‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vieChapitre 307 sur 724 · SAINT MAURICE, CHEF DE LA LÉGION THÉBAINE · texte numérisé non relu

SAINT MAURICE, CHEF DE LA LÉGION THÉBAINE

Patron de l’Armée, des Militaires, Guerriers chrétiens, Teinturiers, Blanchisseurs, Fripiers, Apprêteurs et Tisseurs de draps et Chapeliers. — Invoqué dans les Combats, contre les Ennemis de la Religion, les Possessions diaboliques, la Goutte ; pour les Enfants malades et la Vigne.

L’empire romain était menacé dans les Gaules par les hordes de barbares. L'empereur Dioclétien songea à leur opposer une barrière et il donna l’ordre à divers corps de troupes disséminées dans tout 1 empire de passer dans les Gaules. La légion des Thébains, qui se trouvait alors en Palestine, était commandée par Maurice.

Avant de quitter la Terre sainte, leur chef, aussi fervent chrétien que brave officier, se présenta à l'évêque de Jérusalem à la tête de ses compagnons et ne repartit qu’après avoir reçu sa bénédiction. La légion Thébaine, en passant à Rome, reçut également la bénédiction du pape Marcel. Les Thébains venaient à peine de rejoindre le corps d’armée, que Maximien, associé à l’empire par Dioclétien, ordonna à ses troupes de brûler de l’encens devant les idoles. A cette nouvelle, la légion qui a juré de mourir plutôt que de renoncer à la foi chrétienne, quitte Octodurum (aujourd'hui Martigny), quartier général des troupes et se retire à Agaunum (Agaune), sur les bords du Rhône.

D’après saint Eucher, évêque de Lyon, saint Maurice adressa à l’empereur ces nobles et mémorables paroles : « Nous sommes tes soldats, ô « Empereur ; mais nous sommes aussi les serviteurs de Jésus-Christ. A « toi, nous devons le service militaire ; à Lui, notre innocence. Si tu « cherches des chrétiens, nous le sommes tous, disposés à verser notre « sang pour notre foi. Nous rendons à César ce qui est à César ; nous « sommes décidés à rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu. » Maximien, furieux, fit d’abord décimer la légion. Puis, voyant que rien ne pouvait ébranler la constance des soldats chrétiens, il les fit entourer par son armée et ordonna qu’ils fussent tous massacrés au nombre de six mille six cent soixante-six, ce qui fut exécuté en l'année 236.

Saint Martin dédia lui-même sa cathédrale sous le vocable de saint Maurice, ainsi que celle d’Angers et l’église de Candes où il rendit le dernier soupir. Jusqu’en 1789, les chanoines de l’église métropolitaine,

dans la formule du serment canonial qu'ils prêtaient à leur installation, juraient de ne jamais permettre qu’on donnât la moindre partie du sang de saint Maurice : en effet, saint Martin avait rapporté d’Agonne trois fioles pleines du sang des martyrs. Deux données, l’une à la cathédrale de Tours, 1 autre à celle d’Angers, ont été brisées et profanées au XVI0 siècle. La troisième était restée à Gandes, lieu de la mort de saint Martin ; elle fut retrouvée en 1875, dans le massif de maçonnerie du maître-autel de l’église. {Univers du 18 août 1875).

La profession exercée par saint Maurice avec une si grande distinction, le grade élevé qu’il occupait dans les armées romaines, le courage surhumain qu’il avait toujours montré à la guerre, la foi intrépide qu’il avait imprimée si profondément dans le cœur de tous ses soldats et qu’il fit briller avec tant d’énergie vis-à-vis de ses persécuteurs, étaient des titres incontestables pour qu il fût choisi comme patron de l'Armée , des Militaires , des Guerriers chrétiens et pour que sa protection fut réclamée dans les combats et contre les ennemis de la religion. Le patronage de l’Armée g st toujours en vigueur et le dimanche, 28 septembre 1873, le général comte de Potier, commandant la subdivision d’Orléans, faisait encore célébrer une messe à Saint-Pierre-du-Martroy, à l’occasion de la fête de saint Maurice. « Saint Maurice , disait-il dans sa lettre de convo- « cation, étant le patron de l’armée , le général invite MM. les officiers, « fonctionnaires militaires, sous-officiers et soldats, à assister à cette « cérémonie. » ( Univers , 30 septembre 1873).

