‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vie (volume 2)Chapitre 663 sur 734 · BÉNÉDICTION DES ANNEAUX DES FIANCÉS · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTION DES ANNEAUX DES FIANCÉS

PRIONS

Bénissez, nous vous en prions, Seigneur, les anneaux que nous bénissons en votre nom el au nom de saint Antoine de Padoue, afin que ceux qui les porteront, reposent en votre paix, restent dans votre volonté, vivent et vieillissent dans votre amour et qu’ils se multiplient dans la suite des temps.

Par notre-Seigneur, etc.

A Houdaiuville (Oise), ancienne province de Picardie et diocèse de Beauvais, il y a une petite chapelle dédiée à saint Antoine. Elle est le but d’un pèlerinage où on se rend pour obtenir la guérison de la fièvre aussi bien que pour retrouver les objets qu'on a perdus , moyennant une offrande que l’on est dans l’usage de déposer dans le tronc (2). Les Bollandisles (3) signalent deux guérisons miraculeuses de la fièvre obte-

nues par l’intercession de saint Antoine de Padoue.

Le patronage des faïenciers et surtout des faïenciers de Nevers s’appuie sur un miracle qui eut lieu peu de temps après sa mort et qui est cité par les Bollandistes (4). Un soldat du nom d’Aleardino, du bourg de Salvatierra, était venu à Padoue, et comme dans l’hôtellerie où il se trouvait on commentait, à table, les miracles opérés par saint Antoine. Aleardino qui tenait une coupe de verre à la main s'écria : « Je vais « jeter cette coupe contre les dalles de cette salle et si saint Antoine l’em- « pêche de se briser, je croirai désormais à toutes les merveilles que a vous racontez », et il la lança de toutes ses forces sur le pavé; mais, ô prodige ! la coupe, ramassée par l'incrédule lui-même, était parfaitement intacte. Revenant tout à coup à la foi catholique, qu’il avait abjurée, Aleardino voulut se purifier de ses fautes par la confession, et, désormais, tenant à la main la coupe de verre qu’il avait conservée et la montrant à ses auditeurs comme un témoignage vivant, il proclamait partout la puissance du bienheureux. Le père At (5) cite un fragment d’une hymne de Laudes, tirée de la liturgie franciscaine du XIIIe siècle, qui constate le fait que nous venons de raconter :

Hereticum lux fidei

Signo purgat ; dum jacitur Ab alto vasis vitrei Fragilitas non frangilur.

La lumière de la foi convertit un hérétique par un miracle. Un vase de verre, projeté de haut, n’est pas brisé, malgré sa fragilité.

Il est plus difficile d’expliquer le patronage des marchands ou des marchandes de fraises (6) . M. l’abbé Berthoumieu, s'il n’en donne pas précisément le motif, en décrit le côté poétique :

« A Rome, dit-il (page 154), le jour de la fête du saint, toutes les v fraisiëres de la ville se réunissent dans la chapelle de saint Antoine ; « sur une corbeille plate elles élèvent une pyramide de fraises , tendres

(1) Bernard Sanning, page 130.

(2) Dictionnaire des pèlerinages, 1 volume, page 735.

(3) 2» volume de juin, pages 776 c. et 773 c.

(4) 2° volume de juin, page 721.

(5) Histoire de saint Antoine de Padoue, page 328. — Vila anonyma, cap. XXIX.

(6) M. 1 abbé X. Barbier de Montaull, dans son Année liturgique de Rome, parle seulement des marchands.

TREIZE JUIN, SAINT ANTOINE DE l'ADOUE.

« et vermeilles, entrecoupées de liserons bleus et blancs, puis elles la « déposent sur le marchepied de l’autel et se recommandent à celui qui « indique les trésors cachés. Pour ces humbles femmes, la fraise est un « trésor caché sous les feuilles des bois ; c’est le morceau de pain pour « toute la famille, dans une saison où l’on ne peut guère travailler. »

Saint Antoine est représenté tenant une branche de lis et l 'Enfant- Jésus. Gomme il était en voyage, son hôte vit une grande clarté resplendir dans la chambre du saint. Ayant regardé par une fente de la porte, il aperçut V En faut- Jésus, qui se tenait d’abord sur un livre, et qui, une fois dans les bras d'Antoine, l’embrassait affectueusement. Quant au lis, comme symbole de la pureté, il était la lleur de prédilection de saint Antoine. D’après le révérend père Ephrem, à Padoue on a vu des lis placés dans les mains de sa statue, conserver leur fraîcheur pendant une année entière. Il est souvent représenté dans le miracle de la mule tenant l’hostie au-dessus du saint ciboire et la mule s’agenouillant pendant que son maître crible de l’avoine. Enfin les artistes aiment aussi à le montrer opérant un autre miracle. Un jeune homme s’était accusé auprès de lui d’avoir donné un coup de pied à sa mère, et le Saint lui dit que l’enfant qui avait frappé sa mère du pied méritait qu’on le lui coupât. Le pénitent, animé par un profond sentiment de contrition, aussitôt qu’il fut de retour dans son logis, se coupa le pied ; mais Antoine en ayant été averti, après avoir prié, rassembla le pied avec la jambe et le jeune homme se trouva guéri.

En terminant, nous ne croyons pas devoir omettre une singulière citation sur saint Antoine de Padoue faite par Gabriel Peignot, dans sa notice sur les saints patrons, qui se trouve dans l’appendice du Calendrier des Confréries de Paris (1) :

a M. Junk, qui était en Portugal en 1706, raconte (2) que les habitants « de Lisbonne, pour honorer saint Antoine de Padoue d’une façon plus « remarquable et plus solennelle, avaient résolu de lui conférer la haute « dignité de maréchal-général des armées de Portugal. Toutefois, avant « de l’élever à ce rang distingué, on avait voulu le faire passer par tous « les grades, en observant le temps exigé par les règlements. Sa statue « avait été successivement revêtue de l’habit affecté à chaque grade, « sans en oublier la paye qui, chaque année, était déposée solennelle- « ment sur l’autel de sa chapelle par le roi lui-même. Quand il eut été « proclamé maréchal-général de l’armée, toutes les fois qu’il y avait « guerre, saint Antoine, en grand costume, était porté à l’armée, placé « sur une chaise, et sa présence stimulait le courage du soldat. L’auteur « de cette narration prétend qu’en 1762 le premier boulet tiré par l’armée « de Ferdinand, duc de Brunswick, faillit emporter la tète du saint « général. Cet état de choses dura jusqu’au temps de nos révolutions « modernes. »

Saint Antoine, qui était mort le 12 juin 1231, fut canonisé l’année suivante, 30 mai 1232, jour de la Pentecôte. Il n’y a pas d’exemple d’une canonisation effectuée aussi promptement. Ce jour là toutes les cloches des églises de Lisbonne se mirent à sonner d’elles-inèmes.

(1) Léon Wilhem, Paris, 1875.

(3) Dans son Portugiesische Grammatik.

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