PYRENEES
ces rives de l'Adour offrent aux cœurs inquiets un asile de paix profonde, un lieu de calme, d oubli et de sérénité.
Sophie Cottin, sous le turban jaune de Corinne, y vint fluer ses larmes en plusieurs volumes. Ramon y murmura, au lendemain de la Terreur, cette parole émouvante que cite Michelet « Tant de pertes irréparables pleurées au sein de la Nature ! »
Les majestueuses cimes encadrent l'horizon d'une muraille d'améthvte et de lapis, de sommets que hantent les vautours et qu habite l'indéfectible hiver. Mais la plaine est à leurs pieds, d un charme infiniment doux, avec je ne eais quel agrément sauvage qui préserve de toute fadeur ce climat délicieux. Oui la connu, aimé, aux heures de la jeunesse, qui, libre d ambition, exempt
de soucis et gonflé de sève comme les tilleuls de Messidor a, sous leurs dômes pacifiques, goûté l'enivrement du matin, la beauté païenne, les soufiles vierges de la montagne, en rapporte — je le sais! - pour les heures mornes et le crépuscule de la Vie, une allégresse qui ne meurt pas. Tels ces pastours des contes bleus qui, sur le coup de minuit, à la Saint-Jean d'été, ont reçu d'une fée amicale, sous les branches odorantes, le philtre suprême, 1 élixir de jouvence éternelle et d indestructible amour.
Baqnèrcs-de- Bigorre, le i a juillet 1914-
p. i5. — « Le lendemain de la Noël, mené dans le sanctuaire... »
PaOSE DE LASNE
Orientis partibus Advenhivit Asinus Pulcher et foriissimus, Sarcinis apfi^^shvns.
liez ! sire .\sir>, cnr chantez Belle bouche rechignez, Vous aurez du foin assez Et de l'a veine à plantez.
Lentus end pedibus Nisl foret hncuJus Et euin in clunlbus Pungeret aculeus.
Hic in coUibas Sidieni Jam ntitritus siib Ruben, Transiit per Jordcmem, Saint in Bethléem.
Ecce magtiis auribus Subjugalis filius Asinus egregius Asinorum dominus.
Saltu, vincit hinniilos Damas et capreolos, Super dromedarios Velox Madianeos.
Aurum de Arabia,
Thus et myrrham de Saba,
Tiilit in Ecclesia
Virtus asinaria.
Dum trahit véhicula Multa cum sarcinuhi, JUius mandibula Dura terit pabula
Cum arisiis hordeum Comedit et carduuni ; Triticum e pcdea Segregat in area.
Amen dicas, Asine.
(hic geau fleclebalur) Jam satur de gramine :
Amen, amen itéra Adspernare vetera!
Hcz va 1 Hez va ! Hez va, liez !
Bicix sires Asnes, Ccir allez, Belle bouche, car chantez.
?\Is. du iiii' siècle, ap. Ducange-GLOSSAR.
Tel usage — usage héréd' taire, conservant jusqu'à nous les traditions du polythéisme — ressuscitait pendant la trêve de Noël. Cutre autres, la Fête des Fous, la Messe de l'Âne, la Danse des ilorls, qui, jadis, eurent place à côté de la liturgie orthodoxe.
Pompes bizarres ! Nulle n'est plus caraclérislique, plus traditionnelle, plus véritablement religieuse que li Fête de l'Ane, dont voici quelques traits.
Cette réjouissance fut, jicudant vingt siècles, le corollaire indispensable de la Aati\itc.
Si, comme le soutient Chamfort, il n'est jours plus mal employés que ceux où l'on n'a point ri, nul temijs ne fut perdu à l'égal du Moyen-Age. Entre le dogme religieux et l'autorité civile, tousdeux absolus, indiscutés, une langueur sans nom pesa sur l'homme dos champs comme sur le bourgeois des villes. Aucune diversion, nu! voyage, sinon pour ces Croisades que le tempérament goguenard de la France dénigrait, même au temps de Rutebeuf.
