DIX-NETJF MAT, SAINT YVES
vinrent si familières, quil ne lui restait plus rien à compulser. Il vint a Oiléans pour étudier le droit civil, sous le fameux jurisconsulte Maître Pierre de la Chapelle, depuis cardinal. Yves menait déjà, à cette époque, la vie la plus austère, il portait la haire, ne buvait point de vin et dormait à peine couché sur la terre nue, avec une pierre pour chevet. Souvent les Anges le visitaient, s’entretenaient familièrement avec lui, et le comblaient de merveilleuses consolations. Appelé à Rennes par ! archevêque de cette ville, il fut nommé son official. « Il s’v comporta a\ec une telle justice, une telle charité, dit Ribadaneïra, qu’il assistait les orphelins, défendait les pauvres et rendait bonne justice , sans s'amuser à des formalités qui font souvent perdre le principal but, il. ne donnait jamais sentence qu'il ne pleurât , se souvenant du jugement dernier, où tout le monde doit paraître. De sorte que ceux qui perdaient leur cause, prenaient sa sentence comme un oracle de la bouche de Dieu, et n’en murmuraient point. Encore qu’il fût juge, il ne laissait pas de solliciter pour les pauvres aux autres cours, de plaider leur cause, et de les visiter, s ils étaient en prison, se plaisant si fort à ces emplois, que par le pays, il fut nommé l’avocat des pauvres. » Nous ne citerons qu’un de ces procès, si victorieusement gagnés par saint Yves. Etant un jour allé à Tours, pour y poursuivre l’appel d’une de ses sentences, il trouva l’hôtesse chez laquelle il logeait ordinairement, dans une grande consternation et dans l’inquiétude la plus cruelle, à l’occasion d’un procès qui devait être jugé le lendemain, procès qu’elle considérait déjà comme perdu. Elle raconta à Yves que deux individus, se faisant passer pour marchands, lui avaient apporté une valise qui, d’après eux, contenait douze cents écus d’or et (les papiers importants. Elle s'était engagée à ne la remettre à l’un d’eux qu’en présence de l’autre, et elle avait donné une reconnaissance. Six jours après, l’un d’eux revint, il demanda la valise pour faire un paiement. L’hôtesse qui les avait vus en très bonne intelligence, la lui remit, oubliant la promesse qu’elle leur avait faite. Notre homme disparut aussitôt avec la valise. L’autre, au contraire, arriva et intenta un procès à cette femme, en restitution de la somme qui avait été déclarée. L’avocat de l’hôtesse, convaincu que l’affaire n’était pas défendable, consentit facilement, comme l’hôtesse le désirait, à laisser plaider la cause par Yves. Lors donc que l’exposé du procès eut été fait, le Saint, prenant la parole, dit que la défenderesse, depuis la dernière audience, ayant recouvré la valise, était prête à la produire ; mais seulement en présence des deux personnes qui la lui avaient remise» comme elle en était convenue. Le juge aussitôt prononça sa sentence dans ce sens. Cet arrêt frappa si fort le demandeur que les traits de son visage se contractèrent subitement, et comme il ne pouvait dissimuler un tremblement nerveux qui trahissait l’état de sa conscience, il fut arrêté, emprisonné et interrogé ; il fut obligé d’avouer qu’au lieu et place des douze cents écus d’or qu’il avait accusés à l’hôtesse, il avait rempli la valise de vieilles ferrailles. Ce misérable escroc fut pendu quelques jours après.
Yves avait reçu à Rennes les ordres sacrés, excepté la prêtrise ; parce qu’il ôtait né dans le diocèse de Tréguier, l’évêque le réclama comme lui appartenant, et il en fit également son official ; il lui conféra successivement, en l’ordonnant prêtre, la cure de Tredrez, où il resta huit ans, et celle de Lohanes, qu’il occupa jusqu’à sa mort. Son presby-