SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE
Patron des Ouvriers en bâtiments, Plâtriers, Joailliers, Aiguilletiers, Passementiers, Lapidaires, Brodeurs, Chasubliers, Merciers, Drapiers, Evantaillistes, Boutonniers, Brossiers, Tapissiers, Barbiers, Coiffeurs et Perruquiers, Limonadiers, Distillateurs, Pâtissiers, Tailleurs, Baigneurs étuvistes, Marchands, Sergents à verges, Inspecteurs sur les veaux, Aulneurs de toile, Ouvriers en étoffes d’or et d’argent, Emballeurs, Couturières, Faiseurs de bas au métier, Pécheurs, Couverturiers, Arquebusiers, Ouvriers en bonneteries, Porteurs de blé, Maquignons, Maréchaux-Ferrants, Retordeurs de laine, Faiseurs de cordons, Retordeurs de boyaux pour faire des Raquettes, Pêcheurs à verge (à la ligne), et des Tisseurs de Reims, — Invoqué contre la Peste et l’acidification de la Bière.
n ancien auteur, parlant du modèle des rois, dit que saint Louis était si semblable à la vertu que, si d’un côté la vertu se montrait, incarnée aux yeux du monde et de l’autre, ce saint monarque, on aurait de la peine à juger qui serait la copie ou l’original (1). Louis naquit au château de Poissy, à quelques [lieues de Paris. Dans son humilité, il se nommait souvent Louis de Poissy , humble sergent de Jésus , et aussi on le désignait sous le nom du Bon Sergent de ■ Notre Seigneur Jésus-Christ. Son père, Louis VIII, tout dévoué au Saint-Siège et vaillant défenseur de la foi catholique, après avoir victorieusement guerroyé contre les Albigeois, mourut à l’âge de quarante ans, à Montpellier, en 1226, et laissa son royaume à son fils Louis, âgé de douze ans, sous la tutelle de la reine Blanche, sa mère. Les paroles quelle répétait continuellement au jeune roi, caractérisent admirablement cette sainte et courageuse princesse : « Mon fils, lui disait-elle, j’aimerais mieux vous voir mort que de vous voir tombé en péché mortel et hors de la grâce de Dieu. » « Ce qu’il imprima si avant dans son cœur, dit Ribadaneira, que l’on tient pour certain qu’en toute sa vie, il ne commit jamais de péché mortel. » A dix-neuf ans, il épousa Marguerite de Provence dont il eut plusieurs
(I) Univers, 30 août, 1881.
VINGT-CINQ AOUT, SAINT LOUIS
enfants qu’il instruisait beaucoup plus par ses exemples que par ses paroles. D’une grande austérité, il portait ordinairement la hane, jeûnait tous les vendredis, et ce jour-là même, pendant 1 Ayent et , le Carême, il ne mangeait ni fruit ni poisson. Les samedis, il lavait les pieds à un certain nombre de pauvres, les essuyait lui-même et les embrassait Les jours de fête et les Vigiles, avant que de se mettre a table, il serval à dîner à deux cents pauvres et chaque jour il en nourrissait cent vingt dans son palais. Il avait toujours, à sa propre table, trois des plus vieux auxquels il donnait lui-même les viandes qu’on lui servait et quelques fois, par humilité, il mangeait leurs restes.
Malgré le temps qu’il accordait si généreusement aux pratiques religieuses et à l’amour de son prochain, il n’en fit pas moins paraître sa prudence, sa valeur, sa honté et ses autres vertus royales, non-seulement pendant sa minorité traversée par les guerres intestines des gi anr s vassaux et des hauts barons, mais encore après avoir pris, à l’âge de vingt ans, la conduite de son royaume, sans jamais néanmoins exclure des affaires la reine sa mère, qui les avait si sagement gouvernées pendant son bas-âge. Il se plaisait à rendre lui-même la justice « et maintes fois, dit Joinville, il advint qu en été il allait s asseoir au bois de Vincennes après sa messe et s’accotait à un chêne et nous faisait asseoir autour de lui, et tous ceux qui avaient affaire, venaient lui parler, sans empêchement d’huissier, ni d’autres gens » Il avait une profonde horreur pour les parjures et les blasphémateurs et il publia une ordonnance qu’il fit exécuter très sévèrement, par laquelle ces mêmes parjures et ces blasphémateurs seraient marqués d’un fer chaud comme des esclaves.