Malgré la .splendeur féodile, malgré les pompes de l'Eglise et la vigueur de sa foi, le Moyen-Age dépérissait d'ennui. ' •
A cette époque, dit Brière de Boismont, le suicide envahit le? monastères. Le ])etil nombre fiitlOcs, la force du sentiment chrélicn, la vie cénobitique, 1.' laslo s( i.-n-'urîal ne défendaient aucunement les rices médiévales contre ï'acedia, précurseur du sphi^n. ilonl Cîssien, dans son Esprit de Tristesse, a, le premier, décrit la marche, les symptômes et les .'inisircs effets.
Le Moyen-.\ge se mourait d'ennui. Si le clergé, maître omnipctent des consciences, n'eût parfois donné carrière à ce besoin de gaité qui est le « propre de l'Homme », cette mélancolie eût saiu doute éclaté en sinistres orages.
Mais, par bonheur, le Prêtre sut faire la part de l'humanité, alléger, pour quelques instants, la charge de croyances et de labeurs dont le monde était alors accablé.
De là, ces réjouissances dont le sens échappe au scepticisme contemporain, dont l'hilarité rudanière offusque notre goût indiîfén-nt et cultivr. 1 .Uhr'^. pnnr un imir. hors lie l'obédience cléricale
APPENDICE 8:i
uns aïeux moins lilascs, chômaient avec une allégresse de captifs ces heures brèves, ces heures de liberté précaire et de détente puérile entre les murs. d'une prison.
Parmi tant de solennités, incompréhensibles à la foule et dont quelques-unes se faisaient juste assez intelligibles pour lui briser le cœur, Noël fut, de tout temps, une exception bienvenue.
Ce jour-là, jour de joie humaine, le foyer domestique avait sa juirt de liesse et de vénération.
La même bûche qu'al'uniait à l'autel des Pénates le Romiin lien l>ensant, le feu qu'Alhcnes gardait, brûlant et pur, au foyer, égayaient, à présent, de flammes roses la vigile de Bethléem.
Un vaste repas groupait la famille entière, conviait à l'oubli des haines, des griefs passés.
Tant de douceur pénétrait les âmes, qu'un lot de bénédictions était offert aux bêtes elles-mêmes. L'Ane surtout, ce compagnon laborieux, l'Ane patient, l'Ane docile et sobre, l'Ane qui, dans retable, réchauffa le Nouveau-né, avait un rang d'élection parmi les animaux domestiques. Un offlce au grand complet se disait à .*a louange.
Et dans la bêle humiliée autant que débonnaire, le pauvre serf iiilreAoyail son image, buvant à la coupe de la fraternité.
l>onr, après la messe de minuit, un baudet, conduit à l'église processionnellemeut, s'installait dans le chœur. Un prêtre en chasuble d'or offrait itérativement le sacrifice, tandis que les assistants répondaient aux oraisons prescrites, pir le hi-han du roussin :
Hez ! sire asnes, cor chantez, Belle bouche rechignez, \'oiis aurez du foin assez Et de l'avoine à plante::
i Ml. ' ' Rituel — chacun pliait li- i.''iiuii. »
Les encensoirs des thuritéraire? en\oyaient au Ixiiuiel un honimitre lie parfums, cependant rpie le préchantie entonnait, au lutrin, li j)rosc coutumière.
C'est, en latin barliare, un panégyrique du « coursier aux longues oreilles », du palefroi de basse-cour :
« Des confins de l'Orient — clopin-rlopant, advint l'Ane, — superbe et robuste aussi — avec des sacs sur le dos.
u Voici, les oreilles hautes — voici le fils lourd bâti — l'Alton eç/régore qui ■ — est vraiment le roi des Anes.
« Sa course égale en vitesse — la biche et le daim fuyard; — 41 passe les dromadaires — véloces de Madian. »
La tempérance, verlu fondamentale du héros, n'est point omise :
« Traînant plus d'un véhicule — et les sacs pleins jusqu'au bord — ses frugales mandibules — triturent de durs festins.
