‹ Les satires. Publiées avec une notice et des notesChapitre 17 sur 17 · DONT LA FORTUNE N ESTOIT PAS BONNE · texte numérisé non relu

DONT LA FORTUNE N ESTOIT PAS BONNE

HELAS ! pourquoy faut-il, parfaite Celimene, Qiie des plus noirs chagrins vôtre cœur soit la scène. Et qu'étant si charmante et si pleine d'appas, La joye et les plaisirs ne suivent point vos pas? Ils les suivroient par tout, n'étoit la sainte flame Des plus hautes vertus qui gouvernent vôtre ame.

Avecque tant d^ attraits, avec tant de beauté, Qiiels plaisirs n'auroit point un esprit emporté! Pour peu qu'il témoignast de lâche complaisance, On le verroit bien-tost nager dans l'abondance; Les belles comme vous ont les plus sûrs moyens. Aux dépens de l'honneur, d'acquérir de grands biens;

Vor suit toujours les pas des beautez criminelles, Dérobe à la vertu mille cœurs infidelles, Et Von voit aujourd'huy qu'à la ville, à la cour, Il en attire plus que ne fait pas Vamour.

Mais, malgré le débris et le triste naufrage D'un bien dont vous deviez avoir un gros partage, Et que cruellement vous ravit le mal-heur, Au faux brillant de l'or vous préferez l'honneur; Et, voyant renverser une fortune heureuse. Vous souffrez ce revers en ame généreuse.

Avec ces senîimens d'un esprit vraiment fort, Que malgré vos chagrins j'estime vôtre sort! D'une ame qui s'élève audessus du vulgaire Le principal bon-heur consiste à ne rien faire Qui ne soit digne d'elle et de la noble fin Où le Ciel toujours sage a fixé son destin.

Elle sçait que la vie est un simple passage Pour arriver un jour à ce sublime étage Où règne pour jamais une félicité Qui vaut mieux que tout l'or, que toute la beauté, Que tous les vains plaisirs, et que toute la pompe Du monde corrompu, qui flatte, mais qui trompe.

Souvent on porte envie aux funestes douceurs De ceux qu'il a comblez de ses fausses faveurs ; Mais que sont ces douceurs^ une ombre, une fumée. Une fuzée éteinte aussi-tost qu'allumée.

Plus un cœur se nourrit de tous ces vains plaisirs,

Plus une soif ardente allume ses désirs; On croit qu'aux noirs chagrins c'est l'unique remède^ Mais la douleur les suit, et toujours leur succède. On les voit disparoisîre au moment qu'on les tient. Et c'est pour son tourment que le cœur s'en souvient.

On le sçait, on le sent; mais, malgré la sagesse, L'ame insensiblement tombe dans lafoiblesse; De chagrins et d'ennuis un cœur toujours battu Laisse trop lâchement endormir la vertu. La mauvaise fortune abbat, rend léthargique. Etouffe dans le sein ce qu'il a d'héroïque; Le présent vous afflige, on craint pour l'avenir, Et contre ses assauts on a peine à tenir.

Il faut laisser passer ces assauts, ces orages. Puis ensuite écouter les discours toujours sages De la droite raison, qui revient au secours : Car difficilement on arreste le cours De ces rudes torrens qui, dans leur violence. Bravent tous les efforts de nostre résistance.

Quelque fois, Célimene, ils vous troublent le cœur; Mais, sans vous étonner de leur chaude fureur. Suivez toujours les pas d'une ame généreuse. Et croyez que souvent telle qu'on croit heureuse. Avec son bien immense, avec sa qualité, A beaucoup plus que vous l'esprit inquiété.

Combien de sages cœurs gastez par l'opulence! Le vice {il est trop vray) suit de prés l'affluence,

Et c'est un par miracle, et mesme des plus grands, De trouver la vertu chez les gens o païens.

Mais, si vous étiez riche, avec tant d'avantage D^ame, d'esprit, de corps, de beauté, de visage. N'en seroit-ce pas trop? Je tremblerois pour vous. Celimene, après tout, c'est un sort assez doux Que d'estre au premier rang non seulement des belles. Mais des sages encore et des spirituelles.

Sur la vertu pourtant faites le premier fonds. Tout le reste périt avecque les saisons. Eh ! que vous servira lorsque^ dans trente années, Que toutes vos beautez se verront surannées. On dira : « L'on voit bien que dans ses jeunes ans Elle eût de la beauté, qu'elle eût des agrémens? » Quand on auroit esté plus belle que les anges, Celimene, ce sont de cruelles louanges!

Mais, après ces discours pleins de conseils moraux. Croyez qu'en vous plaignant je prens part à vos maux, Selon le vray devoir d'un cœur tendre et fidèle, Et dont vous n'ignorez ny l'ardeur ny le zélé.

STANCES SATYRIQ.UES

Contre les mensonges et les extravagances des poètes.

QUE c'est un art menteur que Part de poésie! Il fait tomber en frénésie Ceux qui se meslent de rimer :

Cary dans leurs nombreuses cadences.

Tout leur talent est d'exprimer De pures visions et des extravagances.

L'un, tout desespéré, va conter aux ecos

Combien amour luy fait de maux; Puis il va le dire aux fontaines.

Il en instruit les prez, les mons.

Et fait confident de ses peines

Tout ce qui vole en l'air, jusques aux papillons.

124 STANCES SATYRIQ UES

L'autre, au bord d'un ruisseau, comme un vray fanatique,

L'apostrophe d'un ton tragique,

Luy disant, tout baigné de pleurs :

« Arreste le cours de ton onde.