Dès la seconde année de son règne, il extirpa, dans tout son royaume, l'hérésie des Albigeois, en contraignant Raimond, comte de Toulouse, l’un de ses fauteurs, à rentrer dans le sein de l’Eglise. Après la célébration de son mariage, Hugues de Lusignan, comte de La Marche, soutenu par le roi d’Angleterre, ayant levé les armes contre saint Louis, le roi lui livra bataille à Taillebourg et le mit en complète déroute. C’est là qu’escorté seulement de huit cavaliers, il passa le pont de la Charente à travers une nuée de dards, de flèches et de lances pour aller attaquer le gros de l’ennemi.
A la suite d’une maladie très grave, il fit vœu d’entreprendre une croisade qui se prêchait alors, par le commandement du pape, dans toute la chrétienté pour la, conquête de la Terre sainte.
Il s’embarqua le 25 août 1248 avec le légat du pape, deux de ses frères, Robert, comte d’Artois, et Charles, comte d’Anjou, suivi de plusieurs évêques et de l’élite de la noblesse du royaume. Marguerite de Provence voulut également l’accompagner dans cette expédition. Son premier succès fut la prise de Damiette. Au moment du débarquement, saint Louis se jetant dans l’eau jusqu’aux aisselles, le coutelas à la main et l’écu pendant au cou, entraîna tous les siens avec une ardeur telle qu’ils soutinrent vaillamment le choc de six mille cavaliers et en firent un grand carnage.
L’armée marcha ensuite sur le Caire, alors capitale de l’Egypte, et remporta encore, aux bords du Nil, une glorieuse victoire sur les Sarrasins. Saint Louis eut la douleur d’y perdre son frère Robert : ce qui
10ü VINGT-CINQ AOUT, SAINT LOUIS.
n empêcha pas le saint Roi de payer de sa personne, comme il ne manquait jamais de le faire dans toutes les circonstances. « Jamais, dit Joinville, je ne vis si beau chevalier, car il paraissait au-dessus de tous ses gens, les dépassant à partir des épaules, un heaume doré sur la tête, une épée d’Allemagne à la main. »
Mais bientôt l’armée presque tout entière fut atteinte d’une maladie contagieuse qui faisait chaque jour de nombreuses victimes. Le roi luimême en fut frappé. On le üt prisonnier, on lui mit les fers aux pieds et aux mains ; il n’en conserva pas moins toute sa sérénité et sa patience. Aussi les Musulmans, ne pouvant s’empêcher d’admirer tant de grandeur d’âme, acceptèrent la ville de Damiette pour la délivrance du roi et un million de bcsants d’or pour celle de son armée.
Saint Louis ne reprit pas de suite la route de France, il convertit à la foi un grand nombre de Sarrasins, racheta plusieurs chrétiens de l’esclavage et fortifia les villes de la Palestine qu’il tenait encore. Mais ayant appris la mort de sa sainte mère, la reine Blanche, il revint dans ses Etats au printemps de l’année 1254 avec la reine, trois enfants qu’il avait eus en Orient et quatorze vaisseaux.
A son retour, il se préoccupa surtout du service de Dieu en bâtissant plusieurs hôpitaux qui servaient d’asiles pour les pauvres âgés, en fondant plusieurs monastères de religieux ; il aimait surtout les Pères de saint Dominique et de saint François dont les Ordres étaient encore nouveaux. Il leur fit bâtir de belles églises et les défendit contre leurs adversaires. A cette époque, son confesseur, Robert de Sorbon, fonda à Paris le fameux collège de théologie qui porte encore son nom. Par cette voie, les grands docteurs saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure, malgré l'opposition très vive des séculiers, pénétrèrent enfin dans l’Université qui leur dut une gloire qu’elle n’avait pas atteinte jusquelà (1).