« L'orge brut, dans son épi — l'Ane broute le chardon — mais, ■sur l'aire, il sait choisir — le froment pur, hors du chaume. »
Suit le mandat k évangélique » OÙ Iriomphent tant de courage el d'iiumilité :
« Encens, baumes précieux ■ — et la myrrhe de Saba, — c'est l'asinaire vertu ■ — qui vous porta dans l'Eglise. »
Ce chant discors et bigarré a pour coda une strophe de grande allure. Mouvement lyrique fort au-dessus des couplets dont le principal mérite provient des timbres assonnés et des rythmes imprévus, — toutes choses qu'une traduction, même littérale demeure impuissante à révéler. ;
AMEN, dis .\MES, Bourrique :
Déjà repu de gramen.
Réitère cet amex
Et fléd'iigne le passé !
Miclielet admirait ici, une Marseillaise primitive, un cri de ralliement pour les gueux en quête de Iwiiheur et de fraternité. Ainsi, gardé par le Christianisme latin, le culte asinaîre ne semble jurer avec les dédaigneuses fêtes d'icelui qu'aux yeux d'une trop légère observation. C'est, en effet, chose de tous connue que le •Christianisme hérita des cérémonies païennes : théories, encensements, prosternations, offertoires, aspersions lustrales et absoutes, -dont il orna la pauvreté de sa théogonie.
Venu d'Egypte avec l'africaine Isis, mêlé aux rituels orgiasliques des dieux adolescents chers à l'.Vsie Inférieure, l'Ane figurait avec gloire dans ces religions obscures qui, même aux jours triomphants de la Rome impériale, préparaient dans l'ombre l'éclosion d'un dieu nouveau. Tandis que la belle courlisine, lasse de plasir et d'adoration, cherchait
...un esprit indulgent à qui tendre L'ardente et lourde fleur de son dernier amour,
on voyait les prêtres de Cybèle promener sur le roussin hiératique un simulacre de la déesse, vendre force indulgences et gris-gris,
selon une pratique florissant encore, de nos jours.
.Von moins vivace qu'.Adonis et plus sournois, dura {et dans l'Antiquité et dans le Moyen-Age) l'autre démon qu'avait dompté
le prophète Balaam, le rusé Belphégor de Syrie aux longues oreilles, J'.ine du vin de la lascivité, indomptablement priapique
Le goût des siècles fcodnux pour les bêles monstrueuses accueillit aisûmenl le grison (]uo iml dilluslri-s molifs recommatul.iipnt ;"i sa curiosité.
Non content de le conduire à l'aulcl, il en orna les enseignes,. \c- sculpti sous mille formes, entre «l'Oison ferré », « l'Ours qui \ iclle » et la « Truie qui file ». Plus tard, quand l'esprit de Il Renaissance mit un terme aux voluptés grossières des époques naïves, Cervantes emprunta son Baudet à la Fête de l'Ane. Su/ celte monture, il conduisit le bon Sancho à l'immortalité.
De nos jours, leS' Fêles de l'Ane ne vivent plus que dans la mémoire du liseur.
La Nef des Fols, où si volontiers le x\' siècle embarquait sa né\rose, a mis ses passagers en terre ferme, sans que nul chaperon, à clochettes les distingue du premier venu. Papa fatiiorum incensahitur cum boiidino, prescrivait l'antique formulaire. Ouasimodo, présentement électeur, déclinerait ces familiarités.
Seule et toujour.s victorieuse, la Danse des Morts poursuit son bruile à travers l'IIumanilé. Chaque heure qui tinte, chaque année qui s'efface, marque le pas de la blôme farandole. En attendant que vienne son tour, le sage se divertit aux grimaces pitoyables, aux lâches contorsions des macabres danseurs.