Je te veux conter les douleurs Que me fait éprouver la plus belle du monde. »

Combien de faux tour mens, combien de faux souspirs.

Combien aussi de faux désirs,

Paroissent vrais dans leurs ouvrages!

Et combien souvent y voit-on

Briller de divines images.

De qui l'original est laid comme un démon!

Ils prodiguent souvent et l'albâtre et l'yvoire En faveur d'une gorge noire; Du plus riche éclat des rubis Ils parent une laide bouche, Et couchent la rose et le lys

Où la rose et le lys n eurent jamais de couche.

STANCES SATYRIQJJES 12S

Combien nous ont-ils peint d' Amarantes , d'Iris, De Celimenes, de Chris, Combien de Calistes parfaites.

Qui font naître les doux tourmens, Mais qui ne sont que des Perrettes,

Malgré le vain éclat de ces noms de romans !

Ils font comme il leur plaist mille métamorphoses : Ils changent les soucys en roses, Vebéne en albâtre tr es-fin; Et chez cette race fantasque Tout est brillant, tout est divin,

Mais souvent tout est laid quand on oste le masque.

Une laide avec soin consulte son miroir, Se flattant sottement d''y voir Ce qu'une ode luy représente; S'il ne le représente pas, Elle s'écrie : « Il faut qu'il mente.

Car l'ode assurément a bien peint mes appas.

STANCES SATYRIQjJES

Ainsi ces imposteurs avec leurs hyperboles

Abusent force laides folles^

Mais que peut-on espérer d'eux

Autre chose que du mensonge j

Puisqu'Apollon au cerveau creux, Pégase et les neuf Sœurs sont les enfans d'un songe. ^

Page 3, ligne 12. Le marquis de Salies, puis marquis de Montausier, fait duc et pair en 1664, fut nommé, en 1668, gouverneur du grand Dauphin ; c'est à cette dernière distinction que Petit fait ici allusion. Notre poète semble avoir reçu beaucoup de marques de bienveillance de ce vrai grand seigneur, l'époux de Julie d'Angennes, qui ne se défendait pas trop d'avoir fourni au moins quelques traits à VAlceste de Molière.

7, 4. En 168 5, Boileau avait publié, dans les éditions de ses Œuvres de i665, 1666, 1668, 1674 et i683, ses neuf premières satires; elles avaient eu assez de succès pour expliquer, à elles seules, l'allusion de Petit ; car il faut remarquer que le mouvement d'observation satirique qui avait produit dans la première moitié du siècle, outre les Satires de Régnier, celles de du Lorens(i624, i63 3 et 1646), de Courval-Sonnet (1627), de Robert Angot (1637), s'était un peu ralenti; Regnard ne devait écrire qu'en 1693 sa Satire contre les Maris, et Gacon , le poète sans fard, ne fit paraître qu'en 1696 ses Discours satiriques en vers.

12, vers i5. Ce n'est que dans les Nouvelles Œuvres de Le Pays (t. II, p. 121 de l'édition elzévirienne 1677) que j'ai vu le nom de Boileau imprimé avec cette orthographe; les contemporains l'appellent toujours Despréaux, et si l'un

d'eux, le duc de Nevers, dans sa Parodie de l'Ode sur la prise de Namur, déroge à cet usage, il écrit comme nous :

Quelle est la nouvelle yvresse Qui fait à Boileau la loi!...

Il y a dans les vers suiTants une critique évidente de Boileau, de ce système d'attaques contre les personnes, qui devient criminel

Lorsque du nom des gens l'auteur enfle sa rime.

Cette critique ne dut pas déplaire à Montausier, qui en voulait à Boileau de certains vers de la Satire I.

P. 1 4, v. 8. Il y avait quinzeans que Guillaume de Brébeuf était mort, avec le regret de n'avoir pas assez fait pour la postérité ; nous voyons pourtant que sa renommée poétique lui avait survécu. Après Mézeray, après Chapelain, après Corneille, la Pharsale gardait des partisans, en attendant que M. Ch. Asselineau pût écrire qu'elle est « un des monuments les plus intéressants et les plus remarquables de la poésie française » .

17, I et suiv. Petit pouvait bien parler de ses cheveux blancs, il avait soixante-dix ans quand il publia ses Satires. Quant aux mille vers badins qu'il dit avoir composés en sa jeunesse, il ne nous en reste que les pièces peu nombreuses et contestées du Recueil de Sercy, dont plusieurs (les stances, entre autres, adressées à M'"° de Rambouillet après la mort de son fils, le marquis de Pisani) n'ont absolument rien de badin. M. L. de Veyrières (Monographie du Sonnet, Paris, Bachelin-Deflorenne, 187 3) cite un sonnet de M. Petit, de Rouen, imprimé dans un Recueil de 1701.

19, 3. Irus était un mendiant d'Ithaque, messager des amants de Pénélope; Ulysse, qu'il voulait empêcher d'entrer dans le palais, le tua d'un coup de poing. (Voir Odyssée, ch. XVIII.)

21, 2 5. Cette orthographe du mot plafond donne son

ëtymologie ; on la trouve aussi dans Regnard, Satire contre les maris :

Mais fuyons, sous ses pieds tous les parquets gémissent. De sermons tout nouveaux les plats-fonds retentissent.

P. 27, V. 14. La Philologie française de Noël et Carpentier donne des exemples du mot indéfendu, c'est-à-dire que personne ne défend; ils sont tirés des ouvrages du P. Berruyer et de l'abbé Velly; ce dernier a même ernployé indéfendu substantivement.