Bientôt les persécutions que souffraient les chrétiens en Syrie et les profanations des fidèles dans les saints lieux, appelèrent de nouveau notre roi hors de son royaume. Il assembla ses barons et s’embarqua avec trois de ses enfants, Philippe, Jean et Pierre, avec le roi de Navarre et plusieurs autres princes et seigneurs. A peine débarqués près de Tunis, dans l’ancien port de Carthage, ils furent presque tous saisis par des maladies contagieuses. Un des fils du roi, le duc de Nevers, le légat du pape, furent emportés en peu de jours avec un grand nombre de seigneurs et de gens du peuple. Le roi lui-même fut atteint de la terrible maladie qui décimait sou armée et bientôt sentant la fièvre redoubler, il se prépara à la mort. Après avoir reçu tous les sacrements et laissé par écrit à son fils Philippe des instructions pour la conduite de sa vie et la direction de son royaume, il fit signe qu’on le couchât sur la cendre avec un cilice. Alors il mit les mains, sur sa poitrine et levant les yeux au ciel : « Seigneur, dit-il, j’entrerai dans votre demeure et je vous ado- « rerai dans votre saint Tabernacle. » Puis il rendit son âme à Dieu le 25 août 1270.
Saint Louis, dit dom Guéranger (2), a apparu sur le trône de France comme l’une des plus belles et des plus complètes représentations du
(1) Edmond Demomns, Histoire de France, tomes v et vi, p. 227, édition in-32.
(2) Saint Louis et la Papauté, premier article. Voir le Monde du 19 mai 1860.
VINGT-CINQ AOUT, SAINT LOUIS
monarque chrétien... Depuis cinq siècles cependant, des manœuvres intéressées ont été mises en jeu pour altérer, tranchons le mot, pour déshonorer cette grande et sublime figure, et ces manœuvres ont réussi. » Effectivement, les Gallicans ont voulu en faire le premier roi qui pour parler leur langage, aurait résisté aux empiétements de la cour de Rome. D’après eux (1) saint Louis aurait fait deux pragmatiques sanctions, 1 une en 1228 à l’àge de treize ans, l’autre en 1269, un an avant sa mort, il faut noter qu’en 1228, la Régente et le Roi, menacés par une ligue formidable de barons et de princes, avaient mis leurs personnes et leurs royaumes sous la protection du Saint-Siège. Aussi la fable de cette piemière pragmatique a-t-elle été abandonnée. Les gallicans se sont alois cramponnés h la deuxième. Or, de 1269 à 1463, aucun historien ne la mentionnée ; aucun pape ne l’a condamnée ; aucun roi, aucun légiste ne l’a prise pour appui, pas même Pliilippe-le-Bel qui n’aurait pas négligé une arme de cette trempe. « Cet ignoble et maladroit factum, dit encore dom Guéranger, n’a pas vu le jour avant la fin du XVe siècle. Afin de pouvoir le produire, il fallait falsifier les instructions, dont nous avons parlé plus haut, que le saint roi remit avant sa mort écrites de sa main à son fils Philippe, instructions qu’il est d’usage d’appeler testament de saint Louis ; les implacables ennemis de la papauté commencèrent leur triste besogne dès les premières années du XIVe siècle. Ces instructions, en effet, contenaient un paragraphe en présence duquel la prétendue pragmatique sanction ne pouvait se tenir debout un seul instant. On le retranche ; le voici. Nous le donnons en français et en latin.
1° En français du XIII0 siècle et tiré de la Vie de saint Louis , écrite par le confesseur de la reine Marguerite (2) :
Cher fiuz, je [enseigne que tu soies touziors dévot a leglise de Rome et au sou-
verain evesque, notre père, c’est le pape, et li porte reverence et enneur, si comme tu dois fere à ton père espirituel.
