SUR L'ÉTÉ
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Tout se meut, s'organise, et sent son existence
Le commencement de l'été semble être le moment on la nature est dans sa plus grande force et dans sa perfection. Dans les plantes cependant la végétation est affaiblie, parceque la terre n'a plus la même humidité qu'elle avoit au printemps : mais la végétation est prodigieuse dans les jeunes animaux ; leur accroissement est sensible d'un jour à l'autre, du soir au matin. Dans les adultes , il y a moins de fermentation qu'il n'y en avoit au retour du soleil ; nos liqueurs coulent dans leurs canaux avec plus de tranquillité ; mais les muscles ont plus de souplesse, d'élasticité, et de force. C'es-t le moment de l'année où l'homme jouit le plus de la santé.
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Sans doute elle a perdu de sa variété.
Il ne reste de verdure que celle des vergers , des vignes , des forêts ; et ses nuances ne sont point tranchantes. Les prairies commencent à blanchir, les blés à jaunir, et
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le nombre des couleurs diminue : la curiosité étoit très agréablement occupée au printemps par la multitude et la vivacité des couleurs, ainsi que par la variété des chants des oiseaux et par celle des odeurs; mais elle n'est pas également satisfaite pendant l'été.
Il y a des hommes dont l'ame n'a pas d'autre ressort que cet instinct de curiosité; et ce sont les âmes philosophiques ou foibles , des têtes profondes et des têtes frivoles.
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J'irai sur l'Apennin, sur ces monts éleve's.
Ce n'est plus qu'en parcourant un grand espace que l'œil trouve de la variété; et la vue subite d'une grande étendue, comme de tout ce qui est grand et nouveau , nous cause dans les nerfs un ébranlement qui est suivi ||\/ d'une forte tension : mais lorsque ce vaste espace est varié par des sites et des productions de différents genres , la sensation , qui n'est plus la même, s'affoiblit, et les nerfs se relâchent; cet espace étendu ne jette point dans notre amedes idées de solitude, de privation, de danger, comme la vue de la mer; il n'y jette point des idées de destruction, de chaos, d'absence de vie, comme la vue des glacières répandues sur les sommets des Alpes : alors l'admiration succède à notre étonnement, mais une admira- /'■ tion douce , dans laquelle entrent l'amour, l'espérance , et plusieurs sentiments qui la rendent délicieuse.
no NOTES
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Et portoient dans mon cœur Un plaisir réfléchi, le calme, et le bonheur.
La force du soleil, la chaleur de ses rayons, ont épuré les liqueurs dans nos corps, facilité la circulation, et augmenté les esprits animaux; ces particules ignées, ces particules végétales et vivantes qui circulent autour de nous, qui nous pénètrent et que nous respirons, nous ont donné plus de force: mais la chaleur qui continue détend les muscles, porte du relâchement dans le genre nerveux , et donne quelque tendance au repos ; les inquiétudes vagues, la curiosité vive, l'activité sans objet, diminuent; il leur succède un contentement doux et solide ; on se trouve plus disposé aux réflexions , et l'on n'en est pas détourné, comme au printemps, par une multitude de sensations nouvelles . ces réflexions ne sont point tristes ; la santé dont on jouit, les biens dont on va jouir, la lumière qui éclaire tous les objets et qui ôte à la nuit même ses ténèbres, tout dispose l'ame à une douce joie : mais c'est sur-tout à l'impression de la chaleur que l'homme doit ce contentement, ce calme agréable dont il jouit.
La douleur, la crainte, la colère, les désirs violents, tous les sentiments, toutes les passions qui sont des modes de la douleur, tendent les nerfs et les muscles. Le plaisir au contraire, la joie, l'espérance, la tendresse, l'amour du beau, tous les sentiments qui sont des modes du plaisir, relâchent modérément les nerfs et les muscles , etc.
