V. 29. Cet animal tapi dans son obscurité
Jouit l'hyver des biens conquis durant l'esté:
(i) Boileau condense ici en quelques lignes son opinion sur ses imitations des poètes latins en précisant que celles de Perse lui ont le mieux réussi.
(2) Celte particularité, insignifiante d'ailleurs, n'est pas dans le commentaire do Brossetle.
CORRECTIONS AUTOGRAPHES DE DESPRÉAUX
le refaire.
Salve \ III. jnais Vénergie ici le rend noble, car les mots bas peuvent
Ce mot est i»as [dans son origine mais comme icy il est énergique,
quelquefois devenir sublimes par celle charge comme Longin le faicl voir dans
il devient fort l)eaii et fort noble. Longin a lait un ehapiln; où il traite de
le 2o^ Chapitre de son Traité du Sublime. ")
l'usage des mois communs pour les rendre nobles.] [C'est le chapitre nlrrlane s'en-' 2i)'> de l'excidlenle traduction que l'autheur nous a donnée du Traité du pas tnen et il Sublime. Dans ce chapitre en traduisant un endroit d'Hérodote qui s'est
Ifi refaire. . ,, '
servi d un mot très bas xxtx/ososuoj pour aTtoTSYvw rescindo l'autheur emploie le terme de déchiqueté pour marquer la fureur de Cléomène qui se tua en se coupant luy-môme par petits morceaux.]
V. .k"). Mdt'.s l'Homme sans arrest, dans sa course insensée, Voltige incessamment de pensée en pensée, Son cœur toujours jlotlant entre mille embarras. Ne sçait ni ce qu'il veut, ni ce qu'il ne veut pas. Ce qu'un jour il abhorre, en Vautre il le souhaite.
L'autheur a icy en veuë un passage d'Horace. Ep. i», Liv. i, v. «j^.
Quid mea cum pugnat sententia secum ?
(^)uod petiit, spernit : repetit, quod nuperomisit? yEstuat, et vit;e disconvenit ordine tpto ? Diruit, œdificat, mutât quadrata rotundis ?
Moi? j'irois épou.ser une Femme coquette? J'irois par ma constance aux affronts endurci, V. /f2. Me mettre au rang des saints qu'a célébrez Bu.ssi?
[Le Comte de Bussy-Rabutin a composé un livre qui est traduit ne voy pas , . , , ,
•uoy vous par- presqu'en toutes sortes de langues, et répandu dans toute l'Europe. C'est
i'c cette amer- l'Histoire amoureuse des Gaules. Ce livre est rempli de faussetez, imité
tw/z/f de presqu'entièrement de Pétrone, et regrardé de tous les honnestes içens et surtout de ^ ^ , , i ,-,..• , i •
histoire / • <^omme un ouvrage ne dans la lureur de modire a quelque prix que ce
« qui à la soit. Il presta son manuscrit à Mad. De la Baume qui le lit copier. Le
Ç'- P'*'^'* <^'^t «'* Roy, et, bientost après toute la cour en eurent connoissance. Quelques-
)iau e y^g jg ceux qui jouent quelque roUe dans ce Roman cherchèrent l'occa-
'" fairf de ^^^^ d'ataquer Bussy. Il témoigna de l'audace et de la fermeté. Mais
t| niaSaiirc - . la prudence du Roy le porta à faire mettre ce Comte à la Bastille. Ainsy
(i) Celte remarque n'est ni dans Brossette, ni dans Saint-Marc, ni dans Bcrriat-Saint-Prix.
(2) L'appréciation du vertueux Boiicau sur l'Histoire aniourcuse des Gaules est à retenir; il est avec le Ciel des acconiniodenieiils. Le Verrier faisait fausse route en att.i<|uanl la mémoire de ce grand Seigneur dont le poète d'ailleurs n'avait jamais eu à se plaindre, bien au contraire.
Satire VIU. \[ évita la fureur des Personnes qu'il avoit si cruellement oflensées. M"^ de Vardes m'a dit qu'il l'avoit fort connu, que c'estoit un homme qui avoit beaucoup d'esprit, qui parloit peu, qui ne sçavoit rien, qui estoit né malin, méchant officier quoi qu'il se crust capable de commander une Armée, mais fort brave malgré tout ce que ses Ennemis en ont publié.]
