I. Avocat fameux et tres-mordant
Peindre Bellonne en feu tonnant de toutes parts, Et le Belge effraye fuiant sur ses rampants '. Sur un ton si hardi, sans estre téméraire, Racan pourrait chanter au défaut diin Homère ; Mais pour Cotin et moy, qui rimons au ha:{ard, Que Vamour de blâmer fit Poè'tes par art, Quoi quun tas de Grimauds vante nostre éloquence, Le plus seur est pour nous de garder le silence. Un poè'me insipide et sottement flatteur Deshonnore à la fois le Héros et V Auteur; Enfin de tels projets passent notre faiblesse. Ainsi parle un Esprit languissant de mollesse, Qui, sous l'humble dehors d'un respect affecté. Cache le noir venin de sa malignité.
Mais deussie^-vous en l'air voir vos aîlesfondueSy Ne valoit-il pas mieux vous perdre dans les nues. Que d'aller sans raison, d'un stile peu Chrestien, Faire insulte en rimant à qui ne vous dit rien. Et du bruit dangereux d'un livre téméraire A vos propres périls enrichir le Libraire ?
Vous vous flatte:^ peut-estre, en vôtre vanité, D'aller comme un Horace à V immortalité : Et déjà vous croye^, dans vos rimes obscures. Aux Saumaises futurs préparer des tortures. Mais combien d'Ecrivains, d'abord si bien receus,
I . Cette Satire a esté faite dans le temps que le Roy prit L'Isle on Flandres.
S8 SATIRK IX.
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is Fameux ChAutte ^ FdnmMWf» dont on \^nu cacok ks
Le Jonas* mconnu sèche dans h poussière ^
Le David imprimé n*a point veu la lumière .
Le Moïse commence à moisir par les bords.
Quel mal cela fait-il? Ceux qui sont morts sont morts.
Le tombeau contre vous ne peut-il les défendre ?
Et qu'ont fait tant d* Auteurs pour remuer leur cendre ^
Que vous ont fait Perrin^ Bardin^ Pradon, Haynaut^
Colletety Pelletiery Titrevilhy Quinaut,
Dont les noms en cent lieux^ placej comme en leurs niches^
Vont de vos vers malins remplir les hémistiches ?
Ce qu'ils font vous ennuie. O le plaisant détour!
Ils ont bien ennuie le Roy^ toute la Cour^
Sans que le moindre édit ait y pour punir leur crime.
Retranché les Auteurs ou supprimé la rime.
Ecrive qui voudra : Chacun à ce métier
Peut perdre impunément de Vencre et du papier.
Un Romany sans blesser les loix ni la coûtumey
Peut conduire un Héros au dixième volume.
De là vient que Paris voit chej luy de tout temps
Les Auteurs à grands flots déborder tous les ans :
Et n'a point de portail oit^jusques aux cornicheSy
Tous les piliers ne soient enveloppe^ d'affiches.
Vous seuly plus dégoûté y sans pouvoir et sans nom y
Viendrez régler les droits et l'estat d* Apollon !
Mais vous qui raffine\ sur les écrits des autres.
I . Poème héroïque qui n^a point réussi, non plus que le Da* vid et le Moïse.
De quel œil pensez-vous quon regarde les vôtres ? Il n*est rien en ce temps à couvert de vos coups : Mais sçave:{-vous aussi comme on parle de vous ?
Gardez-vous, dira rUn, de cet Esprit critique^ On ne sçait bien souvent quelle mouche le pique ; Mais c'est un jeune Fou qui se croit tout permis, Et qui pour un bon mot va perdre vingt Amis. Il ne pardonne pas aux vers de la Pucelle, Et croit régler le monde au gré de sa cervelle. Jamais dans le Barreau trouva-t-il rien de bon ? Peut-on si bien prêcher qu'il ne dorme au sermon? Mais luy, qui fait icy le Régent du Parnasse, N'est qu'un gueux revêtu des dépouilles d'Horace. Avant luy Juvenal avoit dit en Latin Qu'on est assis à l'aise aux sermons de Cotin. L'Un et l'Autre avant luy s'étoient plaints de la rime, Et c'est aussi sur eux qu'il rejette son crime : Il cherche à se couvrir de ces noms glorieux. J'ay peu lu ces Auteurs, mais tout n'iroit que mieux Quand de ces Médisans Vengeance toute entière Iroit la teste en bas rimer dans la rivière.
Voilà comme on vous traite : et le Monde, effrayé, Vous regarde déjà comme un homme noyé.
Envain quelque Rieur, prenant vostre défense, Veut faire au moins de grâce adoucir la sentence. Rien n'apaise un Lecteur toujours tremblant d'effroy^ Qui voit peindre en autrui ce qu'il remarque en soy. Vous fere^-vous toujours des affaires nouvelles?
Et faudra-t'il sans cesse essuyer des querelles? N'entendrai-je qu^ Auteurs se plaindre et murmurer? Jusqu'à quand vos fureurs doivent-elles durer? Répondent mon Esprit y ce n'est plus raillerie ,• Dites.... MaiSy dire:{-vous : Pourquqy cette furie? Quoy! pour un maigre Auteur que je glôje en passant y Est-ce un crime après tout, et si noir et si grand? Et qui, voyant un Fat s'applaudir d'un ouvrage Où la droite Raison trébuche à chaque page, Ne s'écrie aussi-tost : L'impertinent Auteur 1 L'ennuyeux Ecrivain 1 le maudit Traducteur ' A quoy bon mettre au jour tous ces discours frivoles, Et ces riens enfermez dans de grandes paroles ?