P. 17. — (( Fabie clEiïlantiiie en face de la Convention, déduisit son rapport... »
L'année républicaine commençait au surlendemain de la victoire de Valmy, le 22 septembre 1792, jour de la proclamation de la
République et de réquinoxe d'Automne. Ce fut le i" vendémiaire. Le 20 septembre i7o3, Fabie d'Eglantine expliquait à la Convention les motifs qui l'avaient inspiré, quand il eomposa les noms des douze mois :
« >'ous avons clierehé à mettre à profit l'harmonie imitative de la langue dans la composition et la prosodie de ces mots, dans le mécanisme de leurs désinences; de telle manière que les noms des mois qui composent l'automne prennent leur étymologie, le premier, des vendanges qui ont lieu de septembre en octobre : ce mois .se nomme Vendémiaire ; le second, des brouillards et des nature d'octobre à novembre : ce mois se nomme Brumaire ; le brumes basses qui sont, pourrais-je dire, la transsudation de la troisième du froid, tantôt sec, tantôt humide, qui se fait sentir de novembre en décembre : ce mois se nomme Frimaire.
« Les trois mois de l'hiver prennent leur étymologie : le premier, de la neige que blanchit la terre, de décembre en janvier : ce mois se nomme Nivôse ; le second, des pluies qui tombent généralement avec plus d'abondance de janvier en février : ce mois se nomme Pluviôse ; le troisième, des giboulées qui ont lieu, et du vent qui vient sécher la terre de février en mars : ce mois s>« nomme Ventôse.
« Les trois mois du printemps prennent leur étymologie : le premier, de la fermentation et du développement de la sève de mars en avril : ce mois se nomme Germinal ; le second, de l'épanouissement des fleurs d'avril en mai : ce mois se nomme Floréal; le troisième, de la fécondité riante, de la première récolte, en mai-juin, des prairies : ce mois se nomme Prairial.
« Les trois mois de l'été, enfin, prennent leur étymologie : le
)iremier, de l'aspect des épis ondoyants et des moissons dorées qui couvrent les champs de juin en juillet : ce mois se nomme Messidor ; le second, de la chaleur tout à la fois solaire et terrestre qui embrase l'air de juillet en août: ce mois se nomme Thermidor; lo troisième des fru'ts que le soleil dore et mûrit d'août en septembre ; ce mois se nomme Fructidor. Ainsi donc, les noms des mois sont : Automne : Vendémiaire, Brumaire, Frimaire ; Hiver : Nivôse, Pluviôse, Ventôse ; Printemps : Germinal, Floréal, Prairial ; Eté : Messidor, Thermidor, Fructidor.
« Il résulte de ces dénominations, ainsi que je l'ai dit, que par le seul fait de prononcer le nom des mois, chacun sentira parfaitement trois choses avec tous leurs rapports : la saison où il se trouve, la température et l'état de végétation. C'est ainsi que, dès le premier nom de Germinal, il se représentera sans effort, par la terminaison du mot, que le printemps commence; par la construction et l'image que présente le mot, que les agents élémentaires travaillent; par la signification du mot, que les germes se développent ».
Lv ji st'ptcrnbie, éqiiiiio.XL', t-quilibrc. Libra. La ba lance. Suivent Ja remarque de Romme, ce fut sous ce signe de la justice et de 1 ■égalité que la République fut proclamée. Une constellation préconisa l'ère nouvelle.
P. 2-. — « C'est VEglogue à Paillon... »
PoUio (Egl. iv)... Plan d'éducation d'après les âges de l'Homme :
i** Pr.tMiÈRE ENFANCE (la Aursery, La Crèche. La déesse Levana : Cf. Quincey, apud Baudelaire : Paradis artificiels) :
Tu modo nascenti, puero...
Costa, fave, Lucina...
2° Deuxième enfance (l'Histoire. Le précepteur) :
divisque videbit Permixtos heroas et ipse vidcbitur illis. L'enfant ne doit rien faire :
...nulle muiiusciila cultu.