Assez de Sots sans moi feront parler la ville, Disoit le mois passé, ce Marquis indocile. Qui depuis quinze jours dans le piège arresté, Entre les bons Maris pour exemple cité, V. [\'j. Croit que Dieu, tout exprès, d'une coste nouvelle, A tiré pour luy seul une Femme fidelle.
Tirer d'une coste nom^elle est une expression fort nouvelle et fort heureuse [D'unç coste nouvelle, cette expression n'a jamais esté écrite que par
aussi bien que plus riche d'une coste que V Auteur a mis dans sa dixième Satire.
l'autheur. Il l'a répétée dans la Satire des femmes.]
V. /|9. Voilà rilomme en effet. Il va du blanc au noir. Il condamne au matin ses sentimens du soir.
Il va du blanc au noir. Cette expression est toute françoise, et marque parfaitement l'homme qui change à tout vent. Horace. Ep. i, v. 82.
lidem eadem possunt horam durare probantes ? 'i'
Il tourne au moindre vent, il tombe au moindre choc, V. .54- Aujourd'hui dans im casque, et demain dans un froc.
Ce vers prouve combien lautheur en cette occasion a enchéri sur la pensée d'Horace, et il montre par ce trait de quelle manière on doit se rendre propres les pensées des anciens lorsqu'on veut les imiter.
Le sommeil sur ses yeux commence à s'épancher. Debout, dit V Avarice, il est temps de marcher. V. 71 Hé laissez-moi. Debout. Un moment. Tu répliques? jusqu'au vers ^4 inclus.
dont en ostanl les dit-il et les Quelle vivacité il y a dans ce dialogue. [Kn ostant les dit-il et les dit-elle, l'Auteur faict comme une espèce de Comédie dit-elle si communs parmy nos meilleurs Escrivains], quel feu l'autheur
(i) Ce rapprochement avec Horace n'est pas relevé par les trois commentateurs de Boileau.
COHUKCTIONS AUTOOHAI'IIKS ue ukspkkaux -3
p/r VIII. ne jetle-t-il pas dans ce combat qui se passe entre l'avare et l'avarice.
C'est une de ces imitations de Perse qu'il dit qui luy ont si bien réussi.
Sat. 5, V. i.'ia.
Mane Piger stertis? Surge, inquit, avarilia, eia Surge, Negas, instat : Surge, inquit. Non queo. Surgc Kn, quid Uj^'^am? RogiUis? En, saprrdam advelie Ponto, (^astoreum, Stupas, ei)cnum, thus, lubrira Coa; Toile rercns primus piper e siliente camelo.
V. ^5. Cherclirr jusqu'au .ht/xui la par cela lue et V ombre ^ liti/)/i()rh;r de Go<t le poivre et le (jingembre.
'du nesl point liR Poirclaiiu' est devenue si fort à la mode, que la belle cousle des
ropoH et je los^ sommes immenses. Quand on songe qu'une seule pièce, un seul morceau
de terre, se vend trois et quatre cens pistoles, que penser de la folie des
hommes '').
v. ;;. Mais fui des biens en foule, et je m'en puis passer. On 71 en peut trop avoir, et pour en amasser,
Horace. Sat. 3, Liv. a.
(Juare,
Si quidiiis salis est, perjuras surripis, aufers (indique <-'.
V. 8i . Eust-on plus de trésors que n'en perdit Galet, S'avoir en sa maison ni meubles ni valet :
Galet estoit un fameux joueur qui a esté fort célébré par Hegnier. Sat. i4 :
Gallet a sa raison; cl qui croira son dire. Le hazard pour le moins luy promet un Empire, Toutefois au contraire estant léger et net, N'ayant que l'espérance et trois dez au cornet. Comme sur un bon fond de rente et de receptes, Dessus sept ou quatorze, il assigne ses dettes.
v. 85. Et pourquoi cette épargne enfin? 1^' ignores-tu? Afin qu'Ain Héritier bien nouri, bien vêtu, Profitant d'un trésor en tes mains inutile. De son train quelque Jour embarrasse la ville.
(i) Ce passage n"a pas élc coinnientc par Hrosselio.