La royale maison de Savoie s’est depuis plusieurs siècles placée sous sa protection ; en 1334, Amêdée VIII a institué en son honneur l’Ordre militaire de saint Maurice. Cet ordre qui tombait insensiblement fut, à cet effet, relevé par le duc de Savoie, Emmanuel Philibert, qui obtint une bulle du pape Grégoire XIII, en 1572. Peu de temps après, il fut réuni à celui de saint Lazare.

L'origine du patronage des Teinturiers est diversement interprétée. Selon les uns, les Teinturiers l’ont pris pour patron, parce qu’il a teint la terre de son sang et aussi ils mettent pour enseignes des draperies rouges. Selon d’autres et parmi eux l’abbé Berthoumieu, la raison du patronage est attribuée au manteau d 'écarlate que les peintres ont coutume de lui donner ; couleur, par son éclat, très propre à servir d’enseigne.

L’abbé Corblet (IV, 519-520) pose ainsi la question :

« Pourquoi les Teinturiers l’ont-ils choisi pour leur patron ? Est-ce, « comme on l’a dit, parce que lui et ses compagnons furent teints de « leur propre sang? Mais alors, pourquoi ce martyr plutôt qu'un autre? « Un meilleur motif est proposé par l’abbé Defer [Vie des saints de « Troyes , p. 501) : la ressemblance des noms de Maure, vierge de Troyes, « patronne des Lessiveuses (laquelle s’occupait à blanchir les linges « d’église) et de Maurice, la proximité de la fête de ces deux saints (21 et « 22 septembre), auraient déterminé les Teinturiers à se ranger sous la « bannière de saint Maurice qui, d’ailleurs, dans quelques localités, est « aussi le patron des Blanchisseurs et des Apprôlcurs , professions qui « ont de l’analogie avec celle des Lessiveuses. »

Dans les Bollandistes (VP vol., septembre, p. 356), on voit qu’à Agonne existe une grande pierre suspendue par des cliaîues de fer, sur

laquelle saint Maurice, à genoux, ayant appuyé sa tête, fut décapité. On y voit encore quelques taches de sang. Les Enfants malades sont places sur cette pierre par leurs parents tout le jour et toute la nuit jusqu a ce qu’ils entrent en convalescence parle secours du Saint. Quand on amené là des ènergumènes , les esprits malins ont une horreur profonde de cette pierre ; c’est certainement l’origine de l’invocation qui est adressée à saint Maurice contre les possessions diaboliques.

Les Bollandistes signalent également une confrérie de saint Maurice qui existait à Fribourg où se trouvent des reliques du Saint, entre les Chapeliers, les Tisseurs de draps et les Teinturiers.

L’allemand Alt, qui mentionne l’invocation contre la Goutte, la motive par l’attouchement des reliques de saint Maurice qui aurait guéri plusieurs Goutteux. Les Bollandistes parlent seulement de quelques maux de jambes guéris par l’intercession du Saint.

Il serait trop long de mentionner ici toutes les contrées du monde, où s’étendit le culte de saint Maurice. Dans le grand mouvement qui s est produit en l’honneur de ce vaillant champion de l’église, la France n’est pas restée en arrière et beaucoup de paroisses portent son nom. Nous en noterons seulement une, celle de Valser res, dans les Hautes- Alpes. A la date du 26 juin 1878, le curé, M. l’abbé Garraud, m’écrivait que « de temps immémorial, les paroisses de Valserres et de Remollon se rendent en procession le lundi de la Pentecôte à une chapelle dédiée à saint Maurice sur la montagne qui porte ce nom. Les deux processions, arrivées au sommet, se fondent ensemble pour n’en faire plus qu’une. On y chante la messe du jour. Le curé de Valserres présente, à la vénération des fidèles, les reliques du Saint, propriété de son église et transportées ce jour-là sur la montagne.

« Dans la soirée, les vêpres du jour sont chantées avec solennité, et en se séparant, les processions font retentir les bois des strophes du Te Deum. Un grand nombre d’étrangers, accourus des environs, surtout de Gap, est heureux de prendre part à cette fête. « La foi populaire est que saint Maurice est invoqué dans cette circonstance pour bénir et protéger les vignes qui sont la principale culture du pays. »

Dans la collection des saints de la famille de Maximilien, saint Maurice est représenté une couronne sur la tête, nimbé, en costume de chevalier, tenant de la main droite un étendard immense et la main gauche appuyée sur la garde de son épée, à laquelle est suspendue une couronne d’épines.

