SOLITAIRE AU DIOCÈSE DE MEAUX
Invoqué pour l’abondance des Fruits de la terre, les Hémorroïsses ; contre le Flux de sang, les Hémorroïdes, la Colique, les Cancers, les Fistules, les Cliancres, le Mal de tête, les Maladies honteuses, et dans les Calamités publiques. — Patron des Jardiniers, Fleuristes, Bouquetiers, Maraicbers, Treillageurs, Epingliers, Aiguilliers, Emballeurs, Layetiers. Chaudronniers, Potiers d’étain, Bonnetiers, Tuiliers.
iacre était de la maison royale d’Ecosse, fils d’Eugène IV. De concert avec la princesse Sira, sa sœur, qui partageait toutes ses idées religieuses, pour rompre avec toutes les grandeurs de ce monde, il résolut de venir en France et l'emmena furtivement avec lui. A leur arrivée dans la Brie, ils s’adressèrent à saint Faron qui, de comte de Meaux, en était devenu l’évêque. Celui-ci reçut Fiacre comme s’il eut été son fils et, confiant la princesse à sa sœur sainte Fare, qui avait fondé une abbaye dans son diocèse, il plaça Fiacre dans le monastère qu’il avait édifié au faubourg de Meaux. Le nouveau venu fut chargé de donner l’hospitalité aux pauvres et aux pèlerins. Un jour, le vin ayant manqué au monastère, Fiacre s’adressa à la sainte Vierge et lui dit ce qu’elle avait dit une fois à son Fils : « O ma Maîtresse , ils n'ont point de vin , et à l’instant les tonneaux furent remplis d’un vin très délicat.
A la demande réitérée de saint Fiacre, saint Faron le mena dans une forêt de son domaine, nommé Breuil, où il lui permit de choisir un emplacement pour bâtir une chapelle et une cellule. Fiacre s’établit dans l’endroit, le plus sol’ taire que l’épaisseur des arbres et des broussailles rendait presque inaccessible ; mais l’obscurité de sa retraite ne put empêcher que l’éclat de ses vertus ne brillât au dehors. Bientôt un certain nombre de disciples demanda à se ranger sous sa direction. Il lui fallut changer sa cellule en un monastère. Comme il avait besoin d’un jardin pour y récolter la nourriture des moines, il accepta l’offre que lui fit saint Faron de lui concéder dans le bois tout le terrain qu’il pourrait renfermer dans un cercle, en creusant, tout un jour, de sa propre main, un sillon autour de sa maison. Après avoir fait sa prière, le Saint partit, laissant traîner à terre la bêche qu’il tenait à la main. Sur ses pas, la terre se fendait et les arbres, déracinés, tombaient à droite et à gauche. Une femme méchante et bavarde, que les Bollandistes appellent La Becnaude , témoin de cette merveille, se hâta d’aller prévenir saint Faron qu’un magicien détruisait sa propriété. Le prélat lui dit qu’il irait vérifier lui-même l’exactitude de ses récits. Alors la Becnaude retourna vers le Saint, l’accabla d’injures et lui enjoignit, au nom de l’évêque, d’arrêter son travail de destruction. Fiacre, contristé, s'assit sur une pierre qui, s’amollissant, prit l’empreinte de son corps. Il y était toujours lorsque l’évêque, arrivant, constata à la fois les deux miracles et le grand crédit du Saint auprès de Dieu, ce qui rendit encore plus étroite l'affection qu’il avait pour lui.
(i) Petits Bullandistes.
TRENTE AOUT, SAINT FIACRE. . 203
Après sa mort, saint Fiacre fut enterré dans son oratoire. Au même endroit, on établit un prieuré où ses reliques furent conservées .jusqu en 1568, époque à laquelle elles furent transportées en grande partie dans
la cathédrale de Meaux (1). . f
A cause du Jardin dont saint Fiacre avait enserre la surface avec sa bêche les Jardiniers , les Fleuristes , les Bouquetiers, les Maraîchers 1 ont choisi pour leur patron ; les Treillageurs , dont les produits prennent souvent place dans les jardins, ont voulu se réunir à eux, et la plupart de ces corps de métiers, surtout les premiers, devaient naturellement i invoquer pour V Abondance des Fruits de la terre qui composent toute leur
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Depuis un temps immémorial, de nombreuses confréries de Jardiniers s’établirent sous le vocable de saint Fiacre ; malgré leur abolition en 17 JJ, elles se réunissent encore le 30 août, jour de la fête de leur saint patron, surtout aux environs de Paris, à Saint-Médard , à Passy, à Bourg-la- Reine, à Yitry, à Belleville, à Picpus, à Sceaux, à Fontenay, a Argenteuil, à Clamart. Dans toutes ces localités, ce même jour, on ne voit partout que cortèges, bals et guirlandes de fleurs. Suivant 1 usage, une députation de la corporation se présente à l’église avec son trophée de fleurs et de fruits. Le 30 août 1884, pour la fête de saint Fiacre, les Jardiniers catholiques formèrent une corporation de plus de 2,000 membres. Les bas-côtés de l’église Sainte-Marguerite étaient ornés de grenadiers de la plus belle venue. Toutes les plantes de choix avaient été réservées pour le banc d’œuvres. On a remarqué la traditionnelle corbeille de fleurs présentée à l’autel par quatre jeunes filles. Dans la forêt de Saint- Germain, les Loges qui empruntent leur nom aux cabanes de bûcherons construites sur leur emplacement, doivent la fondation de leur fête à celle de saint Fiacre. Dès 1652, les uns allaient aux Loges, le 5 août, pour y chercher les indulgences accordées à quiconque visitait la chapelle de saint Fiacre ; les autres la visitaient de préférence le 30, jour de la fête des Jardiniers et, ce jour-là, le curé de Saint-Germain s y rendait en procession solennelle ; mais bientôt la fête champêtre fit pi'esque oublier la fête religieuse (2).
