‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vieChapitre 150 sur 724 · SAINT LAURENT, ARCHIDIACRE DE L’ÉGLISE DE ROME · texte numérisé non relu

SAINT LAURENT, ARCHIDIACRE DE L’ÉGLISE DE ROME

MARTYR m* siècle. — 238.

Invoqué contre les Flammes du Purgatoire, les Puissances de l’Enfer, le Lombago, les Maux de reins, les Brûlures, la Lèpre, les Irritations de la peau, le Mal de saint Laurent (Boutons et Maux à la figure), pour les Pompiers, la protection du Dos et des Epaules et les Raisins. — Patron des Economes, Procureurs, Rôtisseurs, Cuisiniers, Cuisinières, Pâtissiers, Repasseuses, Blanchisseuses, Verriers, Oabaretiers, Etu~ diants et Sergents.

a mémoire de ce martyr, illustre entre tous, est tellement en bénédiction (in benedictione) , tellement célèbre et vénérable en tout lieu, tellement répandue sur toute la surface du globe, dans toutes les directions, que le nommer paraît suffire pour renouveler le type de sa vertu invincible et de son courage héroïque qui est gravé profondément dans le cœur de tous les fidèles soldats du Christ (1).

D’après la légende citée par les Bollandistes, le diable l’avait enlevé tout enfant des bras de sa mère et l’avait caché dans un bois épais où saint Sixte le trouva sous un laurier. C’est de là que vient son nom de Laurent.

Espagnol de nation, il était né de parents très nobles à Huesca, dans le royaume d’Aragon. Il fut amené à Rome par saint Sixte II, vingtquatrième pape, qui le üt archidiacre en lui confiant l’administration des Trésors de l’Eglise, la distribution des aumônes et la garde des vases sacrés et des ornements précieux destinés à parer les autels. Nous avons déjà (2) signalé la douleur de Laurent qui suppliait avec des torrents de larmes, son père et son bienfaiteur Sixte II de lui laisser partager son martyre. Sixte, après lui avoir prédit que dans trois jours il remporterait uu triomphe bien plus éclatant que le sien, lui recommanda de distribuer aux pauvres tous les trésors de l’Eglise. La nuit suivante, Laurent visita un grand nombre de pauvres chrétiens qui s’étaient réfugiés dans les caves. Il en guérit plusieurs de leurs infirmités et entr’autres plusieurs aveugles ; puis il répartit entre eux tout l’argent qui lui avait été confié. Le lendemain, étant venu sur le lieu même où Sixte allait être crucifié, d’aussi loin qu'il l’aperçut, il cria en pleurant : « Ne m’abandonnez pas,

« mon père, j’ai déjà fait ce que vous m’aviez commandé : j’ai distribué « aux pauvres les trésors que vous avez laissés en dépôt entre mes « mains, »

(1) Bollandistes, deuxième volume, août, 485.

(2) A l’article de Sixte II.

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Ce mot de trésors frappa les officiers de justice qui l’arrêtèrent immédiatement et informèrent l’empereur de ce qu’ils avaient entendu. Celuici ût comparaître Laurent devant lui, l’interrogea sur les trésors qui lui avaient été confiés. Le diacre demanda, pour les réunir, trois jours pendant lesquels il rassembla tous les pauvres, les aveugles et les boiteux et il les présenta à l’empereur dans les jardins de Salluste en lui disant : « Voici les trésors de l’Eglise qui ne diminuent jamais, mais qui s'ac- « croissent et qu’on retrouve toujours quand on les dissipe, car les mains « de ces gens-là portent nos trésors dans le ciel. »

Furieux de voir son avarice ainsi déçue, l’empereur ordonna qu’on lui déchirât la peau avec des fouets armés de boules de plomb ; et qu’après l’avoir suspendu en l’air, on lui brûlât les flancs avec des lames incandescentes. Au milieu de ces tortures toutes plus horribles les unes que les autres, un soldat, du nom de Romain, dit à Laurent qu’il voyait auprès de lui un jeune homme d’une grande beauté qui essuyait ses membres avec un linge et le conjura, au nom de Dieu, de ne pas l’abandonner, mais de se hâter de le baptiser.

L’empereur fit alors détacher Laurent du chevalet et le fit conduire en prison. A ce moment, Romain vint se jeter aux pieds du saint diacre , en lui apportant de l’eau et il en reçut le baptême. Au même instant Valérien fit saisir, battre de verges et décapiter ce jeune homme.

La nuit suivante, Laurent fut amené en présence de l’empereur ; comme il refusait de sacrifier aux idoles, on lui ôta ses vêtements et on l’étendit sur un gril de fer en accumulant en-dessous des charbons ardents pour le rôtir à petit feu.