— 19. Vimitateur du fameux Juvénal est très certainement Boileau, qui a imité de Juvénal ses Satires i, v et vi, et lui a emprunté d'innombrables traits,

28, 1 5 et suiv. Je ne crois pas que l'on ait mentionné Petit parmi les auteurs qui ont traité, après La Fontaine, et un peu différemment, l'apologue de l'Ane vêtu de la peau du lion; la fable de La Fontaine, la zi^ du livre V, avait paru dans le premier recueil de 1669.

— 24. Morgant est le participe présent du vieux verbe morguer, regarder d'un air fier et insolent ; il est dans Montaigne et dans la troisième Satire de Régnier.

Pourveu qu'on soit morgant, qu'on bride sa moustache..,

29, 12. Au temps de Petit, on commençait à donner le nom de traitants aux gens d'affaires qui tenaient les fermes du roi , au lieu du noni de partisans , qui était devenu odieux. La Bruyère désignait mystérieusement ces gens-!à sous les lettres P. T. S, {Caractères, des Biens de fortune.)

30, 18. Croyant qu'il leur est hoc, qu'il leur est dû. Dans un jeu de cartes de l'époque, on disait /10c en jetant sur le tapis la carte gagnante.

Martine. ... Mon congé cent fois me fàt-il hoc,

La poule ne doit point chanter devant le coq.

(Molière, les Femmes savantes, acte V, scène m.)

IJO NOTES

P. 3o, V. 27. En faisant de Mascarille une sorte d'intrigant du grand monde, Petit a dénaturé ce t3'pe de valet frère de Crispin et de Scapin, comme devait aussi le faire M. Henri Meilhac, dans une comédie, Un petit-fils de Mascarille, représentée en iSSç. — Les vers suivants montrent le cas que notre auteur faisait de Molière.

3i, 26. En 1654, François Hedelin, abbé d'Aubignac, avait fait paraître la Nouvelle Histoire du temps, ou Relation péritable du royaume de Coquetterie.

32, 20. Faire le fin d'une chose, ne vouloir point découvrir ce que l'on en pense, ce que l'on en sait. (Dictionnaire d-e Trévoux.)

34, 9. C'étaient presque, en effet, les mots mêmes de Madelon à la scène v des Précieuses ridicules : « Il faut qu'un amant, pour être agréable, sache débiter les beaux sentimens... »

36, ligne 4 du sommaire. « L'Académie, — dit le Dictionnaire de Trévoux, — prétend que risque est toujours masculin, excepté dans cette seule phrase, à toute risque; mais de bons auteurs le font féminin « ; il cite plusieurs exemples et conclut : « Je crois pourtant qu'aujourd hui on le fait communément masculin... »

— vers 10. Ch. Nodier remarque que fourbe n'a pas tout à fait le même sens que fourberie : le second de ces mots indique une action déterminée, le premier, un penchant habituel. Fourbe, qui ne se dit plus, est dans les bons écrivains des deux dern ers siècles, dans Corneille , dans Boileau Satire i, vers 3 5), et même dans Delille [Enéide, livre II).

37, 2. Piquer le coffre, c'est attendre assis sur un coffre (Caillot, Nouveau Dictionnaire proverbial, 1829); l'argot moderne me semble offrir un synonyme de cette locution dans croquer le marmot.

— 27. Varin, célèbre graveur en médailles, né en 16041 à Liège, mourut en 1692; il avait entrepris une histoire métaliiqua du règne de Louis XIV ; on trouve son éloge daii; les Hommes illustres de Perrault (II, 85.)

P. 3 9, V. 12, et plus bas, p. 40, v. i5. Le glorieux compatriote de Petit est, à ma connaissance, le seul auteur qui ait fait idole du masculin.

Et Pison ne sera qu'un idole sacré

Qu'ils tiendront sur l'autel pour répondre à leur gré.

(P. Corneille, Othon, acte III, scène i.)

42, 4, Le Sage par excellence est Salomon ; le fameux adage : Stultorum numerus est infiniîus, servait de devise à la Compagnie de la Mère folle de Dijon.

— i5. « On dit communément, —selon un vieil auteur, — qu'un homme médit du tiers et du quart, pour dire indifféremment et sans choix, de toutes sortes de personnes. » Cette locution est toujours en usage.

— 24. C'e;t donc Epicure qui eut l'idée de loger la Vérité dans un puits; Apelles, dans son tableau de la Calomnie, avait représenté sous les traits d'une femme modeste cette fille de Jupiter, mère de la Justice et de la Vertu.

43, II et suiv. Il fallait du courage pour s'élever contre la vénalité des offices, que François l^"" avait établie, que ses successeurs propagèrent, et que Montesquieu lui-même ne put que faiblement défendre. Cette somme de dix mille louis, énorme pour l'époque, était, sans doute, ce que coûtait une charge de conseiller au Parlement (on disait indifféremment charge ou office, depuis que les charges municipales avaient été confisquées au profit du gouvernement et érigées en titre d'offices).

45, 18. Je n ai trouvé cette expression nulle part, mais Petit doit avoir sacrifié aux exigences de la rime, car le Dictionnaire de Trévoux et le Dictionnaire proverbial de Caillot disent, dans un sens qui me paraît analogue : le grand chemin des vaches, les chemins où l'on va par terre , et, en proverbe, l'usage commun et ordinaire.

46, 2 3. Pot, en termes de guerre, est une espèce de

morion ou de salade que portent les gens de pied, qui ne couvre que le haut de la tête [Dictionnaire de Trévoux.) Cette orthographe de la 3° personne de l'indicatif présent du verbe bouillir est dans Montaigne : « Si elles prennent un mari à qui la vigueur de l'âge 6o«// encore... » (Livre III, ch. V.)

