NÎMES
J'ai noté autrefois que Nimes, si riche en inscriplions païennes, ne men avait point donné de chrétiennes. Un seul fragment de cette nature a été découvert de-
! Les Actes des martyrs, supplément aux Acta sincera, $ 103, — ? Canton de Nîmes.
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puis et ma remarque resle done presque entière. Gelte absence presque complète des monuments du christianisme antique m'a fait penser que la propagation -de la foi avait trouvé à Nimes de sérieuses résistances, et j'ai porté mon attention sur le passage suivant d'un texte d'ailleurs peu sûr, celui des Actes de saint Baudile, martyrisé dans le pays après le triomphe de l'Église ?, pour avoir voulu s'opposer à la célébration d’une fête du vieux culte : + Arripuit iter peregrinationis, donec veniret ad metatum Nemausensis civitatis. .. Verum quanquam essel (Nemausus) transitoria et umbratica hujus sæculi gloria satis clarissima , tamen, in illo tempore quo hic beatus vir coronam destinati a Deo martyrii meruit suscipere, adhuc maxima pars hominum gentilis superstitionis detinebatur errore 3,»
Le rapprochement que j'ai cru pouvoir faire entre la résistance des idolâtres et la rareté des inscriptions chrétiennes est-il fondé? J'en puis douter à cette heure, car ce qui est vrai pour les épitaphes ne l'est point pour les sarcophages. À ceux qu'avaient vus autrefois Ménard et Rulman sont venus s'ajouter d’autres débris remontant au ve et au vr siècle, plusieurs du style d'Arles, d’autres du type toulousain. On ne doit pas toutefois oublier que ces sortes de marbres n’appartiennent pas toujours aux pays où on les rencontre, et que souvent, à des époques diverses, d'anciens sarcophages sculptés ont été apportés du dehors pour recevoir les restes de personnages considérables #, Les plus anciennes des tombes qui nous occupent seraientelles de ces monuments d'importation tardive? Le fait serait d'autant plus admissible que Nimes, où abondent les restes de l'art antique, ne nous a encore, chose singulière et contrairement à ce que nous voyons dans les grands centres, donné aucun sarcophage à ornements qui remonte aux âges païens. L'élégante cité n'aurait donc point, selon toute apparence, possédé, au temps du Haut-Empire, une de ces officines spéciales qui devaient être et furent plus tard la souche des ateliers de sculpture funéraire chrétienne.
Ménard, Antiquités de Nimes, t. VIT, p. 4g1.— L'abbé Azaïs, Notice sur saint Baudile. — Lamothe, Prome-
nade d'un curieux dans Nimes, p. 25. — Germer-Durand fils, Mémoires de l'Académie du Gard, 1877, 1 part., p. 8. — Albin Michel, Nimes et ses tombeaux chrétiens, p. 10. — (Ma planche XXVINT,
fig. 2.)
Sarcophage sans couvercle, autrefois conservé dans le vestibule du monastère des Augustins, à Nimes. Ménard, qui l'y avait vu, nous en a laissé une mauvaise gra-
? Voir, pour les résistances locales au développement % Acta martyrü Baudil, $ 4 (Bolland., 20 mai). du christianisme, S. Avit., Homilia de rogationibus, Voir sur saint Baudile Gregor. Turon., De gloria marp. 152; 8. August., Epist. xcr, $8 (Nectario);S, Chry- dyrum , ce. 2xxviu; Inscriptions chrétiennes de la Gaule, sostom., DeS, Babyla, $ 8. n° 708.