« On n’eût pas dit, fait remarquer Ribadaneira (1), que saint Laurent « était sur un lit de fer et de feu, mais plutôt sur une molle et délicieuse « couche toute parsemée de lis et de roses ; car. tournant doucement « les yeux vers le tyran, il lui dit d’une générosité divine : Ne vois-tu « pas, misérable, que la moitié de mon corps est assez grillée ? Tourne-le « de Vautre côté, pour l’achever de rôtir, afin que tu puitses manger ma « chair cuite. »

Et il ajouta :

« Je vous rends grâce, ô mon Dieu, parce que j’ai mérité d’entrer dans « votre demeure. » Et il expira.

Saint Grégoire de Tours, dans la Vie de saint Laurent écrite par lui, mentionne le privilège qui a été accordé à ce Saint de délivrer chaque vendredi une âme du purgatoire. Il s’appuie sur l’autorité d’un abbé de Saint-Laurent-de-Liège, dont la foi et la sainteté étaient connues de tous. Cet abbé étant en France, dans un monastère de saint Laurent, eut une admirable vision dans laquelle un ange lui parla ainsi : « Abbé, lui « dit-il, ce diacre que tu vois est Laurent qui a souffert le martyre et le « supplice du feu pour le nom de Jésus-Christ ; il a mérité d’être revêtu « du privilège insigne de délivrer chaque semaine une âme des flammes « du purgatoire. » Les Bollandistes qui citent le même fait, d’après un manuscrit de saint Maximin de Trêves, font remarquer que le privilège

(1) Traduction de Koné Gauthier, avec des additions faites par André Duval. — Paris J-B. Coignard, 1687.

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do saint Laurent s exerce le vendredi, jour de la mort de Notre-Seigncur et du martyre de notre Saint.

Dieu, dit T. Raynaud (p. 513), lui avait accordé cette prérogative, parce qu’il était mort consumé lentement par les ardeurs d’un brasier ardent.... Il était juste qu’un martyr qui avait eu tant à souffrir du feu., reçut de Dieu le pouvoir d’arracher aux flammes des âmes qui ne pouvaient être sauvées que par le feu. Le môme auteur ajoute qu’à son époque, à Rome, les fidèles se portaient surtout à la basilique de saint Laurent hors les murs , lorsqu’ils désiraient obtenir la délivrance des âmes du Purgatoire.

Baronius, d’après les Chroniques du Mont-Cassin (tome I), raconte un fait qui confirme le pouvoir de saint Laurent contre les puissances infernales. Ce fait est fidèlement décrit dans une gravure sur bois d’un livre allemand Der Heiligen Leben (1521) qui se trouve en tête de la vie de saint Henri ; en voici la description :

L empereur saint Henri (1) est sur son lit de mort. Saint Michel est présent, tenant ses balances en main ; dans l’un des plateaux est placée l’âme de l’empereur, sous la forme d’une petite figure. Derrière saint Michel, le diable a mis tous les péchés d’Henri dans l’autre plateau, qui semble plus lourd que le premier ; mais survient saint Laurent, appuyé sur son gril, qui verse, avec un calice, de l’eau dans le plateau où se trouve l’âme et qui, cette fois, descend rapidement en faisant monter l’autre. Ce calice, merveilleusement beau, était sans doute celui que l’empereur avait offert à l’église de Marbourg placée sous le vocable de saint Laurent. Sur la Predella d’un rétable, Orcagna a représenté le môme sujet.

Pendant qu’il était étendu sur son gril, saint Laurent dut ressentir des douleurs atroces aux reins , au dos et aux épaules, c’est pour cela qu’il est invoqué contre les maux qui affectent ces diverses parties du corps et aussi contre toutes les irritations de la peau, contre les brûlures, contre les boutons et les maux à la figure qui sont qualifiés de Mal de saint Laurent et enfin contre la lèpre qui cause d’affreuses démangeaisons.

Comme le feu avait été le principal agent de son supplice, on s’est adressé à lui contre l'Incendie. C’est ainsi que le Calendrier de Sarragosse le qualifie d 'Abogado contra incendios, et les Pompiers tout naturellement l’ont choisi pour patron.

On a pensé également qu’ayant tout pouvoir sur le feu, on pouvait avoir recours au saint diacre pour obtenir la chaleur si nécessaire à la parfaite maturité des raisins.

Les Verriers si exposés au feu des fournaises dans lesquelles on fait fondre les matières premières destinées à la fabrication du verre, n’ont pas hésité à se mettre sous son patronage ainsi que les Repasseuses et les Blanchisseuses auxquelles le feu est indispensable pour exercer leur profession.

On a vu plus haut que saint Laurent avait dit à l’empereur : « Cette moitié de mon corps est assez grillée ; fais-moi tourner de l'autre côté pour l'achever de rôtir, afin que tu puisses manger ma chair cuite. » Pru-

(1) D’après les Bollandistes cités dans le Manuel île l'Art chrétien, p. 493, de M. le comte de Grimodard de Saint-Lauhent, ce ne serait pas saint Henri, mais un autre prince d’une époque voisine et un peu postérieure.

