‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vieChapitre 399 sur 724 · SAINTE THÉRÈSE, RÉFORMATRICE DU CARMEL · texte numérisé non relu

SAINTE THÉRÈSE, RÉFORMATRICE DU CARMEL

xvi' siècle. — 1515-1582

Invoquée pour obtenir la Grâce de l’Oraison. — Patronne des Galonniers.

Dès ses plus tendres années, Thérèse brûlait déjà de l’amour qui, plus tard, devait l’embraser tout entière. A l’àge de sept ans, comme elle avait lu la Vie des Saints avec un de ses jeunes frères, la gloire et la récompense des martyrs les impressionnaient si vivement tous les deux, qu’ils se mirent immédiatement en route pour le pays des Maures, où ils espéraient bien conquérir la palme et la couronne des bienheureux. Ils étaient à une demi-lieue d’Avila, lieu de leur naissance, quand ils furent rencontrés par leur oncle qui les ramena à la maison.

Thérèse perdit sa mère à l’âge de douze ans. Heureusement comme elle avait une grande dévotion pour la sainte Vierge, elle alla se jeter toute en larmes au pied d’une de ses statues et se mit sous sa protection. Néanmoins, pendant quelque temps, ainsi qu’elle le raconte elle-même, elle faillit s’éloigner de sa vocation. Elle employait, contre le gré de son père, les heures du jour et de la nuit à lire des romans de chevalerie. Elle commençait à soigner sa toilette, à prendre soin de ses mains et de sa coiffure ; elle aimait les parfums, elle s’adonnait aux autres vanités, mais elle ne pensait pas qu’il n’y eut aucun mal à tout cela. Elle recevait en outre des visites de ses cousins germains qui l’aimaient fort et l’entretenaient de discours frivoles. Elle se plaint surtout du tort que lui fit une parente qui l’initiait continuellement à tous les charmes de la vie mondaine.

Ce fut alors que son père, appréhendant les dangers de cette situation, la mit dans un monastère où elle ne resta qu’un au et demi. Etant tombée gravement malade, on fut obligé de la mener à la campagne chez sa sœur où, ayant lu les épitres de saint Jérôme, elle résolut de déclarer à son père son dessein d’embrasser la vie religieuse. Dès que sa santé se fut un peu améliorée, elle entra dans le monastère de T Incarnation, de l’Ordre de Notre-Dame du Carmel.

Dans sa vie écrite par elle-même, elle fait une digression très étendue sur l’Oraison et sur les nombreuses grâces qu’elle finit par conquérir au milieu des épreuves et de luttes incessantes.

« Sur vingt-huit ans écoulés depuis que je commençais à faire orai- « son , dit-elle, j’en ai passé plus de dix-huit dans ce combat et cette * lutte d’une âme partagée entre le ciel et la terre. »

Plus loin, elle dit encore :

« Mais très souvent, hélas ! et pendant des années entières, je me « préoccupais moins d’utiles et saintes réflexions que du désir d’enten- « dre l’horloge m’annoncer la fin de l’heure consacrée à la prière. Bien « des fois, je l’avoue, j’aurais préféré la plus rude pénitence au tourment « de me recueillir pour l’oraison. »

La Mère de Blémur (vol. IV, p. 95) ajoute :

« Ainsi, excepté après la sainte communion, elle n’osait s’engager a « prier qu’elle n’eut un livre, n’appréhendant pas moins de demeurer « en oraison sans cette assistance, qu’un homme craindrait de s engager « à combattre seul contre plusieurs. »

Il est facile à comprendre pourquoi les personnes que des sécheresses

QUINZE OCTOlîRE, SAINTE THÉRÈSE.

douloureuses empêchent de converser directement avec Dieu, implorent plus particulièrement sainte Thérèse pour obtenir la grâce de l’oraison.

Après avoir surmonté tous les obstacles, elle devint le type le plus accompli de l’union de l’âme chrétienne avec le divin Epoux Jésus-Christ. Renonçant pour toujours à toutes les vanités de ce monde, elle voulut remplacer le nom illustre de sa famille par celui de Thérèse de Jésus. Pendant sa première extase, Notre Seigneur lui annonça que désormais il ne voulait plus qu'elle conversât avec les hommes. Puis il se révéla peu à peu à sa servante. « Il lui montra d’abord ses mains (1). » « La grâce « en est si saisissante, dit la Sainte, que je n’ai point de termes pour la « peindre. » Puis, sa divine figure, enfin sa très sainte humanité dans toute la beauté et toute la majesté de la résurrection.

C’est alors qu’elle répétait souvent : « Seigneur , ou souffrir ou mourir. »

Une autre fois, elle aperçut un ange à côté d’elle. « Je voyais, dit- « elle, dans les mains de cet ange, un long dard qui était d'or et dont la « pointe en fer avait à l’extrémité un peu de feu. De temps en temps, il « le plongeait au travers de mon cœur et me laissait toute embrasée « d’amour de Dieu. »

C’était là le prélude de ses fiançailles mystiques avec son Divin époux. Le 18 novembre 1572, au moment où Thérèse allait communier, Notre Seigneur lui adressa ces paroles : « Regarde ce clou, c’est la marque et « le gage que dès ce jour tu seras mon épouse : jusqu’à présent tu ne « l’avais1 point mérité. Désormais tu auras soin de mon honneur, ne « voyant pas seulement en moi ton Créateur, ton Roi et ton Dieu, mais « encore te regardant toi-même comme ma véritable épouse. Dès ce « moment mon honneur est le tien et ton honneur est le mien. »

Thérèse était donc admirablement préparée pour opérer la réforme de son ordre, selon la règle primitive que Notre-Seigneur lui-même lui avait prescrite et pour laquelle la sainte Vierge et saint Joseph étaient venus eux-mêmes l’encourager dans une admirable apparition. Après des tribulations sans nombre, autorisée par ses supérieurs et par un bref de Pie IV. elle avait pu fonder à Avila le premier couvent des Carmélites déchaussées, sous le vocable de saint Joseph, qui l’avait délivrée d’une contracture des membres. Ce fut en Europe le premier sanctuaire dédié à saint Joseph et le berceau de cette dévotion pour le saint patriarche qui n’a fait que grandir depuis sainte Thérèse à laquelle on en doit la pieuse et glorieuse initiative.

