‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vie (volume 2)Chapitre 689 sur 734 · DIX-SEPT JUIN, SAINT IIERYÉ · texte numérisé non relu

DIX-SEPT JUIN, SAINT IIERYÉ

champ, un loup survint et le dévora. Après qu 'Hervé eût adressé à Dieu une fervente prière , le loup revint honteux et soumis, puis fut condamné à faire le service de l’âne qu’il remplaça désormais.

Un honnête personnage, nommé Innoco, dans le champ duquel il avait fait surgir une fontaine au milieu de l’été, lui donna une partie de ce champ pour y bâtir un petit monastère. Afin de ne pas être à charge à ce brave homme, il résolut de faire une quête dans le pays circon voisin.

A son retour de Cornouaille, le Saint s’arrêta chez le comte Even qui lui lit le meilleur accueil. A tabla ayant demandé à boire, un domestique s’approcha et emplit sa coupe ; mais, comme Hervé faisait sur elle ud signe de croix, elle se brisa en mille morceaux. Le même fait se reproduisit une seconde et une troisième fois à la grande stupéfaction des assistants. Notre Saint, saisissant alors l’échanson, le somma de dire qui il était et il fut forcé d’avouer qu’il n’était autre qu’un envoyé de l’Enfer délégué tout exprès pour leur servir un breuvage qui les aurait fait s’entretuer les uns les autres, après en avoir bu. Le Saint lui commanda de la part de Dieu de quitter la maison pour n’y plus revenir.

Quand il fut rentré dans son monastère, un renard ayant dérobé une poule de la basse-cour, Hervé , après s’être mis en prière, lui ordonna de la rapporter saine et sauve. Ce qu’il fît immédiatement.

« C’est à raison de ce dernier miracle et de celui du loup dont nous avons parlé, dit M. de Kerdanet (1), que le Saint, dans ses statues, est ordinairement représenté suivi d’un renard ou d’un loup, que les Bretons appellent Barbaou sant Hervé, c’est-à-dire les bétes noires ou les bêtes rousses de saint Hervé : « Barbaou, dit D. Le Pelletier, est la bête imaginaire dont on menace les petits enfants en Bretagne. Ce nom étant factice, on ne peut trouver son origine ailleurs que dans le caprice des nourrices.... »

D’après la Revue celtique (III. 201) Hervé serait invoqué en basse Bretagne contre les loups. Comme le diable saitprendre toutes les formes et se montre souvent sous celle d’un loup, le paysan breton qui est prudent, avec le dicton suivant, se tient à la fois en garde contre l’un et l’autre de ces ennemis redoutables :

Si tu es un Guillou fun loup), par saint Hervé va-t-en ;

Va-t-en au nom de Dieu, si tu es Satan.

Nous avons montré plus haut Hervé chassant le diable de chez le comte Even. Ce dernier vers est certainement un souvenir de ce miracle et de plusieurs autres du même genre qui sont mentionnés par F. Albert le Grand.

Après la mort d’Hervé, son corps fut déposé dans l’église de Lanhourneau qui avait été bâtie au-dessus de son petit oratoire, plus tard il fut transporté à Brest pour le préserver de la fureur des Normands, puis à Nantes. C’est là que ce Saint, ennemi juré des Parjures, punissait sévèrement ceux qui osaient porter un faux témoignage devant sa châsse. Avant l’année 1225, les Serments solennels, par ordonnance de justice, avaient lieu sur son tombeau, comme il en est fait mention dans un Rituel manuscrit de Nantes de cette même époque (1225).

(1) pipu ses notes ajoutées à la rie des Saints de F. Albert le Grand

DIX-SEPT JUIN, SAINTE TARAISE ET SAINTE SANCHE. 4d5

D’après M. deKerdanet (1), c’est sur ces mêmes reliques que François II, duc de Bretagne, promit, en 1475, « d’entretenir paix, amitié, union, alliance et confédération entre lui et Monseigneur le Roi de France, sans jamais aller ni venir à l’encontre. »

(F. Albert le Grand. — BollancListes ).

SAINTE TARAISE, VEUVE, k SAINTE SANCHE, VIERGE

FILLES DU ROI DE PORTUGAL SANCHE Ier.

Invoquées contre la Fièvre.

Taraise, fille du roi de Portugal, Sanche Ier, était ornée de toutes] les grâces extérieures et de toutes les vertus chrétiennes. Elle avait épousé son cousin germain Alphonse, roi de Léon, et en eut trois enfants. Soit ignorance ou négligence des deux époux, ce mariage, bien qu’ils fussent parents à un degré prohibé, s’était accompli sans aucune dispense ecclésiastique et était nul par le fait. En ayant été informée, Taraise regretta amèrement sa faute, et, après que son mariage eut été cassé par l’autorité religieuse, elle prit l'habit cistercien dans le monastère de Lorvain qu’elle réforma et dans lequel elle brilla par un grand nombre de miracles, témoignages éclatants de sa sainteté. En les embrassant seulement, elle guérit une religieuse atteinte d’une très grave maladie, et elle fit revivre un enfant qui était demi-mort ; par son seul contact, elle rendit la santé à des boiteux et à des malades, enfin l’eau des ablutions de ses mains rendait les Fiévreux à leur état ordinaire.

Taraise avait une sœur plus jeune qu’elle, nommée Sanche qui, après la mort de son père, dédaignant les partis les plus brillants, n’avait plus qu’un désir, celui d’être fiancée à Notre Seigneur Jésus-Christ. A cette époque, quelques femmes qui voulaient se consacrer à Dieu, se construisaient des petites maisons murées et contiguës, elles vivaient ainsi comme de vraies anachorètes. Sanche en réunit un certain nombre et fonda un grand et beau monastère auquel elle donna le nom de Celles (en latin Cellæ , réunion de petites maisons). C’est là que Sanche passa le reste de sa vie, se livrant aux travaux les plus humbles et aux austérités les plus rigoureuses. Elle y rendit son âme à Dieu, après avoir été assistée, dans ses derniers moments, par sa sœur Taraise dont le couvent était très rapproché.

Sur son lit de mort, la beauté de Sanche, indice précurseur de la béatitude dont elle devait jouir, était si admirable que Taraise ne put résister au désir de posséder son corps. Aussi, pendant que les religieuses se livraient à d’autres occupations, elle le fit enlever furtivement et transporter dans son couvent de Lorvain. Taraise mourut beaucoup plus tard vers 1270, et leurs corps furent placés si près l’un de l’autre, qu’ils semblent renfermés dans un seul tombeau.

La mémoire des Deux Reines, ainsi qu’on a l’habitude de les appeler, est toujours vivante dans le peuple, et, comme le dit François Macedo,

(i) Dans ses Notes ajoutées à la vie des Saints de F. Albert le Grand, 1837.

Page 1