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La chaleur, dans un corps bien constitué et qui n'est point obligé à des efforts, donnant aux nerfs et aux muscles le même relâchement modéré que le plaisir, fait éprouver à l'ame un état agréable , vin bien-être dont elle se rend compte : c'est alors que la simple existence est un bien, et qu'on pourroit se dire, Je suis bien, parceque je suis. C'est alors qu'à l'ombre des arbres , sur un gazon frais , près des eaux qui tempèrent les feux de l'été sans empêcher de les sentir, l'esprit abandonné à la rêverie, le cœur content, les sens tranquilles, on jouit pendant quelques moments d'unfrepos délicieux et semblable à celui qui succède aux plus grands plaisirs.
Nos plaisirs , dans le printemps , tiennent plus aux sensations , à l'imagination , aux illusions ; ils sont plus, dans l'été, l'effet de la réflexion.
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Auprès de la nature il sent tous ses bienfaits.
Nos plaintes éternelles calomnient la nature. On a donné à l'homme la triste habitude de s'avouer malheureux : mais le bonheur n'est pas aussi rare que nous le crient des charlatans qui exagèrent nos maux et nous vantent leurs remèdes.
Si on entend par bonheur une suite de sensations délicieuses, une chaîne non interrompue de ce qu'on appelle des plaisirs, le bonheur est rare; mais il est un grand nombre d'autres jouissances que nous ne comptons pas , et qui nous rendent heureux.
Le premier instinct de l'homme , qui ne le quitte jamais , le principe de son activité , c'est le besoin de sen~
ii2 NOTES
tir son existence, d'avoir la jouissance de ses forces, de ses sens , de son ame , de sa vie. Nous avons reçu de la nature une multitude de facultés et d'organes ; et l'homme est heureux toutes les fois que le libre usage de ses organes , de ses facultés , lui donne un sentiment vif de son être. Il est heureux non seulement lorsqu'il se livre aux nobles affections de l'ame , telles que l'amitié , l'amour de la patrie , la générosité , la bienveillance ; il est heureux non seulement lorsqu'il exerce sa vue, son oreille, son tact, son odorat, son goût, la force de son corps , l'adresse et l'agilité de ses membres ; mais il l'est encore par l'exercice de sa mémoire, de son jugement, de son imagination.
Il n'est guère de douleur que ne charment les sentiments honnêtes , que ne suspendent la pensée et le travail; le seul homme véritablement malheureux est celui qui ne peut ni aimer, ni agir, ni mourir.
Et la paix de son cœur n'est jamais de l'ennui.
La plupart des animaux et les hommes sont destinés à se procurer leur subsistance par la chasse , ou par de certaines nourritures qu'ils ne trouvent pas facilement. Il faut, pour se conserver, qu'ils combattent ou qu'ils fuient des ennemis; il faut, pour se perpétuer, qu'ils suivent le sexe, qui ne fuit pas, mais qui se fait suivre; ils sont enfin organisés de manière qu'une certaine mesure de mouvement leur est absolument nécessaire. Si les hommes sont dans un état où ils puissent aisément et sans peine trouver leurs aliments , assurer leur con-
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servation, perpétuer leur espèce, ils sentiront une inquiétude vague, un besoin d'action. Ils seront comme ces serins que nous enfermons dans des cages où ils ont leurs femelles auprès d'eux , et des vivres en abondance ; ils sautent continuellement d'un bâton à l'autre : si vous leur ôtez ce mouvement en les attachant par une petite chaîne, ils engraissent, et meurent.
