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Les salons de Paris et la société parisienne sous Louis-Philippe 1er

Je ne saurais et ne voudrais, d'ailleurs, jamais jouer le rôle de contempteur systématique du temps présent au profit d'une époque sociale déjà éloignée de nous, et dont les révolutions qui nous en séparent font paraître la silhouette plus lointaine qu'elle ne l'est en réalité.

Lmidator temporis acti, a dit Horace du vieillard morose qui ne trouve de beau et de bon que ce qui se disait et se faisait dans

sa jeunesse. Je ne suis pas assez vieux pour jouer ce personnage, et, de plus, il ne conviendrait aucunement à ma nature impartiale.

Mais, tout en étudiant et en écrivant Fhistoire contemporaine, mes yeux, se détournant quelquefois des événements purement politiques, mes souvenirs, évoquant les faits anecdotiques, les personnages plus ou moins originaux de l'époque que je traversais, la pensée m'est venue très-naturellement de reproduire avec une exactitude photographique l'image de la société parisienne durant la période comprise entre les deux révolutions de Juillet 1850 et de Février 1848.

Qu'on ne s'y trompe pas : une étude de ce genre, pour être parfois amusante, n'a, par le fait, rien de futile. Les habitudes, les goûts, les mœurs d'une époque se rattachent par le lien le plus étroit aux événements historiques qui la comi)Osent, et, le

plus souvent, les expliquent mieux que ne saurait le faire la plus consciencieuse analyse. De là vient le succès des mémoires lorsqu'ils sont réellement écrits par les contemporains.

Pour les trois quarts des faits mentionnés dans ce volume, c'est en témoin oculaire que je parle. Je tiens le reste de gens qui ont vu comme j'ai vu moi-même. Il y a là pour le lecteur une garantie d'exactitude qui a sa valeur relative.

Ce n'est point, d'ailleurs, sans une certaine émotion que je me suis reporté à l'époque sociale que je retrace. Tout en n'étant pas le vieillard d'Horace qui croit et dit que le temps passé était exclusivement le bon temps, je ne puis oublier que ce fut celui de mon adolescence et de ma jeunesse; et il y a, pour l'homme, quelque philosophe qu'il soit devenu, un charme singulier dans le souvenir de ces premières années de la

vie, où toutes les difficultés, tous les périls, toutes les douleurs qu'elle nous réserve, étaieut encore inconnus, et où on s'avançait gaiement en n'apercevant que les fleurs du sentier!... ,

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