‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vieChapitre 111 sur 724 · SAINTE MARTHE, VIERGE · texte numérisé non relu

SAINTE MARTHE, VIERGE

FIN Dü IM SIÈCLE. — 84

Patronne des Servantes, Hôteliers, Aubergistes, Hospitaliers, Personnes employées dans les couvents au ministère extérieur, Lessiveuses, des Peintres, des Sculpteurs, des Imagiers. — Invoquée contrejla mort éternelle et la mort subite, le flux de sang et la peste.

arthe était sœur de sainte Marie Madeleine et de saint Lazare. La première fois qu’il en est parlé dans l’Evangile, c’est à l’occasion d’un voyage que Notre Seigneur fit en Béthanie : « Une femme, dit saint Luc, nommée Marthe et « qui avait pour sœur Marie, le reçut dans sa maison. Elle mit tout en œuvre pour lui faire une réception digne de lui, et c’est à cette occasion que Jésus-Christ lui dit qu’elle s’inquiétait de trop de choses et que sa sollicitude était trop grande. Quoiqu’elle eut à sa disposition un grand nombre de serviteurs et de servantes, elle voulut le servir elle-même. D’après saint Jean, elle eut une seconde rencontre avec Notre Seigneur Jésus-Christ, à l’époque de la maladie et de

la mort de son frère Lazare, qui eut lieu dans sa maison de Béthanie. Ce fut là qu'elle protesta « que Notre Seigneur, comme il était la résurrection et la vie, avait le pouvoir de ressusciter son frère, quoiqu’il fût mort depuis quatre jours, » et Notre Seigneur touché de la foi de Marthe et des larmes de Marie, ressuscita Lazare.

D’après l’Evangile, Marthe servit encore une autre fois Notre Seigneur pendant un souper auquel il avait été invité à Béthanie. Baronius pense qu’elle faisait partie du groupe des saintes femmes qui suivirent Notre Seigneur pendant sa passion et eurent le privilège de le voir des premières après sa résurrection. Dans la notice sur sainte Marie Madeleine, on a vu qu’elle aborda à Marseille avec Lazare et Maximin. C’est alors qu’elle commença à évangéliser une partie du midi de la France, Aix, Avignon et les pays circon voisins.

A cette époque, sur les bords du Rhône, aux environs de la ville d’Arles, un horrible dragon exerçait des ravages épouvantables dans toute la contrée, dévorant les hommes et faisant submerger, avec tout leur équipage, les bâtiments qui naviguaient sur le fleuve. Marthe le suivit dans un bois voisin où il achevait de dévorer un homme ; parla vertu du signe de la croix et de l'eau bénite dont elle l’aspergea, elle le priva de toutes ses forces, le lia avec sa ceinture et le mena au milieu de la population qui' le tua à coup de pierres et de lances. On a donné à ce dragon le nom de Tarasque qui, en provençal, signifie une chose horrible ; mais le nom de Tarascon ne dérive pas de ce mot ; puisque cette ville figure dans la géographie de Strabon qui écrivait avant la prédication de l’Evangile.

Suivant^ une coutume immémoriale, le jour de la fête de sainte Marthe on porte, à la tête de la procession, devant la croix, un énorme simulacre de la Tarasque, qu’une jeune fille vêtue de satin blanc et en voile îose, tient attaché par une ceinture de soie. Le monstre détourne, de temps en temps, sa masse sur les groupes qui bordent la route lors de

son passage et ouvre sa large gueule comme pour les' dévorer; mais la

jeune fille tient un bénitier et un aspersoir, elle l’arros'e d’eau bénite et aussitôt il s’apaise.

Un chapiteau du cloître d’Arles (xn° siècle) représenta Marthe tenant enc ainee la Tarasque et faisant sur elle des aspersions; d’eau bénite, tandis qu a coté des hommes armés de masses d’armes s’ efforcent de la mettre en pièces.

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° 1CS austére ; elle fut ainsi la fondatrice du premier monastère de femmes en Provence.