(Abbé Bourassù).

SAINT SYLVIN ou SILVAIN, CONFESSEUR (*) A LEVROUX (CHER)

1er SIÈCLE.

Invoqué contre le Peu morbide, appelé de saint Sylvin, les Maux de Gorge et les Convulsions des petits Enfants.

Plusieurs auteurs ont prétendu, d’après une pieuse tradition, que saint Sylvin n’était autre que le Zachée de l’Evangile ; mais que nos lecteurs veuillent bien se reporter au 26 août, ils jugeront s’il y a lieu d 'en-

(1) lin langage populaire saint Souin, Souan, Sounan, Souain, Savein, Souing.

lever, à saint Amateur ou Roc-Amadour, l’identité qui lui a été attribuée avec Zacliée et qui acté confirmée par l’autorité du pape Martin Y (bulle de 1427). Ceux qui veulent transformer Sylvin en Zachée supposent qu’après avoir habité l’Aquitaine, il serait venu dans le Berry.

Saint Pierre avait donné la mission d’évangéliser les Gaules à saint Sylvin et à saint Sylvestre. Comme ils étaient encore à une petite distance de Rome, Sylvestre tomba malade et mourut. Saint Sylvin , revenant sur ses pas, vint en prévenir saint Pierre qui lui donna son bâton pastoral au contact duquel Sylvestre ressuscita. Dans une circonstance semblable, saint Martial avait également ressuscité saint Austriclinien à l’aide du bâton pastoral de saint Pierre.

Nos deux apôtres continuèrent leur route à travers l’Italie. Après avoir reçu l’hospitalité la plus cordiale chez un noble païen, ils furent sollicités par sa fille, du nom de Rodène , afin d’obtenir le baptême ; mais ils l’ajournèrent jusqu’à leur arrivée dans les Gaules.

A peine eurent-ils atteint Gabatum, aujourd’hui Levroux (1), dans le pays des Biluriges, qu’ils y prêchèrent l’Evangile.

Rodène ne tarda pas d’arriver auprès d’eux et reçut le baptême, mais elle devait épouser un jeune homme de noble origine, nommé Corusculus. Irrité du départ de sa fiancée, celui-ci se mit à sa poursuite avec une troupe de cavaliers armés. Il allait l’atteindre, lorsque Rodène, voulant avant tout sauvegarder sa foi, se mutila, avec des ciseaux, le nez, les lèvres et les oreilles et se présenta ainsi à son fiancé qui la repoussa avec horreur.

Sylvin, étant survenu, guérit en sa présence les blessures de Rodène dont les cicatrices môme disparurent.

Corosculus resta insensible à ce miracle et repartit avec ses cavaliers ; à peine avait-il fait quelques milles que leurs chevaux tombèrent sans force : eux-mêmes ne pouvant plus marcher, revinrent, en se traînant sur les genoux, vers les deux saints qui les guérirent et les baptisèrent. Corusculus passa le reste de ses jours à Levroux dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes (2).

Sylvin, célèbre par une foule de guérisons miraculeuses, tomba malade lui-même et rendit son âme à Dieu. Deux heures après la célébration de ses funérailles, saint Sylvestre et sainte Rodène rendirent aussi le dernier soupir. Malgré les ravages des Huguenots et des barbares de 1793, Levroux est encore en possession d’une partie notoire des reliques des trois Saints.

Du Saussaye nous dit que sainl Sylvin était invoqué contre le feu morbide qui portait son nom : Feu de saint Sylvin. C’est probablement

(1) ...In vico autem cui leprosi nomen eut. . (Sui.pice Sévère, De Vita S. Mari. 1012). Saint Martin de Tours, par l’intercession de sainl Sylvain, y guérit le seigneur du lieu, attaqué de la Lèpre. Ce fut alors que le nom de Gabatnm fut remplacé par celui de Leprorum Levroux.