(a) Cette imitation d'Horace n'est pas citée par les trois commentateurs de Itoileau.
Satire VIII. C'est du Lieutenant criminel Tardieu que l'on parle icy...
Horace. Sat. 3, L. 2, v. 122.
Filius aut etiam hoec libertus ut ebibat hères, Dis inimice senex custodis, ne tibi desit ? (^)
Tout-beau, dira quelqu'un, raillez plus à propos; Ce vice fut toujours la vertu des Héros. V. 99. Quoi donc? à vostre avis, fut-ce un fou qu'Alexandre?
Dans l'Alexandre de Racine, act. 2, scène 2, Porus dit à Ephestion en parlant d'Alexandre :
Quelle étrange valeur qui ne cherchant qu'à nuire Embraze tout, si tost qu'elle commence à luire, Qui n'a que son orgueil pour règle et pour raison. Qui veut que l'Univers ne soit qu'une Prison, Et que maistre absolu de tous tant que nous sommes Ses esclaves en nombre esgalent tous les hommes.
Voilà presque la mesme pensée qu'ont énoncée deux Auteurs, l'un en slile
[Il n'y a qu'à faire la comparaison de ces deux portraits, pour donner
comique, et l'autre en stile héroïque. C'est ûu lecteur à voir à laquelle il donnera
le prix à celuy de la Satyre. Un petit gent'deastre en fut choque et fut sur
le prix. M. Despréaux trouva autrefois un petit Gentillastre qui lui témoigna estr-e
le point d'en faire une querelle à l'autheur. Mais celuy-ci l'apaisa en lui
choqué de cet endroit qui en la personne d' Alexandre attaquoit disoil-il tous les
disant : Si ce portrait qui vous choque est insuportable, M"^ le Prince
braves gens. A quoy, M^ Despréaux respondit II est vrai que M^ le Prince devrait
s'en accommode.]
estre choqué de cet endroit, mais le mal est que c'est l'endroit de la Satire qui
lui a plû davantage (-).
T ut cela n'est t^ propos d'Alexandre, je ne puis m'empêcher de raconter une chose
point véritable, qui arriva à l'autheur. Lorsque le Roy alla assiéger Gand, M^" le Duc à
c'est par ordre du présent M^" le Prince l'emmena à Chantilly sans l'avertir de son dessein.
oy que ja ai j^^ l^ jj l'emmena au sièere de cette place contre son attente. Chemin Gand.\ Il faut que , . ,. .
je vous raconte toute faisant. M»" le Duc tesmoigna qu'il croyoit que do tous les hommes qui
ta chose, car il n'y avoient paru sur la terre, Alexandre estoit celuy qui avoit laissé le plus
a presque rien de „j.g^j^f\ nom. L'autheur n'abandonna pas le parti de Socrate, et assura qu'il
vrai dans toute cette . . • w . i x 1 î
narration II faut connoiBsoit un bourgeois d Athènes dont le nom estoit aussy grand et
refaire tout cela, aussy connu (|ue celuy d'Alexandre.] Tout à coup M"" le Duc qui est tout
(i) Imitation d'Horace non signalée par Brossette, Saint-Marc et Berriat-Saint-Prix. (2) Toute celte remarque est entièrement nouvelle sauf ranecdole qui la complète et que l'on retrouve dans le Ms. Brossette iSajS, p. 5i2 de l'éd. Laverdet.
CORRECTIONS AUTOfM? MMirS DP DESPRKAUX -5
'atiri' VIII. l)rillant d'esprit lAclie la l)nde à son cheval et va joindre un laboureur
(jui Iravailloit son champ avec autant de tran«juillité que s'il n'y avoit
point eu de j^uerre. M"- le Duc Uiy dit : Mon aniy, connois-tu Alexandre,
ittc fin est un q-.^^ Monseigneur, c'estoit un grand capitaine. Et Socrate, le connois-
ste, mais il la l"' ^^n, Monseigneur, Hé bien, dit M' le Duc, ay-je raison. Monsei-
lU pourtnnt rnr- gneur, repartit brusquement l'autheur à qui les réparties n'ont jamais
mniodrrrt ?/ pini niaiiqué, j'en appelle à un autre laboureur.
mr celd du Ini- 'il.