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Par une inspiration divine, saint Maximin, cvêque d’Aix, saint Trophime, évêque d’Arles et saint Eutrope, évêque d’Orange, se trouvèrent réunis à leur insu, pour consacrer comme église et dédier au sauveur la maison de sainte Marthe.

Notre Seigneur, accompagné de sa sœur sainte Madeleine, lui annonça l’heure de sa mort par ces paroles : « Venez donc, sainte hôtesse « de mon pèlerinage, venez de l’exil, venez recevoir la couronne », et comme elle s'efforcait de se lever pour le suivre : « Attendez encore, lui « dit-il, je vais vous préparer une place et je reviendrai de nouveau et « je. vous recevrai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez vous- « même avec moi. »

Selon une tradition citée par Raban Maur, apres la mort de la Sainte, on se disposait à l’inhumer, quand saint Front, revêtu d’ornements pontificaux, et Notre Seigneur, parurent auprès du corps, en présence du peuple assemblé et le placèrent de leurs propres mains dans la sépulture.

Pendant l’invasion des Sarrasins, les reliques de sainte Marthe furent enfouies très profondément dans la terre, où elles sont encore aujourd’hui. A l’époque de la translation de ses reliques, en 1197, on bâtit l’église haute de Sainte-Marthe de Tarascon, sur l’emplacement où elle mourut. Un escalier de 25 à 30 marches conduit à une chapelle souterraine où se trouve le sarcophage qui contient scs reliques, avec cette épitaphe : Sollicita non turbatur. Son chef fut mis dans un reliquaire d’argent que Louis XI remplaça par une châsse d’or estimée, dit-on, la plus belle du royaume. La révolution s’en empara et personne ne songea à en retirer la tête qui fut perdue. Les ennemis de la religion, après avoir mutilé horriblement lcjportail de l’église, toutes les images de saints et même les tombeaux, voulurent faire subir le même sort à celui de sainte Marthe qui était dans la crypte ; mais une force invisible et surnaturelle les força de reculer, chaque fois qu’ils voulurent en approcher pour exécuter leur dessein impie.

« Les vols ou les rapines, dit Raban Maur, les sacrilèges ou les « faux témoignages, trouvent, aussi sur le champ, une horrible puni- « lion dans la basilique de sainte Marthe par le jugement de Dieu, à la « louange de notre Divin Sauveur. » Sainte Marthe a toujours été honorée comme l'apôtre de la ville d’Avignon. Plusieurs monuments publics sont destinés à perpétuer la mémoire de son apostolat dans cette

ville. . ...

On a vu plus haut que Marthe, en deux circonstances au moins, tint

à honneur de servir elle-même Notre Seigneur. Dans sa vie écrite par Raban Maur, on lit ce passage (c’était après la résurrection de Lazare) : « Marthe, selon sa coutume, servit à table, pourvoyant à tout avec abon- « dance, pleine de joie et de grand cœur. » Il était tout simple que les Servantes la prissent pour patronne. Comme tous les auteurs la qualifient (Yllospita Christi, d’hôtesse de Jésus-Christ, et que Raban Maur nous la représente comme vivant à Tarascon, en exerçant assiduementl hospitalité dans la maison qu’elle s’était fait construire, les sœurs Hospitalières, les Hôteliers, les Aubergistes et les Personnes employées dans les couvents au ministère extérieur l’ont choisie également pour patronne. Pour les mêmes causes, dans un temps assez ancien, 1 ordre des hospitaliers du Saint Esprit s’est rangé sous son patronage. Les religieux et

les religieuses de cet ordre avaient adopté une croix à deux travers comme les croix de Jérusalem ; parce qu’on croyait que sainte Marthe en avait porté une de la même forme. Cette qualification d'hôtesse de Jésus-Christ, attribuée à sainte Marthe, éclate partout dans son office, comme on peut le voir dans ces passages tirés du bréviaire d'Amiens de 1554, in-16, cités par le P. Cahier, page 638 :

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