‹ Les satires. Réimprimées conformément à l'édition de 1701, dite éd. favorite. Introd. et notesChapitre 4 sur 28 · DE L ÉDITION DE I7OI · texte numérisé non relu

DE L ÉDITION DE I7OI

je luy fais dans ce mesme Livre, de la Lettre que le célèbre Monsieur Arnauld a écrite à Monsieur P** à propos de ma dixième Satire, et où, comme je Tay dit dans l'Epître à mes vers, il fait en quelque sorte mon apologie. J'ay mis cette Lettre la dernière de tout le Volume, afin qu'on la trouvast plus aisément. Je ne doute point que beaucoup de Gens ne m'accusent de témérité, d'avoir osé associer âmes écrits l'ouvrage d'un si excellent Homme, et j'avoue que leur accusation est bien fondée. Mais le moyen de résister à la tentation de montrer à toute la Terre, comme je le montre en effet par l'impression de cette Lettre , que ce grand Personnage me faisoit l'honneur de m'estimer et avoit la bonté meas esse aliquid put are nugas.

Au reste, comme malgré une apologie si authentique et malgré les bonnes raisons que j'ay vingt fois alléguées en vers et en prose, il y a encore des gens qui traitent de médisances les railleries que j'ay faites de quantité d'Auteurs modernes, et qui publient qu'en attaquant les défauts de ces Auteurs, je n'ay pas rendu justice à leurs bonnes qualitez ; je veux bien, pour les convaincre du contraire, repeter encore ici les mêmes paroles que j'ai dites sur cela dans la Préface de mes deux Editions précédentes. Les voici : // est bon que le Lecteur soit averty d'une chose : c'est qu'en attaquant dans mes ouvrages les défauts de plusieurs Ecrivains

de nostre Siècle, je n ay pas prétendu pour cela oster à ces Ecrivains le mérite et les bonnes qualité:^ quils peuvent avoir d'ailleurs. Je n'ay pas prétendu^ dis-je, nier que Chappelain, par exemple, quoique Poëte fort dur, n'ait fait autrefois, je ne sçay comment, une asse:{ belle Ode) et qu'il ny ait beaucoup d' esprit dans les ouvrages de Monsieur Quinaut, quoique si éloigné de la perfection de Virgile. J' ajout eray mesme sur ce dernier, que dans le temps où j'écrivis contre luy^ nous estions tous deux fort jeunes, et qu'il riavoit pas fait alors beaucoup d'ouvrages qui lui ont dans la suite acquis une juste réputation. Je veux bien aussi avouer qu'il y a du génie dans les écrits de Saint-Amand, de Brebeuf de Scuderi, de Cotin mesme, et de plusieurs autres quej'ay critique^. En un mot, avec la mesme sincérité que j' ay raillé de ce qu'ils ont de blâmable, je suis prest à convenir de ce qu'ils peuvent avoir d'excellent. Voilà, ce me semble, leur rendre justice, et faire bien voir que ce n'est point un esprit d'envie et de médisance qui m'a fait écrire contre eux.

Après cela, si on m'accuse encore de médisance, je ne sçai point de Lecteur qui n'en doive estre accusé ; puis qu'il n'y en a point qui ne dise librement son avis des écrits qu'on fait imprimer, et qui ne se croye en plein droit de le faire du consentement mesme de ceux qui les mettent au jour. En effet, qu'est-ce que mettre

DE l'Édition de 1701. il

un ouvrage au jour? N'est-ce pas en quelque sorte dire au Public : Jugez-moi ? Pourquoi donc trouver mauvais qu'on nous juge? Mais j'ai mis tout ce raisonnement en rime dans ma neuvième Satire, et il suffit d'y renvoyer mes Censeurs.

DISCOURS

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