‹ Les satires de Boileau, commentées par luimême et publiées avec des notesChapitre 5 sur 96 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

Mais, dans les vers pompeux quau bas de cet ouvrage

Tu me fais prononcer avec tant de fierté,

D'un ami de la vérité

Qui peut reconnoitre l'image ?

Le Verrier acheta à Boileau, en 1709, pour la somme de 8.000 livres payable le 26 janvier 17 12, avec intérêts au denier vingt, et une pension viagère de 3oo livres, sa maison d'Auteuil, y compris les meubles et tableaux (^>, lui donnant l'assurance que, dans cette maison, il continuerait d'être chez lui. Peu de temps après la vente, Boileau retournant à Auteuil constata avec chagrin que son berceau préféré avait été abattu par son ex-jardinier Antoine sur l'ordre de Le Verrier. Dépité, il serait remonté dans sa voiture pour ne plus revenir. Si cette anecdote n'a pas été inventée à plaisir, il est certain que Boileau n'en garda nulle rancune à Le Verrier, car il entretint avec lui les meilleures relations (^) jusqu'à sa mort arrivée le 1 3 avril i^ii.

L'enthousiasme de Le Verrier ne se refroidit pas — comme il arrive ordinairement — après la disparition de l'illustre écrivain. Une lettre inédite de l'avocat Mathieu Marais <'^> — un des collaborateurs de Bayle pour son Dictionnaire critique — qui avait été de l'entourage semifamilier de Boileau *^*, nous en apporte le témoignage décisif. Marais adresse neuf ans après la mort du poète, le 2 mai 1720, à Le Verrier un cahier de remarques <5) sur un commentaire que ce dernier avait fait des Satires XI et XII et des Epîtres, commentaire complétant celui des Satires I à X. Malheureusement, Boileau était resté étranger à ce travail, ce qui atténue fortement les regrets que l'on pourrait avoir de sa perte. Les observations de Mathieu Marais nous apprennent que Le Verrier

(i) La copie de l'acte d'acquisition a paru dans le Bulletin du Bibliophile, 1898, p. 182. Boileau étant décédé Ip i3 avril i^n, ce sont ses héritiers qui ont dii toucher cette somme.

(2) Voir les lettres échangées entre Boileau et Brossette des 17 Décembre 1709 et 12 Février 1710 (éd. Laverdet, p. 3o6 et 812). Il est question de Le Verrier dans les lettres de Brossette à Boileau des 1 4 Juin i7o3(p. i45) '?) Dec. 1704 (p. 189), 12 Février 1706 (p. 198' ,19 Mars 1705 (p. 198). I Mai 1705 (p. 200), i4Déc. 1707 (p. 269), 17 Dec. 1710 (p. 3o6) ; de Boileau à Brossette du 9 .Janvier 1705 (p. 191), 12 Janvier 1706 (p. 192), 6 Mars 170.') (p. igS), i5 Mai 1705 (p. 202), G Dec. 1707 (p. 257), 7 Janvier 1709 (p. 280), 12 Février 1710 (p. 812). Brossette a écrit Le Verrier, le 28 Dec 1704 (p. 190).

(8) Mathieu Marais, né en octobre i664, en la paroisse de Saint-Eustache, rue du Bouloi, mort 1(^ 21 juin 1787, même paroisse.

(4) De ses relations avec Boileau il n'est demeuré qu'un témoignage important. Il existe deux conversations de Boileau, l'une du 12 décembre 1708, recueillie et notée par M. Marais, tombée |>armi les papiers de Brossette dans les cartons d'une collection célèbre.

L'admiration de Marais pour Boileau est absolue et n'excepte pas les derniers fruits de sa veine et les œuvres de sa vieillesse, pas même la triste satire de l'Equivoque.

« J'ai vu l'Equivoque, écrit-il aune amie (mars 171 1), c'est un vrai chef-d'œuvre non seulement de poésie, mais de l'esprit humain ». On apprend par cette même lettre de Marais que les tracas et les contrariétés qui aflcctèrent Boileau au sujet (.e cette dernière satire, dont le Père Tellier empêcha la publication, hâtèrent ])rol)ablement sa li». (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis.)