3" Adolescence, Jeunesse. (Le Combat pour Téquité ) :
Pauca tamen suberunt priscœ vesti(iia frauda' ... erunt etiam altéra bella.
4° Age mur (Suppression du labeur forcé, du struggle for life, également néfaste pour le vainqueur et pour le vaincu. Loisir et dignité) :
Hinc, ubi jam firmata virum te fecerit aetas,
Cedet et ipse mari vector
5° Vieillesse (Justice patriarcale). Le demi-dieu législateur : P'aînos, Faunus, pithécanthrope évolué, instruit par le Temps, Saturne. En lui s'incarne le Roi de la Justice, Dharma-Radjah, — ?tormœ-Rex. Cf. Les
Aiicii'Jis assis aux po!l"< de la \illr. <iir des pierres polies, dans Homère
Aggredere o inagnos — adest juin ieinpus — honores.
6° Quelques symboles. Entendre aussi de l'Humanité chacune de ces œuvres. Sœcio ierrarum (Lucrèice). Irrégularité des Jeux Séculaires. Le Carmen, exécuté à des intervalles arbitraires (ccrtus undenos decies per annos), encore qu'il atteste le Soleil immuable : aime Sol ! Absurdité de la période centenaire. Les idées &e renouvellent tous les trente ans.
7° Enfin, La Justice (Astrée) :
Jani redit et Virgo, redeunt Saturnia régna.
(La Vierge céleste. Egypte. Chaldée). Cf. Apulée. Isis. Notre-Dame. L'Immaculée (Perse). Retour à la fraternité du Lalium).
J(ini nova progenies cœlo dimiititur alto.
Dimitiilur. Avataratl. Avatar. Descente de Wichnou :
Quand la justice languit, quand l'injustice se lève, alors je me fais moi-même créature et je rénais, d'âge en âge, pour la défense des bons, pour la ruine des méchants et le rétablissement de l'équité (Baghavad-Gita) .
Cf. Salomon Reinach, Cultes, mytiies et religions, t. ii,
APPt.NDICE 93
cap. IX. Uorph'isme dans la iv*" églogue de Virgile. Interprétation romaniste (Carlault) et interprétation orientalislc (.Sabalier).
.1 D'iino manière générale, on peut dire que les exégètes de la IV' églogue se répartissent en deux groupes que nous appellerons pour abréger, les romanistes et les orientalistes. Les uns font appel à l'histoire romaine (début de la seconde moitié du ,er siècle) ; ils veulent que Virgile ait écrit un poème plein d'allusions politiques, des « vers .pieux, sur commande » comme Veuillot disait d'Horace, "avec des réminiscences d'Hésiode et de Théocrite, pour terminer le tableau et l'encadrer. Les autres, soupçonnent, avec plus ou moins de précision, des influences orientales, en particulier celle du messianisme juif qui était alors ^en pleine effervescence et- où l'attente, suivant le mot de Renan, allait créer son objet. .\. ce groupe d'interprètes appartient l'empereur Constantin qui, dans son discours .4d Sanctorum cœtnm, conservé par Eusèbe, intercala une traduction grecque de la rv* Eglogue, parce qu'il y reconnaissait avec beaucoup de chrétiens de son temps, l'annonce de la venue du Sauveur. Dans l'antiquité, comme de nos jours, l'interprétation orientaliste a surtout tenté les esprits disposés au mysticisme. L'explication romaniste a pour elle les esprits positifs qui se méfient, non sans raison, d'un mot vague comme celui de pressentiment et de ce qu'il implique, à vrai dire, de q;i .si surnaturel ».
Salomon Reinach, loc. cit.
P. 28. — (( La Grèce avait déjà fourni le tvpe de cette pédagogie heureuse... »
... gymnastique et musique, le rythme et le mouvement n. (Bible de l'Humanité, liv. 1, chap. m. L'Education. L'Enfant).