La nature nous ayant assez mal armés, soit pour prendre le gibier, soit pour repousser nos ennemis, nous ayant donné des enfants qu'il faut long-temps nourrir, conduire , et défendre , nous a mis dans la nécessité d'inventer; et, jusqu'à un certain point, cet exercice est nécessaire à la santé. Le mot de madame Geoffrin, On meurt de bêtise, renferme un grand sens. Il y a telles conditions où l'homme n'a pas plus à inventer qu'à courir, et où il n'est pas plus obligé au travail d'esprit qu'au mouvement. C'est dans cette situation qu'on éprouve l'ennui, dont les effets sont terribles pour le bonheur. Il y a une autre espèce d'ennui ; c'est cette langueur de Famé qui succède aux passions qui ont cessé , aux goûts vifs qui se sont éteints : les habitants de la campagne , par leur situation , leur fortune , leurs mœurs , etc. , sont préservés de ce triste état de l'ame.
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Le coursier, sans vigueur et la tête penchée, Jette un triste regard sur l'herbe desséchée.
Langue il corsier già si féroce; e l'erba Che fu suo caro cibo a scliifo prende.
Le Tasse.
n4 NOTES
Page 82, vers 12:
Son empire est douteux, son règne est d'un moment.
Short is doubtful empire of the night.
Thomson.
Page 82, vers 26:
C'est là que la nature est plus riche et plus belle.
On nie trop aujourd'hui l'influence des climats sur le caractère des nations.
Sans doute les hommes naissent par-tout avec les mêmes besoins ; mais par-tout ils ne les éprouvent pas au même degré, et ils n'ont pas les mêmes moyens de les satisfaire.
Dans les pays du nord, le peu de substance des aliments , et peut-être la chaleur concentrée dans le corps de l'homme par le froid extérieur, font sentir beaucoup le besoin physique de la faim.
La nature fournit en abondance des aliments aux peuples du midi ; et il leur en faut peu , parceque ces aliments ont beaucoup de substance.
Dans les pays du nord, il faut beaucoup d'industrie pour se vêtir et se loger de manière à ne pas souffrir les rigueurs du froid.
Dans le midi, pour se garantir de la chaleur, il ne faut que des arbres , un hamac , et du repos.
Le Samoïêde chasse , ouvre une caverne , coupe et transporte du bois pour entretenir du feu et des boissons chaudes ; il prépare des peaux pour se vêtir.
Le sauvage d'Afrique va tout nu, se désaltère dans
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une fontaine, cueille du fruit, dort ou danse sous l'ombrage.
Les peuples du nord doivent donc être plus occupes du soin de se procurer le nécessaire, et les peuples du midi du soin de se procurer l'amusement.
Dans le midi, le travail et la pensée fatiguent; les corps et les esprits ont une tendance au repos ; l'homme y cherche moins à sentir son existence dans Faction ; il se livre plus aux sensations , et il en reçoit une foule d'agréables. Il doit avoir moins que nous cette inquiétude machinale qui nous presse d'agir.
Les peuples du midi n'ont pas besoin d'inventer beaucoup , de retenir, de combiner un grand nombre d'idées; de là ils ont peu de suite dans l'esprit, et beaucoup d'inconséquence. Ils sont conduits par l'intérêt du moment, ils oublient l'avenir, et sacrifient la vie à un seul jour. Le Caraïbe pleure le soir son lit qu'il a vendu le matin pour s'enivrer d'eau-de-vie.
Les peuples du nord ont besoin de combiner beaucoup d'idées , d'avoir de l'industrie et de l'invention : ils doivent avoir plus de suite et de force d'esprit, plus de raisonnement et de raison ; ils doivent avoir plus de persévérance dans les passions, un caractère moins souvent interrompu.
Les peuples du midi doivent avoir des enthousiasmes subits , des emportements fougueux , des craintes et des espérances sans fondement.
Le soleil et la terre , qui mettent de la différence entre l'ananas et la citrouille , entre l'àne et l'éléphant , mettent de la différence dans les fibres, les muscles, le sang,
n6 NOTES
le cerveau , et par conséquent le caractère du Nègre et de l'Anglois , de l'habitant du Brésil et du Groënlandois. Je sais bien que les institutions civiles et religieuses peuvent dans tous les climats changer, diriger les caractères des nations ; mais ce ne sera ni par les mêmes lois ni par les mêmes moyens. C'est ce que pensoit le président de Montesquieu , à qui on a reproché trop légèrement et trop aigrement ses idées sur les influences du climat. Il est permis sans doute d'apercevoir les fautes de ce guide des législateurs , mais il faut en même temps respecter ses lumières et adorer ses intentions.