(.'5) On en trouvera les principales à la suite du commentaire de Le Verrier.

AVANT-I'ROPOS XI

préparait un livre sur Despréaux ou plutôt une édition de ses Œuvres "», mais ce projet n'a pas été réalisé. La fidétilë de Le Verrier à la gloire du Satirique était d'aulanl plus méritoiro qu»* Hrossetlo, son émule et mAme son rival sur cr terrain, l'avait devancé en faisant imprimer, quatre années auparavant (chez Fahreet Harillot, (ienève, 1716), une édition des écrils de Boileau dont le titre défiait toute concurrence : « Œuvres de M' Boileau- Despréaux avec des éclaircissements historiques donne/ par lui-même ». Cette majtçislrale puldiration en deux volumes in-quarto ornés du beau portrait du poète peint par II. IVigaiid et jM^ravé par K. (Ihéreauet de celui du hégent Philippe d'Orléans était bien faite cependant p<»ur décourager le plus persévérant!

Nous ij^norons la date du décès de Le Verrier.

Mathieu Marais mérite également de ne pas ôtre ouhlié. 11 était un de ceux qui virent le plus assidûment Boileau dans sa vieillesse, aussi le jugement qu'il en a porté est-il à retenir : « Il y a plaisir à entendre cet « homme-là, c'est la raison incarnée, si l'on peut parler ainsi. Au reste « c'est un homme d'une innocence des premiers temps et d'une droi- « ture de cœur admirable, doux et facile, et qu'un enfant tromperait. On « ne croirait jamais que c'est là ce grand satirique. Le portrait qu'il a € fait de lui-même dans l'Epitre à ses vers ne peut être plus ressem- € blant<-» ».

Chaque fois que Marais quittait Boileau, il écrivait, dit Sainte-Beuve, la substance de ses entretiens avec lui, les jugements, les pensées qu'il avait recueillis de sa bouche : « Ce serait, si l'on avait le tout, la matière « d'un Bolneana bien supérieur à celui de Monchesnay. Boileau, vieux, « discourait volontiers à tout propos un peu abruptement, et parlait seul, à « la façon d'un Royer-Collard ; mais les sujets étaient circonscrits ; il se « renfermait dans la poésie et les lettres pures ».

Bayle, compétent en la matière, a rendu pleine justice à son collaborateur, il lui écrivait le 2 octobre i6y8: « Que j'admire l'abondance des faits 1 « curieux que vous me communiquez touchant MM. Arnauld, Rabelais,] « Santeuil, La Fontaine, La Bruyère, etc ! Cela me faitjuger. Monsieur,) « qu'un dictionnaire historique et critique que vous voudriez faire serait « l'ouvrage le plus curieux qui se pût voir. Vous connaissez mille parti- « cularités, mille personnalités, qui sont inconnues à la plupart des

( I ) Mathieu Marais, [tariaut do la Icltro de La Moniioyc sur les portraits do Boileau, dit à Le Verrier : « Sur les portraits de Dcsprcaux, lettre curieuse qu'il faut iuiprimer, et ajouter a votro < livre, avec les vers fran^-ois qui sont à la lin ». Cette lettre adressée au poète Laincz le g Sc|»tcmbre 1^09 est dans le Monagiuna, T. H, p. Sgy, éd. de 171."). Marais ajoute que Laiuoz était un graïul admirateur de Ocsprëaux et (|ue ce deruier disait que c'était uu homme qui no ressemblait à rien. Ses poésies ont été publiées en \~^ii; nous en connais.sons d'inédites.

(a) P. 38. Journal et mémoires de Maliiicu Marais, avocat au Parlement de Paris, publiés, pour la première fois, avec une introduction et des notes par AL de Lcscurc. Finnin-Didot, t863, 4 ^>

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