P. 48, V.4. « Thaïs, Athénienne, suivit Alexandre, dont elle fit les délices; elle l'engagea, à la suite d'une débauche, à mettre le feu au palais de Persépolis.» (Chauffard, fe/es c/ Courtisanes de la Grèce, t. IV, p. 384.)

49, 26. Des recherches minutieuses feraient peut-être découvrir les noms de ces « rejetons de Juifs », aïeux immédiats de Samuel Bernard et des frères Hogguéres ; La Bruyère avait pu voir passer devant la chambre de justice de 1661 nombre de ceux qu'il appelle les manieurs d'argent. [Caractères, des Biens de fortune.)

50, 2 5. Depuis huit ans, Racine, attristé par la bataille de Phèdre, n'écrivait plus pour le théâtre ; sa réputation était grande, mais son génie contesté; Petit devançait le jugement de la postérité en lui rendant le même intelligent hommage qu'à Molière et à Boileau.

5i, 2 3 et suiv. « Il y a des femmes déjà fîétries qui sont naturellement la ressource des jeunes gens qui n'ont pas assez de bien. Je ne sais qui est plus à plaindre, ou d'une femme avancée en âge qui a besoin d'un cavalier, ou d'un cavalier qui a besoin d'une vieille. » (La Bruyère , Caractères, des Femmes.)

5 2, 27. « Jamais se prend aussi substantivement... Exemple : Qiiand j'ai promis amitié à quelqu'un, c'est pour un jamais, c'est-à-dire pour toujours. » [Dictionnaire de Trévoux.)

53, 2. Malgré l'édit de 1625 qui punissait les malversations des officiers comptables et des gens d'affaires , malgré le formidable discours de Denis Talon près la Chambre de justice de 1661 , malgré le gibet dressé pour quelques-uns des plus odieux partisans, la corruption finan-

cière ne connut pas de bornes pendant les dernières guerres de Louis XIV.

P. 5 3 , V. I 7 et suiv. Ce jugement littéraire fait grand honneur à Petit ; il a le bon goût de ne pas s'acharner contre Ronsard, lui assimile Desportes (qui n'était que son plus ingénieux disciple et dont on voulait faire son rival heureux) ; enfin, en dépit de la pompeuse tirade de VArt poétique, alors dans toutes les mémoires, il constate le déclin de la gloire de Malherbe.

56, II. La forme ordinaire de ce très ancien proverbe est : A chaque fou sa marotte.

58, 6. Est-ce le même dont parle Gacon, dans sa Satire contre les Femmes, adressée à Boileau :

Qu'auroient dit tes censeurs si, jusque sous le dais. Aux dames de la Cour décochant mille traits. On eût vu dans tes vers l'une levant le masque. S'abandonner sans honte aux caresses du Basque ?

D'ailleurs, basque peut être pris ici dans un sens général et mis pour laquais , car on sait le proverbe : Courir comme un Basque, et les fonctions du laquais consistaient surtout autrefois à courir pour le compte de son maître. Dans Rabelais (livre I, ch. xxvui) , Grand-Gousier dépêche « le Basque, son laquais, pour quérir Gargantua en toute hâte. » — a Du pays de Béarn viennent des laquais, les plus propres à courir qu'on sauroit demander, ■» dit un auteur, cité par M. G. Depping, Merveilles de la force et de l'adresse,

60, 5. Coquin a ici son sens primitif (du latin coquinus, de cuisine); il veut dire pauvre diable, bélître, qui fréquente les cuisines.

— 18. « Sosie de la livrée a passé à une sous-ferme », dit La Bruyère, qui parle aussi d'un Champagne. {Carac~ tères, des Biens de fortune.) — Genêt, espèce de cheval venant d'Espagne ou de Portugal, agile et bien propor-

tionné, d'après Ménage, ce mot, qui signifiait originairement un cavalier, a été transporté au cheval même.

P. 6i, V. 8. Les esclaves d'Alger étaient des captifs pris par les corsaires, et que les frères de la Merci s'employaient courageusement à racheter, V. la Relation du voyage que les religieux de l'Ordre de la Mtrcy ont fait en la ville d'Alger : Aix, J. B. et E., Roize, i663.

62, 19. Finance (au singulier), argent monnoyé. {Dictionnaire de Trévoux.)

64, 17. Ai-je eu raison de substituer moralité à mortalité, qui est dans le texte de 1686? Ce dernier mot était peu clair et à peine français.

65, 6. Heyssope , plante qui pousse des tiges courtes et branchues. — Au vers suivant , syndiquer est employé dans le vieux sens de contrôler, censurer. « A la mienne volonté que nous eussions quelques doctes grammairiens pour syndiquer les livres... » (Estienne Pasquier , liv. X, lettre 7.)

68, I. Fat, au XYII** siècle, signifiait niais; La Bruyère a dit que le fat est composé de l'impertinent et du sot, {Caractères, des Jugements."!

69, 16. Dîner par caur , locution analogue à dîner en blanc, que j'ai rencontrée ailleurs.

Je sens gronder la faim qui dit, dedans mon flanc, Estre un maigre plaisir que de dîner en blanc.

(François Auffray, la Zoanthropie.)

70, 10. Double, petiie monnaie de cuivre valant deux deniers. Il sert à exagérer la pauvreté. {Dictionnaire de Trévoux.)

70, 27. Petit ne pouvait mieux terminer sa peinture satirique de la vie libertine des gens d'église que par ce souvenir de Rabelais. [Gargantua, liv. 1, ch. lu et suiv.)