? Tilemont, Hist. ecclés., t. IV, p. 725. * Introduction, $ 1.
vure et une explication encore pire; son jugement n'est pas meilleur en ce qui touche l'âge du tombeau, qu'il attribue au xn° ou au xur° siècle. Longtemps perdu, ce marbre a été retrouvé en 1871 et transporté dans un faubourg de Nîmes, à la chapelle de Saint-Baudile. Il est divisé en cinq compartiments par des colonnes torses que surmontent des arcades. Au centre se trouvait un sujet souvent reproduit, la représentation symbolisée de la résurrection du Christ : la croix accostée de deux soldats et surmontée du monogramme X inscrit dans une couronne que tient le bee d’un aigle '. À la gauche est le Christ lavant les pieds de saint Pierre, puis marchant au supplice entre un soldat et Simon, qui porte la croix. Nous retrouvons ailleurs cette disposition systématiquement adoptée par les sculpteurs chrétiens pour éviter de montrer le Christ courbé sous l'instrument de son supplice?. À droite est, dans la forme ordinaire, la comparution devant Pilate. Une intention de symétrie fort visible, et dont il est bien d’autres marques, a fait terminer le bas-relief par deux personnages assis formant pendant. Les motifs sculptés aux retombées des arcades ne sont, quoi qu'en ait écrit Ménard, que des reproductions banales de modèles courants dans les ateliers païens; on y relrouve, non pas des anges, mais de pelits géniesailés, des coquilles entre deux dauphins et le vieux type de la colombe becquelant des fruits dans une corbeille renversée*, Le griffon gardien des sépultures, et qui se rattache de même au cycle ornemental des idolâtres, figure sur l’une des faces latérales de la tombe ; l’autre porte de simples imbrications.
Notre marbre, sculpté au 1v° siècle si ce n’est au début du v°, appartient au type arlésien.
Anne Rulman, Récit des anciens monuments qui paroissent encore dans les départements de la première et de la
seconde Narbonnoise (Bibl. nat., fonds français, ms. n° 8648, fol. 475). — Germer-Durand fils,
Mémoires de l'Académie du Gard, 1877, 1" part., p. 6. — Albin Michel, Nîmes et ses tombeaux chrétiens ,
p. 14, — (Ma planche XXX, fig. 1.)
Reproduction du passage de la mer Rouge, l'un des types les plus fréquemment représentés sur nos sarcophages du iv° siècle ?. On y voit comme toujours le Pharaon au milieu de son armée qui s’engloutit; sous son char est la petite figure de tradition mythologique symbolisant la mer; puis à droite, devant un portique assez singulièrement placé dans le désert”, et qui fait pendant à la ville d’où sortent les Égyptiens?, Moïse touchant le flot de sa baguette, des Juifs menant leurs enfants et
| Études sur les sarcophages d'Arles, p. 2h, 27, etc. Bottari, Roma sotterranea , tax. CXCIV.
? Ibid., p. 18. ? Voir, au sujet de ces dispositions fréquentes dans les * Ibid, p. x et ci-dessus, p. 26. bas-reliefs antiques, Etudes sur les sarcophages d’Arles, ‘ Introduction, $ u. Pexu, XUI.
* Etudes sur les sarcophages d'Arles, p. 50.
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portant à leur cou la farine enroulée dans le manteau, la colonne lumineuse qu'une flamme surmonte; en tête, Marie jouant du tambourin.
Ce bas-relief, brisé par le milieu, se trouve à Nimes, chez M. Meynier de Salinelles, qui a bien voulu me le faire voir.
Germer-Durand fils, Mémoires de l'Académie du Gard, 1871, 1° part., p. 8. — Albin Michel, Mmes et ses tombeaux chrétiens, p. 13. — (Ma planche XXX, fig. 3.)
Fragment de sarcophage appartenant de même à M. Meynier de Salinelles; la tombe entière présentait sept sujets, séparés par des colonnes alternativement surmontées de frontons et d’arcades; nous n’en possédons plus que la partie de gauche.
Dans le premier compartiment, on voit le Christ prédisant à saint Pierre sa renonciation prochaine; c’est par exception que l'apôtre ne fait pas, comme on le voit communément, un geste de dénégation !; à ses pieds est le coq. Viennent ensuite la guérison d'un aveugle, puis deux apôtres se tournant à droite et tendant la main vers le sujet central, où figurait probablement, de même que sur tant d’autres marbres ?, la résurrection, symbolisée par le monogramme posé sur la croix gemmée qu'accostent deux soldats.