Dans le diocèse d’Amiens (3), le jour de saint François, un des Jardiniers de La Yarenne, faubourg de la ville de Doullens, se déguise en saint Fiacre et fait le tour de la ville monté sur un âne et portant une bêche ; les ménétriers le suivent en jouant du violon.
Eu Bretagne, la fête du Pardon de Saint-Fiacre , que les Jardiniers bretons ont pris pour patron, est célèbre dans le pays. « Sa légende, dit M. de la Villemarqué (4), l'apporte qu’il cultivait à la fois « les fleurs de la terre et les vertus du ciel. La bénédiction du bouquet qui lui est offert la veille de sa fête par les Jardiniers du canton, cérémonie curieuse et poétique, y attire une foule de pèlerins de toutes les parties de la Cornouaille.
Nous ne saurions passer sous silence une coutume qui avait lieu autrefois à Provins (diocèse de Meaux) le jour de saint Fiacre. Dans
(1) Petits Bollandisles .
(2) Paris-Journal, 30 août 1878.
(3) Abbé Corblet, iv, 260, cito la description du département de la Somme de M. Dusevcl-
(4) Chants populaires de la Brelarjnc, Paris. 1846, 2° vol., 18.
TRENTE AOUT, SAINT FIACRE
celte ville, célèbre par ses Roses (1), les Jardiniers se choisissaient un chef qu’ils appelaient le Roi des Rosiers. Ils le nommaient pour un an ; à vêpres, pendant le Magnificat, le 30 août, au moment où le chœur chantait ces paroles : « Deposuit potentes de sede etexaltavit humiles : il a renversé les puissants de leur trône et il a élevé les humbles » les torches allumées, les couronnes de roses, tous les insignes de la dignité royale qui environnaient l’ancien roi disparaissaient et étaient groupés autour du nouveau.
Quant aux autres patronages attribués à saint Fiacre , il est à peu près impossible d’en déterminer l’origine en s’appuyant sur les actes du Saint.
Pour les invocations contre les Chancres, Fistules, Cancers et autres maladies analogues, il y a lieu de s’en rapporter aux Bollandistes. Ils s’expriment ainsi (vol. vi d’août, p. 599), d’après Mabillon :
Qunmvi s S. Fiacmum in quibusvis morbis palroncm t nvocent, auxiliarcmque experiantur Gnlli ; prœcipue tamen Visco laborantes, quos Viscosos appellent, curare conmevü. Jlïnc a/feclionem ilia ni vulgari nomme Le Fix de S. Fiacre, hoc est, Viscum S. Fiacre nuncupant. Viscus, Gaxceri genus, carnosis parlibus adhœrere sohlus, primo quidem calli instar durescit : poste a callus in pus convenus, proximas partes sensim depascitur.
Bien que les Français implorent la protection de saint Fiacre pour toute espèce de maladies et qu’ils en éprouvent les effets salutaires, il a ooutume de guérir toutefois principalement ceux qui sont affligés de Viscus et que l’on nomme Visqueux ; c’est pourquoi on appelle vulgairement cette maladie le Fix de saint Fiacre, c’est-à-dire le Viscus de saint Fiacre. Ce Viscus est une espèce de Chancre adhérent ordinairement aux parties charnues ; il so durcit d’abord comme un callus, puis ce callus s’étant changé en pus, dévore peu à peu les parties voisines.
Les Bollandistes citent un grand nombre de guérisons de ce Fix et des affections qui ont quelque rapport avec lui, opérées par l’intercession de saint Fiacre. « Les actes de saint Fiacre, dit l’abbé Corblet, iv, 266, nous racontent qu’un homme du territoire d’Amiens avait un horrible Chancre (ou plutôt un Polype ) qui lui sortait des narines, en sorte qu’en respirant il produisit un son semblable à celui de l’oie. Le pauvre homme se rendit au tombeau de saint Fiacre. Arrivé là, épuisé de fatigue, il s’endormit. A son réveil, le Polype avait disparu. »
Le Flux de sang, les Hémorroïdes étaient désignés sous le nom de Mal de saint Fiacre , parce qu’une foule de ces affections avait été guérie à son tombeau ou par son intercession. La Colique, qui est souvent un des symptômes de ces maladies, fut comprise dans la môme invocation adressée également au Saint par les Hèmorroïdaires.