Plus libertin d'ailleurs qu'un moyne de Thélème.

(Du LoRENS, Satire XI.)

NOTES ijy

p. 71, V. I. Ce n'est pas seulement le premier hémistiche de cette satire qui est identique au début de la Satire VIII de Boileau, de l'Homme, publiée en 1668; ces deux pièces offient de nombreuses analogies, l'une roulant sur les vices, l'autre sur la misère de l'homme ; mais Petit a imité Despréaux comme Despréaux imitait les anciens.

72, 7. Il semble que Petit, saisi de terreur, se remémore ici ces terribles procès d'empoisonnements , si fréquents dans la seconde partie du XVIF siècle. En 1673, les pénitenciers de Notre-Dame avertirent la police qu'un nombre énorme de femmes s'accusaient d'avoir empoisonné leurs maris; en 1676, il y eut l'effrayante affaire de la Brinvilliers, qui avait appris de son amant, enfermé à la Bastille avec un Italien, à fabriquer les poisons des Médicis et des Borgia ; enfin, il est aujourd'hui avéré que M^*^ de Montespan attenta deux fois à la vie de Louis XIV. (Voir r Affaire des Poisons et M'"^ de Montespan, par Jules Loiseleur. Paris, Pion, 1882.)

73, 6. On pourrait croire moderne ce mot empirique, substantif et adjectif à la fois, mais le mot est aussi vieux que l'idée ; Pline et Celse parlent , sans mépris d'ailleurs, de la médecine empirique, basée sur l'expérience, qui, du temps de Petit, se confondait déjà avec le charlatanisme.

74, 20. Cf. Boileau :

Oh ! que si l'âne, alors à bon droit misanthrope,

Pouvoit trouver la voix qu'il eut au temps d Esope !

De tous côtés. Docteur, voyant les hommes fous.

Qu'il diroit de bon cœur, sans en être jaloux.

Content de ses chardons et secouant la tête :

« Ma foi, non plus que nous, l'homme n'est qu'une bête ! »

(Satire. VIII.)

76, 3. Assiette se dit, au figuré, de l'état et de la disposition de l'esprit. — « L'assiette de l'esprit de l'homme est sujette au changement. » (La Rochefoucauld.)

P. 78, V, I et suiv. Il y a dans cette satire, une des trois ou quatre meilleures de Petit, des traits dignes de la Macette de Régnier; dans le même ordre d'idées, on lira ia Satire X de Boileau , celles de Gacon sur le niême sujet, et dans La Bruyère, le portrait d'une coquette surannée.

80, i3. Je ne sais pas d'autre exemple de l'adjectif j^o/atiU, terme de chimie, employé dans un sens moral.

81, 16. Profès, qui a fait des vœux dans un ordre religieux , se dit, par extension, d'un homme expert, passé maître en quelque chose ; Boileau s'en est servi plaisamment dans sa satire du Repas ridicule.

Surtout certain hâbleur à la gueule affamée... Et qui s'est dit profès dans l'ordre des Coteaux.

83, 5. Nous voyons ici que la réputation de Voiture avait pu être discutée, mais qu'elle était restée très brillante, à la fin du XVII° siècle; l'agréable écrivain (comme le voilà bien qualifié!) avait profité de la querelle de Girac et de Costar, et, respecté de Boileau, avait reçu de M™° de Sévigné cet éloge paradoxal : « Tant pis pour ceux qui ne l'entendent pas ! »

85, 14. C'est le litre d'une comédie, en un acte et en vers, de Raymond Poisson, représentée en 1662; le principal personnage de cette petite pièce fort gaie est un hobereau ridicule et pédant.

86, 6 et suiv. Petit ne perd jamais l'occasion de louer Boileau {Boisleau, comme il écrit) avec autant d'à-propos que de délicatesse ; un autre auxiliaire du grand satirique, Gacon, disait à la même époque :

Toy seul sçais, Despréaux, à l'aide d'un bon vers. Rendre un fat ridicule aux yeux de l'univers; Jamais mieux de son tems Horace après lucile. Sur les fades auteurs ne déchargea sa bile...

•— 17. La mésaventure de Chérilus, poète grec du

IV^ siècle avant Jésus-Christ, est racontée par M. L. Lalanne. {Curiosités bibliographiques , p. 348. Prix payés aux auteurs.)

P. 87, V. 2. Petit senib'e de !a lignée de ces esprits indépendants, qui, tout en s'inclinant devant l'autorité de Vaugelas (mort en i65o), raillaient doucement le dogmatisme de l'éminent grammairien, encore exagéré par ses disciples.

88, I et suiv. Précisons l'époque à laquelle cette satire, si courageuse et vraiment belle, a été publiée. En 168 5, Louis XIV était à l'apogée de sa gloire militaire : le traité de Nimègue (1679) avait consacré ses dernières conquêtes, il avait reçu le titre de Grand (i68o); mais les dépenses énormes de la guerre précédente, le maintien en pleine paix d'une armée de cent cinquante mille hommes , détruisaient l'équilibre des finances et inquiétaient les esprits à l'intérieur, pendant que se formait sourdement une ligue nouvelle contre la France et que les Etats étrangers attendaient l'occasion qu'allait faire naître la révocation de l'édit de Nantes (22 oct. i685 ). Mais jusqu'alors les armées françaises avaient eu partout l'avantage; en plein despotisme militaire, avant les protestations généreuses d'un Fénélon et d'un Vauban, il fallait avoir l'âme haut placée et l'esprit point courtisanesque pour appeler la guerre

L'art de tuer les gens toujours brutalement,

pour s'écrier, avec une ironie vengeresse :

La belle fiction qu'il y croît des lauriers !

