fourbisseurs et Emouleurs, Revendeurs, Doreurs, Tourneurs, Tondeurs de draps, Parcb.eminiers, Fouleurs, Tonneliers, Chapeliers, Tailleurs, Faiseurs de cages d’oiseaux, Vitriers, Peintres, Plafonneurs.

ichel (Mi-cha-el) Quis ut Deus « Qui est semblable à Dieu » Telle est la signification du nom du grand Archange. Tel est le cri de guerre qu’il poussa dans le combat qu’il livra contre Lucifer et tous les anges rebelles. Après sa victoire, la tradition nous montre le prince des milices célestes intervenant dans tous les grands événements de notre histoire religieuse ; c’est lui qui chassa du paradis , avec son épée enflammée, nos premiers parents après leur péché : c’est lui qui protégea l’arche de Noé sur les eaux du déluge : lui qui arrêta le bras d’Abraham prêt à frapper Isaac : dans le Buisson ardent, c’est encore sa voix qui ordonne à Moïse d’aller délivrer son peuple et c’est son bras qui frappe les dix plaies d’Egypte : il étend les deux nuées sur le peuple qui voyage, il ouvre les flots delà mer Rouge devant le désert et ceux du Jourdain devant la terre promise ; puis il apparaît à Josué dans la plaine de Jéricho ; en une seule nuit, il fait périr cent quatre vingt-cinq mille Assyriens de l’armée de Sennacherib. Il protège les trois enfants dans la fournaise et Daniel dans la fosse aux lions. Quand Satan vint en personne pour tenter Notre Seigneur Jésus-Christ fait homme qui le repoussa, saint Michel vint lui aussi avec ses Anges pour le servir. Après que Jésus fut remonté au ciel, il constitua saint Michel gardien et défenseur de son vicaire, le Pontife romain. C’est ainsi qu’il fait tomber les chaînes de saint Pierre, prisonnier dans Jérusalem. Plus tard, il combat pour

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Constantin et lui donne la victoire sur le champ de bataille. A la fin du \ siècle, il apparaît sur le mont Gargan, en Apulie (2 mai), et semble prendre possession de ce promontoire, comme d’une forteresse d’où il protège l’Eglise. C’est par son ordre que sur ce mont fut bâtie la basilique célèbre dont le pape Boniface, trente ans plus tard, fit la consécration (29 septembre) (1). Au commencement du VIIIe siècle, il apparut près de l’Océan, sur le mont Tombe, appelé depuis Mont Saint-Michel, et cette fois pour défendre la France et nous constituer les sergents de Dieu. En 710, le roi Childebert vint déposer son sceptre et sa couronne entre les mains de Monseigneur saint Michel. Charlemagne ordonna de placer sur ses étendards l’image du saint Archange avec cette devise : Patronus et Princeps imperii Galliarum (Patron et chef de l’empire des Gaules). Comme, après la mort de son père, il ne restait plus à Charles VII, de toute la province de Normandie que la forteresse de Saint-Michel, le grand Archange avec 119 chevaliers miten fuite vingt mille Anglais qui voulaient s’en emparer. En mémoire de ce beau fait d’armes, Louis XI, son successeur, voulut mettre la France sous la protection de saint Michel et créa l’ordre qui porte son nom. Ce n’est pas tout encore, saint Michel vient visiter dans le village de Domrémy la jeune bergère qui fut plus tard Jeanne d’Arc, et, après des instances réitérées et une lutte prolongée, il lui apparut de nouveau et lui intima cet ordre d’une voix forte et qui ne souffrait plus de réplique : « Lève-toi, va au secours du roi de France, et tu lui rendras son royaume ». Aussi Jeanne d’Arc fit-elle inscrire ces devises sur ces deux bannières ! « Voici que saint Michel, l’un des princes de la cour céleste, est venu à mon secours. » — « Saint Michel est mon seul défenseur au milieu des dangers qui m'environnent. » Les Huguenots ne furent pas plus heureux que les Anglais, et, pendant nos guerres religieuses, ils ne purent jamais s’emparer du sanctuaire de Saint-Michel. Anne d’Autriche, pendant les années si orageuses qui précédèrent le grand règne de son fils, Louis XIV, lui adressait cette prière : « Glorieux saint Michel, prince des milices célestes et général « des armées de Dieu, je vous reconnais tout puissant par lui sur les « royaumes et sur les Etats : je me soumets à vous avec toute ma cour, « mon Etat, ma famille, afin de vivre sous votre sainte protection, et je « me renouvelle autant qu’il est en moi , dans la piété de mes préci décesseurs, qui vous ont toujours regardé comme leur défenseur parce ticulier. Donc pour l’amour que vous avez pour cet Etat, assujettissez-le « tout à Dieu et à ceux qui le représentent. »

