SAINT JÉROME (HIERONYMUS) DOCTEUR DE L’ÉGLISE
Ve SIÈCLE. — 420.
Patron des Etudiants et des Instituteurs. — Invoqué contre la Faiblesse
de la vue.
Il était né à Strido, ville de Dalmatie, de parents chrétiens, nobles et riches. Il s’appliqua d’abord aux sciences humaines. Puis il se livra à l’étude de l’Ecriture Sainte; enfin, son père l’envoya à Rome pour suivre les cours de grammaire et de rhétorique sous les célèbres professeurs Donat et Victorin. Jérôme fit les progrès les plus rapides à l’école de ces maîtres distingués. Suivant la tradition qu'il avait reçue de ses parents, il mena d’abord une rie chrétienne ; ensuite, comme il le raconte luimême, il se laissa aller à l’entraînement des passions, ce qu’il avoue avec de grands remords. Pour se perfectionner de plus en plus dans la connaissance des lettres, il parcourut les principales villes des Gaules, entrant en relations avec les savants et compulsant toutes les bibliothèques de cette contrée. C’est ainsi qu’il visita successivement Mayence, Strasbourg, Reims, Amiens, Arras, Tournai, Thérouannc, Lyon, Narbonne, Nantes, Toulouse et un grand nombre d’autres villes.
Il revint également à Rome, visita les Lieux Saints à Jérusalem, parcourut laThrace, le Pont, la Bithynie, laCappadoce et la Gilicie, séjourna àTharse, s’arrêta à Antiocheet finit par se fixer à Chalcis, dans une solitude de la Syrie, où, hors les moines qui l’habitaient, on ne trouvait que des bêtes sauvages, des serpents et des scorpions. Il s’y établit en compagnie.de ses livres qu’il avait emportés avec lui. C’estdans cette solitude qu’il eut cette vision célèbre dont il donne les détails dans son épître XXII0, adressée à la vierge Eustochie : « Je jeûnais, lui écrivait-il, et cepen- « dant, je lisais Cicéron ; je veillais et je pleurais mes péchés ; je ne
« laissai pas, après cela, de lire Plaute et quand, étant rentré en moi- « même, je jetais les yeux sur les Prophètes, leur style bas et inculte « me donnait de l’horreur. « Dans cette disposition d’idées, il tomba malade, fut ravi en esprit et présenté devant le tribunal du Souverain Juge. Ayant été interrogé qui il était, il répondit qu’il était chrétien. « Vous mentez, s'écria le juge, vous êtes un cicéronien et non un chré- « tien. » Il fut à l’instant rudement fustigé sur l’ordre du juge. Ce ne fut qu’après avoir fait serment, en présence de Dieu, qu'il ne lirait plus les auteurs profanes, que Jérôme fut rendu à la liberté et qu’il revint à lui. « Ce n’était pas un songe, ajoute-t-il en terminant sa lettre, je sentis « bieo, à mon réveil, que cela était une réalité, puisque je portais sur a mes épaules les marques des coups de fouet que j’avais reçus. »
Bien qu’il pratiquât les austérités les plus rigoureuses, il était souvent assailli par d’horribles tentations de la chair et il était transporté en esprit dans les assemblées des dames romaines.
Ce ne fut qu’après avoir passé les jours et les nuits à se frapper la poitrine, qu’après avoir jeûné des semaines entières qu’il retrouvait un peu de calme, et alors, « dit-il lui-même, il me semblait que j’étais parmi des chœurs d’anges où je chantais avec allégresse « : Seigneur, nous « courons après vous, à l’odeur de vos parfums. »
Les Ariens, qui connaissaient son mérite, ne l’épargnèrent pas dans sa retraite. Ils le poursuivirent par toute espèce de calomnies et de persécutions et le forcèrent en quelque sorte à abandonner sa solitude.
C’est alors qu’il vint à Antioche où il fut ordonné prêtre, dans sa trentième année, par l'évêque Paulin. Il séjourna quelque temps à Jéru salern, puis se rendit à Constantinople pour entendre saint Grégoire de Nazianze, et enfin à Rome, où le pape saint Damase le retint auprès de lui pour l’aider de ses conseils dans le gouvernement de l’Eglise. Ce fut à son instance que Damase fit chanter V Alléluia, selon l’usage de Jérusalem, et qu'à la fin de chaque psaume, on ajouta le Gloria. Patri, à l’exemple de l’église d’Antioche. Il corrigea les psaumes et la version des Septanle que le Pape fit ensuite chanter aux ecclésiastiques. lieu agit de même pour le Nouveau Testament. Sa traduction latine des deux Testaments a toujours été universellement admise dans l’Eglise.