91, 5. Ce mot de pion, qui a passé dans le langage des jeux d'échecs et de dames et dans l'argot des collèges, signifiait primitivement et signifie ici un soldat , un valet de l'armée (de pedito, fantassin).

— 22. Des biens sont en régie lorsqu'on a confié à un régisseur, moyennant salaire, la perception des revenus qu'ils peuvent produire.

92, 8. Belgique, qu\ appartient aux Belges. « Aujourd'hui

ce mot est fort bien reçu dans notre poésie, et pourroit même trouver place dans la prose, pourvu qu'on en usât sobrement , pour signifier ce qui concerne les peuples des Pays-Bas. Exemple : Nos armées ont inondé les plaines belgiques. » {Dictionnaire de Trévoux.) — Il est très certainement question, à la fin de cette satire, de la campagne des années précédentes, qui eut les Pays-Bas pour théâtre, et dont la conquête dô la Franche -Comté, les victoires de Senef et de Cassel furent les plus glorieux épisodes.

P. 94, v. 4. Quinola fut d'abord un terme du jeu de reversi ; puis on en fit un sobriquet pour désigner un valet de chambre, un écuyer ; Balzac l'a transformé en serviteur intrigant et dévoué d'un inventeur méconnu , dans la comédie les Ressources de Quinola, représentée en 1842.

— 19. Il y a controverse entre les étymologistes pour savoir si le mot jaquemart, employé dans cette locution « armé comme un jaquemart », vient de jaquemart, figure d'homme armé qui frappe avec un marteau les heures sur la cloche d'une horloge, ou de Jaquemar de Bourbon, fils d'un connétable de Bourbon et renommé pour l'excellence de ses armes.

95, 22 et suiv. Ces vers semblent écrits tout exprès pour les prédicateurs de la Ligue, vraie meute acharnée contre Henri III et le Béarnais : Aubry, Boucher, Leincestre, à Paris, frère Le Bossu, en Bretagne, sont au premier rang de cette église militante.

96, 5. Badin, pris substantivement pour dameret, damoiseau.

— 22. Agnès, terme ironique dont on se sert pour désigner une jeune fille très innocente, exemple aussi de la popularité des personnages de Molière. [VEcole des Femmes fut jouée en 1662.)

Un jeune honime de rohî, épris de ses attraits, La choisit dans l'espoir d'épouser une Agnès.

(Gacon, 1696.)

Destouches a intitulé une de ses comédies la Fausse Agnès.

P. 97, V. i6. Sot, s'est dit, dans le vieux langage, d'un mari trompé ; la Philologie française de Noël et Carpentier cite à l'appui une épigramme de Furetière.

98, 10. Cancre n'a plus aujourd'hui qu'un seul sens, figuré, celui de paresseux, qui le rapproche de son étymologie : cancer; mais il en avait d'autres au XVII° siècle, celui notamment indiqué par le Dictionnaire de Trévoux, d'homme méprisable par son avarice ; c'est assurément ainsi que Petit l'a entendu,

99, 14. Le fameux passage du Rhin eut lieu le 12 juin 1672 ; l'Épître de Boileau (la IV°, dans les éditions de ses œuvres) fut écrite au mois de juillet et imprimée au mois d'août de la même année ; tout le monde connaît les vers dont Petit peut s'être souvenu.

. . . Grammont le premier dans les flots S'avance soutenu des regards du héros; Son coursier, écumant sous son maître intrépide, Nage tout orgueilleux de la main qui le guide...

Pendant la guerre de Trente ans, en i63 5, il y avait eu un premier passage du Rhin, non moins glorieux pour nos soldats; un poète de l'époque, Le Breton Du Bois-Hus, s'était écrié :

Longueville a franchi ses redoutables bords.

Et déjà nos tonnerres Font rouler dans son sein moins de flots que de morts.

(Voir Un Poète breton ignoré. Du Bois-Hus, par Olivier de Gourcuff. Nantes, i883.)

loi, 10. Ce fut en i636 qu'on emprunta la cravate aux Croates qui servaient dans nos armées. (Voir Histoire philosophique, anecdotique et critique de la cravate et du col. Paris, Lévy, 1854.)

102, 14, et plus bas, vers 2 3. Ronsard et ses adeptes

écrivent généralement coral pour corail, mais dès le XVII« siècle, coral a un tout autre sens, désignant, d'après le Dictionnaire de Trévoux, « un parc où les Espagnols nourrissent quantité de porcs » .

P. io3, V. I 3 et suiv. Voici quelques explications sur ces différents termes de la mode. 11 paraît singulier de voir écrit « riiabit de Pantalon », quand on ne se rappelle pas que Pantalon fut d'abord le nom d'un personnage bouffon du Théâtre-Italien, vêtu de cette sorte; il portait une culotte ne faisant qu'une pièce avec les bas, à laquelle il a donné son nom , il parut en France dès le XVI° siècle. La fraise était une partie de l'habillement, une espèce de collet de toile, coupé en rond, qui avait trois ou quatre rangs, plissé et godronné (empesé). — La rotonde était un collet que les hommes portaient au commencement du XVII® siècle, monté sur du carton qui le soutenait; la barrette, qu'il ne faut pas confondre avec le bonnet carré des ecclésiastiques, était aussi un petit bonnet (pileolum) que les nobles portaient encore à Venise, à la fin du siècle dernier. — Sous Louis XIV, on appelait aiguilleté un homme qui a l'air contraint et guindé : « s'éguilleter avec une ceinture » me paraît avoir un synonyme exact dans (f se sangler ». — La trousse était une espèce de haut-de-chausses , relevé et très collant, tel qu'on les portait au XVI° siècle ; les bas d'attache étaient les grands bas qui allaient jusqu'au haut des cuisses , et qu'on nommait aussi bas à bottes. — La moustache, qui avait obtenu le plus haut degré de faveur sous Louis XIII, tomba dès que Louis XIV eut vu pointer quelques poils blancs dans la sienne (i68o); on sait que le règne de Henri IV fut l'époque des longues barbes, des barbes pointues, carrées, en éventail, en queue d'hirondelle, etc., etc. Voir Ulmus, Physiologia barbae humanx, Bonon., i6o3.