Hermès, Siirya-meia. le médiateur de Siirya, est le dieu des échanges. Crépuscule : échange de la nuit et du jour ; psychopompe de la vie et de la mort. Au gymnase, l'adolescent, guidé par lui, passe de l'enfance à la \ irilit<;. Plus tard, musicien, trafiquant, orateur, athlète, à l'agora, dans les festins, au marché, dans l'arène, il obéit encore aux lois d'Hermès ; il se réclame de ses dons pour vaquer aux échanges de la pensée ou de la richesse, du négoce ou de la poésie.
P. 29. — La cité républicaine, maîtresse de ses propres lois...»
Chant de Callistrate : Sous ces myrtes en fleurs, y'oî cnchf mon jioiçinnrd. T.iiprade).
Ev llCioto-j x/.aôl to V-'-io; '.poor^'icj
'QCTÎEO ^\pao8'.OÇ •/. Açi'.CTQVî'.TWV
oT A6T|Vaîr,ç £v à'Ji'la'.r avôoa -T'jpavvov "I--aoxov îxTa'.vèrrv
.\'.£'. 'jowv x/.Éo: ï'^'jt'x: /.x~ aî'.av <l"."/.TaO" .Apv.ôo'.î x' AccTÔyslTov, fj'.: -.'yi T'jozvvov xTxvÉTrjv, '.Tovou.'jjç -.' .\ÔT,vaç
P. 35. — « Le Soleil détermine à la fois le rythme des saisons et l'ordonnance de la vie sociaie... »
La plupart des fêtes que n'ont pu laïciser les temps nouveaux (si pauvres d'ailleurs en nouveautés !i gardent encore leur physionomie et quelques-uns de leurs caractères primitifs pour des raisons qui n'ont rien de commun avec les dogmes dont elles forment la parure et l'illustration.
Presque toutes remontent à des époques beaucoup plus hautes que celles où furent codifiés, mis en ordre, adaptés à la culture et au goût moderne, les songes métaphysiques, les préceptes moraux qu'elles embellissent de pompe ou de gaieté.
I>ans le Christianisme nnlamment iiui, sous dix erses rubriques, prolestant, grec ou romain, rallie en Europe et soumet à sa domination tous ceux que préoccupe la rêverie sacrée, il n'est pas douteux que les fêtes soient antérieures et de beaucoup aux légendes évangéliques.
Rites agricoles, symbolisme naïf des saisons et des jours, exorcisme de la tempête, glorification du beau temps ! Sous la draperie auguste et les ornements infinis que les siècles ont ajoutés à la trame grossière des solennités primitives, se retrouvent le culte du Soleil, les terreurs de l'Homme à peine évolué, devani l'Orage, la >"uit, les phénomènes qui menacent la vigne,- les blés en herbe, la nourriture en Heurs. Combien d'hymnes, d'antiennes compli(juées, savantes, hérissées de théologie et de « doctes emphases i>, de broderie et de surcharges parasites, ont pour trame et (M>ur squelette ces préoccupitions naturalistes ! .Vinsi chante l'Homme, réconforté par l'avènement de l'.Vurore, de la Lumière
toujours adolescenlo, qui l'ail la Terre sans embûches et lui prête son éternelle splendeur.
I.e fonds religieux de l 'humanité reste le même liepuis les temps immémoriaux. Si, comme l'affirmait Karl Marx, nous vivons toujours au temps de la préhistoire, nulle part relte allégation (est-elle si paradoxale ?) ne lîrille plus opportunément qu'en matière de cultes et de dogmes. Les hommes d'aujourd'hui possèdent les mêmes clartés là-dessus (jue leurs aïeux des cavernes, ^'os esprits gardent les mêmes rêves que, sans doute, harmonisaient, en regardant les Etoiles ou le Soleil coucliant, tels poètes »de l'âge de pierre, peut-être aussi grandioses que le Parnasse tout entier. Ce qui change, disait Flaubert, c'est l'anecdote divine, l'aventure déduite par les théologiens. Le fond reste le même, à savoir, les apparitions, les extases, la \ ie et la résurrection des morts, les purifications et tout ce qui s'ensuit.