« Pendant mille ans, du huitième au dix-huitième siècle, dit l'abbé « Brettes , le Mont Saint-Michel n’a été ni deshonoré , ni foulé « par un ennemi de la France, notre Ange restait avec nous » ; mais eu 1793, la France ayant pris parti contre Dieu, saint Michel nous abandonna (2).

Examinons maintenant les Invocations qu’on lui adresse et les divers Patronages qui lui sont attribués.

(1) D’après Surius (29 septembre) des gouttes d’eau qui tombaient du rocher sur lequel était

élevée la basilique, recueillies dans un vase de verre, étaient essentiellement médicinales.

(2) La plupart de ces aperçus rapides ont été pris dans un article du journal l’Univers signé J V., à la date du 4 octobre 1872 et aussi clans le discours prononcé par l’abbé Brettes, le 7 octobre 1878 4 Domrémy.

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Il est principalement invoqué contre la Mort subite , pour la bonne

Mort et aussi pour les Agonisants (1).

Dans les Laudes de son office, on trouve ce passage significatii : « Archangele Michaël , constitue te principem super animas susci-

piendas ».

En effet, ditdom Guéranger (2), son œil veille par toute la terre au Ut des mourants ; car sa charge spéciale est de recueillir les âmes élues au sortir de leurs corps. Avec une tendre sollicitude et une majesté incomparable il les présente à la lumière éternelle et les introduit dans le séjour de la gloire. C’est d’ailleurs le sentiment de saint Jérôme accepté par l’Eglise. Un peu plus haut, Dora Guéranger dit encore que « saint Michel daigne être attentif, lorsque chacun de nous, après avoir confessé ses péchés au Dieu tout puissant, à la Vierge Marie, les avoue aussi à lui, Michel Archange, et lui demande la faveur de son intercession auprès de Dieu. »

Voici une prière allemande que nous avons trouvée sur les feuilles éparses d’un livre dont il a déjà été question:

O hochwurdigater heiliger Ertz Engel I Iclt bitte diclt tvann mein arme Seelvon dem Leib wird scheiden da ivollest sie in deinem Schutz nehmen damit sie durcit diclt ein gnadiges Urtheil moge empfan gen von unsern Herrn Jesu Christ der die welt ricliten wird. Amen.

Vous êtes établi par Dieu pour recevoir les âmes et les introduire dans les joies du Paradis ; ô saint et bienheureux Archange, je vous prie de vouloir bien quand mon âme se séparera du corps, la prendre sous votre protection afin de lui obtenir un jugement favorable de Notre Seigneur Jésus-Christ qui jugera le monde. Ainsi soit-il.

D’après saint Alphonse de Liguori, proclamé récemment docteur de l’Eglise, « saint Michel est aussi chargé du soin de consoler les âmes du purgatoire. On lit dans son office, que Dieu lui confie toutes les âmes qui se sauvent, afin qu’il les conduise en Paradis : Cui tradidit üeus animas Sanctorum, ut per ducat eas in paradisum exultationis. Et dans la Messe des Morts, l’Eglise prie le Saint Archange de présenter à Dieu dans le ciel les âmes des défunts : Signifer sanctus Michael repræsentet eas in lucem sanctam. Aussi, plein d’une tendre sollicitude pour ces bonnes âmes qui lui sont ainsi confiées et recommandées, il ne manque pas de les assister et de les secourir, en leur procurant beaucoup de soulagement dans les peines du purgatoire. Et quant aux personnes qui ont de la dévotion à ce prince céleste, j’ai dit précédemment qu’il les console dans toutes leurs tribulations en ce monde même ; combien plus ne devons-nous pas croire qu’il s’empresse de les secourir et de les soulager, lorsqu’elles se trouvent en purgatoire, où leurs souffrances sont beaucoup plus grandes que toutes les peines de la vie présente. »