104, 4. Canon, ornement qu'on attachait au-dessous du genou; il était fort long et large, et souvent garni de dentelles; Molière a parlé

De ces larges canons où, comme en des entraves. On met tous les matins ses deux jambes esclaves.

P. 104, V. 16. Jules l'homme d'esprit,... ce ministre,... ce fin Sicilien... n'est autre que Giulio Mazarini, le célèbre cardinal, mort depuis une vingtaine d'années,

— 19. Targe, vieux mot qui signifie une sorte de bouclier dont usaient les Romains, les Espagnols et les Africains. {Dictionnaire de Trévoux.)

I o5 , 1 5 et suiv. Le plus ancien de ces romans. Pokxandre, de Gomberville, parut en i63 2 ; puis vinrent Cassandre, de La Calprenède (1642), Cyrus et Clélie, de M^^*^ de Scudéry (i649-!j3 et 1 656), P/iaramonrf, de La Calprenède (i 661) ; je crains bien, pour le goût littéraire de Petit , qu'il n'entende par « ces livrets où l'on ne trouve rien » les sobres et délicats chefs-d'œuvre de M'^^de La Fayette, Zayde ( 1670), la Princesse de Clèves (1678), ou encore qu'il n'ait en vue ce modèle de fine observation, le Roman bourgeois, de Furetière(i666).

106, i3. 11 est ici question des marionnettes que les deux Brioché, Jean et François, installèrent au bout de la rue Guénégaud, et qui eurent une grande vogue pendant la fin du XVII° siècle; Boileau en parle au vers io5 de l'Epître VII. Elles étaient, en effet, une concurrence terrible pour l'Opéra, que des lettres patentes, enregistrées le 28 juin 1667, venaient seulement d'établir à Paris.

— 19 et suiv. Il faut croire que la mode des boutsrimés , dont le Menagiana attribue l'invention à Dulot, était un peu tombée; cependant le sonnet du duc de Nevers sur Phèdre et ses répliques, et celui qui figure à la suite de la Comtesse d'Escarbagnas, prouvent qu'elle persistait encore.

107, I et suiv. Curieux phénomène littéraire que l'éclosion du genre burlesque! Le mot est venu de Sarrazin, le genre a été inventé par Scarron, porté à l'excès et dénaturé par d'Assouci, Brébeuf, Picou et vingt autres. Petit se fait honneur en louant le plaisant et courageux cul-de-jatte, mort depuis 1660 : Sapit et ridet, avait dit de lui le grave philosophe Sorbière.

— 21. La première édition du conte de Peau d'Ane,

142 NOTl'S

mis en vers par Ch. Perrault, parut en 1694 ; il est donc impossible que les vers de Petit s'y rapportent; mais il faut se rappeler que Peau d'Ane était un conte de nourrices, très populaire dès le XVI" siècle, ainsi que le témoignent Scarron, Boileau [Dissertation sur Joconde, 1669), Molière (dans le Malade imaginaire, 1673 ), La Fontaine (fable iv du livre VIII, publié en 1678), et que Perrault a seulement donné à ce conte sa forme définitive. (Voir Walckenaër, Dissertation sur les contes de fées.) — Je veux croire que Petit, critiquant précédemment les vers libres, n'a pas pensé aux Fables de La Fontaine, ce modèle inimitable du mélange des vers de toute grandeur.

P. 107, v. 26 et suiv. « Le discours chrétien est devenu un spectacle. . t'est une sorte d'amusement entre mille autres, c'est un jeu 011 il y a de l'émulation et des parieurs. » (La Bruyère, Caractères, de la Chaire.) — « La mode est venue d'écouter un jeune orateur bien fait, dont les gestes sont aisés, la voix touchante et délicate, qui crie et crie avec art. qui parle et parle avec esprit... (Réflexions satiriques et comiques, i 7 1 1 .)

108, 10 et suiv. Comparez Boileau, satire X.

Mais de tous les mortels, grâce aux dévotes âmes. Nul n'est si bien soigné qu'un directeur de femmes,

109, 20 et suiv. L'illustre philosophe, physicien et physiologiste, le créateur de la Méthode, était mort en i65o; on voit que son système, qui n'était rien moins qu'une révolution dans le domaine des sciences, était aussi intrépidemment battu en brèche que vaillamment défendu ; Petit se fait l'écho de deux des principales critiques qu'on lui adressait, en se moquant de Vaftomate ou automate (mot que les cartésiens employaient pour désigner les bêtes, de pures machines, selon eux) et de la glande pinéale (glande placée au-devant du cervelet , où Descartes voyait le siège de la substance pensante). — Aristote était la terreur des novateurs en philosophie, aussi bien que des poètes dramatiques qui tentaient de s'affranchir du joug des trois unités. Rappe-

Ions que les universaax sont les idées ou les termes généraux, les catégories^ les espèces les plus générales de ce qui est signifié par un mot simple. (Aristote, Catégories, II.)

