SAINTE REINE (REGINA) MARTYRE A ALISE
Patronne des Charpentiers. — Invoquée contre la Gale, la Teigne, la Rogne et les Maladies honteuses.
Elle naquit dans le diocèse de Dijon, à Alise qui signifie ( Source de saint), d’une famille assez haut placée, mais païenne. Elle perdit sa mère peu de temps après sa naissance ; son père la confia à une nourrice qui était chétienne et dont le premier soin fut de la faire baptiser. Reine, d’une beauté ravissante, aidait sa nourrice dans ses travaux et croissait en vertus et en grâces. Le gouverneur de la province, Olibrius , l’ayant aperçue gardant un troupeau et arrêtée près de trois ormes, fut tellement frappé du charme et de la noblesse de toute sa personne qu’il lui proposa de devenir sa femme. Reine répondit qu’elle avait voué sa virginité à un autre époux et qu'elle était chrétienne. Olibrius, espérant la vaincre par la souffrance, la fit enfermer dans un cachot obscur où elle était attachée à la muraille par une chaîne de fer- Voyant qu’elle restait inébranlable, il la livra à toutes les tortures qui étaient en honneur à cette époque, le chevalet, les grilles de fer pour labourer les chairs, les torches ardentes appliquées sur les côtés, puis, comme opposition, l’immersion dans une cuve d’eau glacée, avec les pieds et les mains liés. Au milieu de ces douleurs atroces, une colombe apparaissait de temps en temps à la jeune vierge pour la réconforter et lui faire entrevoir la récompense qui l’attendait dans les demeures éternelles. Vaincu enfin, Olibrius ordonna qu’on lui tranchât la tête. Le corps de la jeune Sainte, dit l’abbé Tridon (1), fut découvert en 864 par Egil, abbé du monastère de Flavigny. Une colombe blanche et lumineuse lui indiqua le lieu où reposait la jeune martyre, près d'une petite fontaine. Le corps fut exhumé. On trouva la tête séparée du tronc et les chaînes qui avaient garrotté sainte Reine. Une chapelle fut bâtie sur cet endroit et les reliques furent transportées au monastère de Flavigny. Un pèlerinage s’établit à Alise-Sainte-Reine, et comme on comptait les pèlerins par milliers, la chari té de saint Vincent de Paule s’en émut, et c’est à lui qu’on doit la fondation d’un hospice qui rend les plus grands services. A chaque pas, on trouve des souvenirs de la vaillante martyre. Ce sont des trous nommés Combes de sainte Reine ; ce sont les Prés de sainte Reine ; ce sont des arbres nommés Ormeaux de sainte Reine ; cJest la fontaine de sainte Reine. Pour rappeler qu’elle filait, on a donné son nom à de petites pierres qui ont un peu la forme d’un instrument de fileuse : on les appelle Fuseaux de sainte Reine. D après le Dictionnaire de Trévoux , on nomme pareille-
(1) 2' vol., Bulletin archéologique, p. 493.
SEPT SEPTEMBRE, SAINTE GRI.MONIE
ment Flambeaux de sainte Reine certains petits météores lumineux qui apparaissent aux environs de son église.
La Gale était appelée le mal de sainte Reine (4e vol. de Trévoux), ce qui indique suffisamment qu’elle était invoquée contre celte affection. Elle était également invoquée contre la Rogne, la Teigne , les Maladies honteuses et en général contre toutes les affections caractérisées par des éruptions de boutons et de pustules. A ce sujet, les Bollandistes (3e vol. de septembre, p. 35', mentionnent la guérison de Claude Perdrisat par l’intercession de sainte Reine , en 1642. Ayant été atteint d’une affection variolique , il avait perdu successivement l’usage de ses yeux, de ses bras et de ses jambes. Il ne pouvait se soutenir et marcher qu’à l’aide d’un bâton. Depuis quatre mois, il était dans cet état, sans aucun espoir de recouvrer la santé, quand ses parents eurent l’idée de faire un vœu à Dieu et a sainte Reine. La neuvaine de prières qu’ils avaient commencée, n était pas encore terminée que leur fils était entièrement guéri et ils offrirent, en ex-voto, ses béquilles au prieur du monastère de Flavigny.
D’après Y Almanach spirituel de Paris, pour l’année 1755, la fête de sainte Reine se célébrait à Sainte-Reine, rue de la Chaizc; fête titulaire aux Cordeliers ; à Saint-Eustache, avec procession de la relique de la Sainte et réunion de sa confrérie ; à Saint-Paul, confrérie des Compagnons charpentiers dont il est difficile d’expliquer le patronage.
Une gravure, publiée par Aubry, montre sainte Reine debout, les yeux au ciel, avec une chaîne enroulée autour de son corps. Une colombe se montre à elle avec ces paroles qui semblent sortir de son bec : « Venez Reine au royaume de Jêsics-Christ. » Deux anges déposent une couronne sur sa tête. Dans le fond, un bourreau lui tranche la tête et on aperçoit l’église du monastère de Flavigny.
(Les Petits Bollandistes. — L’abbé Tridon. — L’abbé Grignard. — A. Brebion).