LE BON MINISTRE
Le puissant Aaron Raschild commençoit à soupçonner que son visir Giafar ne méritoit pas la confiance qu'il lui avoit donnée : les femmes d' Aaron , les habitants de Bagdad, les courtisans, les derviches , censuroient le visir avec amertume. Le calife aimoit Giafar ; il ne voulut point le condamner sur les clameurs de la ville et de la cour : il visita son empire ; ii vit par-tout la terre bien cultivée , la campagne riante , les hameaux opulents , les arts utiles en honneur, et la jeunesse dans la joie. Il visita ses places de guerre et ses ports de mer ; il vit de nombreux vaisseaux qui menaçoient les côtes de l'Afrique et de l'Asie; il vit des guerriers disciplinés et contents ; ces guerriers , les matelots , et les peuples des campagnes , s'écrioient : O Dieu , bénissez les
fidèles en prolongeant les joursd'AaronRaschild et de son visir Giafar ; ils maintiennent dans l'empire la paix, la justice, et F abondance: tu manifestes, grand Dieu , ton amour pour les fidèles en leur donnant un calife comme Aaron, et un visir comme Giafar. Le calife, touché de ces acclamations, entre dans une mosquée , s'y précipite à genoux, et s'écrie : Grand Dieu, je te rends grâces; tu m'as donné un visir dont mes courtisans me disent du mal , et dont mes peuples me disent du bien.
IWWWWWWVW