P. 1 1 o, V. 2 0 et suiv. Après Descartes, voici Copernic transformé en coryphée de la mode. Ce n'était pas la première fois que le grand astronome était bafoué ; un de ses contemporains avait déjà essayé de le tourner en ridicule dans une comédie. Mais la gloire de Copernic s'imposait aux plus incrédules; on réimprimait son Astronomia instaurata; peu d'années avant les Satires de Petit, Gassendi avait écrit sa vie. Les railleries de Petit sont assez plates, mais elles sont instructives en ce qu'elles nous montrent qu'à la fin du XVIF siècle des esprits éclairés doutaient encore que la terre fût une planète et qu'elle tournât autour du soleil. Un poète Christofle de Gamon, qui fit imprimer en 1609 une Semaine, réfutation de celle de Du Bartas, s'était fait rudement malmener pour avoir eu l'intuition du Soleil fixe au milieu des planètes.

III, i5. Tiretaine, sorte de droguet, étoffe tissue grossièrement, moitié de fîl et moitié de laine (Dictionnaire de Trévoux); tel n'est pas ici le sens de tiretaine, qui se dit certainement d'une étoffe précieuse , comme dans ce vers du Codicile de Jehan de Meung :

Robes faites par grant mesirise.,.

D'escarlatte et de tiretaine.

— 27. Comparez Armstrong {The Œconomy of love), ce sont presque les mêmes expressions :

... Like us ihey sinn'd, like us they sought the paths of monstrous joy , Till, urg'd to wrath at last, ail-patient Heaven Descending wrapt them in sulphureous storm.

Le mot délite, employé plus bas, s'appliquait déjà à l'homme qui n'a point de religion particulière, et rejette

toute révélation : « Le déisme est presque aussi éloigné de la religion chrétienne que l'athéisme. » (Pascal.)

P. I I 2, V. I 1 . Capot était primitivement , et est resté, un terme du jeu de piquet; par extension, on dit faire capot quelqu'un, le rendre confus, le déconcerter; dans notre texte, capot est un synonyme de simple, de niais.

— 2 2. La Carte dt Tendre, qui avait d'abord été un jeu d'esprit chez Madeleine de Scudéry , fut transportée dans le roman de Clèlie (t. I, p. 399-401) et engendra une foule d'imitations.

I i3, 20. Petit nous donne ici une nouvelle preuve de la renommée populaire des personnages de Molière, bien avant que du Marsais ait constaté que Tartuffe, nom propre, est devenu, par figure, un nom commun; en 1696, Gacon disait aussi •.

Tels dans l'ancienne loi des Tartuffes sévères Damnaient le peuple juif pour des fautes légères...

11 5, 17, et plus bas, p. 11 5, v. 2 5. Commande ou plutôt conimende est un vrai titre de bénéfice, que le pape donne à un ecclésiastique nommé par le roi pour un bénéfice régulier, avec permission de disposer des fruits pendant sa vie. — Prébende est un droit qu'a un ecclésiastique, dans une église cathédrale ou collégiale où il dessert, de percevoir certains revenus et de jouir de certains droits. On appelle chapelle, en droit canonique, le bénéfice attaché à une chapelle. [Dictionnaire de Trévoux.)

116, i3. L'Académie a admis de très bonne heure le pluriel opéras; Boileau, dans la huitième de ses Réflexions critiques, dit qu'il ne l'approuve pas, mais que l'usage l'a consacré. Petit n'était pas toutefois le seul auteur de son temps à écrire : des opéra ; Gacon composa une satire : Contre les faiseurs de fades opéra.

— 20. Je n'ai vu nulle part ce mot expressif, récriement, dérivé si logique du verbe se récrier.

NOTES 14s

P. 1 1 6, V. 2 3 . La renommée de Bourdaloue , qui parut neuf fois à la cour pour y prêcher l'Avent ou le Carême, surpassait celle de tous les autres sermonnaires ; quoiqu'il frappât comme un sourd sur les vices ou les ridicules, il était plus admiré que Bossuet même; qu'on lise, pour s'en convaincre, M™® de Sévigné, Boileau, tous les contemporains.

120, 4. Ce tour « il en attire plus que ne fait pas... « est proscrit par l'Académie et les grammairiens (V. Girault- Duvivier, Grammaire des grammaires); il ne manque pourtant ni d'élégance ni de force pour accentuer l'affirmation.

— 26. La fusée a d'abord été la quantité de filasse ou de fil qui est autour du fuseau, puis on a dit d'une affaire embrouillée, que c'était une fusée difficile à démêler (voir Montaigne, liv. II, ch. xxvii) ; enfin, par une analogie assez difficile à saisir, le mot a passé dans la langue des artificiers avec le sens que l'on sait, et qu'il a ici.

12 3, 7. Cette orthographe, Eco, est spéciale à Petit; les traducteurs et imitateurs d'Ovide au XVII° siècle, Benserade, Th. Corneille, l'abbé de Bellegarde, racontant la métamorphose de la nymphe, écrivent Echo.

124, I. Fanatique n'a pas ici le sens de visionnaire qui s'imagine avoir des révélations, mais simplement celui de fou, d'extravagant.

12 5, 5. Perrette, nom de femme qui ne se donne guère qu'aux femmes du petit peuple (^Dictionnaire de Trévoux) ; il est très bien choisi, comme dans la fable de La Fontaine, pour accuser le contraste avec les Amarantes et les Chloris.

Imprimé par D. JOUA US T

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