Est-ce donc là médire^ ou parler franchement? Non, non, la Médisance y va plus doucement. Si l'on vient à chercher pour quel secret mystère Alidor à ses frais bâtit un monastère : Alidor, dit un Fourbe, il est de mes Amis. Je l'ay connu Laquais avant qu'il fust Commis. C'est un Homme d'honneur, de pieté profonde. Et qui veut rendre à Dieu ce qu'il a pris au monde.
Voilà jouer d'adresse, et médire avec art^ Et c'est avec respect enfoncer le poignard. Un Esprit né sans fard, sans basse complaisance^ Fuit ce ton radouci que prend la Médisance. Mais de blâmer des vers, ou durs, ou languissans. De choquer un Auteur qui choque le bon sens, De railler d*un Plaisant qui ne sçait pas nous plaire,
C'est ce que tout Lecteur eut toujours droit de/aire.
Tous les jours à la Cour un Sot de qualité Peut juger de travers avec impunité :
A Malherbe^ à Racan, •préférer Théophile^ Et le clinquant du Tasse à tout For de Virgile.
Un Clerc, pour quinine sous, sans craindre lehola, Peut aller au Parterre attaquer Attila, Et, si le Roy des Huns ne luy charme Voreille, Traiter de Visigots tous les vers de Corneille.
Il n'est Valet d'Auteur, ni Copiste.^ à Paris, Qiii la balance en main ne pe^e les écrits. Dés que l'impression fait éclorre un Poète, Il est esclave né de quiconque Vachete. Il se soumet lui-mesrre aux caprices d'autrui, Et ses écrits tout seuls doivent parler pour luy. Un Auteur à genoux ., dans une humble Préface., Au Lecteur qu'il ennuyé, a beau demander grâce ; Il ne gagnera rien sur ce Juge irrité, Qui luy fait son proce^ de pleine autorité.
Et je serai le seul qui ne pourrai rien dire? On sera ridicule et je n'oserai rire?
Et qu'ont produit mes vers de si pernicieux. Pour armer contre moi tant d' Auteurs furieux ? Loin de les décrier, je les ay fait paroistre ; Et souvent, sans ces vers qui les ont fait connoistre, Leur talent dans l'oubli demeureroit caché. Et qui sçauroit sans moy que Cotin a prêché? La Satire ne sert qu'à rendre un Fat illustre :
C'est une ombre au tableau, qui luy donne du lustre.
En les blâmant, enfin, fay dit ce que f en croy,
Et Tel qui m'en reprend en pense autant que moy.
Il a tort, dira l'un. Pourquoy faut-il qu'il nomme? Attaquer Chapelain ! ah l c'est un si bon Homme ! Balzac en fait l'éloge en cent endroit divers. Il est vrai, s'il m'eût crû, qu'il n'eût point fait de vers. Il se tu(3 à rimer. Que n'écrit-il en prose? Voilà ce que Von dit. Et que dis-je autre chose ? En blâmant ses écrits, ai-je d'un stile affreux Distilé sur sa vie un venin dangereux?
Ma Muse en l'attaquant, charitable et discrète., Sçait de l'Homme d'honneur distinguer le Poète. Qu'on vante en luy lafoy, l'honneur, la probité, Qu'on prise sa candeur et sa civilité; Qu'il soit doux, complaisant, officieux, sincère, On le veut, f y souscris, et suis prest de me taire. Mais que pour un modèle on montre ses écrits, Qu'il soit le mieux rente de tous les beaux Esprits ; Comme Roy des Auteurs, qu'on l'élevé à l'Empire, Ma bile alors s'échauffe, et je brûle d'écrire ; Et s'il ne m'est permis de le dire au papier, Tirai creuser la terre et, comme ce Barbier, Faire dire aux roseaux par un nouvel organe : Midas, le Roy Midas a des oreilles d'asne. Quel tort luy fais-je enfin ? Ai-je par un écrit Pétrifié sa veine et glacé son esprit ? Quand un Livre au Palais se vend et se débite,
Que chacun par ses yeux juge de son mérite,
Que Bilaine Pétale au deuxième Pilier,
Le dégoût d'un Censeur peut-il le décrier?
Envain contre le Cid un Ministre se ligue,
Tout Paris pour Chimene a les yeux de Rodrigue.
D Académie en corps a beau le censurer ,
Le Public révolté s'obstine à Vadmirer.
Mais lors que Chapelain met une œuvre en lumière^
Chaque Lecteur d'abord lui devient un Liniere*.
Envain il a receu V encens de mille Auteurs,
Son Livre en paroissant dément tous ses Flatteurs.
Ainsi, sans m' accuser, quand tout Paris le joue.
Qu'il s'en prenne à ses vers, que Phébus désavoue;
Qu'il s'en prenne à sa Muse Allemande en François.
Mais laissons Chapelain pour la dernière fois.
La Satire, dit-on, est un métier funeste, Qui plaist à quelques gens, et choque tout le reste. La suite en est à craindre : en ce hardi métier La peur plus d'une fois fit repentir Régnier. Quitte!^ ces vains plaisirs, dont V appas vous abuse, A de plus doux emplois occupe:^ vôtre Muse, Et laisse!^ à Feuillet^ reformer V Univers. Et sur quoi donc faut-il que s'exercent mes vers? Irai-je dans une Ode, en phrases de Malherbe, Troubler dans ses roseaux le Danube superbe,