Entre les frontons et les colonnes sont sculptés les motifs ordinaires : les corbeilles renversées, la colombe y becquetant des fruits, une couronne à lemnisques flottants.
Ce marbre me paraît être l’un des deux fragments provenant d'un même sarcophage dont on trouve un dessin grossier et sans aucune indication dans le recueil de Rulman *. Le sujet central y manque également. Les trois suivants représentent deux autres apôtres tournés vers la gauche, la guérison du paralytique et la remise des clefs à saint Pierre.
Albin Michel, Mmes et ses tombeaux chrétiens, p. 16. — (Ma planche XXX, fig. 4.)
Chez M. Pocheville, mouleur, fragment de sarcophage en pierre représentant la Samaritaine debout devant le puits; il ne reste plus de la figure du Christ que sa main {endue en avant; le Seigneur était sans doute, comme sur tant d’autres sarcophages, représenté debout, contrairement au récit évangélique *, D'après une tradition conforme à ce texte, on montrait, dans la basilique de Sainte-Sophie de
Études sur les sarcophages d'Arles, p.65. —* Ci-dessus, p. 14 et pl. IT, fig. 4, LIV, fig. 1, ete. — Ci-dessous, n°135, — ‘ Joh., 1v, 6.
Constantinople, la pierre, apportée, disait-on, de Palestine. sur laquelle s'était assis le Maître conversant avec la Samaritaine !.
(Ma planche XXX, fig. 2.)
Vu chez le même mouleur un fragment de sarcophage appartenant à M"° Marestan. Îl représente, sous une arcade que soutiennent deux colonnes, l'hémorroïsse prosternée devant le Christ et touchant le bord de son vêtement. Ce débris, d’une dimension peu ordinaire, mesure 76 centimètres de hauteur.
Albin Michel, Nômes et ses tombeaux chrétiens, p. 15.— (Ma planche XXIX, fig. 3.)
La multiplication des pains, Moïse détachant sa chaussure, tels sont les sujets que représente un fragment de sarcophage chrétien récemment découvert à Nimes, dans les fouilles d’une construction. Les deux sujets sont fréquemment répétés dans les bas-reliefs funéraires; c’est cependant la première fois que je rencontre sur notre sol le trait relatif à l'histoire de Moïse.
On s'est étudié à chercher le sens symbolique qu'il peut offrir; avec saint Grégoire de Nazianze, saint Augustin et saint Isidore de Séville, on y a vu une figure de l’ordre donné au chrétien de dépouiller toute chose terrestre pour se vouer au service du Seigneur ?. Saint Grégoire de Nysse a tiré de ce fait une allusion à
? Codinus, De structura templi S. Sophie, éd. de Bonn, p. 142. De nombreux souvenirs matériels se rattachant ainsi à la personne du Christ viennent d’être relevés par un jeune et savant membre des Écoles francaises de Rome et d'Athènes, M. Diehl, à propos d’une pierre trouvée à Élatée par son confrère M. Pâris. (Bul-
letin de correspondance hellénique, 1885, p. 28 et suiv.) Cette pierre porte l'inscription :
+ OYTOC ECTIN 0 AIHOC ATTO KANA THC TA AIAEAC OTTOY TO YAUP OINON ETTOIHCEN 0 KÇ HLUN IC XC +
Elle paraît être celle-là même qu'un pèlerin du vi siècle,
Antonin de Plaisance, a vue à Cana et sur laquelle, ditil, le Christ était couché lorsqu'il accomplit le miracle de l'eau changée en vin :+ Deinde venimus in Canan , ubi Dominus fuit ad nuptias et accubuimns in ipso aceubitu ubi egoindignus parentum meorum nomina seripsi. » (De locis sanctis que perambulavit Antoninus Placentinus , Tüneraria et descriptiones Terre Sanete 1.1, p. 93, publiés par la Société de l'Orient latin.) Ce texte rappelle en même temps le passage où saint Jérôme nous parle de saint Hilarion s'étendant aussi, par dévotion, sur le lit qui avait été celui de saint Antoine (Vita S. Hilarionis eremite , $ 31 : «Jacebat in stratu ejus et quasi calens adhue cubile deosculabatur»), et les nombreux proseynèmes dans lesquels les voyageurs des temps antiques ont, par une coutume touchante, inscrit les noms des personnes qui leur étaient chères (/nseriptions chrétiennes de la Gaule, t. I, p. 431).