2° En latin tiré de la Vie latine de saint Louis , écrite par le moine anonyme de Saint-Denis, reproduite également par MM. Daunou et Naudet et cité par dom Guéranger :
Cure fili, cloceo le quod tu sis semper devotus ecclesiœ Romcmœ et summo pontifici patri nostro et ei exhibeas reverentiam et honorem sicut debes tuo putri spirituali.
Deux abrégés du testament de saint Louis, l’un et l’autre du XIIIe siècle, le premier par Geoffroy de Beaulieu, confesseur du saint roi ; le deuxième par Guillaume de Nangis, conservent à ce paragraphe le même sens de l’original. En présence de semblables documents parfaitement authentiques, que les Bollandistes reproduisent (vol. d’août, p. 514), nous pouvons dire que la cause est suffisamment entendue. Ajoutons de plus que Boniface VIII canonisa saint Louis vingt-sept ans après sa mort ; ce que l’intrépide défenseur des droits du Saint-Siège n’eut jamais fait pour un souverain qui les aurait contestés. Il faut noter également qu’au XVIIe siècle, où la lutte contre le Saint-Siège de la part
(1) Voir le Monde du 4 janvier 1870. V. Maynard sur le livre de Charles Gerin : les Deux pragmatiques sanctions, attribuées à saint Louis.
^ (2) Recueil des Historiens de la Gaule et de la France, tome xx, publié par MM. Daunou et Naudet, membres de l'Institut, 1840 ; reproduit par Dom Guéranger, dans le même article que ci-dessus.
VINGT-CINQ AOUT, SAINT LOUIS
des rois de France était en pleine activité, les Papes instituèrent à Rome une chapelle cardinalice en l’honneur du grand et saint roi qui est le dernier prince que l’Eglise ait élevé sur les autels. Après toutes ces considérations, n y a-t-il pas lieu de s’étonner que, dans des ouvrages modernes écrits avec un excellent esprit, le testament de saint Louis n ait pas été rétabli tel qu’il était avant d’avoir été falsifié ?
Saint Louis est ordinairement représenté en costume royal tenant de la main droite la couronne d’épine et un sceptre fleurdelisé de la gauche. Il avait fait venir de Constantinople cette couronne et avait fait élever pour la contenir ce magnifique reliquaire de pierre qu’on appelle la Sainte-Chapelle et dont Pierre de Montereau fut l’architecte.
D’après le Dictionnaire de Trévoux (1er vol.), saint Louis, au temps de son mariage, prit pour devise un anneau entrelacé d’une guirlande de lis et de marguerites, pour faire allusion à son nom et à celui de la reine son épouse et mettant sur le chaton de cet anneau l’image d’un crucifix gravé sur un saphir, il l’accompagna de ces mots : « Dehors cet anel, pourrions-nous avoir amour ? » Cette devise est sur l’agrafe du manteau qu il portait le jour de ses noces et on voyait cette agrafe au monastère royal de Poissy en 1734.
L’invocation contre la Peste s’explique naturellement par la maladie qui causa la mort de saint Louis. Un grand nombre de corps de métiers se sont mis sous son patronage ; c’est probablement parce que les corporations lui doivent la plupart de leurs règlements, spéciaux à chacune d’elle. Vers le commencement du règne de saint Louis (1), la prévôté de Paris avait été affermée et cette organisation avait donné lieu à de grands abus. Le saint roi les fit cesser en 1258 et nomma un riche bourgeois, Etienne Boileau, prévôt de la capitale. Ce prévôt recueillit les usages et coutumes des divers métiers dont la plupart, sans doute, n’avaient jamais été écrits ; il les coordonna, les améliora probablement en beaucoup de parties, les conserva comme les monuments d’une législation spéciale dans les archives du Châtelet et composa ainsi le Livre des Métiers « qui, d’après Depping, a l’avantage d’être en graude partie l’ouvrage des corporations môme et non une suite de règlements tracés par les chefs de l’Etat. »
Tels sont les motifs qui ont fait prendre saint Louis pour patron par un grand nombre de corps de métiers, dès qu’il fut canonisé.
(Ribadaneira. — Histoire de France , par Edmond Démolins. — Petits Dollandistes) .