(2) En français Couroux est indiqué, comme saint, dans plusieurs martyrologes et entr'autres dans celui de Châtelain. L’abbé Petin a copié Châtelain. Couroux figure également avec ce titre dans la table de la sixième édition des Petits Bollandistes ; mais il a été complètement rayé dans celle de la septième édition. Sur une liste des saints du Berry par leur naissance, leur vie ou leur mort, qui m’a été transmise par M. P Angonnet. secrétaire du Comité diocésain d’histoire et d’archéologie, on voit figurer saint Couroux. Quoi qu’il en soit, il est encore invoqué contre la stérilité des femmes dans plusieurs localités du Berry : à Gargdasse, à Reboursin, à Meillan ; également dans l’Indre, près du Blanc. C’est là que l’on gratte la statue du Saint qui est en pierre, puis on faitinfuseret boire la poussière pour avoir des enfants. D’après Catherinat, il reposait à Déols (Indre) et les hérétiques le nomment par mépris saint Greluchon.

la guérison d’un clerc de la ville de Toulouse, nommé Hugon, qui a été l’origine de cette invocation. Il était couvert de lèpre et avait visité un grand nombre d’églises, prié devant les reliques d’un grand nombre de saints, sans ressentir aucun adoucissement. Quand il arriva à Levroux, après avoir passé plusieurs jours et plusieurs nuits en prière devant le tombeau de saint Sylvin, il recouva une santé si parfaite et en fut si reconnaissant qu’il se consacra au service de l’église de Levroux où il remplit jusqu’à sa mort l’office de diacre.

Les trois Saints sont toujours en grand honneur dans la contrée. L’abbé Delarue, curé-doyen de Levroux, m’écrivait à la date du 6 juin 1878, qu’un grand concours de pèlerins a toujours lieu à Levroux. Ils viennent de la Touraine, du Blésois, des environs de La Châtre et des bords de la Creuse, principalement le cinquième dimanche après Pâques et le jour de l’Assomption. Ils invoquent spécialement saint Sylvin et saint Sylvestre, contre les Maux de gorge et les Cofivulsions des Enfants. Pendant tout le cours de l’année, le même curé reçoit des demandes de saluts, prières et évangiles à cette intention.

D’après la même lettre, les Pèlerins se rendent presque tous à la fontaine sainte Rodène, y puisent de l’eau et, détail assez bizarre, tiennent à mettre leurs têtes dans le trou d’une des pierres de l'enceinte de cette fontaine. On dirait, ajoute-t-elle, que ce trou n’a jamais été creusé à main d’homme , mais a été approfondi par ce contact de la tête des pèlerins. D’où l’on peut conclure que les maux de tête sont ceux dont on va chercher là le soulagement ou la guérison.

D’après l’abbé Damourette [Vie de tous les saints de France, premier volume, page 1024), la maladie dont guérissait saint Sylvin est appelée, dans les anciens actes, Ignis sancti Silvani (feu de saint Sylvin), Ignis Gehennalis (feu infernal).

Ce même abbé possédait le seul exemplaire connu d’un bréviaire de Bourges, imprimé en 1510, par l’ordre de Jean Cœur, archevêque de Bourges, fils du célèbre Jacques Cœur. On y trouve cette oraison contre les inflammations (on remarquera que saint Sylvin est appelé Zachée :

OtIATIO

Deus qui bentum silvaxum zachoeum vocare et cum eo liospitari dignatus es in terris, ipsumque coruscantem miraculis gloriosum oslendis in cœlis, prcsla, quœsumus, ut pro ejus amore sociorumque ejus , uanguores ignium sanare in membris vitiorum nostrorum flammas extingucre digncris. Per Dominum, etc.

[Les Bollandistes . — Pèlerinage de Possoz, de la Compagnie de Jésus.

Raynal, avocat général. — Les Vies Barthélemy).

onAison

Dieu qui avez daigné appeler à vous saint Sylvin Zachée et loger chez lui en ce monde et nous le montrer glorieux et brillant par ses miracles dans les cieux, faites, nous vous en prions, que vous daigniez, par amour pour lui et ses compagnons, guérir les souffrances des inflammations dans nos membres et éteindre les ilam mes de nos vices. Par Notre Seigneur, etc.

saint Sylvin de Levroux , par le Père — Histoire du Berry, par Louis de tous les saints de France, par Ch.

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