HUIT MAI, SAINT AURÉLIEN
par ses prières, se jetèrent à ses genoux en le suppliant de les iniliei aux doctrines du Vrai Dieu. Vingt mille païens lurent baptisés avec eux. Instruits par saint Martial de tous les mystères de notre sainte religion, ses deux disciples se mirent à prêcher et à renverser les idoles partout où elles se présentaient à leurs yeux. Aurélien, surtout, doué d’une grande éloquence et d’une grâce particulière pour annoncer la parole de Dieu, fut désigné par saint Martial pour etre son successeui à l’épiscopat. Il occupa le siège de Limoges pendant quinze années, puis il rendit son âme à Dieu au commencement du IIe siècle. Son corps fut enseveli à côté du tombeau de saint Martial. Ses reliques bien longtemps après furent placées sous l’autel de l’église de Saint-Cessadre par l’évêque Reginald. Maintenant elles reposent dans l’église qui porte son nom. C’est là où on vient l’invoquer contre la foudre, dont il avait été frappé lui-même, et comme dans le Limousin, d’après les vieux auteurs, on désigne notre Saint sous le nom d ’Aureille, il est plus que probable que c’est à cette dénomination qu’il faut attribuer les invocations adressées à saint Aurélien contre la surdité et les douleurs d’oreilles.
Depuis un temps immémorial, Aurélien est le patron des bouchers de Limoges, probablement parce qu’ayant été prêtre des faux dieux, sa fonction principale consistait à immoler des animaux devant les idoles. La corporation des bouchers, bien qu’elle ait été détruite dans notre première révolution, s’est toujours montrée très dévouée à son saint patron. Chaque année, le jour de la Pentecôte, elle avait l’habitude de sortir en procession de l’église Saint-Aurélien, en portant les reliques du Saint, qui est aussi le patron de la paroisse. C’est seulement en 1880 que le Maire de la ville, esclave des traditions révolutionnaires, prit un arrêté pour interdire la procession de saint Aurélien. Bien qu’ils fussent obligés de céder à la force, les bouchers, néanmoins, ne voulurent pas abandonner le culte traditionnel des reliques de leur Saint, mémorial sacré gardé par le peuple à travers les siècles. Ils sortirent quatre à quatre, avec un prêtre en costume de ville, et allèrent chanter devant saint Martial, puis devant saint Pierre, avec un entrain qu’ils n’avaient jamais eu (1). Le soir, ce qui n’avait jamais eu lieu, ils firent des illuminations et lancèrent force fusées. Il y eut aussi un office et une bénédiction dans leur chapelle. La foule était si grande qu’il fallut donner le salut à la porte même, afin que toute la population réunie pût y assister. En 1881, le matin, les quatre syndics de la corporation des bouchers, d’énormes bouquets dans leurs mains, accompagnés du vicaire de Saint- Pierre, sont montés dans une calèche, à la porte de leur oratoire, et ont transporté successivement la statue en argent de saint Aurélien, dans les églises paroissiales de Saint-Michel et de Saint-Pierre. Les membres de la corporation suivaient à pied la voiture contenant l’image de celui qu’ils vénèrent avec une foi aussi ardente que rare à notre triste époque (2).
(Bernard Guidonis. — Du Saussaye. — J. Collin. — Peyronnet. — Propre du diocèse de Limoges.)
(1) Univers du 4 juin 1880.
(2; Univers du 20 avril 1881.