C'est, à cause de cette sollicitude de saint Michel pour les âmes du purgatoire qu’on avait coutume de bâtir une chapelle en son honneur dedans ou proche les cimetières (3).

(1) En 1706, il a été publié à Lille un in-4° intitulé : Explication de l’institution des Règles et des Usages de la Confrérie électorale de Saint Michel pour les Agonisants érigée 1“ à Joseph Bourg (Bavière) et depuis à Fraysingen , Bonne, Cologne, etc.

(2) 2* volume de Pâques, page 856.

(3) Lebobuf, vol. I, p. 106, éd. de 1863.

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Avant d’entrer dans la discussion des nombreux patronages réclamés au grand Archange, il est bon de rappeler qu’en général, les représentations et les attributs des Saints avaient une grande influence sur les corporations, dans le choix de leurs patrons. En contemplant leurs images exposées partout dans les sanctuaires et dans les habitations, les corps de métiers s’ingéniaient à découvrir les plus minimes circonstances ayant trait à leurs professions, qui pouvaient les rattacher à tel ou tel saint. C’est ainsi que saint Michel fut choisi par divers ouvriers, d’après les deux types sous lesquels on a l’habitude de le représenter. Le premier, qui se voyait le plus souvent au tympan de la porte principale des églises, le montrait au jugement dernier, au pied du trône du Souverain Juge, tenant ime balance dans laquelle il pèse les âmes, et remplissant le ministère formidable de la séparation des élus et des réprouvés. A cause de cette balance , les fabricants de balances, les métiers qui se servent de balances, les fromagers, les pâtissiers (1), les fabricants de gaufres et d’oublies, les épiciers, les boulangers (2), les merciers , les bonnetiers, qui se rattachent aux merciers, ont naturellement choisi saint Michel pour leur patron. Dans la représentation du pèsement des âmes, dont nous venons de parler, les âmes sont représentées par des petites ligures nues, enfoncées souvent à mi-corps dans les plateaux très profonds de la balance de saint Michel. Les ètumstes ont vu dans ces plateaux l’image d’une baignoire et se sont mis à la suite des autres corps d’états. Quant aux ètaimiers (ouvriers en étain) et aux plombiers, qui travaillent les métaux avec lesquels on construit les plateaux des balances, ils n’ont pas hésité à les suivre également. Enfin, les mesureurs de grains, par analogie avec l’action de saint Michel qui mesure à l’aide des balances, le fort et le faible de chacune de nos pauvres âmes, ont voulu l’avoir aussi pour patron.

Le second type qui caractérise saint Michel nous présente un Ange aux longues ailes, revêtu d’une armure étincelante, sur laquelle flotte ordinairement un manteau. De la main droite, il tient une épée ou une lance, avec laquelle il tue le dragon qu’i'i foule sous ses pieds ; quelquefois il tient de la main gauche une chaîne, avec laquelle il a enchaîné le dragon, ou bien encore de cette même main il porte les balances qu’un démon essaie de faire pencher du côté de l’enfer.