? S. Gregor. Naz., Orat. xuv, 5 19; S. August., Sermo cr, $ 7; Isid. Hispal.. Questiones in Exodum,
c. vn, De ipne in rubo.
l'entrée du fidèle dans la mort. En évoquant devant une tombe le souvenir du chef des Hébreux, l'illustre Père parlait ainsi : « Le défunt a quitté l'Egypte, c'est-à-dire l'existence matérielle et grossière; il a traversé non la mer Rouge, mais la mer brumeuse et sombre de cette vie; il a ôté «la chaussure de la vie» (T0 dmddmua tüs
È 1: Rd TA à : à Vuyñs), afin que le pied immaculé de l'âme foulât seul la terre sainte où l'on contemple Dieu !.»
Ce marbre a été acheté par M. Héron de Villefosse, qui l'a donné au musée du Louvre.
Albin Michel, Nimes et ses tombeaux chrétiens. — (Ma planche XXXVI, fig. 3.)
Le grand séminaire de Nimes possède un cippe de pierre haut de 63 centimètres sur lequel se détache un homme portant un animal sur ses épaules. Au-dessous de ce personnage se trouvait une inscription, aujourd'hui effacée. En haut et à sa gauche on retrouve un M placé comme le serait celui de la formule Dis manibus. La sculpture, de bas temps et d’une main inhabile, est-elle chrétienne? Le fait me semble fort douteux. Les figures de l'espèce sont très fréquentes chez les païens, et j'en rencontre à chaque instant de nouveaux types. On peut rappeler entre autres l'image d'un jeune servant de sacrifice qui, dans une des fresques de la maison de Livie, est représenté portant un agneau sur ses épaules ?. Notre stèle, découverte à Nimes, a élé donnée au grand séminaire par M. Germer-Durand.
A Athènes, à Constantinople, on a rencontré des statuettes du Bon Pasteurÿ. Il s'agit là d'exceptions fort rares, car les chrétiens, qui multiplièrent les basreliefs, n’en répugnaient pas moins à représenter en ronde bosse la figure divine. Ils y voyaient sans doute un de ces sculplilia proprement dits que maudissaient les Ecritures", et que repousse encore aujourd'hui l'Église grecque. Rien n'eût mieux rappelé en eflet ces idoles détestées par nos pères et contre lesquelles saint Justin s'élève avec une si chaude éloquence?.
Je place ici, à défaut de savoir exactement où les classer, plusieurs sarcophages ou fragments grossièrement dessinés par Rulman, dans son recueil inédit des monuments des deux Narbonnaises °, On y trouve d'abord un tombeau dont nous pos-
* Oratio habite in funere Meleti, episcopi Antiochie * Bayet, Lapeint. et la sculpt. chrét. en Orient, p. 30. (Opera, t. IE, p. 594). * Exod.,xx, 4; Levit., xxvr, 1 ; Deut., vn, 5: xxvir, 15. * Renier et Perrot, Les peintures du Palatin (Revue * Apolopia 1, S 9.
archéologique, 1870-1 871, pl. XXI).
* Bibl. nat., fonds français, n° 8648, fol. 47.
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sédons encore, je le crois, un débris!. Il représente la prédiction du reniement, la guérison d'un aveugle, deux groupes d’apôtres, entre lesquels avait existé un sujet central disparu, puis le paralytique et la remise des clefs à saint Pierre.