Page 84, vers 9:
Yasser comme un torrent les races et les âges.
Hère he sees Revolving âges.
Thomson.
Page 84 5 vers 23 :
Le monstrueux serpent, de lui-même entoure.
Dans quelques unes des Antilles , dans le continent de l'Amérique méridionale, et dans l'Afrique, les serpents d'un pied de diamètre et de neuf à dix pieds de long sont assez communs. Mais j'ai voulu parler d'un serpent de la grandeur de douze à quinze pieds et d'une force prodigieuse, qui, dit-on, se trouve en Guinée et sur les bords de la Gambra. Selon quelques voyageurs, il s'entortille autour des plus grands animaux , les brise , et les dévore.
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De lui-même entouré. Il me semble que j'ai vu cette expression dans quelque poète angloîs ou allemand dont je ne me rappelle pas le nom.
Page 85, vers i/J:
C'est là que de la terre attirant la surface...
Si j'avois suivi dans ce poème le véritable système du monde , j'aurois principalement attribué l'élévation des terres de l'équateur a la rotation de notre globe, qui doit donner une force centrifuge aux parties de ce globe situées sous la ligne : mais dans le printemps j'ai supposé la terre immobile ; il ne falloit pas la faire mouvoir dans l'été, et suivre, comme Thomson, tantôt le système de Ptolémée et tantôt celui de Copernic.
Page 86, vers 27 :
Des sables éclatants la stérile étendue.
The wide glittering waste of burning sand.
Thomson.
Page 87, vers 22:
Sanctuaire où Dodone alloit chercher ses dieux.
Dans les forêts , l'obscurité dont on ne voit point les bornes, et le silence qui fait sentir l'absence dés êtres animés , inspirent une sorte de crainte qui devient facilement religieuse : presque tous les peuples ont placé dans les forêts quelques unes des puissances invisibles qu'avoit créées leur imagination ; mais s'ils ont souvent divinisé les chênes, les grands ormes, etc., ce n'est pas seulement un effet de la crainte.
n8 NOTES
L'homme sauvage sent qu'il se meut parcequ'il est anime, et il suppose animés tous les êtres dans lesquels il voit du mouvement; de là les dieux des eaux, les puissances de l'air, les divinités des bois, etc. Dans un poème anglois, intitulé l'Hermite, on fait descendre en Ecosse un habitant d'une de ces Orcades où il ne croît aucun arbre : l'Orcadien est fort étonné à la vue d'un grand poirier chargé de fruits, il l'admire; on lui fait goûter des fruits , il les trouve excellents ; il s'élève un vent qui agite les feuilles de l'arbre, l'Orcadien se prosterne devant lui et l'adore. Cette fiction est très philosophique.
Page 9 1 , vers 7, 8 :
Je viens redemander au travail, à la terre, Mes biens qu'ont dissipés ma folie et la guerre.
Un reste de préjugé gothique jette encore une sorte d'avilissement sur l'agriculture; et le métier de laboureur feroit encore rougir quelques descendants des Francs, des Normands , des anciens barons , des commis à la barrière.
Page 92, vers 12:
Eh bien! ils sont heureux du plaisir d'être ensemble.
Dans tous les lieux , dans tous les temps où de fausses opinions, la rivalité, et l'intérêt personnel, ne divisent pas les hommes, ils ont du plaisir à se rencontrer, à vivre ensemble; c'est ce sentiment que les philosophes anglois appellent instinct de bienveillance, et que nous nommons humanité. La bonté, la générosité, sont les effets de ce sentiment, ou plutôt ses modifications. Il y a