Ajoutez l'animisme, la croyance au Génîe, au Démon pervers ou tutélaire, à l'Esprit bienfaisant qui ramène le gibier ou fait prospérer les semailles, à la Puissance inconnue et malveillante qui met en fuite le cerf ou le chevreuil, fait tomber la grêle ou dessèche les épis. Quelle joie aussi pour le piocheur de terre, pour l'ouvrier agricole quand le drame de la moisson, avec tant d'alternances de peurs, d'inquiétudes et d'efforts, aboutit au dénouement heureux, quand les gerbes s'amoncellent et que, sous les coups rythrniques du fléau, se détache le blé milr ]
La Pentecôte fut chez les Hébreux, aussi bien que chez les peuplades îndo-européennes, une fête agricole. C'est au moment béni, attendu, espéré longuement, où la faucille coupe les derniers chaumes, où, sur les rousses javelles, s'entasse l'herbe dorée, objet de tant de .sollicitudes et d'j.mour. Les influences mauvaises, les
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Esprits dc\astateiirs du blé, sont ù préseut, vaincus. C'est le moment d'allumer les feux qui portent au Soleil, dans les brèves nuits du solstice, un hommage de gratitude exaltée. Et voici le bûcher de la Saint-Jean. Que l'on y brûle des pommes de pin, puisque le jeune .Vthis, qui n'est autre que le Soleil inviincu, se réjouit de la résine parfumée ! Et que l'on jjrodigue aussi lés plantes d'Adonis, guirlandes odorantes de roses, de fenouil I Slais, avant tout, que l'on mette au feu, que l'on brûle vif, ce petit renard, si friand de la vigne, ce Démon à quatre pattes en qui s'incarnent les mauvais Esprits, hosliles à la moisson. Capite nobis vulpes parvnlas qnœ <lentolinntnr vineiis {Cant.) Ils se cachent dans la dernière gerbe. .Vussi convient-il de procéder aux rites magiques propres à garantir les fruits de la terre et les récoltes à venir. .\ux fêtes (Je Cérès, Rome lâchait dans le cirque des « chiennes rouges » que l'on jetait ensuite, dans le feu. Le Moyen Age en usait de même avec les Albigeois, dans lesquels se reirouvaienf, d'après l'Inquisition, les renards du Cantique. Mais le Travail s'est rendu victorieux des forces adverses. L'homme, par ses vertus, a mérité que la grêle épargnât les champs patrimoniaux. La cha'eur des jours, la rosée amicale des nuits ont accru cette goutte de lait qui devient plus tard, la poudre nourricière. Les Esprits tutélàires ont défendu l'épi. Ceux qui dérobaient encore' leur méchanceté sous la peau du renard maléfique, brûlent, à présent, sur le bûcher joyeux. Ils n'inquiéteront plus, désormais, l'.Vme du Froment qui reviendra, l'an prochain, souriante et rajeunie, avec Eurydice et les premières fleurs.
La Pentecôte n'est que lard devenue fête du Pariclet. .Av;int d'apporter les dons du Saint-Esprit, les Charismes (discernement, éloquence) les Langues de Feu restèrent longtemps ces flammes vives du Soleil qui font naître la vie et la beauté. La Visitation de
l'Esprit.' De l'Esprit, sans doute, mais de l'Esprit c\oqiié par Faust, au soir de Pâques, VErilgeist, Maître du Monde et Roi des secrètes profondeurs.
Dans la piété moderne, le Saint-Esprit occupe un rang distingué encore que subalterne. Il reçoit des ouailles bien pensantes un tribut annuel d'hommages, corrects mais sans enthousiasme. De ses mauvaises fréquentations a\ec tant d'hérésiarques, avec les Patarins du Montsalvat, les sectateurs de la Colomtje et toutes les sfirios de Manichéens, il reste au Paraclet je ne sais quel renom d'indépendance et de libre pensée, inquiétant pour les personnes pieuses. On i)eut dire que c'est le parent pauvre dt la Trini'é
Quoi qu'il en soit, la Pentecôte, deuxième Pâqie, passade du Printemps à l'El*, de l'.Vmour à la Génération, du Travail à la Richesse, occupe, entre les fêtes, un rang d'élection.