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dence, poète latin du IVe siècle, interprète ainsi ces paroles qui sont consignées dans les Actes du saint :

Un cantique de l’Ame dévote (1) s’exprime ainsi sur le même sujet :

Tandis qu’on attisait cet horrible incendie Qu’alluma sous ton corps la noire perfidie Tu dis à ton tyran avec tranquillité :

Si tu veux assouvir ta faim de ma chair cuite Cet endroit est bien cuit, tourne l’autre côté,

Mets en pièces mon corps, mange ma chair ensuite.

Les Rôtisseurs étaient donc bien fondés à choisir Laurent pour leur * patron. M. Arthur Forgeais (1865, 115) donne la description d un plomb curieux du XV0 siècle, trouvé au pont Saint-Charley en 1850 : Saint Laurent nimbé tient de la main droite un gril et de la gauche , un livre. Dans le champ une broche et deux poulets. Ce plomb est un mereau de la corporation des Rôtisseurs auxquels plus tard se sont adjoints naturellement les Cuisiniers, les Cuisinières et les Pâtissiers.

Si l’on se rappelle que saint Laurent avait été établi, en 258, archidiacre de Rome, administrateur des trésors de l’Eglise et dispensateur des aumônes, le patronage des Economes et des Procureurs n’a pas besoin d’autre interprétation.

D’après saint Grégoire de Tours (chap. 46), dans une basilique de Milan dédiée à saint Laurent, on conservait un calice de cristal d’une grande beauté. Le diacre, en l’offrant à Dieu, le laissa tomber à terre et il se brisa en morceaux. Désespéré, il recueillit les fragments du vase, les posa sur l’autel et après une nuit passée dans l’oraison, les veilles et les larmes, il retrouva sur l’autel le calice redevenu entier. Ne serait-ce pas là l’origine du patronage des Cabaretiers ?

Nous avons parlé de la douleur profonde que ressentit le bienheureux diacre en versant des torrents de larmes quand il rencontra Sixte II que l’on conduisait en prison et surtout le lendemain quand il le vit attaché sur la croix. La tradition populaire a recueilli avec amour les moindres circonstances de ses actes et a voulu leur consacrer une dénomination spéciale pour mieux les fixer dans la mémoire de tous. C’est ainsi qu’on a donné le nom de larmes de saint Laurent aux étoiles filantes qui se manifestent principalement du 12 au 14 novembre et surtout dans la nuit du 9 au 10 août, jour de la fête de notre saint. Bouillet, dans son Dictionnaire des Sciences , constate lui-même « que les larmes brûlanles * attribuées à ce Saint paraissent avoir été autrefois, en Angleterre, le « symbole traditionnel du retour périodique de ces météores. »

Voici, d’après l’Année liturgique de Rome , les sanctuaires qui, dans cette ville, sont consacrés à saint Laurent :

Saint Laurent hors les murs, où dans la confession repose son corps,

(l) Recueil par M. Laurent Durand, prêtre du diocèse de Toulouse, 1723. Ces cantiques étaient chantés par les marins de la Méditerranée.

Couverte partem corporis Salis crematam jugiter :

Et fac periclum, quid tuus Vulcanus ardens egerit.

Præfectus inverti jubet.

• Retourne mon corps, cette partie est » maintenant cuite à point. Fais-en l’essai et » vois si ton vulcain a rempli son office. »

Le préfet ordonne qu’on le retourne. Le martyr lui dit alors : ■ Ce côté est à point, » mange, et goûte, des chairs rôties et crues, » quelles sont les meilleures. »

Tune ille : « Coclum est, dévora ■ Et experimentum cape « SR crudum an assura suavius. »

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on expose de sa graisse et la table de marbre sur laquelle il fut déposé après son martyre.

Saint Laurent in Damaso, où l’on expose de sa graisse, des charbons qui le brûlèrent et de sa cendre.

Saint Laurent in Lucina, où l’on expose son gril et ses chaînes.

Saint Laurent in Fonte, fête patronale de l’Eglise. On visite le souterrain où il fut détenu et l’on boit de l’eau de la source avec laquelle il baptisa saint Romain et saint Hippolyte.

Saint Laurent in Palerma, où dans le souterrain on montre le lieu de son martyre.

Au palais apostolique du Quirinal, dans la chapelle de Mgr Sacriste. on expose sa tête.

En l’honneur de saint Laurent le dessin architectural du palais de l’Escurial à Madrid a la forme d’un gril.

Saint Laurent est ordinairement représenté tenant un gril à la main. Quelquefois avec un plat rempli d’or ou une bourse, attributs des fonctions de trésorier. Son costume de diacre est très riche, brodé quelquefois avec des flammes.

(Ribadaneira. — Légende Dorée).

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