‹ Les saisonsChapitre 65 sur 73 · LE FAVORI · texte numérisé non relu

LE FAVORI

Tant que la main cruelle de la pauvreté s'est appesantie sur moi, j'ai songé à ne point m'avilir en manifestant aux hommes le besoin que j'avois de leur pitié; je n'ai point réveillé dans le cœur des grands le sentiment de bienveillance que m'inspiroit la pauvreté; je ne leur parlois alors que de l'ordre et de la justice : mais depuis que le souverain seigneur des seigneurs a fait descendre ses grâces sur son serviteur, et l'a délivré des horreurs du besoin, il ose parler aux grands de la bonté.

Onar, le favori du prince , m'avoit mené dans une de ses maisons de campagne aux bords de l'Euphrate, et là je recevois souvent les prières du malheureux pour les porter aux pieds d Onar. Il m écou-

toit, et me refusoit. L'un, disoit-il, ne méritoit pas les grâces du prince parcequ'il étoit accusé dun certain défaut; cet autre, parcequ'il étoit soupçonné dune certaine faute : celui-là étoit jeune encore; celui-ci ne 1 étoit plus assez. Vous voyez , ajoutoit Onar en me refusant, que je suis fidèle aux principes de justice que vous m'avez donnés autrefois. Je lui répondis : Puissant Onar, montre-moi que tu n'es pas dur, et je te saurai gré d'être juste.

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