Avec le concours de saint Jean de la Croix, elle étendit aux religieux les bienfaits de la Réforme. Luttant sans cesse dans toute l’Espagne contre des obstacles de toute espèce, faible et sans ressources, elle parvint a fonder trente-deux monastères : dix-sept de Carmélites et quinze ne Larmes déchaussés. Le schisme qui, à cette époque, dévorait la rrance, fut, comme elle le-dit elle-même, le principal mobile de cette grande œuvre: « Les calamités dont les protestants inondaient la France, « vinrent a ma connaissance. Profondément affligée, je pleurais avec « Notre-Seigneur... Je le suppliais qu’il lui plût de remédier à un si

giand mal. Il me semblait que j’aurais donné volontiers mille vies

(1) Le Pèlerin, journal rr 30i.

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« pour le remède d’une seule de ces âmes qui se perdaient en si grand « nombre dans ce royaume.... » Puis s’adressant à ses sœurs: « O mes « sœurs en Jésus-Christ, il faut que par nos oraisons, nos jeûnes, nos « larmes, nous donnions à d’autres lumière et force, de sorte que nous « prêchions avec le prédicateur, nous argumentions avec le docteur, « nous combattions avec le soldat et qu’ ainsi nous étendions la foi catho- « lique. Il faut que nos monastères soient pour l’Eglise un aide perpé- « tuel et pour les âmes des avocats des médiateurs auprès de Dieu. »

Sainte Thérèse fut singulièrement favorisée par la grâce des miracles. Nous n’en citerons qu’un seul. Pendant la construction du premier couvent de la réforme, un pan de mur s’étant écroulé, écrasa en tombant un jeune enfant, Gonsalve de Ovalle, neveu de la Sainte. Thérèse se mit aussitôt en prières et après l’avoir pris dans ses bras le rendit vivant à sa mère.

Cette grande sainte mourut à Albe, le jeudi 4 octobre 1582, à l'âge de soixante-sept ans, trop tôt pour qu’elle ait eu le temps de venir fonder un nouveau Carmel en France (1) ; mais si notre pays n’a pas vu Thérèse, il la connaît par ce qu’elle nous a laissé d’elle-même : ses filles et ses livres. Peu de temps après sa mort, l’élite de ses filles quitta l’Espagne pour venir à Paris : et la France la première, môme avant l’Espagne. IKissèdo, grâce au Père Marcel Bouix, l’édition complète de ses livres. A ce sujet, le pape Grégoire XV, dans la bulle de sa canonisation, dit que « non-seulement elle laissa dans l’église de Dieu les exemples de ses « vertus, mais qu’elle l’arrosa en même temps par autant de sources « fécondes qu’elle nous a légué d’écrits sur la théologie mystique et « autres sujets écrits dont les fidèles retirent les fruits les plus abon- « dants et qu’ils ne sauraient lire sans sentir s’allumer clans leurs âmes « un désir ardent de la céleste patrie. »

Saint Pierre d’Alcantara et saint François de Borgia tinrent en grande estime sainte Thérèse , et saint Jean de la Croix fut son collaborateur. Joseph de Maistre la classe parmi les grands hommes et un visiteur apostolique disait : « Je pensais que c’était une femme, mais il n’en est « pas ainsi : c’est un homme et des plus hommes que j’aie rencontrés. » Elle avait néanmoins un charmant caractère ; elle était gracieuse, avenante et attirait à elle tous ceux qui l’approchaient.

Dans le couvent de Alba de Thormès, diocèse de Salamanque, on conserve précieusement le cœur de sainte Thérèse dans un vase de cristal. Les religieuses se font un devoir de le visiter de temps à autre. Or, en 1836, la nuit du 18 au 19 mars, après Matines, sœur Paule qui le visitait fut grandement surprise d’y voir deux petites pointes qui depuis ont progressivement grandi, connue deux épines longues de deux pouces. Plus tard, d’autres épines ont surgi de ce cœur momifié ; maintenant on en compte quinze depuis plusieurs années.

Grande fut l’émotion générale à l’annonce d’un tel prodige. Les savants, les médecins les plus incrédules ont constaté le fait; il est donc irrécusable. Quanta l’expliquer, les uns se sont récusés, les autres l’ont reconnu vraiment surnaturel. Rome ne s’est pas prononcé, mais un pieux auteur ne craint pas d'affirmer que ces épines, croissant sur le cœur de sainte Thérèse, toujours brûlant d’amour de Dieu, nous ensei-

(1) Univers, 12 septembre 1880.

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gnent la nécessité de la pénitence et que ce nombre de quinze nous insinue de recourir à Marie par la salutaire dévotion du rosaire, remède parfait contre toutes les misères de notre monde corrompu. ,

Il est probable que les Carmélites, à l'époque de notre Sainte, s occupaient de la confection des ornements d'église, comme elles le font encore aujourd'hui. Ce serait là l’origine du patronage des Galonniers de Manrèse réclamé par eux dans cette strophe d’un cantique castillan (Gozos) :

En la iglisia del Carmelu De la ciudad de Manreta

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