Il composa aussi plusieurs ouvrages destinés à un certain nombre de dames romaines qu’il dirigeait dans les voies de la perfection chrétienne. Lorsqu’il eut séjourné trois ans à Rome, où la calomnie vint le frapper également, il s’embarqua et fit voile pour Chypre, d’où il se rendit à Antioche ; il retourna encore une fois en Egypte, visita les montagnes de Nitrie, reprit enfin le chemin de la Palestine pour se fixer à Béthléein. Sainte Paule accourut l’y trouver avec sa fille Eustochie et quantité d’autres vierges. Elle fit bâtir deux monastères, un d’hommes et un de femmes, à côté de l’église élevée sur la grotte où Jésus-Christ vint au monde. La cellule de Jérôme était sur le chemin qui conduisait au tombeau d’Archelaus. Il consacrait les jours et les nuits à la prière, à l’étude et au travail avec les autres frères du monastère. La retraite profonde dans laquelle il vivait ne l’empêchait pas de remplir les devoirs d’hospitalité envers les nombreux pèlerins qui étaient recueillis dans un hôpital fondé par sainte Paule. Il les consolait, leur lavait les pieds et les servait à table.
Saint Jérôme devait encore être persécuté par le patriarche de Jérusa-
lem dont notre Saint avait condamné quelques doctrines également condamnées par l’Eglise romaine.
C’est à cette époque qu’il entra en relations avec saint Augustin qui le consulta aussi sur plusieurs difficultés importantes de la théologie.
Malgré la faiblesse de sa vue, il n’en continua pas moins, jusqu’à sa mort, à écrire de nombreux ouvrages, soit sur divers points de doctrines, soit contre les hérésies qui éclataient de toutes parts. Cette altération de ses yeux a été l’origine de l’invocation qui lui est adressée contre la Faiblesse de la vue. A cause de cela, quelques artistes, en le représentant, ont placé des lunettes à côté de lui.
Il ne dédaignait pas de s’abaisser jusqu’à enseigner les petits Enfants. D’après une de ses lettres, il avait prié sainte Paule de lui envoyer sa petite fille, aün de lui apprendre à servir Dieu et à imiter la piété de sa grand’mère dont elle portait le nom. Ce sont plusieurs faits de ce genre et ses nombreuses lettres, si remarquables par leur science et leur doctrine, qui ont été sûrement le point de départ du patronage des Etudiants et des Instituteurs.
Il mourut dans la quatre-vingt-unième année de son âge. Son corps, enterré dans la grotte de Béthléem, fut plus tard transporté à Rome dans l’église de Sainte-Marie-Majeure, près de la chapelle où se conserve la sainte crèche.
« La qualité de très grand docteur , disent les Petits Bollandistes. ne « peut être refusée à saint Jérôme; l’Eglise romaine la lui accorde solen- « nellement dans l’oraison de son office, comme une différence particu- « lière pour le distinguer des autres Pères qui ont défendu ou enrichi « l’Epouse de Jésus-Christ par leurs écrits. »
Saint Jérôme est ordinairement représenté dans le désert au milieu de ses livres, priant devant un crucifix, se frappant la poitrine avec une pierre ; à ses pieds, on voit une tête de mort ou bien une trompette, ou encore un chapeau de cardinal. Il porte même quelquefois le costume de cette haute dignité. On place invariablement un lion à ses côtés.
Le crucifix rappelle ses fréquentes méditations sur la Passion de notre Sauveur. La pierre est l’instrument dont il se frappait la poitrine pour expier ses anciennes faiblesses et pour lutter contre ses nouvelles tentations. La tête de mort indique les longues heures qu’il passa à méditer sur sa fin dernière. La trompette rappelle le jugement dernier auquel il assistait si souvent en esprit. C’est par erreur qu’on le représente avec le costume ou les insignes de cardinal. Baronius lui refuse ce titre absolument. Dans Ciacconius , les cardinaux n’apparaissent qu’à la fin du VIP ou au commencement du YIIP siècle. Ce qui a donné lieu d’attribuer cette dignité à saint Jérôme, c’est la haute estime dans laquelle le tenait le pape saint Damase qui l’avait fait venir près de lui et le consultait dans les affaires de l'Eglise les plus importantes. Quant au Lion, quelques auteurs croient que, pour cette attribution, on a confondu saint Jérôme avec saint Gerosime. Cet abbé de Palestine s’étant retiré dans une solitude pour expier ses défaillances dans la foi, avait retiré une épine de la patte d’un lion qui resta à son service. D’autres interprètes expliquent le lion de saint Jérôme par celui de saint Marc. Comme cet évangéliste, disent-ils, a un lion à ses pieds, parce qu’il commence son évangile par la prédication de saint Jean-Baptiste, qui était comme
le rugissement du lion dans le désert ; on devait également en attribuer un à saint Jérôme qui avait été une des plus grandes voix entendues dans le désert, tant par ses cris de repentir que par ses imprécations contre ses propres fautes et celles du monde.
(Petits Bollandistes. — Abbé Barraud (1).