D’après Dom T. du Plessis (2), on conservait dans le prieuré de Saint- Fiacre, la Pierre dont nous avons parlé et qui s’ôtait amollie sous le poids de son corps. Ceux qui étaient affligés des Hémorroïdes allaient s y asseoir, et les hommes et les femmes y ont souvent trouvé une entière et parfaite guérison. Cette pierre (3) est aujourd’hui conservée, non à Meaux, mais dans l’église du village même de Saint-Fiacre.
Dans les Heures de la Bienheureuse vierge Jfarie , publiées par Iverver en 1574, on trouve cette oraison adressée à Monseigneur saint Fiacre :
(1) Abbé Berthouhieü, p. 243.
(2) Voir les Vies de tous les Saints de France, par Ch. Barthélémy, vol. vm, p. 1a6.
(3) Voir l’édition de la Vie des Saints, du Pcre Giry, 1839.
TIIENTE AOUT, SAINT FIACRE
Saint Fiacre, patron de Brie,
Seul de ce nom, je te supplie Que envers Dieu, le Créateur,
Tu me sois mon médiateur,
Glorieux saint d'Ecosse né,
Certain suis que Dieu t’a donné Pouvoir sur hommes et sur femmes ; Car par toy leurs corps et leurs âmes De grands dangers sont boutés hors.
Quand est de la partie des corps.
Par toi sont guéris langoureux,
Pleins de Fix, Cliancreux, Visqueux.
De rompures et pleins de gravelle,
Qui est maladie mortelle.
l’ulpieux pleins (le pourritures,
De Broches, de Fix et d'Onlures,
Qui dedans le corps humain entre De Flux de sang, de Cours de ventre.
De Flux juventus et do vers.
Dont médecin ne peut guérir.
Sainct Fiacre, tu me peult secourir,
Si te supplie dévotement.
Que. à mon âme premièrement, Impclre la gloire éternelle Et au corps temporellement.
Les Bollandistes citent (p. 619 du vie vol. d’août) Marie de Brichanteau, de Senecey, veuve de Claude Beaufremont, qui fut guérie en 1622, par l’intercession de saint Fiacre, d’un Mal de tôle peu ordinaire (ex malo non vulgari capitis). C'est probablement l’origine de l’invocation qui lui est adressée contre le Mal de tête, à Domérat, diocèse de Moulins.
L’Allemand Henri Alt signale l’invocation adressée à saint Fiacre contre les Maladies honteuses, et il en trouve l’origine dans la guérison d’une de ces maladies, opérée par l’intercession du Saint, sur un homme impudique qui se convertit et fut amené à la piété chrétienne.
Saint Fiacre a toujours été un puissant protecteur pour la France. Il nous délivra, entre autres, d’Henri Y, roi d’Angleterre (1). Ceprince, ayant été défait dans la journée de Baugé (1421) par l’armée de Charles VI, pour se venger des Ecossais qui avaient servi dans l’armée du roi de France, fit piller le monastère de saint Fiacre et ravagea les environs de Meaux ; mais quelque temps après, il fut atteint du Mal de saint Fiacre , dont il mourut au bois de Vincennes. Aussi Charles VI voulut être enrôlé avec toute sa maison royale, dans une confrérie du Saint très ancienne. Depuis, les rois de France se sont fait gloire d’en faire partie. En 1478, Louis XI fit couvrir d’argent la châsse de saint Fiacre. Louis XIII avait tant de dévotion pour lui qu’il voulut toujours avoir dans son palais une de ses reliques. La reine Anne d’Autriche attribua à la protection de saint Fiacre la guérison de la maladie dont le roi Louis XIII avait été atteint à Lyon, et, comme elle-même avait été délivrée par lui d’un Flux de sang que l’art des médecins n’avait pu arrêter, elle vint à pied, en 1641, de Monceaux jusqu’à Saint-Fiacre.
Lorsqu'on fut sur le point de faire une grande opération au roi Louis XIV, Bossuet, évêque de Meaux, se rendit à Saint-Fiacre pour y commencer une neuvaine de prières que les religieux achevèrent.
D’après le P. Giry, on porte en procession générale dans les nécessités publiques la châsse du Saint, soit pour avoir de la Pluie, soit pour la faire cesser quand les biens de la terre l’exigent. On agit de même dans les temps de calamités publiques, comme il arriva en 1632 et en 1849, au moment où le choléra exerçait d’affreux ravages dans la ville dé Meaux.
Saint Fiacre est ordinairement représenté en habit religieux tenant une bêche à la main au milieu du jardin dont il a été question plus haut. Sur les Plombs historiés, publiés par M. Arthur Forgeais et qui servaient de médailles de pèlerinages, saint Fiacre est représenté à la gauche de saint Far on qui a la Becnaude à sa droite.
(1) Voir les Petits Bollandistes, 30 août.