Dans le Christianisme ésotérique, figuration de l'Homme Universel, elle représente l'acquisition définiti\e de la Véiilé par l'Esprit humain. Elle occupe une place dans les « doubles r aiour.s » iiislilué.-, au nombre de quatre, par l'Eglise afin de représenter les dix erses étapes que l'homme traverse, de la naissance à la morl : >'oël, principe de la fixation des êtres; Pâques, glorification de l'amour et du sang, de la vie ; Ascension, triomphe de l'Esprit et t!n fluiile nerveux. La Pentecôte se célèbre en ornements rouges (quelquefois rouge et or), tandis que la Saint-Jean, qui vient après, la Sainl- Jean, fêle des vieillards (pour qui, dit M. Georges Lanoë, il n'est plus de fête, sinon de regarder vivre la jeunesse, de bénir ses travaux et ses jeux) se doit célébrer en ornements violets rehaussés d'argent. Ceux de Pâques étaient blancs, afin d'accréditer la résurrection de r.\gneau : beati qui lavant stolas in sanguine Agni. A présent, les jours diminuent. Les graneles cérémonies
afri'icolcs et religieuses ont pris fin. L'berbe desséchée exhale ses derniers parfums, sous le râteau des faneuses. Le blé s'amoncelle en graines d'or sur l'aire ensoleillée. Il ne reste plus que le raisin à presser dans la cuve. I/liomme a passé la première partie de son existence à préparer la vieillesse. Opulent ou misérable, inconnu ou glorieux, solitaire ou comblé d'enfants, toutes les vendanges sont à présent faites pour lui.
Désormais, assis au tournant suprême de ia r )Ute il n'a plus d'autre soin que d'attendre la mort.
Les religions se transforment, naissent, vivent et meurent, ci^mmc tous les organismes, individuels ou collectifs. Mais, derrière la façade pomi>euse ou ridicule, temple, synagogue, mosquée eu cathédrale, s'érige l'Eglise éternelle. Depuis qu'ei'e ex;ste, l'Huminit-é y célèbre la fête éternelle du Travail, de l'Espérance et d« r.\^mour. Lorsque la moisson est faite, quand les « renards sont dans la dernière gerbe », le Paysan, qui nourrit le Monde, s'assied au bord du domaine fi'-condé par son labeur. .'1 écoute dans les arômes et les chansons du soir, tandis que iilpite au citl vert la première étoi'e, monter l'hymne ant-érieur à tous les cullfs, cet hymne que la Terre chante au Soleil créateur, dans les nuits amoureuses de l'Eté.
P. Sg. — « Le poète s'attriste et pleure... » Madame Ackermann. L'Amour et la Mort.
. 47- — « Tels, autrefois, les saints architectes de Dwravati... »
Ln Cité du bonheur. Décret tic Bralima, dans l'assomblée des Dévas.C/. Hariwansa. le (Uvin Hari (né à l'heure de la victoire) Haritas, Charités, les Cavales du Soleil, jaunes d'aurore, les Grâces. Krisna fonde la cité Dwaravati, demeure du Bonheur, où les architectes divins, viçwakannan. sont conduits par l'oiseau Garoud'ha, cette Huppe de Xephélococcigye et de Balkis, la reine qui pose au roi Salonion des énigmes. Campanella nomme son utopie, avec une profonde intuition des mythes qu'il ignore, Cité du Soleil. La Ville aux portes. Les Portes où, dans tout l'Orient, se rend la justice. Ailégpriis et symbolisme chrysodéniques (terminologie de Xovikow) : « L'or emplit la maison où retentissent (les « accents de joie. »