C’est à cause de l’armure, de l’épée et de la lance, que les Escrimeurs, les maîtres d'armes, les fourbisseurs et les èmouleurs ont réclamé le patronage de saint Michel, ainsi que les tondeurs de draps et les parche-

(1) Ce patronage des pâtissiers, qui s’explique assez naturellement n avait pas 1 a^entiment de i’abbé Lebobuf : « Je ne parle pas de celle des pâtissiers, dit-il (vol. II, p. 20b) le choix qu’ils ont fait du saint Archange pour leur patron me paraissant être sans aucun fondement. . 4 Dans la réimpression du Calendrier de Paris, par l’Abbe Dufour (p. 102), on lit te

qU! SUlt Le jour de leur fête, les pâtissiers faisaient une cavalcade, en figurant à cheval Anges . et Démons, saint Michel tenant une grande balance et traînant un démon enchaîne. Sauvai . nous amirend que cette mascarade fut interdite par ordonnance épiscopale en ibéb. »

D anrès Arthur Forgeais [Plombs historiés, 1858, p. 40), la corporation des pâtissiers était l’unePdes plus anciennes qui aient été établies a Paris. Elle existait déjà sous Philippe ’, en 1060 et^ fut Confirmée depuis par Philippe V, en 1321; par Charles VI, en 1330; par

< barlps Vil en 1400, par Charles VIII, en 1480.

m D’après Gabriel Peignot, La Mothe le Vayer donnerait une singulière explication de te patronage. Il prétendrait qu’ils ont choisi saint Michel à cause des miches qu ils font cuire.

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miniers, à cause de l’instrument de fer qui sert au tondage des draps et des peaux préparées pour la fabrication du parchemin. Les revendeurs , chez lesquels on trouve souvent de vieilles armures et de vieilles ai mes se sont joints a eux. Comme l’armure de saint Michel est souvcnL doiêe, les doreurs ont suivi naturellement ; quant aux tourneurs, ils se sont 1 attachés à la hampe de la lance qui est cylindrique et pourrait être iaçonnée à l’aide d’un tour. Nous avons dit plus haut que saint Michel foulait aux pieds le dragon. Il est probable que, par extension, les /buteurs de feutre et à leur suite les chapeliers l’auront pris pour patron. Il en est de meme des fouleurs de vins et des tonneliers, à moins que ces derniers ne l’aient choisi à cause de sa fête du 29 septembre, époque à laquelle, dans le centre et dans le nord de la France, on a l’habitude de mettre le vin en tonneau. Il y a tout lieu de croire que les tailleurs l’auront choisi à cause du manteau qu’on a coutume de jeter sur son armure. Quant aux faiseurs de cages d’oiseau, il est possible quils se soient rattachés a la chaîne de fer dans laquelle il avait, pour ainsi dire, emprisonné le dragon.

D’après l’abbé Defer, qui a écrit la Vie des Saints du diocèse de Troyes, les peintres auraient réclamé son patronage, en souvenir de Michel-Ange, dont saint Michel était naturellement le patron, et tes jolafonneurs , aussi par extension, en souvenir des magnifiques fresques dont le grand artiste avait couvert les murs et les plafonds de la Chapelle Sixtine. Les vitriers se seront probablement rattachés aux peintres sur verre.

L'Ordre de l’Aile de Saint-Michel fut institué en 1171 par Alphonse Henri Ier en Portugal. La marque de l’Ordre était une aile ou demi-vol de pourpre, le bout en bas, sur un cercle à huit pointes, quatre droites en croix, quatre ondées et aiguisées en sautoir ; le tout d’or, en forme d’étoile rayonnante, avec la légende : « Quis ut Deus ? Qui est semblable à Dieu ? »

A l’occasion des guerres qu’il eut à soutenir contre l’Angleterre, Louis XI institua l’Ordre de Saint-Michel, au château d’Amboise, sous les auspices de ce patron de la France. Le grand collier était d’or composé de coquilles séparées par des perles blanches et rouges posées sur une chaîne d’or, d’où pendait l’image de saint Michel terrassant le diable. C’est ainsi qu’il est figuré sur un portrait de Louis XL peint sur bois, à la fin du XVe siècle, et qui fait partie de ma collection. La devise des chevaliers était : « Immensi tremor Oceani, » pour faire entendre que si les Français avaient su vaincre les Anglais sur terre, ils savaient aussi les vaincre sur mer.

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